SCÈNE VI
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dis que moi... je ne bois que du lait, sapristi!... et il ne me réussit pâS...
VERTCHOISI.
Puisque tu es noyé.
VALTRAVERS.
Ce n’est pas une raison pour me planter là... Je n’ai pour société qu’un grand dindon de domestique qui, sous prétexte de me frictionner, me brosse l’épigastre trois fois par jour... ce qui me creuse horriblement.
ULRIC
Ce pauvre Carolus !
A qui la faute?
ULRIC
Notre propriétaire nous avait déposés sur le trottoir.
VERTCHOISI.
Promenade continuelle de nos créanciers...
YALTRAVERS.
Nous ne sortions plus qu’avec des lunettes bleues...
ULRIC
Ce qui est fort laid pour des poètes...
VERTCHOISI.
Le moment était venu de faire une partie de campagne.
YALTRAVERS.
J’autorise ma femmé à partir pour les eaux... avec sa noble famille !
ULRIC
Nous dînons à Bougival...
VERTCHOISI.
Mais voilà que sur les minuit tu tombes sous la table !...
ULRIC
Avec une bouteille de Cognac... vide...
YALTRAVERS.
Mes enfants, je voulais m’étourdir...
Le gargottier nous flanque à la porte... Heureusement j’aperçois une lumière filtrant à travers les volets de ce cottage... Je sonne... on ouvre... Je demande des secours pour un noble jeune homme qui s’est précipité dans la Seine pour sauver un notaire, qui se noyait par mégarde.
ULRIC
On pousse des cris d’admiration!... et on nous offre l’hospitalité jusqu’à ta complète guérison...
VERTCHOISI.
Et tu veux guérir, imbécile 1
VALTRAVERS.
Mais si je mangeais, je trouverais la farce excellente. C’est triste à dire... mais j’en suis réduit à rôder la nuit dans le verger pour chiper des abricots verts.
ULRIC
Ah! que c’est bêle!... moi, qui me faisais une fête de les manger mûrs!...
VALTRAVERS.
J’ai aussi remarqué un cygne sur la pièce d’eau... je suis en train de l’apprivoiser.
Pourquoi faire ?
VALTRAVERS.
Pour lui emprunter un aileron... On dit que ça se mange.
ULRIC
Ah! mais! je m’y oppose! j’ai des vues sur cette volaille.
VALTRAVERS.
Toi?...
ULRIC
Pour mon tableau de Jupiter et Léda.
VERTCHOISI.
Tu veux faire un tableau, insensé !... tu veux prêter le flanc à la critique!... crois-moi, Ulric, ne fais rien, et reste un véritable artiste.
VALTRAVERS.
Tout homme qui se laisse discuter... est un homme perdu... et on ne discute pas le silence!...
ULRIC
Jolie maxime pour un musicien! •
VALTRAVERS.
Je l’ai toujours pratiquée.
FULBERT, entrant par la gauche un plat à la main.
Messieurs, les côtelettes se lamentent en votre absence !
(il sort A droite.)
VALTRAVERS.
Les côtelettes !
VERTCHOISI, bas à Valtravers.
Chut! rentre dans ta chambre... nous t’avons gratifié d’une rechûte...
VALTRAVERS.
Ah! mais zut!... je vous déclare que ce soir à six heures... je suis guéri et je dîne !
VERTCHOISI.
Gourmand !
VERTCHOISI et ULRIC.
A table ! à table !