SA BIBLIOTHÈQUE ET SON MUSÉE
Marguerite ne protégeait pas seulement les lettres, elle favorisait aussi les arts. Sous le règne de cette princesse, la musique fut portée à un degré de perfection inconnu jusqu'alors. Elle voulait consoler ses infortunes, adoucir les douleurs poignantes de son âme par les plaisirs, la poésie, la musique et la danse. Aussi, pendant que Massé lui racontait les merveilleuses histoires de ses Assyriens et de ses Babyloniens, Lemaire et Molinet se mettaient à chanter sur toutes les gammes :
Après regrets, il se fault resjonyr.
Puis c'étaient « trompettes, joueurs de tambourins, orgues, fifres, rebecs et sacquebuttes(^)» qui venaient la distraire. Une autre fois, c'étaient des chanteurs allemands (*), si remarquables par le sentiment profond et l'énergie de leur exécution. D'autres fois encore, c'étaient des joueurs de farces f) et des faiseurs de pas (^), ou bien des automates (% de ces fameux androïdes, objets alors de la curiosité générale. Mais c'était bien mieux quand le peuple s'en mêlait : alors, il fallait voir les gens des métiers offrir à la princesse des paniers de cerises f*), planter des mais devant son hôtel, danser par bandes joyeuses sous ses fenêtres Q, processionner devant elle avec Rosse Bayard (^, les géants et les quatre fils Aymon (^.
Nous avons à la bibliothèque de Bourgogne un manuscrit provenant de la collection de Marguerite, intitulé : Les Basses Dames, où se trouvent annotées en musique plus de cinquante
(*) Archives du royaume, registres des Chambres des comptes, n° 1797.
{») Ibid,, n° 1798, fol. VI^x, X.
(») Ibid., no 1797.
Y) Ibid,
(^) A ung compagnon qui est venu monstrer à Madame une damoiselle faicte de bois de lente (liège) allant par engin toute seulle, la somme de quarante carolus d'or de XXIÏ sok pièce. (Archives citées, l. c, n^ 1802, f. lUl^^ verso.)
(8) Archives du rçyaume, Chambres des comptes, n® 1803, fol. VI»*, XV.
(7) Ibid.
(8) Ibid., n« 1805, fol. CVI.
(») Ibid., no 1801.
108 MARGUERITE d'aUTRICHE ET LA RENAISSANCE DANS LES PAYS-BAS.
danses différentes f ). Sa cour était devenue le rendez-vous de toute la noblesse du pays et même d'une partie de celle de France, qui, de fois à autre, y venait prendre part aux fêtes bruyantes et aux heureux passe-temps.
Parmi les musiciens qui figuraient à la cour de Marguerite, on cite Josquin Deprés, Ysac, Bruhier, Compère, de la Rue, Brumel et Agricola.
Après les musiciens, voici venir les peintres : celui d'entre eux qui illustra la cour de Marguerite fut Bernard Van Orlej. Il avait été présenté à cette princesse par son neveu Charles- Quint, et en 1518, elle Pavait nommé son peintre officiel. Comme le jeune prince aimait beaucoup la chasse dans les forêts voisines de Bruxelles, on chargea Bernard de copier les scènes auxquelles ce divertissement donnait lieu : il fit un grand nombre de cartons qui servirent à broder des tapisseries f).
« Outre ses appointements annuels. Van Orley recevait des sommes particulières pour chacun de ses tableaux. Marguerite lui paya, entre autres ouvrages, la Remembrance de Marie morte dix philippus d'or; ce panneau fut envoyé au cloître des Sept Douleurs de Notre-Dame, près de Bruges f). Elle donna le même prix d'un saint suaire sur taffetas. Dans le compte où sont mentionnés ces deux morceaux, il est encore question de dix autres philippus donnés au peintre « pour certains agréables services par lui rendus à Madame et dont elle ne veut aucune déclaration formelle (^ ».Les Archives du royaume à Bruxelles (^ rapportent dans les mêmes termes deux autres gratifications f). Pourquoi ne voulait-elle pas en
(') De Reiffenberg, Notices et extraits des mannscHts de la bibliothèque dt Bourgogne, p. 1 et suiv.
(*) MiCHiELS, Histoire de la peinture flamande, 2« édition, t. V, p. 72-73. (') Archit>es du royaume^ Chambres des comptes, n<> 1797, f. IF, IIII. ('•) Ibid.
•p) Ibid, (*) Voir mon livre sur Marguerite d^ Autriche, p. 184-185.