LES ADAGES
a On discute beaucoup plus de la puissance du pape que de celle de Dieu ; on demande : s'il peut abolir ce que les apôtres ont enseigné dans les Écritures ; s'il a un pouvoir plus grand ou aussi grand que celui de Pierre ; s'il peut commander aux anges ou supprimer tout le purgatoire ; s'il est simplement homme ou pour ainsi dire Dieu ; s'il participe des deux natures du Christ, etc. (*).
ce Pour Dieu! cherchons sincèrement le Christ; ne demandons pas s'il a été de toute éternité ou si l'on peut dire qu'il est : Compositus ex utraque natura, an conflare, an conflaiiis, an cammixtus, an œngluiinatus, an coagmentatus, an ferruminattis, an copulatns, an constare f).
« Et de dire que toutes ces sornettes, on les regarde comme les colonnes fondamentales de la religion, sans réfléchir qu'il y a beaucoup de choses qui, par leur obscurité, nous fatiguent et nous empêchent de méditer sur des choses plus importantes. La philosophie de Pythagore et de Platon, les livres d'Heraclite n'étaient pas aussi obscurs que les écrits des théologiens qui font étalage de leur soi-disant profondeur; et quand même ces hommes professeraient des vérités, ils les enveloppent dans des mots si obscurs et si rebutants qu'il ne vaut pas la peine de les dégager de leurs laides enveloppes. De ce genre sont leurs élucubrations de quatuor insiantibus naturœ; personas in divinis esse in se vivicem per circumcessionem ; — circumcessio est subsistenlis in subsistenti realitei* dislincto mutua prœstentialitatis assisteïitia in eadem essentia f)... »
Érasme ne laisse échapper aucune occasion de relever le ridicule de cette scolastique.
En 1518, Léon X avait résolu d'entraîner toute l'Europe dans une croisade contre les Turcs, qui menaçaient d'envahir l'Italie. Ce projet ne réussit point; mais les légats du pape
(») Erasmus, l, l.
(*) Id., ibid, (») ID., ibid.
auprès des principales cours lui rendirent, à d'autres égards, des services signalés et le trésor pontifical se remplit des contributions qu'ils levèrent sur le clergé et sur les peuples (*). Ërasme avait pris la parole dans ces circonstances belliqueuses et s'était exprimé en ces termes : « On dit que nous faisons des préparatifs de guerre contre les Turcs. Si, comme je le suppose, nous en devenons maîtres, nous ferons des tentatives pour les convertir au christianisme. Mettrons-nous alors entre leurs mains Ockam, Durand, Scot, Gabriel et Alvarus? Mais que penseront-ils de nous quand ils entendront parler de nos subtilités, aussi épineuses qu'embrouillées, sur les instances, les formalités, les quiddités et les relations; quand ils verront les chicanes de nos professeurs, si petits par l'intelligence, s'acharnant jusqu'à ce qu'ils deviennent pales de colère, se crachant à la figure, en venant même aux coups; quand ils contempleront ces luttes des Jacobins pour leur Thomas et des Minorités pour leurs très raffinés et très séraphiques docteurs, et les Nominalistes et les Réalistes défendant leur propre jargon et attaquant celui de leurs adversaires? Que penseront-ils quand ils trouveront que c'est chose si difficile de savoir de quelles expressions il faut se servir quand il s'agit de parler de Jésus-Christ?... Que ressentiront-ils, je vous le demande, quand ils seront convaincus que nos mœurs ne valent pas mieux que notre théologie; quand ils observeront notre tyrannie, notre ambition, notre avarice, notre rapacité, nos convoitises, nos débauches, nos cruautés, nos oppressions? De quel front leur recommanderons-nous la doctrine de notre Sauveur, si diamétralement opposée à notre conduite?... »
L'auteur ne tarit jamais.
Érasme se plaignait de ce qu'en s'efTorçant ainsi de donner des conseils aux deux partis, catholique et protestant, il était décrié par l'un et par l'autre; il accusait ces pécores de
(*) RoscoE, Vie et pontificat de Léon X, Pans, 1808, t. fïl, p. 394,
IDÉES d'Érasme en théologie. 303
théologiens et de moines de le détester plus [qu'ils ne détestaient Luther lui-même (^).
