CHAPITRE XX IRRUPTION DU PROPHÉTISME
(Juin 1699-1701)
L'exil de Roman fat ignoré de Bâville. Mais les derniers prédicants étaient trop « cassés », pour mériter de sa part une attention minutieuse. Les assemblées avaient cessé. La tâche, désormais, était de rendre catholique un pays qui ne se révoltait plus, eu usant des moyens que permettait la dernière Déclaration.
La principauté d'Orange exerçait toujours la même fascination sur les réformés du voisinage. Les années 1699 et 1700 virent même arriver vers le Rhône des fugitifs du Haut-Languedoc, de la Guyenne et des provinces de l'Ouest, qui tentèrent d'entrer dans la petite enclave hollandaise, « sur le bruit public que le roi permettait de s'y retirer. » De nouvelles arrestations eurent lieu'. Bâville établit des garnisons spéciales, a pour la garde des chemins d'Orange ». Les troupes en turent entretenues par une taxe particulière, qui frappa, dans les communautés du Languedoc, les seuls N. C. qui refusaient d'assister à la messe5.
Les déclarations royales touchant les relaps furent exécutées impitoyablement. Du o juin 1690 au 0 juin 1700. 22 procès de ce genre furent jugés au présidial de Nîmes, dont 19 dirigés contre la mémoire de N. C. morts. Trois poursuivirent des femmes qui avaient réchappé a une maladie crue d'abord mortelle, et qui d'ailleurs avaient pu se soustraire par la fuite aux informations judiciaires3. La sentence finale, en des cas pareils, décrétait la
I. Voir des liasses, c:. iT'.i et C. 180, et de» jugements, C. 191, C. 198, pour le is .innées 1699 et 1700.
-2. Hugues, Hist. de PSgl. Réf. d'Anduze, p. Tin. Le petil village de Pranles, près
de Privas, payait pour la taxe 15 livres par mois.
3. Bull. XXVII, 549. Noter qu'ici encore c'esl la justice ordinaire cpii agit, et non l'intendant.
confiscation des biens du vivant ou du défunt. Les cadavres, du moins, d'après les derniers ordres de la Cour, devaient être respectés. Mais Tontchartrain, en demandant que la volonté du roi, à cet égard, ne fût pas rendue publique, autorisait tacitement l'application d'une loi qui n'avait pas été abrogée1. Bàville ferma les yeux en certains cas. Combacau, prêtre et prieur de Colognac (près Lasalle) inscrivit a la fin de son registre cariai, «pour servir de mémoire à la postérité », les mots suivants : « Marie Viala, femme de Pierre Mourgue, de Bouzanquet, âgée de 54 ans. mourut le o octobre 1699, et fut jetée au bauri de Bernadent, pour avoir déclaré à M. de Férèty, lieutenant de juge, qu'elle voulait mourir de la B. P. B. s. Le bauri (gouffre) de Bernadent était à une demidieue du hameau de Bouzanquet, et il avait fallu, pour y venir précipiter le corps de la morte, le faire passer à travers le village de Colognac2.
La récente déclaration exigeait que les enfants fussent envoyés aux instructions catholiques. Fléchier l'avait complétée, comme on a vu, en faisant enfermer de jeunes religiomiaires de plus de douze ans, dans des couvents, quelquefois même dans des monastères « réguliers » de religieuses, d'une discipline plus sévère que les maisons de Nouvelles Converties. Le roi s'étant plaint, l'évèque répondit qu'il ne pouvait agir autrement dans son diocèse : « Quand on laisse les filles sur leur bonne foi ou sur celle de leurs parents, on ne peut guère compter sur leur conversion... Nous sommes dans un temps et dans un pays... où nous trouvons tant de difficulté à faire revenir les esprits de leurs anciennes préventions, qu'il faut essayer toute sorte de moyens, et s'en tenir, autant qu'on peut, à ceux qui sont les plus efficaces 3 ».
La Cour transmettait timidement ses scrupules. Elle parlait par la bouche de Bossuet : Bàville défendit encore sa politique contre l'évèque de Meaux. En septembre 1700, il envoya à Paris de nouveaux Mémoires, rédigés par les évêques du Languedoc, où ceux-ci s'autorisaient des mesures déjà prises contre les Nouveaux Catholiques, pour en solliciter de plus rigoureuses. Fléchier montrait les charges interdites, les ordres de succession ôtés, les enfants enlevés, les mariages défendus, et les biens confisqués au moment de la mort après le refus des