Fonbrune Berbinau, Daniel de Saperçille, ISS6, p
316 LES PRBDICANTS PROTESTANTS
. . . Dieu a rejeté nos prières, parce que nous avons rejeté ses remontrances, et que le plus grand nombre de nos réformés ne se sont point véritablement amendés. En vain chercherions-nous la cause île nos maux ailleurs qu'en nous-mêmes... Sachons que la durée «le la colère de Dieu ne vient que de notre impénitence, et que nous avons tout lieu de craindre que la première ne cessera point, que l'autre n'ait pris lin.
Le devoir des persécutés est de se souvenir de leur chute humiliante de 1685, d'examiner les causes qui y ont contribué, d'éviter aujourd'hui une seconde apostasie. Les circonstances présentes imposent des obligations pratiques. Garantissez vos enfants de la séduction (Lettre VI). Ayez vous-mêmes une loi éclairée, instruisez-vous de plus en plus dans la vérité (Lettre VII). Sentez la privation du Ministère et de l'exercice public, et faites tout ce que nous pouvez pour réparer une telle perte (Lettre VIII). Ici Superville rejoint Jurieu, et se souvient de Brousson, dont, comme nous le dirons plus loin.il a déjà parlé. Il recommande les cultes secrets (Lettre IX). « Qui ne sait que l'Eglise est souvent la femme qui fuit an désert, et la colombe qui se cache dans les trous de la roche ? ». u. On s'est un peu partagé, poursuit-il prudemment, sur la question des assemblées nombreuses et publiques. Quelques-uns ont blâmé celles qui ont été telles. D'autres les ont conseillées, approuvées, et regardées comme les plus utiles dans les circonstances où se trouvaient nos peuples, au moins avant la paix >>. Superville ne prétend point juger du passé ; il se contente de conseiller « des assemblées petites, loin à loin, faites en secret à l'écart, la nuit, avec toutes sortes de précautions». Qui les présidera '? il n'ose pas le dire. S'il parle des pasteurs qui pourront aller prêcher sous la croix (Lettre IX), il a soin d'observer: * Vous êtes plus que jamais hors d'état d'espérer de pareils secours (Lettre VIII)». Il n'a pas L'audace de recommander ouvertement l'établissement de ministres extraordinaires. Il est encore possédé de l'esprit clérical de ses collègues du refuge, et garde une rancune aux Qdèles qui ont essayé de se passer d'eux. Dans sa huitième Lettre, déjà, il s'est plaint que les ministres chassés par la Révocation n'aient pas été suffisamment regrettés par leurs infidèles troupeaux, et que certains protestants, dans leurs espérances de 1G'J7, « aient eu la mine de se contenter de la liberté du culte privé ». La conclusion de Superville est donc la même (pue relie de Basnage : i 11 faut sortir. Car il est moralement impossible que passé une génération, c'est-à-dire un espace de -O ou
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30 ans, un peuple puisse se conserver sans ministère ordinaire et sans pasteurs, et qu'on ne le voie tomber dans l'ignorance ou dans l'indifférence pour la vérité »'.
Superville ne rendait pas une justice suffisante à l'œuvre accomplie par les prédicants. Jurieu avait été autrement équitable et clairvoyant. Les deux hommes, cependant, s'accordaient en 1698, pour exalter l'œuvre et la personne du plus grand des ministres irréguliers, de Brousson.
