‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 157 sur 182 · HUBERT GOLTZ · texte numérisé non relu

HUBERT GOLTZ

toutes les bibliothèques. Il revint à Bruges en 1560 et y établit un atelier complet. Ses divers ouvrages de numismatique embrassaient non seulement les Césai's et les empereurs^ mais encore : les fastes consulaires de Rome, pour lesquels il reçut de Juste-Lipse les éloges les plus explicites, et du sénat de Rome, le diplôme de citoyen; — la Sicile et la grande Grèce; — la Grèce proprement dite et ses îles, ainsi que plusieurs traités particuliers sur les méd^iilles des villes grecques. Cette division de Tœuvre semblait, à Tillustre auteur du Voyage d'AnacharsiSj un des plus beaux titres de la renommée de Goltz, et tous ses ouvrages {^) ont été jugés dignes d*entrer dans les trésors des antiquités grecques et romaines publiés par Graîvius et Gronovius.

Dans le principe de l'opposition contre le gouvernement espagnol, Goltz suivit le torrent général, et on louait beaucoup une charge piquante qu'il fit à Bruges du prédicateur connu sous le nom de frère Corneille, le fameux Adriaènsen, accusé par tous les écrivains protestants et par J. Boileau d'avoir institué pour les femmes et pour les jeunes filles un genre de discipline qui blessait toutes les lois de la décence. Cet Adrien prêchait comme un furieux et entremêlait ses exhortations d'obscénités qui, du reste, ne devaient pas tant blesser qu'on le croirait des oreilles généralement peu délicates alors. Le curé de Saint-Jacques de Bruges, Jean de Casteele, publia, pour les tourner en satire, les bouffonneries prêchées par Corneille, et Goltz lui prêta ses presses (1569). Si Ton réfléchit que ce frère est également représenté comme un fanatique sanguinaire, on doit reconnaître qu'à une époque où la Belgique était sous la domination du duc d'Albe, le curé de Saint-Jacques faisait une bonne œuvre en cherchant à détruire, par le ridicule, l'influence de ce prédicateur furibond, et si cette publication est souvent obscène, la faute n'en doit retomber que sur le grotesque sermonaire (*).

(<) Publiés de 1563 à 1566.

(«) VanHulst, p. 30et31.

En 1574, parut le Caius JuUus Cœsar^ dédié à Maximilien II, enrichi de vers apologétiques d'Adrien de Jonghe f), un des savants les plus féconds d'un siècle qui en a tant produit; de Charles Utenhove, poète gantois, qui passait une grande partie de son temps à Paris dans la société des Turnèbe, des Lombin et des Dorât ; enfin, de l'antiquaire et philosophe brugeois Meetkerke, qui travaillait souvent luimême avec Goltz, aux presses duquel il confia la première édition des Idylles de Bion et Moschus, texte grec accompagné d'une traduction latine et de notes f).

Goltz mourut à Bruges le 24 mars 1585.

Goltz et Marc Laurin étaient en correspondance avec Étienne-Winand Pighius f), neveu du célèbre Albert Pighius, secrétaire de Granvelle (^. Winand Pighius a laissé la description d'un voyage qu'il avait fait en Italie; elle est pleine d'observations sur les antiquités romaines et germaniques. Nous avons, en outre, de lui plusieurs autres ouvrages également remplis d'érudition, dont quelques-uns ont été insérés dans le neuvième volume des antiquités grecques de Gronovius ^.

Un élève de Goltz, comme graveur au burin, Barthélémy Dolendo, de Leyde f), exécuta, avec beaucoup de finesse, plusieurs pièces, tant de sa composition que d'après d'autres maîtres. On y désirerait plus de correction dans le dessin, mais ce défaut est racheté par la perfection des détails. A la même époque florissait, à Leyde, Zacharie Dolendo, dont le style de graveur ressemblait beaucoup à celui de Barthélémy, avec cet avantage toutefois que Zacharie était beaucoup plus correct f).

(') Adrianus Junius, né en 1511, à Hoorn, dans la Hollande septentrionale. (*) Van Hulst, p. 3, et Weiss, Biographie universelle, article Meetkerke. C) Né on 1520, à Kampen, petite ville de TOveryssel, mort en 1604, à Zanten. {*) Hoffmann, dans le Bulletin du bibliophile belge ^ t. H, 2* part., p. 399-405, et t. III, 2* part., p. 369-377.

(*) Biographie universelle, article E.-W. Pighius. («) Né vers 1556.

