LE « CICÉRONIEN
interlocuteurs sont Thomas Morus et Simon Villeneuve, sous lequel Dolet avait étudié à Padoue. Morus prend le parti d'Érasme; mais Villeneuve en parle avec le dernier mépris : Érasme n'est qu'un mauvais bouffon, un vieillard qui radote, un double escroc, un parasite, un ennemi de Cicéron, de tous les gens d'esprit, de la France même et des Français. Cet ouvrage mérite cependant d'être lu, parce que l'auteur, qui possédait parfaitement Cicéron, le justifie contre quelques critiques un peu trop légèrement avancées. Érasme en fut piqué, mais il déclara qu'il ne répondrait pas à ce libelle, et Dolet finit, comme Scaliger, par une réparation à celui qu'il avait attaqué avec tant de violence (^).
Au surplus, la guerre que le philosophe de Rotterdam faisait aux cicéroniens dura aussi longtemps que le siège de Troie; elle ne finit qu'à sa mort, et, chose à noter, dans cette lutte acharnée, le meilleur cicéronien par son éloquence, par son esprit, sonsavoir, le seul dignede ce nom, c'était Erasme. C'est qu'au lieu d'imiter les formes du style de Cicéron, Érasme l'imitait par la pensée, par la suite, par le lien des idées et les procédés de composition que les écrivains illustres se transmettent f).
{') De Burigny, p. 104, et Querelles littéraires ou Mémoires pour servir à l'histoire des révolutions delà république des lettres, t. I, p. 113-119.
Péricaud, Erasme dans ses rapports avec Lyon, p. 8. — Nisard, p. 179.