‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 39 sur 85 · JEAN WIER · texte numérisé non relu

JEAN WIER

s'expliquer d'une manière naturelle. Il prouve que c'est une absurdité de croire que le démon emploie les sorciers comme ses ministres, puisqu'il n'a besoin d'aucun intermédiaire pour opérer le mal. De là il conclut qu'il y a moins de sorciers qu'on ne l'imagine, et que ceux qu'on regarde comme tels sont, pour la plupart, des malades ou des insensés, qu'il faut tâcher de guérir au lieu de les tourmenter.

Wier adressa ison ouvrage à tous les princes de l'Europe, en les conjurant de prendre sous leur protection tant d'êtres innocents. Si les bûchers ne disparurent pas entièrement, il en fit au moins diminuer le nombre, et les juges s'habituèrent à ne plus voir dans les prétendus sorciers des coupables dignes du dernier supplice. Mais telle était la force des préjugés, que Wier se vit en butte aux attaques d'une foule d'écrivains, parmi lesquels on regrette de trouver l'aïuteur de la République^ Jean Bôdin f).

Wier mourut le 24 février 1588. Ses œuvres ont été recueillies en un volume f), qui contient : 1"* De pi^œstigiis dœmonum et incantationibus ac veneficiis^ libri sex. Le premier livre traite du diable, de sa chute et des bornes mises à son pouvoir ;^ le second, des magiciens et des moyens qu'ils emploient pour tromper ; le troisième, des lamies ou esprits; le quatrième, des personnes qui se croient tourmentées par les esprits; le cinquième, des moyens qu'il convient d'employer pour les guérir, et, enfin, le sixième, de l'injustice qu'il y a de les tourmenter et de les faire périr. 2** Liber apologeticus et pseudo-monarchia dœmonum. Bans cet ouvrage, Wier se contente de rapporter, d'après les auteurs les plus graves, les noms et les fonctions des rois et des chefs des démons, au nombre de soixante-neuf, lesquels ont sous leurs ordres six millions six cent soixante-six légions. L'épigraphe qu'il a choisie prouve assez son but : Curas homimim, o quantum est in rébus inane! S"* De lamentitiis liber, et de commentitiis

(*) Biographie universelle, article Wier, (*) Amsterdam, 1660, in-4o.

j^uniis, œuvre destinée à montrer la fausseté de jeûnes extraordinaires.

D'après Sprengel, les observations de Wier sur le scorbut sont un véritable chef-d'œuvre et ont été très souvent copiées.

Wier défendit avec une grande énergie la mémoire de Corneille Agrippa, dont il avait été Télève, l'admirateur et l'ami. Il le venge de la sotte légende suivant laquelle Agrippa aurait toujours promené avec lui le diable sous la forme.d'un chien noir. Cela ne l'empêcha pas de combattre les absurdités astrologiques et les ridicules préjugés de magie dont fourmille la Philosophie occulte de ce maître.

Il mérite surtout les plus grands éloges pour avoir attaqué la superstition, mère des procès de sorcellerie, avec une érudition si étendue et si profonde, une perspicacité si pénétrante et une éloquence si irrésistible, que le Maliens malifi* carum en fut ébranlé et que ceux qui, après lui, voulaient combattre le même monstre n'avaient plus beaucoup de neuf à dire (^).

ce Les prétendues sorcières, dit-il, sont de sottes femmes, mélancoliques ou égarées, dont le malin a tellement troublé les sens qu'éveillées ou endormies, elles croient ressentir en réalité ce que leur imagination égarée leur inspire.

« Rien de plus trompeur, de plus abominable, dit-il, que les épreuves physiques que l'on fait subir aux femmes accusées de sorcellerie ; rien de plus inhumain que d'arracher par la torture à ces êtres faibles et insensés des aveux comme démonstration suffisante de leur culpabilité... Il ne faut condamner à la peine de mort que ceux dont la magie consiste dans l'art des empoisonnements.

ce Plus coupables sont les médecins et les ecclésiastiques qui abusent des choses sacrées, particulièrement du saint nom de Dieu, pour guérir les maladies des hommes et des

(') Meineks, Yergleichung, t. III, p. 347-349.

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