En revanche, il était singulièrement apprécié dans les réunions particulières de lettrés et d'érudits qui se tenaient ordinairement dans les boutiques des libraires. C'était dans ces cercles qu'on s'occupait avec le plus de zèle de l'avancement des lettres, et qu'on s'encourageait mutuellement par une critique polie et bienveillante f).
Il y avait loin de ces groupes savants aux réunions de docteurs où, d'après Érasme, les bouteilles et les verres tenaient trop déplace. C'est pour les ridiculiser que, parmi l'immense quantité de satires et de pamphlets publiés à l'époque de la Réformation, parurent le Monopolium philosoplwrum et le Conciliabulum theologistanim, Érasme avait donné la première idée d'un bureau d'esprit du temps dans le colloque intitulé : l'Assemblée des gens de lettres [Synodus grammaticorum) f).
Un de ses principes, en matière de théologie, était qu'on devait s'abstenir de définitions trop minutieuses, se contenter de l'enseignement des saintes Écritures, éviter toutes les distinctions artificielles et subtiles ; en un mot, imiter l'ancienne Église catholique, qui s'était fait remarquer par la plus grande simplicité dans tous les symboles, notamment dans celui des apôtres. S'il avait dépendu de lui d'introduire dans un pays ou dans une société quelconque une doctrine religieuse d'après ses idées, ses articles de foi en auraient été peu nombreux et d'une intelligence facile (^).
Dans sa conviction, il fallait tout attendre de la propagande pacifique des doctrines du catholicisme, épurées et rajeunies par la renaissance des lettres sacrées et profanes» Le public, et non pas un homme, le public, éclairé à la longue par ce double flambeau, finirait par exiger lui-même l'abo-
(*) Erasm., Ep., lib. XX, ép. 53, apudRoscoE, t. IV, p. 212.
(•) Db Reiffenberg, Archives phiL, t. II, p. 224.
(») Id., ibid,
{*) Hbnke, Das Leben der Erasmus, von Burig^xy, t. I, p. xxili et xxnr.
lition des abus et le redressement des griefs; et, au lieu d'une révolution, amènerait des réformes salutaires et durables, qui reconstitueraient Tédifice de l'Église sur des bases nouvelles, sur des bases dignes du progrès des lumières et de la haute mission du christianisme. Il est vrai que ce but ne fut pas atteint selon les vœux d'Érasme; mais il est vrai aussi que l'influence du philosophe sur la destruction des abus fut immense, particulièrement aux Pays-Bas.
C'est à lui qu'on doit attribuer l'attitude relativement intelligente de Charles-Quint, de Ferdinand I*' et de nos hommes d'État à l'égard du protestantisme en Allemagne. En se montrant toujoui*s réformateur de la doctrine, jamais de la hiérarchie, il fut, du commencement à la fin, conséquent avec lui-même, et, sous ce rapport, disciple fidèle de l'école de Deventer. Il n'a jamais voulu jouer un autre rôle : rien de plus, rien de moins, n'a-t-il cessé de dire aux catholiques comme aux protestants.
On doit encore lui faire honneur de l'esprit de tolérance qui, en dépit des édits sanguinaires de Charles-Quint, régnait dans les classes lettrées de la Belgique et servait de contrepoids à d'excessives rigueurs (^).
Une des publications les plus curieuses d'Érasme fut son Manuel du soldat chrétien (Enchiridion militis christiam)^ dirigé contre l'ignorance, l'avarice et la corruption du clergé, contre les pratiques superstitieuses et les préjugés séculaires du catholicisme. Ce petit livre montre le christianisme dans toute la dignité et la beauté qui lui sont propres. Le courage avec lequel l'auteur se prononçait contre le faux zèle en matière de religion explique le nombre d'adversaires qu'il s'attira. Mais les hommes raisonnables, qui préféraient un christianisme pratique aux superstitions et à l'incrédulité
(') Sur la tolérance d'Erasme, voy. sa correspondance : ép. 477, f. 515; ép. 619, f. 745; ép. 796, f. 912, éd. de Lejde, et B. Glasius, Yerhoixdeling (mer Erasmus als Nederlandsche KerhJiercormer, àansVerhandelingen van het Haagsche Genootschap, t. X, 2, p. 135 et suiv.
