LES EVERARD
plus riches de Thymne de Ronsard sur la mort de la reine de Navarre sont empruntés au poète belge. Sainte-Beuve est d'avis que « Jean Lemaire, historien érudit pour son temps, et rimeur d'un ton assez soutenu, a mérité aussi d'avoir Clément Marot pour élève, ou du moins de lui donner des conseils utiles de versification ».
Il est incontestable, d'un autre côté, que c'est de Lemaire que date l'époque littéraire connue sous le nom de première époque de Ronsard, c'est-à-dire celle où prévalut l'imitation des grecs et des latins. Toutes les poésies de Lemaire ont quelque chose d'antique; son dessin est grec et latin, sa couleur est grecque et latine, sa langue aussi, et l'on peut dire que, si Ronsard a plus que Marot frayé la route à Corneille, cette gloire revient en partie au poète belge. Seulement il ne faut pas exagérer cet éloge.
Enfin, on a vu par quels traits il mérite d'être classé parmi les précurseurs de la Réforme.
Remacle de Florenne a chanté Marguerite en des vers latins parfumés de mystiques essences Q. Aussi, grâce à la protection puissante de cette princesse, fut-il nommé secrétaire de l'empereur.
A la tête des Everard, je dois placer Nicolas Everard {Klaes Everts)^ né à Grijpskerke en Zélande f). Ancien élève de l'université de Louvain, il fut un des meilleurs jurisconsultes et un des magistrats les plus distingués de son temps. Après avoir professé la science du droit dans la même université de Louvain, il passa en 1498 à Bruxelles, comme juge pour les affaires ecclésiastiques, fut nommé ensuite chanoine de la collégiale de Saint-Guidon à Anderlecht, doyen de Sainte- Gudule à Bruxelles f), conseiller à la cour suprême de justice à Malines et enfin président de la haute cour de justice de
(*) Mysticum de illustrissima Margarita Augusta Maximtlianea, duce Bargundioiium, necnon de flosculo eut Margarita nomen indiderwU. («; En 1473.
(3) Bien qu'il n*eùt pas reçu les ordres. (Paquot, Hist, Acad, Lav,, 1. 1, f. 255.> T. 11. 7
98 MARGUERITE d' AUTRICHE ET LA RENAISSANCE DANS LES PAYS-BAS.
Hollande et deZélande à La Haye. H remplit pendant dixhuit ans ce dernier ministère avec la plus honorable réputation de talent et de probité. Charles-Quint le rappela ensuite à Malines, où il devint président du grand conseil en 1528 et mourut en 1552, laissant huit enfants dont cinq fils, qui tous ont été des hommes de mérite, mais parmi lesquels on distingue surtout le célèbre poète latin Jean Second et ses deux frères, Nicolas Grudius, conseiller au grand conseil de Malines, et Adrien^ Marins, président du conseil de Gueldre. Leurs productions poétiques ont été réunies dans le recueil intitulé : Trium fratrum poemata et effigies (^). Nicolas Everard est auteur : 1** des Topica juris sive loci argumentorum légales, dont la première édition est de Louvain, 1516, in-fol., et qui ont été réimprimés plusieurs fois ; des Consilia sive respoma juris f); Jacques Molengrave les a réimprimés plusieurs fois f). Ces publications ont été de nos jours l'objet des éloges de l'illustre Savigny.
Jean Second naquit à La Haye le 14 novembre 1511 (^). On ne sait rien de particulier touchant ses premières années, sinon que, comme Voltaire, il bégayait des vers au sortir du berceau. Un père célèbre par des ouvrages de jurisprudence devait nécessairement l'initier aux mystères de cette science. Il l'envoya ensuite achever ses études à Bourges, auprès d'Alciat de Milan, que les bienfaits d'un prince ami des lettres avaient appelé dans cette ville. Jean Second lia une tendre amitié avec son professeur, ainsi qu'avec plusieurs personnages distingués dans la poésie ou dans les arts. Le 4 mars 1555, il reçut le laurier académique et le bonnet de docteur. Il se rendit ensuite avec l'un de ses frères en Espagne, où le cardinal Jean de Tavera, archevêque de Tolède, le fit son
{*) Leyde, 1614.
(*) Louvain, 1554.
('j En 1577, ils ont encore eu d'autres éditions, (Biographie universelU, article N. Everardi.)
(*) BosscHA pense qu'un jeune frère, mort en bas âge, transmit le nom de Jean à notre poète, qui devint Jean Second pour sa famille.