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L ANATOMIE ET LA BOTANIQUE

liant à « tous ceux qu'il appartiendrait » de s'y conformer ponctuellement (^).

La réputation de Bruhesen en acquit plus d'éclat, et sa renommée s'étendit même en France. Il fallait du courage pour s'opposer à cet enthousiasme. Un homme cependant osa élever la voix contre le charlatanisme de Bruhesen. Ce fut François Rapaert, docteur en médecine de Pise et médecin pensionnaire de la ville de Bruges. Il lutta contre tous, jeta le ridicule sur l'ordonnance du magistrat et publia à son tour (1551) un almanach dont il se faisait ce un fouet contre les empiriques et les médi castres ». Il s'attachait à démontrer combien étaient absurdes, principalement en médecine, les prédictions astrologiques, et il n'hésitait pas à déclarer que les médecins astrologues étaient aussi dangereux que les charlatans, qu'ils exploitaient comme eux l'ignorance et la crédulité et ne méritaient que le mépris f).

Rapaert avait pour lui le bon sens; mais le public se déclara pour son adversaire, qui trouva un défenseur dans un de ses confrères, Pierre Haschaerdt, d'Armentières, lequel opposa au Flageltum le Bouclier astrologique; et cette querelle à propos de barbe eut l'avantage d'attirer l'attention sur une foule de points intéressants qu'on aurait pu perdre de vue f).

La médecine produisit un plus grand nom dans Adrien Junius (Adrien de Jonghe ou le Jeune). Son père, homme d'un grand mérite, ancien bourgmestre de Hoorn, où Junius vît le jour, le 11 juillet 1511, l'envoya, encore enfant, à récole latine de Haarlem. 11 fit ensuite ses premières études à Louvain. En 1517, il voyagea à l'étranger et, en 1540, reçut le grade de docteur en médecine à Bologne. Durant les deux années

(<) QuETELET, Correspondance maikétnatique et physique, t. VIII, p. 287, article de DE Reiffenbbrg. — De Meyer, Analectes médicaux. Bruges, 1851, t. II, p. 62, 63 et 86.

(*) Ma^um et perpetuum almanach.,. medtcastronan fla^eUum. (Db Metsr» p. 63 et 64.)

(') De Reiffenbbrg, l, c.

BRUIIESEN. RAPAERT. 223

qui suivent, ses lettres sont datées de Paris. A conipter de 1542, il séjourne dix ans en Angleterre, attaché au duc de Norfolk en qualité de médecin en titre. Après la mort du duc, il retourne dans sa patrie, mais bientôt, plongé dans la plus profonde misère, il est forcé de retourner à Londres, où il édite, en 1548, le dictionnaire grec de Cératin, enrichi de près de 6,000 mots. En 1551, dans une nouvelle lettre datée de Haarlem, Junius exprime le désir de se fixer dans sa ville natale; il se voit de nouveau aux prises avec la misère.

'^ Afin de se procurer de l'argent, il écrit sa PliUippéidej poème sur le mariage de Philippe II avec Marie Tudor (1554). La récompense qu'il en avait espérée fut loin d'être princière ; elle suffit à peine à le dédommager de la moitié des frais du voyage qu'il fit à Londres pour offrir son œuvre à Philippe. Junius immortalisa le procédé du roi par une comparaison épique où il voulait prouver ce qu'il y avait d'injuste à récompenser plus richement un portrait de commande qu'un épi-

' thalame offert spontanément (^).

En 1559, Junius résidait à Haarlem ; il y épousa une femme riche ; dès ce moment, ses plaintes cessent.

Vers 1562, l'ambassadeur du roi de Danemark lui offrit la charge d'instituteur de l'héritier présomptif. Ni le climat de ce pays, ni l'accueil qu'il y trouva ne paraissent lui avoir convenu, car il revint à Haarlem en 1563. Quelque temps après, il est nommé médecin de la ville et recteur des écoles latines; il remplit cette dernière charge jusqu'en 1569. Il s'appliqua à y faire fleurir les bonnes études et écrivit son Nomenclatory vocabulaire en huit langues, et sa Batavia^ dont il sera question ci-après.

