SCÈNE V
MADAME GAUDIN
Oui... la nuit silencieuse avait arboré sa broche d’opâle.
VERTCHOISI.
Ah ! délicieux ! ... de qui est le mot ?
MADAME GAUDIN, hésitant.
Mais... il est de moi...
DELPHINE, bas.
Ah ! ma tante !
MADAME GAUDIN
Tais-toi donc !... il ne faut pas avoir l'air de boutiquières ! (Haut.) Et comment se comporte ce matin monsieur de Valtravers... notre cher noyé?
ULRIC
Oh ! bien doucement...
VERTCHOISI.
11 a eu cette nuit une petite rechùte.
MADAME GAUDIN
Ah ! pauvre jeune homme !
VERTCHOISI.
Vous nous en voyez confus... car nous abusons vraiment d’une hospitalité...
DELPHINE
Par exemple !
MADAME GAUDIN
Ne parlons pas de ça!... parlons de vos œuvres plutôt... Comptez-vous bientôt faire éclore quelques-unes de ces rutilantes poésies...
VERTCHOISI.
Plus tard, belle dame... mes strophes sont encore suspendues aux mamelles de ma fantaisie!...
MADAME GAUDIN, avec ménagement.
Et... de quelle école êtes vous?
De la mienne, madame... je conteste toutes les autres.
ULRIC
Nous contestons toutes les autres!
MADAME GAUDIN
Il en est, cependant, que la renommée à consacrées.
VERTCHOISI, ULRIO.
La renommée !
VERTCHOISI.
Nous ne sacrifions pas à cette idole, dont les méplats et les teintes mordorées se jouent dans les pénombres de ce phantascope qui a pris le monde pour stylobate !... voilà mon opinion !
ULRIC
Je la partage.
MADAME GAUDIN
Stylobate !... Ah ! que c’est joli !... (Bas a «a nièce.) Qu est-ce que ça veut dire ?
DELPHINE, bas.
Je ne sais pas, ma tante.
MADAME GAUDIN
Mais, où allez-vous chercher tous ces mots mélodieux ?
VERTCHOISI.
Oh ! nous ne les puisons pas dans le dictionnaire de monsieur l’Académie française !
ULHIC, grinçant.
Oh ! l’Académie française !
MADAME GAUDIN, le calmant.
Voyons !... calmez-vous... Que ferons-nous, aujourd’hui ?... je propose une promenade.
VERTCHOISI.
Adopté !
MADAME GAUDIN
Vous paraissez aimer la campagne , monsieur de Vertchoisi ?
VEBTCUOISI.
Si je l’aime ?... c’est-à-dire que c’est une infirmité... je serai obligé de m’en faire opérer...
ULR1C, avec amertume-
Ah î tu crois à la campagne, toi ?
VERTCHOISI.
Je ne m’en cache pas... j’aime les bois, les prés, les fleurs...
ULRIC
Moi ! je ne crois pas aux fleurs !...
Monsieur Ulric... je vous demande grâce pour mes rosiers.
ULRIC
Les rosiers sont des petits bâtons qui tiennent la place des asperges...
MADAME GAUDIN, avec enthousiasme.
Qu’il est amer !... Du chicotin ! pur chicotin ! (A Ulric.) Mais votre cœur est donc sourd et muet ?
ULRIC
Si cela était, Madame... vous seriez bientôt son abbé de l’Épée.
MADAME GAUDIN, transportée.
Son abbé de l’Épée! Ah ! que c’est joli! C’est outrageusement galant !
FULBERT, entrant, et très-haut **.
Madame, c’est la blanchisseuse de gros !
MADAME GAUDIN, révoltée.
Animal 1
VERTCHOISI.
Butor !
, * Depliine, Madame Gaudin, Ulric, Verlchoisi.'
*' Delphine, Madame Gaudin, Fulbert, Ulric, Verlchoisi.