C'est nous qui soulignons
3. Le mot aurait été dit en 1708. (P. Gachon, Sev. Uisl-, LXXXV, 267).
ON MÉMOIRE ni: BAVILLE 27(1
Bà ville y blâmerait nettement « le grand dessein ». Il ne serait plus, dès lors, qu'un politique positif, entièrement sceptique sur la valeur des ordres royaux qu'il applique, un de ces fonctionnaires modèles, comme en souhaitent les gouvernements absolus, dont le zèle fournit à leur maître « un appui loyal, qui ne dépend point d'un sentiment personnel ». Mais, sans doute, l'intendant n'a pas caché des finesses dans ce qui n'est pour lui qu'un exposé brutal de la situation.
Il manque d'ailleurs de psychologie. Tout le mal, pour lui, vient des protestants réfugiés. Par leurs lettres, leurs libelles, «leurs émissaires», ils ont inspiré « à ceux que l'amour du bien ou de la patrie avaient arrêtés dans le royaume », «la rage et la rébellion ».
N'avons-nous pas connu, dans les divers événements de la guerre, leurs mauvaises intentions, le plaisir de publier les lions succès des ennemis, et de dissimuler les nôtres, leur consternation dans les victoires du roi, leur joie dans les moindres avantages des princes ligués contre nous, dont ou les a vus devenir plus tiers et plus insolents que ceux mêmes qui les avaient remportés?
Puisque à Ryswyk toutes les promesses des exilés se sont évanouies, et que leurs menées se sont ainsi montrées vaines, une occasion unique s'offrait de ramener les protestants de France dans leur devoir.
La paix leur ôtait toutes les ressources qu'ils avaient cru trouver dans la guerre, où. voyant évidemment la main de Dieu dans les événements, ils avaient marqué, comme un dernier coup que le Ciel frappait, le terme fatal de leur sincère conversion... On a perdu cet heureux moment, et le sentiment qu'ils ont eu qu'on mollissait à leur égard, leur a fait changer de dessein. Ils se déclarent hautement, rengagent au parti ceux qui s'en étaient détachés, et se font tous ensemble, les uns par malignité, les autres par contagion et faiblesse. un nouveau rempart d'une résistance ouverte, ce qui ne leur a que trop réussi. . .
Il est superflu de faire remarquer l'interprétation tendancieuse que Bà ville fournit ici de la stupeur qui frappa les protestants du Languedoc, quand ils constatèrent que le roi Guillaume les avait abandonnés. L'intendant prétend, et il revient sur cette allirmation, que ce sont les N. C. eux-mêmes qui lui disent : « Quand le roi voudra tout de bon que nous allions à la messe, nous irons ». Il prend au sérieux ce qui n'est qu'une échappa-
H I LES PRBDICANTS protestants
toire, et il se trompe sur le sentiment qui a poussé, au début de 1698, les religionnaires dans les églises. La paix n'a pas seule plié ce peuple à l'obéissance, parce que la guerre étrangère n'avait pas été seule à le révolter.
L'intendant, quand il relève l'action puissante des réfugiés sur leurs frères du Languedoc, n'exagère nullement. Nous l'avons constatée nous-même, à toute heure, et par les pièces mêmes que Bàville a tenues dans ses mains. Mais il a oublié le rôle particulier qu'ont joué, dans la province, les prédicants. Ce sont eux. évidemment, qu'il entend par les « émissaires s des réfugiés. Nous savons sans doute que les prédicateurs du désert ont toujours gardé avec Genève, la Suisse, ou la Hollande, un commerce étroit, depuis le jour où Vivent et Brousson sont rentrés dans le royaume. Mais s'ils ont attaché leurs espérances aux succès du prince d'Orange, si aucun des événements de la guerre européenne ne les a laissés indifférents, s'ils ont même essayé de fomenter dans les Cévennes une insurrection libératrice, ils ont accompli aussi une tâche spéciale, restée parallèle à la première, chez Vivent, devenue absolument prépondérante, chez Brousson et ses disciples. Ils ont fait revivre, dans les foules que les dragons avaient converties, l'attachement a la tradition réformée, l'horreur pour l'Eglise romaine, la foi fondée sur la Bible, la piété tenace. « Ils ont ressuscité les Deux Témoins tués sur la place publique », comme disait Jurieu. A eux, bien plus qu'aux réfugiés et à Guillaume III, revient l'honneur d'avoir rétabli dans le Languedoc, depuis les Conversions Générales, une vitalité et une solidarité huguenotes dont, en 1698, Bàville était outré :
11 est aisé île connaître que les soins qu'on a pris pour les abattre [les X. C], n'ont fait que les unir et les serrer entre eux plus étroitement, que les soins qu'on a eu pour eux, pendant la guerre, leur ont élevé le courage, et que treize ans de cessation d'exercice, au lieu de les détacher de leur religion, ont attaché de plus en plus la passion qu'ils ont de la rétablir1.
On ne saurait s'imaginer l'application qu'ils ont à se maintenir, malgré toute l'autorité qui leur est contraire, dans les endroits où ils sont les maîtres, ôtant aux catholiques tous les moyens de subsister parmi eux, les éloignant de leur commerce, les empêchant d'acquérir du bien, mettant des obstacles à leurs mariages, les excluant de leur société, de leur travail, de leur service, interdisant pour ainsi
l. lbid., p. 326.