Lors de la prise de Haarlem (1575), sa bibliothèque fut pillée, et plusieurs de ses manuscrits furent perdus. Le regret qu'il en ressentit lui fit rechercher le titre de médecin de la ville de Middelbourg. U ne supporta pas mieux le climat de la

(*} Van dbr Lindb, dans le BibliophiU héifft de 1870, p. 21 1 et 212.

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Zélande que celui du Danemark, et, le 16 juin 1575, il succomba. La longue épitaphe que son fils Pierre fit graver sur le mausolée qu'il lui éleva le préconise comme Fauteur de la Batavia et comme un homme d'une érudition sans bornes. Juste-Lipse ne pensait pas autrement; il le déclare le plus savant des Hollandais après Ërasme.

Quel était donc ce fameux livre de Batavia? Dans l'assemblée des États de Hollande, à La Haye, le 14 septembre 1565, le président, parlant au nom du prince d'Orange, émit l'avis qu'il serait à désirer que l'on fît écrire l'histoire des choses dignes d'être conservées et des anciennes institutions de la Hollande; il proposait de confier ce travail à Junius, moyennant une pension annuelle de 200 livres. Ce fut ce qui donna lieu à la publication d'un livre vanté outre mesure et qui n'est souvent qu'une élucubration pitoyable. L'étonnante érudition dont l'auteur croit faire preuve n'est qu'un étalage de grec et de latin joint à une crédulité ridicule. Junius raconte gravement que les frais de la construction de l'église de Dordrecht ont été payés par la Vierge; qu'un vaisseau chargé de 11,000 vierges, venant d'Angleterre, était entré dans le port de Vérone, ville située aux environs d'Alkmaar, mais dont il ne reste plus de trace; que la pierre de l'église Saint-Pancrace, à Leyde, avait été autrefois du pain.

Il n'épargne pas même à ses lecteurs le miracle de cette comtesse de Hennenberg donnant le jour à 364 enfants vivants, baptisés par l'évêque Guido, qui, pour plus de facilité, les appela tous Jean et Jeanneton.

Heureusement, Junius était tout autre comme médecin et comme humaniste. On a de lui : 1** des traductions latines des Questions naturelles et médicales de Cassius. (Paris, 1541); des Propos de table de Plutarque ; des Vies des philosophes d'Eunape et des Hommes célèbres d'Hésychius ; 2® des éditions de Nonius Marcellus et de Fulgentius Placiades ; des Ëpigrammes de Martial ; l'abrégé des Ëpithètes de Ravisius

JUNius. 225

Textor et un abrégé du Commentaire d'Eustathe sur

Homère ; 3** des remarques critiques sur YApokolokintosis de

Sénèque, sur les comédies de Plaute, sur l'épître de Lucain à

Calpurnius Pison, sur le Satyricon de Pétrone, etc. ; 4'' Lexicon

j grœcO'latinum auctum. Baie, 1548, in-fol. ; 5*" De anno et men-

sibus commentarius. Baie, 1553; 6"* et T Animadversorum,

I libri VI, et De coma commentarius . Baie, 1556 ; Francfort, 1604 ;

^ Rotterdam, 1708; 8"* Adagiorum ab Erasmo omissorum, etc.,

I recueil de sentences des anciens qui a eu plusieurs édi-

j lions ; 9° PfialU ex fungonim génère in HoUandiœ sabuletis passim

,i crescentis descriptio, etc. Delft, 1564; Leyde, 1601; c'est la

7 monographie d'une plante de la famille des champignons;

r \QP Emblcmata et jEnigmata. Anvers, 1565 et 1569; Leyde,

1596; traduit en français par Jacques Grevin. Anvers, 1570;

11** Nomenclator omnium rerum propria nomina variis lin-

gnis, etc. Augsbourg, 1557; Anvers, 1577; l^ Poematapia et

moralia. Leyde, 1598; 13^ Epistolœ et Oratio de artium libe-

ralium dignitate. Dordrecht, 1652 (^).

