Opusc
i. Ihid., 320, 321.
3. Nous avons retrouvé a Lasalle un billet officiel dont la signature seule est de Bàville. et qui se rapporte à cette tournée de l'intendant : « I-e maire, le premier consul et trois des principaux habitants nouveaux convertis de la communauté de Lasalle, se rendront le jeudi troisième avril prochain a onze heures du matin dans la ville de Saint-IIippolytc pour y recevoir les ordres que nous avons à leur donner. Il faut aussi que le S' subdélégué pour les écoles s'y trouve. Fait a .Montpellier, le "21 mars 10'JS. Delamoignon.
LA FRANCE RUINÉE 2.'!:i
correspondants différents, car il était convaincu que dans le royaume les lettres étaient interceptées souvent, « pour qu'on ne sût point à l'étranger ce qui s'y passait ». Il était surpris aussi de ne rien recevoir de Hollande, et ignorait le sort de ses premiers envois.
Le 28 avril, il résume encore une fois les impressions qu'il a ressenties depuis sa rentrée en France ' :
Plus j'avance dans ce Royaume, et plus j'y trouve de la misère et de la désolation. Le peuple y est abattu et consterné, les villes presque ruinées par le défaut du commerce, et les chemins pleins de pauvres, qui suivent les passants plus d'une demi-lieue; en un mot tout le monde se ressent de la longueur de la guerre. J'ai trouvé beaucoup de personnes qui avouent ingénument que les affaires qui sont survenues au sujet de la religion ont jeté le royaume dans l'état où nous le voyons. Cependant il n'y a nulle apparence que les choses s'y rétablissent, surtout s'il en faut juger par ce qui se passe du côté de Paris [?]. Mais dans les provinces méridionales, on y parait résolu à tout souffrir, plutôt que d'adhérer au culte de la Religion Romaine.
Brousson parle ensuite de son passage à Orange ', des dangers auxquels il a pu échapper, et termine par quelques mots qui témoignent, contrairement à la phrase pessimiste qui précède, qu'il espérait encore un revirement de l'opinion publique en France :
Je remarque de plus en plus que Dieu se prépare. . . une grandimoisson parmi les Catholiques Romains, qui se désabusent des superstitions les plus grossières, et qui écoutent les raisons et les gémissements de nos pauvres frères. Il importe, Monsieur, qu'il viennent beaucoup d'écrits de vos quartiers, ceux que je répands sans cesse et dont on fait des copies partout, ni' suffisant pas à l'avidité qu'on témoigne. Dieu veuille avancer son œuvre, et la grande gloire de son nom, et se faire un peuple nouveau, pour annoncer ses divines louanges. . .
La lettre écrite, Brousson ne voulut pas la confier à la poste de Nîmes, où il croyait que ses correspondances étaient surveillées. Il la fit porter vers le Rouergue, d'où elle parvint en
l. Opusc, 322. C'est nous qui soulignons.
■î. La mention d'Orange, à cette date, a l'ait croire, à tort, a A.. Court, a L. Nègre et à Douen, que le pasteur y était entre une seconde fois, au cours de son voyage dans le Languedoc, Les correspondants de Brousson étant divers, le pasteur se croyait naturellement obligé île répéter d'un billet à l'autre les mêmes faits. Il voulait absolument que les réfugiés en fussent instruits.
Hollande par la route de Béziers [à Paris]. Il est probable que le porteur avait mission également d'annoncer vers Millau la prochaine arrivée du pasteur, qui pensait à quitter le Languedoc. Quelques jours plus tard, Brousson reçut enfin des Provinces Unies, de sa femme et d'un ami, des nouvelles depuis longtemps attendues. Comme elles ne faisaient aucune allusion à ses correspondances antérieures, la lettre qu'il adressa le 11 mai à son ami exposait pour la sixième fois (à notre connaissance) la situation des protestants du Languedoc'.
Votre lettre du 7 mars m'a été rendue depuis quelques jours. Il ne m'est pas facile de recevoir vos lettres et moins encore d'écrire. La colombe est encore contrainte de chercher des asiles dans les fentes des rochers et dans les cachettes des montagnes. . . Le clergé est dans la fureur, voyant que son entreprise n'a pas tout le succès qu'il en attendait, et que dans le même temps nous mettons la vérité dans l'évidence. [Les logements continuent.] Ces jours passées j'ai vu que dans un quartier, où le peuple a beaucoup de zèle, cinq soldats, dans une maison, après avoir bien soupe, burent encore vingtdeux pots de vin, et pillèrent ce qu'ils purent. Il semble qu'on affecte de redoubler la persécution, depuis qu'on parle pour nous.
Brousson juge que son voyage n'a pas été inutile, et il songe surtout à l'effet de ses Requêtes, qu'il veut voir bientôt imprimées. Les saintes assemblées, qui n'auraient jamais été «si fréquentes ni si nombreuses, sans la surveillance incessante des milices », sont rendues à peu près impossibles dans les Cévennes, par ces troupes spéciales, « qui sont animées par le clergé, et qui cependant reçoivent aussi leurs ordres de M. l'Intendant ». Peut-être d'autres régions du royaume offriront-elles à cet égard un terrain plus favorable. & Je suis contraint de quitter ces quartiers, le Seigneur m'ouvrant ailleurs une porte qui apparemment sera d'efficace. Mais il n'est pas à propos qu'on s'informe du pays où je suis, ni où je vas. Il faut seulement qu'on prie sans cesse pour l'Eglise désolée, et pour ceux en particulier qui travaillent à sa consolation. La moisson est fort grande, mais il y a bien peu d'ouvriers ». Le 16 mai, il était encore dans les Cévennes, d'où il écrivait un billet à sa femme, eu réponse à sa lettre2.
J'ai souffert beaucoup de fatigues, mais je me porte fort bien, grâce à Dieu. J'ai fait une visite qui était bien nécessaire ; maintenant il