L ENCUIRIDION. âOâ
de leur siècle , louaient et remerciaient le grand écrivain. Budé n'en parlait qu'avec la plus profonde estime, et Adrien VI, alors encore professeur à Louvain, partageait ce sentiment. Cela n'empêcha pas les moines et les fanatiques de le décrier comme une œuvre irréligieuse, et la Sorbonne de le condamner, ainsi que ceux qui voudraient l'acheter ou le vendre f^).
« Dégageant la foi chrétienne de tous les ornements parasites, de toutes les frivoles et dangereuses additions dont l'avaient surchargée le laps du temps et l'intérêt clérical, il l'offrit aux regards dans sa vérité première f). » Le Christ, dit-il, rien que le Christ, voilà ce qui doit être le but constant de tous nos efforts et de toutes nos études; le Christ, c'est-àdire la charité, la simplicité, la patience, la pureté f).
VEnchiridion était un de ses premiers ouvrages ; il l'avait commencé vers la fin du xv* siècle, sur les conseils d'une femme très pieuse, qui, ayant grandement à se plaindre de son mari , espérait le convertir par l'influence de ce livre. L'intention d'Érasme était de remédier à l'erreur trop accréditée que la religion résidait dans les cérémonies et les observations prises à la lettre ; ce qui était cause que la vraie piété était négligée (^. Cet ouvrage est dédié à un ami qui n'est pas nommé, mais qui vivait à la cour. La dédicace est un tableau saisissant de l'état déplorable où se trouvaient alors les doctrines et les mœurs des chrétiens et de leurs chefs f).
Dans le livre même, Érasme traite de folie le sentiment de ceux qui s'imaginent que la souveraine piété consiste à réciter un grand nombre de psaumes que souvent on n'entend point, il veut qu'on cherche surtout à en pénétrer l'esprit. Il y fait,
(*) Hess, Erasmus von Ttotterdam, p. 73-78.
(*) Reçue britannique, l, c, p. 123.
(») Erasmi 0pp., t. V, f. 23.
(4) De Burigny, t. I, p. 288 et 289.
Q) Les plus anciennes éditions étaient précédées d'une dédicace à Paul Volsius ; elle forme le n° 329 des lettres d'Erasme dans la grande édition de Leyde, 1703.
sur les dévotions superstitieuses du peuple, une de ces charges à fond qui nous rappellent les plus violentes de VÊloge de la Folie. « L'un, dit-il, va faire tous les jours ses prières à saint Christophe et se met à genoux devant sa figure, dans la persuasion que ce jour-là il ne lui arrivera aucun accident mortel; un autre va prier saint Roch, parce qu'il croit qu'il l'empêcliera d'avoir la peste; celui-ci jeûne en l'honneur de sainte Apolline, pour n'avoir pas mal aux dents; celui-là va voir un tableau de Job, parce qu'il espère ainsi éviter la gale; quelques-uns destinent une partie de leur gain aux pauvres, afin que les marchandises qu'ils ont sur des vaisseaux ne périssent point par un naufrage; il y en a qui allument un cierge à saint Hiéron à l'effet de retrouver ce qu'ils ont perdu; enfin, suivant nos craintes et nos désirs, nous donnons de l'occupation aux saints : saint Paul est chargé de faire en France ce que saint Hiéron fait chez nous; et ce que saint Jacques ou saint Jean peuvent dans un pays, ils n'ont pas le pouvoir de le faire dans un autre. Ces sortes de dévotion, qui ne se rapportent point à Jésus-Christ, ne sont pas fort éloignées de la superstition des païens, qui offraient la dixième partie de leurs biens à Hercule pour s'enrichir, ou qui sacrifiaient un coq à Esculape pour recouvrer la santé, ou qui immolaient un taureau à Neptune pour avoir une navigation heureuse (^). »
Cette attaque fit beaucoup d'ennemis à l'auteur. Ceux qui trouvaient leur intérêt dans ces démonstrations superstitieuses le regardaient comme un ennemi déclaré de la religion catholique ; et ce qui nuisit beaucoup à Ërasme dans l'esprit des catholiques, ce fut que, peu de temps après, Luther répéta les mêmes choses, en les accompagnant de doctrines hétérodoxes.
Le Manuel n'en eut pas moins un immense succès lorsqu'il parut f). Le savant Adrien Barland, professeur à l'université
(>) De Buriont, p. 292 et 293.
