LE MYSTICISME : ODON DE TOLRNAY
Richard de Saint- Victor qui ont remis en usage l'expression de contemplation, empruntée à la philosophie néo-platonicienne pour signifier le degré le plus élevé de l'intelligence, le terme suprême de la connaissance, c'est-à-dire l'intuition claire et nette d'un objet dans un autre, par exemple de Dieu dans le monde. La contemplation, selon eux, donne à l'esprit une connaissance immédiate de Dieu, avec qui elle le met en rapport direct, et c'est en cela que consiste sa haute supériorité sur la science de la théologie (')•
Ces tendances mystiques étaient dirigées contre la dialectique nominaliste et contre le panthéisme réaliste d'Amaury de Chartres et de David de Dinant. Par son livre des Se»tences, fidèle reproduction de la pensée des Pères et de la tradition du passé, un élève de Hugues, Pierre Lombard (•), était devenu l'organe le plus avancé de cette réaction, et cet ouvrage resta, pendant des siècles, le manuel suivi dans les cours publics.
D'autres spiritualistes y prirent aussi une part active, et, parmi eux, Odon de Tournay. Suivant ce philosophe, « les universaux étaient les substances réelles des choses; ils étaient de leur nature simples et composés, comme l'homme, qui consiste en âme et en corps ; mais l'universel était tout entier dans chacun des individus de sa catégorie; sans se diviser, sans se multiplier, il demeurait invariablement le même et immuable f) ». Odon attribuait cette existence aux espèces seulement et non pas aux genres, distinction essentielle et que l'on ne trouve pas aussi nettement formulée dans les autres réalistes du moyen âge (^).
Cependant, la transition au second âge de la dialectique était opérée par le franciscain Alexandre de Haies (mort en 1245) et par Bonaventure (mort en 1274), ainsi que par les
{*) Haag, Histoire des dogmes ehréUms, t. ï, p. 280 et 281. {*) Né dans un village voisin de Novare, en Lombardie. (') De peccatooriffinali.
(<) ScHWARTZ, 1. 1, p. 15 et 16. — Lakouèt, /. c. 631-635.
dominicains Thomas d'Aquin (mort en 1274) et Albert le Grand (mort en 1280) (^). Les idées philosophiques de Thomas d'Aquin devinrent une règle pour les dominicains. Quoiqu'il fût scrupuleusement attaché à l'orthodoxie, il avait des vues plus indépendantes que celles des théologiens de son temps. Mais des rivalités de couvent lui suscitèrent des contradicteurs. Duns Scot, qui était franciscain, opposa ses doctrines à celles du dominicain Thomas et bientôt les facultés se divisèrent entre les thomistes et les scotistes, ceux-ci adonnés au réalisme, ceux-là inclinant davantage vers les nominaux. En matière théologique, ils soulevèrent la grave question du libre arbitre et de la grâce, et Thomas, sans rejeter la valeur des actions humaines, se prononça dans le sens de saint Augustin, tandis que Duns fit une part plus large au libre arbitre. Cet écrivain, un de ceux qui se sont montrés le plus attachés aux idées et aux formes subtiles de la scolastique, a cependant beaucoup contribué à les renverser; car la division à laquelle il donna lieu et qui montra la scolastique en désaccord avec elle-même, a ébranlé la confiance qu'on avait en elle et contribué à l'émancipation de la pensée (^.
Un Belge, un Flamand, le célèbre Henri de Gand, né en 1217 et surnommé le docteur solennel, fut alors une des lumières de l'université de Paris, qui comptait dans son sein tant de grands hommes (^. Il y avait reçu le grade de maître en théologie ; l'habileté et le savoir qu'il montra dans les argumentations au sein de l'université fondèrent sa réputation.
En 1270 ou 1271, il compta au nombre des sociétaires primitifs de la maison ou communauté dite des pauvres maU
(*) Conf. Laforêt, p. 636 et suiv.
(*) GiESELBR, t. II, p. 420-426. — Voir une savante étude de la philosophie scolastique au moyen âge par Ritter, dans le Taschenbuch de Raumer, t. VII, 3, p. 271 et suiv.
(3) GiESELER, t. II, 2, p. 418-420. — HuET, les Belges illustres, t. IIÏ, p. 82.