SCENE VI MAROTTE, CATHOS, MAGDELON
MAROTTE
Voila un laquais *, qui demande, si vous estes au logis, et dit que son maistre vous veut venir voir.
MAGDELOX.
Apprenez, sotte, à vous énoncer moins vulgairement. Dites*; voila un nécessaire qui demande; si vous êtes en commodité d'estre visibles.
1. Du lat. adventurus ; mais la substitution de l'a à Te était très fréquente dans l'ancienne langue, lorsque la prononciation était la même. Voy. Thueot, De la Pron. franc., liv. I, ch. i.
Les reconnaissances finales étaient un des moyens les plus fré, quemment employés par la comédie ancienne ; dans Ménandre, Plaute, Térence, on voit, presque à chaque pièce, une esclave reconnue, comme sa fille, par un notable citoyen. Du théâtre romaince facile moyen de dénouement passa dans la comédie moderne et dans les romans. Molière, dont on connaît l'indifférence pour la fin de ses pièces, s'en est servi dans V Etourdi, dans V Ecole des Femmes, dans l'Avare.
2. Comp. encore les Femmes savantes (II, 7); Bélise dit à Chrysale :
De ce même sang se peut-il que je sois ?
Je me veux mal de mort d'être de votre race.
3. « Un laquais : un nécessaire, ou un fidèle. » (Somaize, Dict., p. L.)
4. SoMAiZR (p. Lvii) prend la phrase en la modifiant un peu : «Dites-moi, si vous plait, si... » etc. — La comtesse d'Escarbagnas, Précieuse de province, fait à son petit laquais Criquet un reproche
MAROTTE
Dame*, je n'entens point le latin, et je n'ay pas apris, comme vous, la filofîe dans le grand Oyrc *.
MAGDELON
L'impertinente ! le moyen de souffrir cela ! et qui est-il le maistre * de ce laquais?
MAROTTE
Il me l'a nommé le marquis de Mascarille.
MAGDELON
Ah ma chère î un marquis*, ouy, allez dire qu'on
semblable; voy. Comt. d'Escarb., se. III. Ce maïKjue d'usage de la part des valets, chez les gens de mince condition, qui, par affectation de bon genre, leur demandent plus qu'ils ne savent, est un moyen comique souvent employé dans le théâtre ancien et moderne.
1. Interjection explétive, à sens affirmatif, qui provient d'une ancienne interjection du moyen âge, Dame-Dieu {domine Deus) c'està-dire Seigneur Dieu. Sur l'altération progressive de domine, voy. LiTTRÉ, Dict. fr. — Dam ne s'emploie que dans le style très familier. Ailleurs, Molière le met encore dans la bouche d'un valet; Sganarelle dit à son maître {Don Juan, III, 1) : « Oh! dame, interrompez-moi donc, si vous voulez. »
2. C'est-à-dire le Grand Cyrus (voy. ci-dessus, p. 112, n. 2.) — Si les Précieuses ridicules sont en plusieurs endroits la première esquisse des Femmes savantes, Marotte se retrouve certainement dans Martine; comp. les Femmes savantes (II, 6) :