‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 7 sur 102 · LES HÉRÉTIQUES UN PEU PARTOUT EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

LES HÉRÉTIQUES UN PEU PARTOUT EN BELGIQUE

^n 1247, une lettre au Père provincial des dominicains, qui tenait alors à Strasbourg un chapitre de Tordre, pour le prier d'envoyer à Anvers quelques frères, promettant de leur faire bon accueil et de les aider de tout son pouvoir (^). »

Vers ce temps, au moment où les dominicains s'installaient en Belgique, des doctrines hérétiques circulaient sourdement à Anvers. Elles se rapportaient, de même que l'hérésie de Tanchelin, à celles des Albigeois, et plus encore à celles des Yaudois, dont quelques-uns, pour échapper aux persécutions dirigées contre eux en Flandre, semblent avoir cherché un asile à Anvers, où ils rencontrèrent des adhérents. Les écrivains protestants considèrent ces doctrines comme des restes de l'hérésie de Tanchelin (^, laquelle, suivant eux, n'aurait jamais été complètement extirpée et se rattacherait, par une chaîne non interrompue, à la Réforme du XVI* siècle. Ce qui est certain, c'est que les doctrines de Cornélis étaient, en beaucoup de points, conformes à celles des Vaudois f).

D'autres hérésies encore se répandirent de France et d'Italie en Belgique. Ceux qui les professaient niaient l'efficacité du baptême des enfants et la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, condamnaient le mariage et déclaraient crime le serment. Le peuple de Liège, chez qui ils avaient pénétré de nos provinces, les aurait brûlés vifs s'il n'en avait été empêché par le clergé, plus humain et plus charitable que la multitude. Ils réussirent mieux dans Arras (1185), où ils parvinrent à faire des prosélytes dans la noblesse et dans le peuple. Ils y avaient été précédés, en 1025, par d'autres hérésiarques qui rejetaient toutes les cérémonies de l'Église et mettaient l'essentiel de la religion dans l'abandon des plaisirs de ce monde, dans la réprobation de la chair, dans les tra-

(*) Gens, p. 69 et 70.

(*) Voj. Uyttenhooven, Geschiedenis der heroormde Kei^k te A^Uxoerpen, t. I, p. 45-47.

(3) Gens, p. 72.

vaux manuels, dans la charité envers tous les hommes. Ces sectaires furent condamnés au feu {^). ' Une secte manichéenne s'était propagée à Yvoy, dans le Luxembourg (^. Ces hérésies furent combattues avec force par un théologien du temps, Éverard de Béthune fj^et plus encore par Alain de Lille (^5 dont je parlerai davantage plus loin.

Un des hommes les plus célèbres du xm* siècle fut Simon de Tournai, chanoine de cette ville et docteur en théologie à Paris, où il gouverna pendant dix ans les écoles des arts, c'est-àdire enseigna la philosophie et les belles-lettres. Ce fut un penseur profond et un dialecticien subtil. S'étant, depuis, adonné à l'étude de la théologie, il y passa maître et docteur. Il l'enseigna longtemps, au milieu d'un concours prodigieux d'auditeurs. Son attachement aux opinions d'Aristote lui suscita l'accusation traditionnelle d'hérésie. Sa grande supériorité dans les disputes théologiques lui fit beaucoup d'ennemis, peut-être même est-elle cause qu'on lui a reproché de l'orgueil et de l'impiété, deux défauts qui attirèrent sur lui la colère du Ciel : « Au lieu de parler en homme, il bugloit comme un bœuf; et incontinent, par une épilepsie (qu'on appelle le mal de Saint-Jean) estant jette par terre, le troisième jour de cette maladie reçut la vengeance; le Tout-Puissant donc le frappa d'une playe incurable et le priva de toute science jusques aux lettres de l'A, B, C; et, avec ce, fut le plus griefvement atteint en son âme, veu que jusques au jour de sa mort il a esté comparé aux bestes sans entendement, et est demeuré en la vilenie de luxure f). »

{*) Martène et Durand, Veterum scrtptorum et monwneniorum colhdio amplissima, t. I, p. 776. — Auctariitm aquictnctmum, ad ann. i02ù, dans MiRiCUS, Rerum toto orbe gestarum chromcon, f Anvers, 1608, in-4®.) — MANSi,t.XIX,p. 423, 425, 436, 449, 453, 457. — Dachery, Spicilegium, t. I, p. 607. — Gieseler, t. II, 2, p. 530-542.

('j Wyttenbach et Muller, Gesta Trevirorum, t. I, p. 186.

(3) Dans son Liber antihœresis, édité par Gretskr, Trias scriptorum adversus MValdensium sectam.

(*) Gieseler, t. II, 2, p. 558.

(*) Prosper Marchand, Dictionnaire historique, t. Il, f. 246-249.

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