Plusieurs de ces traités ont été insérés depuis dans diverses collections de Gronovius, de Gruter, de Dornau, etc. Le Nomenclator polyglotte a été réimprimé plusieurs fois jusqu'au milieu du xvn* siècle, car on en trouve une édition de Liège, 1654; mais on ne fait cas que de celles qui sont en un grand nombre de langues. Celle de Francfort, in-8'', en a sept, et celle de Genève, 1619, in-8'', huit. On recherche surtout l'édition de 1633, à laquelle Guillaume Quignier a joint une traduction en bas-breton.

Le dictionnaire grec-latin que Junius avait composé en Angleterre fut mis à VIndex à Rome, parce qu'il l'avait dédié à Edouard VI, que le pape ne voulait pas reconnaître. Il fit des démarches pour obtenir la levée de la censure et il y parvint, grâce au cardinal de Granvelle et à Lindanus, évéque

(*) Del\'enne, t. I, p. 577 et 578. (Extrait de la Biographie universdh de MicHAUD.) — Van der Aa, t. IX, p. 240.

22t> I ANATOMu: f.j LA no

(lu |Uir<>iii<iii<lt>, i)ui ullfslaiunl son foi c;illiolic{iie.

l):iiis I:i sccuiidc moitié du x\-' sit ustrolii^ïiH' i{iiu ruii pc'ul considcrei Micliel Nosiradiimus et de Mathieu Loo/-li'-C.liàteau ou Borchlooii (Lim l>o Lat'l. S-s ]>i'oiioslîcatîoiis, împ vn Ihimaiid à Audeiiarde, a|>|>ai'lieii Uraiiliiqiics. Celles pour i i77, li"!

Trvs'livirraul l^ire en Dieu Monsei^ tjrùiv ilv IHcu l'i du Saint-Siège, évêt dû jouir di' tiuelquc vogue, car 1' seuleiiii'iit d'astrologie, mais encc titjues.

Eu liSO, il avait écrit que l'on t couiro trois maux h venir : la guen sans iin'-riscr ni l'époque, ui le pa] éclater. Mais, eu I i82, sa prédiction 1er, di'vîni une douloureuse vérît avait pour rival un autre Belge et en i-liirouiancic, Jean Taisnier, poète et cliapelain de la cour de Cha

Les asti-ologues s'étaient emparés lège de ilrossor les almauaclis, don indications utiles destinées au pcupl absurdes, qui ne furent que trop bie lude el qui servirent à enraciner des tion des campagnes n'est pas encore que que les premiers spéculateurs si

(') TiiRifs. l'asffs det cnlainiUs publiques SHTtiei 1859-62, t. I. I». 40, 41, 270 et 271.

{') Aslrol'-ffitvJMliciariiv et t/Hius itiriiialrkn TaisiiiiT Htin-.viiiio. Colunite, 1559. — Ji/ustUnt usu. Ibid , 155B.

L\iâTBOLOGiË ET LES ALXANACUS. Sâ7

étaient tous des médecins : la médecine avait été si longtemps subordonnée à l'astrologie! Aussi, point de livres plus populaires que les almanachs, au xvi* siècle, époque où l'astrologie jouait un si grand rôle.

Les deux plus anciens imprimés en Belgique sont des années 1490 et 1492, D'après de curieux renseignements, le domestique de maître Jean Spierinck, professeur de médecine à l'université de Louvain et, selon toute probabilité, auteur de l'almanach de 1492, apporta, à la nouvelle année, cette publication à l'abbé de Parc et en reçut un pourboire de quatre sous. Ces almanachs étaient sans doute sortis des presses de Jean de Westphalie, le seul imprimeur alors connu à Louvain. L'un d'eux avait été précédé, en 1491, d'un autre, imprimé à Anvers par Gérard Leeu. Le typographe Guillaume Vorslerman, qui^ travaillait dans la même ville entre les années 1500 et 1344, édita un livre ascétique sur la Passion de Noire Seigneur^ qui renferme un calendrier perpétuel assez bien fait. En loiO, y pai'ut la Prognostication de Louvain j et en 1355 (chez Liesvelt), la Grande et perpéluclle Prognostication des laboureurs^ etc. (^).