(*) La première édition parât en 1518, à Louvain.
l'e?îchiridion. 307
de Louvain et un des promoteurs les plus actifs de la Renaissance en Belgique, disait que c'était un livre d'or. Et en effet, à l'exception des attaques contre les abus du catholicisme, il renferme des leçons du christianisme le plus pur. Barland citait un célèbre prédicateur d'Anvers qui, dans une assemblée de gens de grande distinction, avait soutenu que cette publication ne contenait pas une page qui ne fournit le sujet d'un bon sermon. L'évêque de Baie l'estimait tant qu'il le portait toujours avec lui. Pierre Mosellan, célèbre professeur de l'université de Leipzig, faisait lire à ses élèves le Manuel d'Ërasme avec le traité de Doctrina christiana de saint Augustin et d'autres ouvrages des Pères. Mais Ignace de Loyola en défendit la lecture aux membres de sa société, et Saint- Cyran, dont les sentiments étaient si opposés à ceux des jésuites, le jugeait avec la même sévérité (^).
Cependant la célébrité du Manuel fut si grande qu'on le traduisit dans les principales langues de l'Europe, en français, en allemand, en espagnol, en italien. Ces traductions valurent à l'auteur un redoublement de colère de la part des moines et des théologiens, surtout en Espagne, où néanmoins il trouva un apologiste dans Louis Coronelli. Trois ans après la mort d'Ërasme, la Sorbonne, de tout temps mal disposée pour lui, décida, le dernier de janvier 1559, qu'il fallait supprimer le Manuel comme pernicieux à la religion catholique. L'arrêt fut exécuté au parvis de Notre-Dame, au son de la grosse cloche. 11 est vrai que cette condamnation ne tomba que sur la traduction, qui était fort différente de l'original f).
On censurait dans ce livre, d'une manière toute spéciale, deux propositions : l'une, par laquelle Érasme parait faire consister les supplices de l'enfer dans les seules peines spirituelles, l'autre où il déclai^e que le monachisme n'est pas une piété.
{*) De Burigny, p. 299-302.
(•) lD.,p. 306.
L'année même où parut la première édition du Manuel du soldat chrétien, Érasme reçut à Louvain la visite d'un savant professeur d'éloquence à l'université d'Erfurt, du célèbre Eoban Hesse, qui, à l'âge de dix-sept ans, avait laissé entrevoir le grand talent qui devait le placer au premier rang des poètes latins de son siècle. Tout le monde alors aspirait à faire la connaissance de l'illustre philosophe de Rotterdam ; une lettre de sa main équivalait à un diplôme de docteur; le voir et l'entendre personnellement était un honneur brigué par des princes.
Hesse voulait, lui aussi, partager cet honneur, et ni la longueur des distances, ni les frais d'un tel voyage ne purent le détourner de ce désir. A peine fut-il arrivé à Louvain que, de l'auberge où il était descendu, il adressa au grand homme une épître en vers pour lui exprimer les sentiments de vénération qu'il éprouvait. Érasme le reçut assez froidement, parce qu'il se trouvait dans un moment de mauvaise humeur causée par l'état de sa santé, par un trop grand nombre de visiteurs et par une accumulation de travaux littéraires dont il n'aimait pas à être distrait. Et pourtant Hesse ne regretta pas plus les fatigues de son voyage qu'il ne modéra le respect dont il se croyait redevable au philosophe. Après comme avant, il resta un de ses admirateurs les plus passionnés, recommanda ses écrits et prit mênfe sa défense en publiant une satire mordante contre un de ses adversaires. Érasme se hâta de lui adresser ses excuses et de payer un juste tribut d'éloges à ses talents poétiques {^).
Sept ans avant la visite de Hesse, Érasme en avait reçu une autre et celle-ci bien étrange : Eç ioU, deux Picards de la Bohême se rendirent à Anvers, afin de le consulter; ils lui remirent un exemplaire de leur théologie imprimé à Nuremberg, le prièrent de leur signaler les erreurs qu'il pourrait y rencontrer et promirent de respecter ses avis, en ajoutant
(*) Lossius, H, Eoban Hesse und seine Zeilgenossen, Gotha, 1797, p. 83 et 84.
