‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 3)Chapitre 26 sur 70 · SES TROIS LIVRES SUR LA PHILOSOPHIE OCCULTE · texte numérisé non relu

SES TROIS LIVRES SUR LA PHILOSOPHIE OCCULTE

(lé'la moralité moderne. On s'étonne qu'un livre si décidément satirique et où le cynisne ne se déguise pas, ait pu être gravement dédié à Marguerite d'Autriche. Cela peut donner une idée de la liberté de penser qui régnait à cette époque en Belgique (^).

Le discours d'Agrippa n'eut pas l'effet qu'il en attendait. Le provincial des Franciscains, Jean Catelinet, en fut cause : prêchant pendant le carême de 1510 devant la gouvernante, à Gand, il se livra à des outrages contre l'auteur, qu'il traita, entre autres, d'hérétique judaïsant. Agrippa, convaincu qu'il n'avait plus rien a attendre de la cour de Marguerite, partit en 1510 pour Londres, d'où il lança contre Catelinet un écrit plein de sens et de modération. Étant revenu la même année à Cologne, il s'y occupa de certaines questions ambiguës de théologie et s'étendit sur le bon ou le mauvais usage des églises, statues, images, fêtes, processions. Puis, excité par Trithème, il écrivit ses trois livres sur la Philosophie ocadlCj dans lesquels il s'efforçait de séparer de la haute magie tout ce qu'on y avait mêlé de fables, de superstitions et de choses ridicules ou pernicieuses. Il dit lui-même, dans une lettre, que toutes les doctrines sur la magie, l'astrologie et l'alchimie sont fausses et trompeuses quand on veut les prendre à la lettre ; mais qu'il en est autrement si l'on en cherche le sens mystique. Pris dans son ensemble, ce livre renferme la substance des travaux de toute sa vie et de toute l'érudition qu'il avait pu acquérir, depuis les constellations, les caractères sacrés, les amulettes, jusqu'aux philtres, à la géométrie et cl la musique démoniaque f).

En 1512, Agrippa entra au service de Maximilien P' comme conseiller impérial; il se distingua ensuite à l'armée d'Italie et on le créa chevalier doré {auratus eques). En 1515, il fit à

(*) Encyclopédie nouvelle, t. I, p. 174.

(*) Meinkrs, p. 233-238. — Ritter, t. IX, p. 327 et 328. — Encyclopédie notivelle. — Biographie universelle, article cité. — Capefioue, Histoire de la Réforme, 1. 1, p. 236(édit. de Bruxelles, 1834j.

Pavie des leçons sur Hermès-Trismégiste, s'y maria et s'y fit recevoir docteur en droit et en médecine. Mélange de superstition et de charlatanisme, il fut appelé, en 1317, à Metz, où il se distingua en qualité d'avocat, d'orateur et de syndic. En dépit de ces titres, les inquisiteurs le pei^sécutèrent parce qu'il avait prêté son concours à une paysanne accusée de sorcellerie, et il fut forcé de retourner à Cologne (1520).

L'année suivante, il alla à Genève, où il se maria en secondes noces, et de là à Fribourg, puis à Lyon, où il professa Fart de guérir avec un tel succès qu'il reçut le titre de médecin de Louise de Savoie, mère de François I*' (1525). Disgracié l'année suivante pour avoir prédit le triomphe do counétîible de Bourbon sur l'armée française en Italie, il se vit réduit à un état voisin de l'indigence, ce qui, cependant, ne l'empêcha pas d'écrire son fameux livre De rincertitude et de la vanité des sciences. Ce livre portait l'empreinte de la situation intellectuelle et morale où il se trouvait alors {% et il est naturel qu'un livre destiné à prouver la vanité des sciences se terminât par l'éloge de l'âne, si souvent cité.

En 15 7, Agrippa quitta Lyon pour Paiîs et alla ensuite s'établir à Anvers, où il avait été appelé sur les instances d'un moine augustin, qui était un de ses adeptes. Il fut généralement recherché en Belgique comme un être merveilleux et surtout comme un médecin à qui rien n'était impossible : on venait le consulter de Louvain, de Malines et d'autres villes.

En 1529, Marguerite d'Autriche le nomma son conseiller, son indiciaire et son historien. L'année suivante, il publia, sur les ordres de cette princesse, la description du double couronnement de Charles-Quint, comme roi des Lombards et comme empereur romain. Puis il quitta Anvers pour Malines, résidence de la gouvernante, et fit paraître dans la

(») Meiners, p. 236-288.

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