‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 71 sur 155 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Je pense qu'elles sont folles toutes deux, et je ne puis rien comprendre à ce baragoin*. Cathos et vous Magdelon.

iMAGDELON.

Eh de grâce, mon père, défaites vous de ces noms estranges, et nous appeliez* autrement^.

eut ensuite la rhingrave, dont Molière s'est moqué {Misanllir., II, 1). Elle prit son nom d'un Rhinqravc (titre donné aux gouverneurs des villes situées le long du Rhin, Rheingraf, de Rhein, le Rhin, et Graf, comte), Frédéric de Neuviler, gouverneur de Maëstricht pour la Hollande, qui faisait de longs séiours à Paris (notamment en 1657 et 1658, Journal de M. M. de Villers, p. 67, 114, 447). « La rhingrave était une ample culotte qui tombait tout droit comme un iupon; mais la doublure se nouait autour des genoux par un cordon dans une coulisse. La même coulisse servit à assujettir les canons. » (J. QuiCHERAT, op. cit., p. 515.) Molière a raillé toutes les exagérations de costume auquel il fait ici allusion dans VEcole des Maris (1661, I, 1), et dans le Remerciement au roi (1663). Tout à l'heure (se. IX) Mascarille détaillera plaisamment sa toilette.

1. L'orthographe moderne est baragouin. Quant à l'étymologie de ce mot, qui existait déjà au quatorzième siècle, M. Littrê l'explique ainsi : « Bas-breton, bara, pain, et gwin, vin; mots que les Français entendaient souvent dans la bouche des Bretons, et qui leur servirent à désigner un langage inintelligible. La tradition qui rattachait baragouin à la Basse-Bretagne est conservée d"ans ces vers d'une chanson citée dans le Dict. bas-breton deLA Villemarqué,p.xl:

> Baragouinez, guas De ba^se Bretagne, Baragouinez, guas, Tant qu'il vous plaira.

» Guas est le bas-breton guas, vassal. »

2. Orth. plus régulière que la nôtre: lat. appellare, de ad et pellare, inusité et signifiant parler. Dans la conjugaison actuelle, nous redoublons l à quelques temps et à quelques personnes, pour marquer le passage de l'e muet à Ve ouvert ; cependant, dans d'autres mots, ce changement de prononciation se marque simplement par l'accent grave, comme dans je gèle. — Quant à nous placé avant appeliez, c'est une construction fréquente au dix-septième siècle ; lorsque deux verbes à l'impératif se suivaient et que le second était accompagné d'un pronom complément, on mettait souvent ce pronom avant le dernier verbe. Ainsi Mme de Sévigné (édit. Monmerqué, IX, 574) : « Taisez-vous et m'admirez plutôt que de me gronder. ». Et Coïi- KEILLE {Cid, l, 5) :

Va, cours, vole et nous venge.

Voy. Chassang, Gr. fr., par. 224.

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