HESSE ET MOSSELAN. 309
toutefois que, s'il trouvait leurs principes conformes à ceux du christianisme, ils lui seraient obligés s'il voulait les confirmer par son opinion et les protéger de son autorité. Érasme promit de déférer à leur demande, et comme les deux envoyés étaient des hommes considérables, il s'entretînt avec eux de bien des choses importantes. Après une tournée dans les Pays- Bas, ils revinrent pour avoir la réponse du philosophe; celui-ci leur avoua qu'il n'avait pas eu le temps de lire tout le livre, mais que ce qu'il en avait vu ne renfermait aucune erreur; que, ne le connaissant pas encore tout entier, il ne pouvait pas leur délivrer le témoignage qu'ils sollicitaient; que d'ailleurs un tel témoignage ne pourrait leur être d'aucune utilité : ceux, en efTet, qui avaient tant entendu parler des Picards ne changeraient pas de sentiment, tandis qu'en faisant leur éloge, il risquerait fort de voir par cela même proscrire ses propres livres, qui lui paraissaient rendre beaucoup de services à la vraie religion. Il les congédia en les exhortant à répandre un christianisme de plus en plus pur. Les envoyés allèrent retrouver leurs compatriotes, étonnés de cet étrange accueil f).
Après Hesse, Érasme avait trouvé un défenseur des plus brillants et des plus énergiques en Allemagne dans la personne de Pierre Mosellan. Né en 1495 à Brutlig ou Prateg, dans l'électorat de Trêves, élevé dans les déplorables écoles du Luxembourg et du Limbourg sur la Zahn, mais formé depuis à l'université de Cologne, Mosellan fut nommé, en 1517, professeur de littérature ancienne à Leipzig, publia, traduisit ou commenta les auteurs sacrés et profanes, corrigea la grammaire de Théodore Gaza, un de ces savants grecs qui par leur présence en Occident, dès la première moitié du xv"* siècle, excitèrent ce grand mouvement intellectuel que vint bientôt propager l'émigration générale, suite de la prise de Constantinople par les Turcs (1454). Toujours entouré d'un
(*) PoscHECK, Zeitschrift fur die histortsche Théologie, t. XIII, p. 144 et 145.
auditoire enthousiaste et distingué, Mosellan forma des e1év« qui ont brillé d'un grand éclat dans le monde scientifique. Ayant envoyé son discours inaugural à Érasme, il reçut de l'illustre philosophe les éloges les plus flatteurs, tandis qu'il irrita à Leipzig le parti de la réaction religieuse et littéraire. Ses attaques contre la scolastique, ses excitations à une étude plus libre et plus indépendante de la Bible, ses critiques de l'ignorance des frères prêcheurs, qui ne cessaient d'anathématiser Érasme et l'accusaient de faire de l'Évangile un conte de la Mère l'Oie (*), toutes les tendances réformatrices de son discours déplurent aux conservateurs de Leipzig et rendirent Fauteur suspect f).
Mosellan avait rencontré un adversaire décidé en Jacques Latomus, docteur de Louvain, qui publia contre ce discours un long dialogue f), où il s'eiîorçail de prouver la dange* reuse influence de l'étude des classiques sur les croyances scolastiques de l'Église. Érasme, qu'on accusait d'avoir influencé Mosellan dans la rédaction de son discoars, entra en lice pour confondre la pitoyable argumentation du théologien de Louvain et pour plaider la cause de l'antiquité outragée (^.
Quoique Mosellan fût lié avec les grands réformateurs de l'Allemagne, quoiqu'il partageât leurs pensées réformistes, il n'en mourut pas moins dans le sein de l'Église catholique (1523), parce que, non plus qu'Érasme, il ne voulait avec elle une rupture irréparable. Il y était porté par la douceur extrême de son caractère, sa répugnance pour les luttes ardentes, les idées pacifiques qu'il avait du christianisme, et enfin par ses études classiques, qui le poussaient à se moquer
(*) Parce qu'il avait traduit par confabulari le mot grec (xwiiaiowvrts de saint Matthieu, chap. XVIÏ, v. 3.
(•) ScHMiDT, Petrus Mosellamis, p. 1-32.
(') Sous ce titre : De Trtum lingiiarxim et studii Theoîogiei ratione dialogus.
(*) Erasmi^ R. DicUogus refdlens suspiciones quorundam dictitantium dialogum Jacohi Latomt : de tribus linguisomi et ratione studii Theologici conscriptum fuisse adcersusipsum. — Schmîdt, p. 32-34.