‹ Les Précieux, comédie en 1 acte, mêlée de chantChapitre 6 sur 35 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MADAME GAUDIN

Des lyres, mon enfant, des lyres!... Monsieur de Valtravers surtout... quelle tendresse contenue dans son regard !... quand on l'a apporté, il m’a semblé voir la statue de la douceur sortant de l’onde amère !

DELPHINE

L’onde amère !... à Bougival !

MADAME GAUDIN

Qu’importe? c’est pour la phrase !... et monsieur ülric, le peintre... car je flotte entre ces deux enfants perdus de la poésie... quelle tête byronienne! comme il est àcre et amer!.,, il me fait peur et m’attire tout à la fois... comme l’abiine.

DELPHINE

Ali ! bien, moi, monsieur de Vertchoisi ne me fait pas peur, au contraire...

MADAME GAUDIN

Comment ?

DELPHINE

Je lui trouve quelque chose de surhumain, de séraphique, de pas possible !...

MADAME GAUDIN

Petite poète !

DELPHINE

Comme on sent bouillir l’inspiration sous ce vaste crâne... dégarni par les veilles!...

MADAME GAUDIN

Epilé par les muses!.. — Mais tu en parles avec un enthousiasme... (Allant s’asseoir.) Delphine?

DELPHINE

Ma tante !

MADAME GAUDIN

Approche... sur mes genoux... (Delphine s’asseoit sur scs genoux.) maintenant, parle, enfant... égrène dans mon sein le rosaire de tes confidences... l’aimerais-tu ?

. DELPHINE, se levant.

Quand je respire le bruit de ses pas, je frissonne... quand sa voix éclaire mon oreille... je tremble !... quand son regard frappe à la porte du mien... je soupire!... est-ce de l’amour, ô uia tante ?

MADAME GAUDIN, se levant, à part.*

Saprelotte !... j’en ai bien peur !... (Haut.) Mais ai-je le droit de te blâmer quand moi-même...

DELPHINE

Quoi?

MADAME GAUDIN, riant.

Rien !

* Madame Gaudin, Delphine,

DELPHINE

Ce n’est pas ma faute... M. de Vertchoisi a toujours des choses si aimables à vous dire!.. Hier, il m’a comparée à une goutte de rosée endormie au sein d’un pavot.

madame caudin.

Ah! le sein d’un pavot!... cela llatte une femme... c’est comme ce fou de Valtravers qui, il y a trois jours, me comparait à une cavale... pétrie dans un rayon de soleil !... (Modestement.) mais je ne l’ai pas cru... soyons fortes... ô ma nièce, et mettons un cadenas d’ivoire à la porte de nos rêveries !

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