‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 3)Chapitre 8 sur 70 · SON ENCYCLOPÉDIE CLASSIQUE · texte numérisé non relu

SON ENCYCLOPÉDIE CLASSIQUE

rateurs, trop paresseux pour lire le Corpus jtiris, ne l'étaient plus lorsqu'il s'agissait d'étudier les lourds commentaires des Barthole, des Balde, des Albéric et de tant d'autres. »

« L'ignorance et l'oubli des langues savantes, continue Vives, ruinèrent aussi la médecine. On perdit tout ce qui était nécessaire pour comprendre les observations des anciens sur les causes, les temps, les pays et les remèdes. On traduisait, aussi mal qu'on l'avait fait pour Aristote, les écrits d'Hippocrate, de Galien et de Dioscoride ; de là tant d'erreurs d'Avicenne, de Rhasès et d'autres Arabes. Beaucoup d'ouvrages d'Hippocrate, de Galien et de Paul Égénète n'étaient même traduits ni en arabe, ni en latin ; ils ne viennent d'être tirés de l'oubli et communiqués au monde savant que tout récemment... Or, comme les médecins étaient privés des œuvres et des connaissances des anciens, il fallait bien qu'ils inventassent de quoi s'occuper, et au lieu de traiter des maladies, l'école traitait de iiitensione et remissione formarum^ de raritale et densitate^ de partibtis pi'oportionalibusy de inslantibus et d'autres choses qui ne furent et qui ne seront jamais. On pouvait se livrer à toutes ces disputations sans posséder aucune véritable science, et obtenir ainsi les plus hautes dignités dans la médecine. On admettait au doctorat des jeunes gens qui ne savaient absolument rien de la force des plantes, de la nature des animaux et des effets des remèdes, et alors même qu'ils n'avaient aucune espèce d'expérience, de prudence et d'intelligence. On faisait plus, on les envoyait, des universités, dans les villes voisines pour y exercer leur métier de bourreaux et pour l'apprendre par la pratique. »

Les services rendus à la dialectique pai^ ce philosophe consistent essentiellement en ce qu'il s'est appliqué à en élaguer ce qui s'y était mêlé d'une manière fort hybride. Il voulait remplacer la scolastique par une philosophie plus simple. Il accuse Aristote et Platon d'y avoir déjà ajouté des choses contraires à son essence. D'après lui, la dialectique ne doit être que l'instrument de la pensée pour distinguer le

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vrai (lu faux. Sous ce rapport, il est, sans contredit, un des précurseurs de la philosophie moderne, car il veut que la dialectique soit réduite à la recherche et à l'examen des formes de la pensée. Mais Aristote, en suivant Platon, a voulu faire de cette science l'arbitre suprême de toutes les sciences, comme si, avant de juger, il ne fallait pas pénétrer dans les sciences, et comme si, h cet égard, la dialectique pouvait être plus qu'un instrument (*). Autre abus : on enseigne la dialectique immédiatement après la grammaire, mais on ne peut pas apprendre sitôt les sciences difficiles qui s'occupent de l'essence même des choses. On ne fait que troubler la sphère des sciences, si l'on veut assigner à la dialectique un autre but que la rectitude du raisonnement f). »

Vives était tout à fait hostile aux réalistes, dont il qualifiait les doctrines d'abjectes, mais il n'était pas nominaliste jusqu'à réduire l'universalité des connaissances humaines au seul usage des noms : le nom, suivant lui, est en connexité avec la chose. En même temps, il attaque l'emploi arbitraire des noms : il veut que, dans toutes les langues, on s'exprime avec la plus grande exactitude; la grammaire doit être la base de la dialectique, il faut que les lois de la grammaire et de la dialectique soient formulées suivant le langage et la pensée, et non pas que le contraire ait lieu f). La dialectique ne pouvait être, à ses yeux, qu'un instrument mis à la disposition des sciences, qui seules peuvent conduire à la connaissance des choses; il demandait, en conséquence, que l'enseignement de la dialectique fût abrégé de beaucoup, qu'on en vînt au fond des choses et qu'on perdît moins de temps aux préparatifs (^.

Il faisait un grief aux aristotéliciens de s'être jetés sur les écrits les plus difficiles du maître, tels que la métaphysique,

(*) De causis corrupt. art,, c. s. — Rittbr, Gesch. der Philos,, IX, 440. (•y Vives, ihid, — RiTTER, xhid,, IX, 440.

(*) Vives, ihid, et in Pseudodialedica, f. 41-47. — Ritter, p. 442. (<) Vives, De causa corrupt, art,, 3-5. — Ritter, p. 442 et 443.

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