‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 60 sur 182 · RÉFORME DES ABBAYES. — FLOREFFE · texte numérisé non relu

RÉFORME DES ABBAYES. — FLOREFFE

En 1316, la célèbre abbaye de Floreffe, qui avait su garder toute sa pureté au milieu de la corruption générale du clergé, faillit la perdre sous son vingt-troisième abbé nommé Wéry. Une chronique rimée de cette abbaye nous a laissé un triste tableau de l'état de ce monastère pendant le règne de ce déplorable prélat (^).

Le scandale y était à son comble, et il fallut procéder d*abord àla destitution et à l'excommunication de Wéry (1331), puis à une réforme tellement radicale du monastère, que dès lors la pureté des moines fut une des causes qui le préservèrent de l'intrusion des doctrines protestantes au xvi* siècle. Des documents dignes de foi attestent qu'il n'y avait dans la ville de Floreffe ni hérétiques, ni blasphémateurs, ni personnes travaillant les dimanches et les fêtes, ou hantant les tavernes pendant l'office divin ; qu'il ne régnait dans cette localité aucun désordre notable et qu'on n'y connaissait point de gens mariés qui s'abusaient de leur état. Disons, à propos des blasphémateurs, qu'une lettre de Charles-Quint permettait au mayeur et aux échevins de Floreffe de leur percer la langue ou de les punir comme « on avait accoutumé de faire (*) ».

L'abbaye de Saint-Ghislain, à deux lieues de Mons, avait su, elle aussi, se préserver de la contagion du siècle. Mais en 1374, l'abbé crut devoir prendre des mesures qui furent renouvelées en 1406 et en 1414. Les annales de l'abbaye f) le constatent :

« L'horreur que notre abbé Dom Jean de Loyens avait de l'ignorance des ecclésiastiques et des moines de son temps, sur laquelle il rejetait le misérable état et le schisme de l'Église, fit qu'il n'épargna aucuns frais pour faire instruire ses religieux dans les sciences divines et humaines, et, afin

(*) Religion lors perissoit,

Ulniquité si dominoit, etc.

(De Reiffbnberg, dans sa Coll, de Chroniques,) (*) De Reifpenberg, Introduction à la Chronique de Floreffe, (•) Par Baudry, édition do Reiffenberg.

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qu'ils fussent enseignés par de bons maîtres, il en envoya quelques-uns dans l'université de Paris, ou, par sa profonde érudition, il avait depuis longtemps reçu le bonnet de docteur en théologie... C'est apparemment pour que ses religieux fissent de grands progrès dans cette science qu'il faisait chanter tous les jours, de grand matin, une messe du Saint- Esprit, outre la conventuelle, 1414 (^). »

Pendant que la corruption s'introduisait dans le monastère de Notre-Dame du Bois {Nonnenbosche\ près d'Ypres, composé de jeunes filles connues sous le nom de servantes du Christ, l'abbé Siger, du couvent de Saint-André-lez-Bruges (141G), gaspillait dans les cours des princes les immenses richesses en or et en argent amassées par ses prédécesseurs. Mais, en sacrifiant ainsi à ses folles dépenses les revenus du monastère, il finit par rencontrer de vives résistances de la part des moines, et plusieurs dissensions éclatèrent. L'évéque de Tournai parvint à y mettre ordre et à contraindre ce beau prélat, généreux, élégant, homme du grand monde enfin, à la tempérance et à la simplicité. Malheureusement, les discordes intestines reparurent dans la suite et grandirent au milieu de l'incrédulité toujours croissante des laïques; car le monde alors était plein d'hommes qui se faisaient un plaisir et un devoir de tourner en ridicule les saints et les prêtres f). Jugez de leur satisfaction quand ils apprenaient que des moines dérobaient des calices d'argent et jusqu'à la chape de l'abbé, qu'ils se hâtaient ensuite d'aller vendre secrètement à Bruges. On peut dire que depuis 1488, la licence fut telle que ces religieux se permettaient tout ce qu'ils voulaient (^, et que toute ombre de discipline disparut. L'abbé Michel, alors régnant, favorisait leurs plus mauvais

(*) Page 535.

(*j Chronique de V abbaye de SainUAndré-lez-Bruges, dans le Monasticus Flandriœ, Bruges, 1839-70, publié par la Société d'Émulation de Bruges. \^ série, p. 151.

