‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 21 sur 85 · JEAN SECOND · texte numérisé non relu

JEAN SECOND

secrétaire. Plus tard, Charles-Quint,. dont il avait gagné les bonnes grâces par ses poésies, l'employa à sa correspondance secrète avec le pape et les grands de Rome. Soit vivacité d^àmitié, soit désir d'avoir pour témoin de ses exploits un poète capable de les chanter dignement, ce prince emmena Jean Second avec lui dans son expédition de Tunis {1535). Les fatigues de la navigation et celles de la guerre, unies à quelques excès dans les plaisirs et aux ardeurs d'un climat plus chaud que celui de son pays, eurent bientôt mis ce jeune homme hors d'état de profiter des bontés de l'empereur. On lui conseilla de retourner promptement en Belgique. Il était mourant; mais à peine eut-il respiré l'air de la patrie, ce plus doux que les baumes de FOrient » qu'il parut ranimé et guéri. Afin de se soustraire pour jamais au dangereux séjour de l'Espagne, il se rendit à Tournai, auprès de Georges d'Egmont, abbé commandataire de Saint-Amand et évéque d'Utrecht, qui le demanda pour secrétaire. Mais en 1556, une fièvre maligne le saisit et l'emporta au bout de quatre jours (le 24 septembre). Ses parents, dont il était tendrement aimé, consacrèrent leur douleur par un tombeau en marbre qu'ils lui firent élever dans la riche abbaye des bénédictins de Saint-Amand f).

On a de Jean Second des épigrammes, des odes, des pièces funèbres, des Sylves, deux livres de lettres, trois livres d'élégies, un recueil de Baisers, sorte de composition dont il est l'inventeur, quelques fragments en vers et une relation en prose de ses voyages.

Philologue, orateur, peintre, graveur, sculpteur (^ et poète, né pour tous les arts, Jean Second cessa de vivre à l'âge de moins de vingt-cinq ans, après avoir aimé une jeune Mali-

(*) TissoT, Batse7*s et élégies de Jean Second, Paris, 1806, p. iv.

(*j Jean Second avait aussi cultivé avec succès les beaux-arts ; il s'essaya d'abord dans la peinture et y sut mériter les encouragements de Jean Schoreel, célèbre peintre d'Utrecht ; mais la sculpture lui offrant plus d'attraits, il s'y voua particulièrement et parvint à modeler avec une grande perfection. Il ne parait pas toutefois qu'il ait sculpté autre chose que des médaillons et des médailles en nombre assez considé-

100 MARGUERITE d' AUTRICHE ET LA RENAISSANCE DANS LES PAYS-BAS.

noise, cette belle Julie, qui, malgré sa tendre affection pour lui, fut forcée par ses parents à épouser un autre.

Trente ans à peine après sa mort, les iconoclastes de 1560, si bien nommés dans le pays les brise-images, se ruèrent dans l'abbaye de Saint-Amand et détruisirent le tombeau de l'élégant et gracieux chantre des Baisers.

Charles de Par, qui fut abbé de Saint-Amand de 1606 à 1619, fit relever le tombeau de Jean Second dans la nef de régi i se où ses cendres reposaient et les moines de cette abbaye se montrèrent toujours fiers de les posséder. Pour eux, Jean Second uY'tait pas l'auteur mondain des Baisers; ils ne se rappelaient que le jeune secrétaire de Georges d'Egmont. On avait eu beau lancer contre lui cette épigramme :

Non benè Joannem sequeiis, lascive Seconde, Tu Veneris cultor, Virgi72is ille fuit.

Son tombeau, deux fois relevé dans leur église, fut conservé jusqu'à la fin du siècle dernier, où furent dispersées pour toujours les cendres du plus charmant poète latin qu^aient produit les provinces des Pays-Bas.

Les Baisers de ce poète ont été traduits au xviii® siècle par Moutoniiet de Clairfons et avec beaucoup plus de succès par Mirabeau. En 1806, Tissot, si avantageusement connu par sa traduction des églogues de Virgile, donna une nouvelle traductîoti de Jean Second en vers français.

roble, mais dont une seule est parvenue jusqu'à nous. Elle représente le buste en profil de Julie et porte pour légende ce pentamètre :

Vatis amatoris Julia sculpta manu,

C*est-â-dirD » Julie gravée de la main de son cher poète »f. Il paraît même qu'il a sculpté les traits de la belle Malinoise sur un médaillon en marbre.

Jean Second mentionne dans ses œuvres deux autres médailles, l'une de Charles- Qiiint et l'autre de Jean de Carondelet, archevêque de Palerme et chef du Conseil pi-ivé. En eiivojant à Jean Dantiscus, évêque de Culm et poète comme lui, un exemplaii'e du portï-ait de Tempereur, notre artiste y joignit celui de sa bien-aimée, avec une épître en vers.

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