‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 120 sur 182 · SON GOLRAGE ET SES DISGRACES · texte numérisé non relu

SON GOLRAGE ET SES DISGRACES

que son esprit de lutte blessait son amour de la concorde. Cependant, il fut réformateur à la manière de tant d'hommes cminents de son siècle, en ce sens qu'il voulait, dans le sein de l'Église, la réforme de l'âme et de la conduite qu'il plaçait bien au-dessus de la correction des dogmes. Quoique né en Espagne, il occupe une place élevée parmi les théologiens des Pays-Bas, par son exposition simple, pure, claire et souvent éloquente des vérités évangéliques 0-

D'une organisation frêle et maladive, il puisait toute sa vigueur dans la pureté de son âme et il professait un amour immense pour ses semblables en même temps qu'il manifestait un vif désir d'améliorer leur condition sociale. Ses opinions, il les émettait sans détours ni arrière-pensée, et, quel que fût son attachement au catholicisme, il ne ménagea ni les abus de l'Église, ni les vices du clergé, attaquant la vie scandaleuse de certains papes et la sordide avarice des prélats. Lorsque Henri VIII sollicita des universités et des théologiens l'approbation de son divorce avec Catherine d'Aragon, Érasme hésitait ; Vives, restant inébranlable dans ses convictions, brava le courroux d'un roi vindicatif. Pendant qu'Éi'asme évitait tout pour ne pas s'aliéner les bonnes grâces du pape Adrien VI, Vives écrivit à ce pontife que le temps était venu de mettre énergiquement la main à la réforme de l'Église. Tandis qu'Érasme ne faisait que rechercher les faveurs de Charles-Quint, Vives les perdit en parlant le langage de la paix au puissant empereur, au moment même où il se mettait à la tête d'une flotte et d'une armée formidables (^.

La franchise de Vives lui coûta cher : il perdit toutes les relations qu'il avait entretenues avec les grands de son siècle et, par suite, les avantages matériels qui y étaient attachés. Aussi traîna-t-il ses derniers jours dans un état voisin de l'indigence et ne rendit-il à la terre qu'un corps brisé par

(') Braam, p. 174 ot 176.

(*) Francken, p. 42, 43, 181, 182, 188. —De Bosch-Kemper, p. 22-24.

84 LOUIS vivte.

les torluros île la goutte cl de la gravelle (^) (C mai 1540). Il irétait âgé que de i8 ans.

l-ii autre enfant de Valence, Frédéric Furio Sériai, était de la même école que Vives. Comme lui, il quitta Valence de lK>nne heure, alla continuer ses éludes à Paris et les acheva à Louvain. Dépassant Érasme, il soutint contre les théologiens catlioli(|ues une thèse tout à fait protestante : la convenance et la nécessité des traductions de la Bihle en langue vulgaire. O qu'il avait publiquement soutenu, il Timprima, et pour avoir osé écrire ce qu'il pensait, il fut en danger de perdre la vie. Il ne fut sauvé que par la protection spéciale de Charles-Quint. S(jn génie politique plaisait à ce prince, qui Testimait aussi pour son caractère droit et ferme. Il l'envoya auprès de son (ils, comme un conseiller dont les lumières jMnivaient éclairer sa conduite. Le crédit de Sériai se maintint tant que l'empereur vécut, mais, après sa mort, l'Inquisition lui fit son procès, et Philippe II n'y trouva point à redire (^.

Vives et Sériai appartiennent à la Réforme par leurs idées libérales et hardies, leurs tendances avancées et leurs théories politiques. Ils ne séparent point l'ordre social de l'ordre religieux ; ils veulent un gouvernement animé d'un esprit véritablement chréti(»n, conform.e à l'Église. L'un et l'autre ont re(rours à la Iogi(pie et à l'exposition savante, à la méthode sévère d'argumentation, qu'ils ont puisée, non pas dans les jeux de la scolastique, mais dans l'étude de l'antiquité, dans la méditation des Écritures et surtout dans leurs convictions intimes ('^.

(') De Busch-Kemper, p. 24, («) GiARniA, p. 460.

(4 li>., p. 4GGct467.

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