On lisait beaucoup les Ephéméindes perpétuelles de l'air, «par lesquelles onpouvoit avoir vraie et assurée cognoissance de touts changements de temps, en quelque païs et temps qu'on fust, en Anvers, chez Christofle Plantin, près de la Bourse neuve, MDLYI ».

Ce petit livre, dont l'auteur est Antoine Mizauld, médecin et astrologue (^, renferme une ode aux muses et poètes d'Anvers, qui est peut-être de Plantin lui-même. C'est une sorte d'invitation qui leur est faite de confier leurs œuvres aux presses nouvellement établies dans la grande et riche cité f).

(*) Warzéb, Recherches bibliographiques sur Us alinanachs belges, p. 1G4-167. — Il y avait des almanachâ flajuAnds rimes. Voir mamuscrits de la Bibliothèque de Bourg., n*'« 837-845, fol. 162, v«. etc.

(*) Né t Montluçon en 1520, mort en 1578.

(') Ru£LE.N8 et De Bacrbb, Awiales plantiniennes. Brux., 1865, p. 10-12.

228 l'anatomie et la botanique.

Le poète Molinet s'est également exercé dans ce genre,

nous lui devons un

.• Calendrier rais par petis vers, Selon le temps dur et divers...

Toutes Içs pronostications étaient loin d'être anodines. Le 16 février 1547, il en parut deux, par maître Ambroise Magretus, médecin chez Albert Pafraet Q, à Deventer. Le premier feuillet portait « une figure inouïe et scandaleuse contre le pape et l'état ecclésiastique », et l'almanach même renfermait divers points également « scandaleux ou séditieux ». L'auteur se déclarait fauteur de sectes réprouvées, tendant à soulever le peuple contre ses supérieurs laïcs et ecclésiastiques, « promettant richesse et bonheur aux pauvres et prédisant tous les maux aux sommités sociales f) ».

Les éditions diamant ne datent pas d'aujourd'hui. Un calendrier accompagné de quelques autres opuscules par Plantin rentre dans cette classe des livres microscopiques. La hauteur des pages est de 53 millimètres, et leur largeur, de 25 |^.

Les almanachs imprimés en France étaient lus avec avidité par la foule à côté de ceux qui paraissaient en Belgique. C'était principalement le Compost ou Kalendrier des Bergiers qui faisait les délices du peuple : il donnait des renseignements sur tout, il indiquait jusqu'aux signes auxquels on reconnaissait le caractère ou le tempérament des individus. Des pièces en vers faisaient suite à cette physiologie. Une de ces pièces avait pour titre : Secrets admirables sur les maladies qui peuvent arriver au sexe féminin, qui procèdent de l'acte de Vénus. Puis on avait les Admirables Secrets du grand Albert, contenant plusieurs traités sur la conception des femmes. C'était le plus absurde et le plus dangereux des livres de ce genre (*).

{') Ce nom s'écrit encore Paffraed et Paffroed.

(*) Archives du royaume, papiers d'Etat et de Taudience, liasses 33 et 34.

(') Kalendarium Ecangelia. Psalmi pœ^xit. Psal. qtii habitœ. Orationes variœ. Antv€7'piœ, exe. C. Plantinus, MDLXX. — De Rbipfbnberg, Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique , 1840, p. 211 et 212.

(*) Ch. Nisard, Histoire des litres populaires, Paris, 1854, 1. 1, p. 83 et suiv.

LES ALMANACnS. 229

Je ne sais si, en Belgique comme en Allemagne, on faisait lire, avant l'invention de l'imprimerie, l'almanach dans les écoles; pour cela, on l'avait réduit à une série de vers barbares, qu'on faisait apprendre par cœur. Les premiers mots du premier vers : Cisio JaniiSj finirent par devenir synonymes du mot almanach. Après cela, venaient les Diableries^ avec une nomenclature de toutes les espèces de diables, de leurs fonctions, de leur puissance et de leurs métamorphoses; enfin, des talismans de tout genre (^).

Quand les premiers réformateurs portèrent leurs vues sur l'amélioration de l'instruction populaire, ils pensèrent aussi à la réforme du Cisio Janus^ et Mélanchton en composa un plus raisonnable. Mais le Cisio Janus barbare, à force d'habitude, se maintint longtemps dans les écoles (^.

