‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 157 sur 334 · Ribard, p. Inc · texte numérisé non relu

Ribard, p. Inc

5. Mémoires de Pierre Carrière dit Corteiz [publiés par lîauiu. Strasbourg, IsTl). p. 11 ; et Jaccard, p. 56. Corteiz prêchait le dimanche de dix a onze heures, dans un ruisseau, a un quart d'heure de Nojaret. On l'invita à aller prêcher de nuit dans les autres villages, le mercredi ou le jeudi.

réussi à mettre la main sur une Bible, et soutenu par son père, qui le voyant méditer, avait tiré de leur « cache », pour lui, quelques ouvrages défendus, il suivait assidûment les assemblées d'un prédicant, Jean Felgerolles [ou Figerolles], du lieu de Runes (Fraissinet de Lozère), dont nous ne savons que le nom, et par Corteiz lui-même. Un soir, Felgerolles n'étant pas venu présider un culte convoqué en son nom à Nojaret même, quelques personnes, avec qui Corteiz avait eu de fréquentes conversations sur des sujets de religion, «le prièrent avec des instances réitérées, de ne pas laisser retirer cette assemblée sans leur donner quelques paroles de consolation». Et tout à coup, dit Corteiz, « je me trouvai rempli de courage, et je parlai avec beaucoup de fermeté de la Parole de Dieu». La vallée de Vialas se trouvait alors dégarnie de soldats. Les quatorze hameaux de la paroisse demandèrent bientôt leur part de la manne spirituelle que dispensait le jeune prédicateur. Deux mois après, de petits cultes étaient célébrés partout, de nuit ou de jour, qui affermissaient Corteiz dans son audace et dans son ardeur à la méditation.

Corteiz recommençait l'histoire des premiers prédicants. Suscité dans les mêmes conditions qu'eux, inspiré des mêmes livres et de la même foi, il devait être plus tard, à côté d'Antoine Court, le restaurateur du protestantisme français, et contribuer avec lui à former deux générations de « ces bons et fidèles pasteurs», que souhaitait Pierre Lézan, héritiers légitimes des ministres du 'XVIIe siècle. Ses premiers efforts apparaissent ici comme les heureuses prémices d'un renouveau. On aurait pu prévoir alors, que dans le plat pays comme dans les Cévennes, son exemple allait être suivi : que des prédicateurs extraordinaires, pareils aux derniers prédicants exilés, se lèveraient, pour reprendre leur tradition encore vivante. Mais, soudainement, le protestantisme du Bas-Languedoc entra dans une voie qui lui était jusqu'alors entièrement inconnue. Vers le milieu de 1700, la vague montante du « fanatisme » y lit irruption.

Les prophètes que Brousson avait vus dans les Boutières à la fin de 1697, n'avaient point été paralysés dans leur activité par les poursuites qui suivirent sa mort. Quelques condamnations de plus ne pouvaient pas les faire taire, car elles ne pouvaient pas les guérir.

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Une fille du Vivarais ' , bâilleuse d'habits, dont nous ignorons le lieu d'origine, fut gagnée par la contagion. Comme les premiers inspirés, elle disait « avoir le Saint-Esprit », et posséder

le privilège de le communiquer à quiconque saurait « crier Miséricorde » à Dieu. Poussée par son zèle, elle parcourut les environs de Vallon et des Vans, semant sur son passage le mal étrange, et parut enfin vers Saint- Ambroix, suivie d'un jeune homme de Vagnas (près de Vallon), Daniel Raoul, devenu lui aussi un ardent propagateur du don divin. Bàville apprit (fin septembre 170(1), que deux assemblées s'étaient tenues dans le quartier : la nuit du 20 au !10 août, au bois de Tharaux et d'Avéjan, le soir du 30, au bois de Rochegude. Les Psaumes avaient été chantés, une fille avait prêché, un prédicant de même*. Il semblait qu'il n'y eût là qu'une simple continuation des assemblées qu'il avait longtemps pourchassées, mais il fut bientôt détrompé, par la rapidité même avec laquelle les Cévennes et le Bas-Languedoc furent agités d'un frémissement mystérieux. Après avoir vibré quelques mois vers Uzès, le tremblement se propagea avec une irrésistible violence. Il secoua d'abord (le fait est absolument caractéristique), les jeunes gens et les enfants, la génération née depuis 1685, ou qui. trop jeune à cette date, n'avait pu recevoir l'éducation religieuse des pasteurs réguliers. Elle avait grandi dans la fournaise des persécutions, et ne trouvait pas dans ses souvenirs, le solide appui d'une instruction raisonnée, qui seul lui aurait permis de soutenir le choc.

Le 15 juin 1701, le roi « informé que depuis quelque temps il s'était trouvé dans le diocèse d'Uzès et lieux voisins des gens qui affectaient de paraître fanatiques, dans le dessein de troubler le repos public », fut obligé de revenir à l'ancienne pratique dont Bàville avait vainement demandé le maintien. Par une ordonnance spéciale, il substitua l'intendant au présidial, et commit Bàville pour faire le procès eu dernier ressort aux inspirés3. Mais le fanatisme poursuivit ses exploits.

Pendant que la faculté de Montpellier examinait doctement, aux prisons d'Uzès, sans y rien comprendre, les crises d'hysté-

l. La Baume, p. 31. Bàville ne sut pas son nom. La Baume dit » "m- vieilli- lille ». Une information porte au contraire « une grande lille. de 30 à 35 uns. du Vivarais ».

i. C. ISO. Informations du 13 sept. 1700 a LTzès.

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