‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 5 sur 102 · RÔLE ET SITUATION DE LA BELGIQUE · texte numérisé non relu

RÔLE ET SITUATION DE LA BELGIQUE

et pure Ç) lorsque Fhérésie, écrasée chez les Albigeois (^ de France, allait éclater chez les Lollards d'Angleterre, soulevait les hussites de Bohême et couvait, sous une compression impuissante, le feu où la Réforme allumerait un jour son incendie? Uhérésie a toujours existé au moyen âge; la papauté, par des moyens violents, Fétouffait passagèrement, mais n'en pouvait détruire le germe. La Réforme du xvi** siècle n'a fait que révéler ce qui était latent, que constituer politiquement et localiser géographiquement la protestation sourde qui errait au sein des peuples durant le moyen âge. Si la Réforme a opéré cette œuvre, si elle a régularisé, en quelque sorte, l'opposition du principe de liberté protestante au principe d'autorité catholique, elle le doit aux transformations politiques et matérielles qui avaient changé la face de l'Europe lorsqu'elle parut f). »

En Belgique plus qu'ailleurs, ce mouvement général devait entraîner d'immenses conséquences politiques et religieuses. Cela résultait à la fois de notre dépendance de l'Espagne, qui s'était donné la mission de comprimer, par le fer et par le feu, toute révolte contre l'orthodoxie, et de notre position intermédiaire entre les grandes puissances de nouvelle formation, qui se disputaient nos provinces. Le développement de la prospérité industrielle de notre pays favorisait, en outre, tout changement politique hostile aux deux classes jusque-là prépondérantes, le clergé et la noblesse. La bourgeoisie libre des villes, enrichie par le commerce, et le peuple des campagnes, encore attaché à la glèbe, supportaient seuls le poids des charges publiques. C'étaient autant de causes de mécontentements et de révolutions qui ne demandaient qu'une occasion pour éclater, et cette occasion ne tarda

(*) Cette opinion d*un écrivain libéral est confirmée par un écrivain catholique. Voir : Chateaubriand, Éludes historiques, édition de Bruxelles» in-36, t. III, p. 32, 180, 184, etc.

(*) Les Albigeois, très nombreux à la fin du xii** siècle, se trouvaient en Provence et dans le Languedoc, surtout dans la ville d'Albi.

(*) FoRCADE, Reoîte des Deuco Mondes, 1849, t. I, p. 651.

18 INTROPUCTION.

pa$ à se présenter. De même qu'à une autre époque, la Suisse, berceau de la maison de Hapsbourg, avait commencé la lutte contre Fagrandissement de cette maison, il était dans la destinée des Pays-Bas, berceau de la maison de Bourgogne, de continuer, 3% xvi* siècle, la lutte contre son despotisme. On sait que TAllemagne entière devait être engloutie dans le vaste empire rêvé par Charles-Quint, et que dans les desseins de son fils le même sort était réservé aux Pays-Bas. L'indépendance nationale, sacrifiée à la tyrannie espagnole, l'indépendance provinciale au despotisme centralisateur, l'indépendance religieuse au pouvoir épiscopal, c'était notre existence entière qui était menacée, en même temps que notre liberté de pensée et de conscience. Mais la question religieuse primait toutes les autres, et c'est pour étouffer les germes d'hérésie semés par la Réforme que . l'Espagne employa ses forces jusqu'à ce que tout fut détruit et ^^^^îmé, jusqu'à ce qu'aucune résistance ne fut plus matériel-

[i^"^ ' cément possible.

'^ J'entreprends, en ce qui concerne les Pays-Bas, l'histoire

des origines et des progrès de cette lutte pendant la durée du XVI* siècle; siècle où tout fut grand, les hommes et les choses, les chefs et les peuples ; où, au milieu de la foudre et des éclairs, furent posées, par nos ancêtres, les plus formidables questions politiques et sociales ; où les plus hauts problèmes d'affranchissement et les droits de la raison et de la conscience furent plaides les armes à la main. La victoire ne couronna pas nos efforts. Toutes nos libertés succombèrent. Mais elles devaient triompher de nos jours, mieux comprises, épurées, complétées, telles, enfin, qu'elles sont gravées sur le bronze de notre Constitution.

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