Cependant, les sciences exactes, auxquelles il est temps de revenir, avaient atteint en Belgique un haut degré de développement et de perfection, qu'elles perdirent du jour où Philippe II fit peser sur le pays son joug de fer.

On vit alors une famille, originaire d'Anvers, illustrée par la série de géomètres de premier ordre qu'elle a fournis, aller s'établir dans une contrée plus libre. Jacques Bernouilli, qui mourut en 1585, fatigué sans doute d'un gouvernement dont il avait éprouvé les rigueurs sous le duc d'Albe, quitta sa ville natale et se retira à Francfort-sur-le- Mein. Plus tard, sa famille se fixa a Baie, où elle parvint aux premières dignités de la république et où naquit Jacques Bernouilli, le premier qui ait acquis un nom célèbre dans les sciences f).

La chirurgie, la médecine et la botanique furent illustrées dans ce siècle par deux noms immortels, Vésale et Dodonée*

(') Pour les échantillons de talismans, voir le livre de M. Ch. Nisard sur les calendriers avant Tinvention de Timprimerie ; voir aussi la Récite contemporaine, t. XXXV, p. 400-412.

(') Depping, Nouveau dictionnaire de la cmiversation, t. I, p. 467.

p) QuETELET, Histoire des sciences mathématiques et physiques ches les Belges, Brux., 1864. p. 106.

230 l'anatomie et la botanique. "

Vésale ne put échapper à l'inflexible loi qui domine la destinée des grands novateurs. Son existence fut une alternative d'efforts, de luttes et de souffrances. Si, pendant quelque temps, la faveur d'un grand monarque semble le dédommager de ses travaux, la nécessité de combattre tous les jours pour défendre ses découvertes contre des détracteurs acharnés, l'impossibilité de les continuer dans une position qui le mettait en dehors du mouvement scientifique, les injustices, les calomnies, les sourdes persécutions auxquelles il fut en butte, vinrent trop souvent mêler d'amertume cette gloire qu'il avait la conscience de mériter, et enfin, une mort misérable sur la terre étrangère termina cette vie consacrée tout entière à la science Ç).

Avant le xvi* siècle, la médecine s'en tenait à la routine, écartant tout genre de recherche. Ce que Galien avait écrit était reçu comme un oracle. On jurait sur la parole du maître. C'est alors que le jeune et courageux savant examine l'homme de plus près, soulève le voile de la science, y découvre de nombreuses imperfections et lui applique une méthode qui sera infaillible, puisqu'elle repose sur l'observation des faits^).

L'ardent novateur persista dans son œuvre. D'abord seul contre tous, il soutint la lutte, dédaignant la routine et l'envie, entraînant avec lui, dans les amphithéâtres, ceux qui voulaient s'éclairer et là leur faisant toucher du doigt la vérité méconnue. Il ne s'arrêta qu'il n'eût détniit complètement les erreurs de quatorze siècles f).

André Vésale naquit à Bruxelles le 31 décembre 151 i. Il appartenait à une famille où l'enseignement et la pratique de l'art de guérir étaient héréditaires (^. Son père, qui portait

(*) De Mkrsseman, dans VAibum biographique des Belges célèbres. Brux., 1843-48. t. I, p. 31 et 32.

{*) Brokckx, Histoire de ia médecine beige, Gand, 1837, p. 128. — De Mersse- MAN, p. 35.

(•') De Mersseman, p. 35 et 36.

{*) Cette famille était originaire de Wesel, dans le ducbé de Clèves, d'où elle prit le nom de IVtvvc/c ou de Wessale, qiioitjue son nom véritable fût Wittings.

ANDUÉ VÉSALE. 231

également le nom d'André, était pharmacien de l'archiduchesse Marguerite, tante de Charles-Quint et gouvernante des Pays-Bas. Son grand-père, Evrard, était un mathématicien habile, auteur de plusieurs ouvrages sur la médecine, qu'il pratiquait, et son bisaïeul, Jean de Wesele, avait été médecin de l'empereur Maximilien et recteur de l'université de Louvain (^).