(') Biographie universelle, article Dolendo.

COORNHERT. GEMMA FRISIUS. Si9

Goltz avait eu pour maître et pour collaborateur un homme devenu célèbre dans la révolution du xvi* siècle par son patriotisme et sa tolérance : Thierry Coornhert. Né en 1522, à Amsterdam, il avait appris à graver en taille douce. Il s'établit à Haarlem pour y tirer parti de son talent et abandonna ensuite cet art pour se livrer entièrement à la culture des lettres et à l'étude de la théologie f).

Dans la science des Euclide et des Ptolémée figure avec honneur un géomètre dont les travaux sont en général peu connus, mais auquel M. Quetelet a rendu pleine justice dans Y Annuaire de l'Observatoire de Bruxelles : Gemma Frisius, ainsi nommé de la Frise, sa patrie (^. « Raineras Gemma était né à Dockum en 1508. Il fit ses premières études à Groningen, puis passa à Louvain, où il s'occupa surtout de mathématiques ei de médecine. Il commença à se faire connaître en donnant chez lui des leçons qui furent très fréquentées. Suffridus f), qui les suivit, nous apprend qu'il y faisait preuve d'un profond savoir. Il avait vingt et un ans à peine quand il publia ses corrections à la cosmographie d'Apien (^). Un an après, il donnait trois opuscules sur l'astronomie et la cosmographie. Il y propose, pour dresser la carte d'un pays, une espèce de triangulation prenant pour point de repère les tours des villes principales, telles que, pour la Belgique, celles d'Anvers, de Lierre, de Malines, de Tournai et de Bruxelles. Kepler et les grands géomètres qui sont venus après lui ont fait oublier ces premières indications. Mais Lalande et Delambre ont reconnu le mérite de ses deux opuscules : De orbis divisione et De usu globi. Quetelet constate que son

(*) Biographie universelle, article Coornhert. — Dumas, Nouveau didionnaire de la conversation, t. VIII, p. 169.

(*) Annuaire, 3" année, p. 236-239. A cette étude de Quetelet, il faut en jouter une plus complète, par Ekama, publiée dans les Verhandelingen der eerste klasse van het honinhlyk nederlandsche Instituut, etc. Amsterdam, t. VII, p. 215-260. — Voy. aussi un article de Reifpenbbro, dans les Archives philosophiques, t. I, p. 302-308.

(') L'historien Pierre Sjoerd (Suffridus Petrus).

(*) Pierre Apien était professeur à Ingolstadt, où il mourut en 1552.

plus beau titre de gloire est son idée de déterminer les longitudes par le moyen des montrés qu'on venait d'inventer. c< C'est exactement ce que l'on fait aujourd'hui », dit-il. Moins les instruments étaient perfectionnés, plus Gemma avait de mérite de leur trouver de si savantes applications. Aussi Lalande l'appelle-t-il l'inventeur de la méthode pour déterminer les longitudes.

A quarante-deux ans, Gemma fut reçu docteur en médecine de l'université de Louvain. Mais les sciences mathématiques l'attiraient davantage; son arithmétique pratique était très estimée. En 1540, à la suite d'une nouvelle édition d'Âpien, il publia son traité De annuli astronomici usu, où il décrit l'instrument appelé l'anneau astronomique, qu'il avait assez perfectionné pour qu'on lui en attribuât l'invention.

Son recueil de problèmes de géographie, d'optique, de géométrie et d'astronomie, résolus au moyen du rayon astronomique, qui parut en lo4o 0, montre une fois de plus la sagacité du savant dans l'observation et la détermination des éclipses, dans l'emploi ingénieux qu'il fit du rayon astronomique, dans le perfectionnement qu'il apporta à l'astrolabe et au carré nautique. Une des aspérités de la lune porte son nom, et son œuvre posthume publiée, par son (ils, était un livre sur l'astrolabe. Il mourut en 1575.

Le fils de Gemma Frisius, nommé Corneille, était un habile mathématicien et un médecin instruit. Mais il partageait les préjugés de son temps, dont son père avait su se défaire ; il en donna la preuve dans un petit livre publié en 1575, à l'occasion d'une étoile qui s'était montrée tout à coup dans la constellation de Cassiopée.

Gemma avait eu pour disciples Mercator et J. de Roias. On doit à ce dernier un commentaire sur l'astrolabe et une méthode de projection pour la construction des cartes.

(') De usu radii astronomici, Antv., 1545.

El

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