(») Quod libuit, licuit. Ibid,, p. 160.

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penchants : le monastère était transformé en cabaret, où Ton vendait à boire et à manger à tout venant; où les religieux, vrais pourceaux d'Épicure, ne vivaient plus que pour le vin, le jeu et la débauche (^). La pudeur défend de révéler tout ce qui se passait dans ce lieu de perdition, qui n'était plus un couvent, mais un antre de brigands, un lupanar, une sodome digne d'être engloutie sous la colère de Dieu. Saint-André ne fut réformé que de 1509 à 1519 (*). Un synode, convoqué le 4 juin 1566, à Tournai, avait publié des statuts fort intéressants pour la connaissance de Tesprit et des mœurs de ce diocèse, dont la métropole, quoiqu'elle fût placée, depuis 1187, sous le protectorat de la France, était essentiellement belge par ses idées, ses sympathies et ses intérêts f). Voici quelques-uns des chapitres de ces statuts :

a 1** Les fonts baptismaux doivent être couverts et sous clé, pour les préserver des immondices et des sortilèges;

« 2° On ne peut donner la tonsure à celui qui n'a pas été confirmé ;

« S"" Il est défendu d'entendre la confession après le coucher et avant le lever du soleil. Il est interdit aux prêtres d'ouïr celle des femmes avec lesquelles ils ont péché. Les curés enverront à l'évêque, chaque année, les noms des habitants qui ne se sont point confessés et qui n'ont pas reçu l'eucharistie, à moins qu'ils ne croient devoir s'en abstenir. Ceux qui se sont absentés des offices divins trois dimanches de suite, sans permission de leur curé ou sans motif légitime, seront interdits par leur pasteur, qui, cependant, pourra se contenter d'écrire à l'évêque. Ceux qui se seront abstenus pendant dix ans de la confession et de la communion, qui n'auront pas de certificat de maladie, seront cités au prochain synode, pour y être interrogés sur leur croyance.

(») Chronique, etc., p. 160.

(*) Chronica monasterii Sandi-Andreœ, per Arnoldum Goethalx, ^'usdem mo» masterii monachum, dans le Monasticus Flandriœ, p. 160-161.

^) Elle étendait d'ailleurs sa juridiction sur une partie de la Flandre.

Ëxconnnunicatioii contre ceu^c qui font des sortilèges avec les hosties consacrées ou avec le saint sacrement. Les curés doivent purger leurs paroisses des sorciers, des femmes de mauvaise vie, des maisons de jeux de dés et des blasphémateurs, sous peine d'être châtiés sévèrement. Défense aux prêtres de dire deux messes, sauf urgente nécessité. Défense aux fidèles, sous peine d'excommunication, de louer des maisons à des femmes de mauvaise vie ou à ceux qui les soutiennent ;

« 5** Les curés ne peuvent recevoir, pour les mariages, que ce qu'on leur donne librement. Les juges qui traduisent les clercs devant les tribunaux laïques et les y condamnent à des peines corporelles ou pécuniaires, ou au bannissement, sont excommuniés, ainsi que leurs fauteurs et adhérents. Les lieux où un clerc sera détenu par la justice laïque seront interdits jusqu'à ce qu'il soit remis en liberté ;

« 10" Les ecclésiastiques doivent s'abstenir des jeux publics dont l'intempérance et la lascivité sont le principal ornement. Ils ne peuvent intervenir également comme acteurs dans la fête des fous, où l'on psalmodie indécemment devant les anges. Les clercs ne pourront porter des couteaux pointus, des serpents ferrés ou de bois, des bâtons ferrés à têtes, des arcs avec des flèches et des dards interdits aux laïques. Même défense pour les jeux de dés, le bal, la danse, les spectacles, les petites maisons dans lesquelles les femmes donnent des rendez-vous, — ainsi que pour la profession d'avocat, sauf quand il s'agit des droits de l'Église ou des pauvres. Les prêtres ne peuvent fréquenter les cabarets, excepté lorsqu'ils voyagent, et alors seulement pour prendre leurs repas. Ils ne peuvent loger chez eux que des femmes de quarante ans. Les moines et les chanoines réguliers n'en peuvent loger dans leurs cloîtres ou dans leurs maisons de campagne. Excommunication, après une monition préalable, de tout clerc qui, se dépouillant de l'habit ecclésiastique, prend des vêtements laïques, porte des vestes galonnées oubro-

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