André fut envoyé très jeune à Louvain faire ses humanités. On ne peut mettre en doute les progrès qu'il y fit, jusqu'à l'âge de seize ans; car, outre le latin, qu'il écrivait avec une grande pureté, et le grec, qu'il possédait assez pour avoir été chargé plus tard par l'imprimeur vénitien Junta, de corriger les épreuves du texte de Galien, il connaissait encore la langue arabe. Il ne s'appliqua pas avec moins d'ardeur aux études physiques et mathématiques; on le vit rechercher le commerce de ceux qui les cultivaient, et se lier d'une étroite amitié avec son condisciple Gemma Frison. 11 se rendît ensuite à Montpellier et à Paris, où il se livra à la chirurgie et à l'anatomie (^, dont il est à bon droit regardé comme le créateur.

Chez les anciens, le contact ou môme le seul aspect d'un cadavi'e imprimait une souillure que de nombreuses ablutions et d'autres pratiques expiatoires pouvaient à peine effacer. Dans le moyen âge, la dissection d'une créature faite a l'image de Dieu passait pour une impiété. Mundanus, il est vrai, professeur de médecine à Bologne, avait offert, de irîlS à 1518^: le spectacle nouveau de trois cadavres humains publiquement disséqués. Mais le scandale fut tel qu'il ne se répéta plus, et Mundanus lui-même, effrayé par l'édit récent du pape Boniface VII, ne tira point de ces dissections tout l'avantage qu'elles semblaient lui promettre. Cependant, les découvertes de la poudre à canon, de l'imprimerie et du

(*) Rente natimmle de Belgique^ t. VI, p. 274, et Bcrggr.veve, Études sur André Vésak, Gand, 1841, p. 16.

(') Blkggrave dans Les Belges illustres. Brux., 1844-45, t. III, p. 44-46.

232 l'a:satomie et la botanique.

Nouveau-Monde, faites en moins d'un siècle, venaient de donner un nouvel élan à la science ; les chefs de TÈglise permirent, allèrent même jusqu'à favoriser l'étude de l'anatomie, au moins dans ce qu'elle a d'indispensable pour les peintres et les sculpteurs. Mais cette étude, suffisante aux beaux-arts, était d'un faible avantage pour la science.

C'est alors que Vésale se prit d'une telle passion pour Tanatomie, qu'on le vit, à Paris, disputer leur proie aux corbeaux, et disséquer le corps des suppliciés. Toujours au cimetière des Innocents, ou à Mont faucon, au milieu des cadavres, il surpassa bientôt son maître, Gonthier d'Andernach, dont il commenta et publia les Institutions, en 1539 (^).

La guerre ayant éclaté entre Charles-Quint et François I*", Vésale retourna à Louvain,oii il obtint la permission de faire publiquement des démonstrations anatomiques. C'était alors un spectacle nouveau pour l'université, car l'enseignement de Tanatomie y était purement nominal. Son séjour à Louvain ne fut pas perdu pour ses études; il se loue de l'appui qu'il y trouva, surtout auprès des jeunes professeurs de la faculté, qui, dit-il, comprenaient mieux les avantages de l'anatomie que les lieux communs de la scolastique.

11 parvint également à s'y procurer un squelette complet, préparation bien rare à cette époque et dont la possession lui fut d'un si grand secours pour ses études et ses leçons (^.

Les voyages continuels qu'il avait entrepris dans l'intérêt des troupes de Charles-Quint lui avaient procuré l'avantage de se faire connaître en Italie. A peine âgé de vingt-trois ans, il était déjà apprécié dans toutes les grandes villes, où il avait soutenu des thèses ou donné des démonstrations publiques. Paris, Louvain, Padoue, Venise, Bologne, Pise, avaient été, tour à tour, témoins de ses succès. Le sénat de Venise lui avait fait, en 1537, les oflTres les plus brillantes pour l'enga-

{*) RiCHEKANDy dans la Biographie universelle de Michaud, reproduit par Del- VENNE, /. c, t. II, p. 533 et 534.

(•) Revue citée, p. 276, et Burggrakvb, Études sur Vésale, p. 22.

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