Chacun des deux, à vrai dire, se faisait du pasteur une image particulière. Celle de Jurieu était la seule qui fût exacte. Il avait eu entre les mains, par M. de Mirmand, et il avait envoyé à Londres, la lettre de Brousson écrite des Cévennes le 20 août 1(589, où celui-ci se révélait le second de Vivent, dans la préparation d'une insurrection protestante. Il est extrêmement probable qu'il avait connu également les rapports que M. de Schomberg entretenait avec les prédicants du Languedoc. Lorsqu'il lut, par conséquent, la sentence de Bàville, condamnant le pasteur comme l'auteur « d'un projet écrit de sa main pour l'aire entrer les troupes étrangères dans la province, et par lui envoyé au Piémont », il n'est pas douteux qu'il n'ait été intimement convaincu du bien fondé légal de l'accusation. Elle ne dépréciait d'ailleurs en rien à ses yeux le caractère et la dignité du prédicateur. Lui-même avait travaillé à une descente de la Hotte anglaise sur les côtes de Saintonge. Constatons seulement qu'il garda pour lui ses secrets, et qu'il demeura muet, quand les écrivains de Hollande, et Superville le premier, traitèrent Bàville d'abominable calomniateur.
Superville, avec la presque unanimité des réfugiés, conservait de Brousson le souvenir que celui-ci avait voulu laisser de
1. Kn 1698, le ministre Ant. I.e Page, dans ses Sermons et prières pour aider à la consolation des fidèles de France persécutés (Rotterdam, m-l.s leur ilii aussi que « le plus sûr pour eux, et le plus conforme â leur devoir . serait de quitter le royaume. Mais il concède qu'il n'est pas possible à tout le monde d'exécuter ce bon dessein, et recommande aux fidèles de se trouver .» le plus souvent qu'il leur sera possible dans les saintes assemblées, sans appréhender les périls qui les accompagnent ordinairement ». Il entend par assemblées le culte de famille, qu'il veut « aussi semblable qu'il se pourra au service qui était en usage parmi nous avant cette dernière persécution, et que nous pratiquons encore dans les pays ou nous jouissons de la liberté ». 11 dresse, en conséquence, pour ce culte, une manière de liturgie, mais il n'ose pas prendre parti sur la question de la Cène. ■ L'on ne parle point de la Sainte Communion, ni de ce qu'on doit l'aire a cet égard dans les conjonctures présentes. Cela mènerait trop loin, et grossirait trop ce volume, qui, pour être de quelque usage, doit être petit. Peut-être trouvera-t-on l'occasion de s'expliquer là-dessus dans quelqu'autre temps ». (Avertissement). Bibl. Mal. Leliévre.
lui. Tous les manuscrits que le ministre avait répandus, toutes ses pièces imprimées, sa Relation des Merveilles en particulier, le dépeignaient tel qu'il était devenu en 1C>92 après la disparition de Vivent : missionnaire évangélique, ennemi de toute sédition, armé uniquement de la Parole de Dieu. Sous cet aspect, qui d'ailleurs était celui qui répondait le plus sincèrement à sa nature, le prédicant si longtemps discuté, avait fini par s'imposer aux admirations rebelles. Sa mort marqua son triomphe définitif. Les seuls esprits exaltés et fumeux l'avaient d'abord soutenu et défendu: il devenait la gloire de tout le protestantisme exilé. Quantité de gens, en apprenant sa fin, avaient sans doute encore « raisonné à ce propos d'une manière qui n'était nullement édifiante1 » : un enthousiasme qui alla croissant, les fit taire. On ne put croire que l'homme qui trois fois avait passé la frontière par amour pour ses frères, dont la piété était si fervente — si outrée, au dire des uns — avait trempé dans des manœuvres séditieuses, et la colère éclata.
Les premières relations venues de France prétendaient déjà que Brousson avait nié être l'auteur du billet incriminé ". Superville se contenta des preuves morales que lui fournissait la vie entière de l'ancien avocat. La deuxième lettre des Devoirs de l'Eglise affligée (15 déc. 1008) présenta au public des Réllexions sur le martyre de M. Rrousson. Superville y donnait libre cours à son indignation3.
. . .Si l'on met nos martyrs en montre sous des formes odieuses ; si l'on a l'impudence de faire publier aujourd'hui que celui dont nous parlons a été convaincu d'avoir voulu porter des sujets à la rébellion contre leur Souverain, de si noires calomnies font connaître de plus en plus l'audace, la malice, la fureur de nos ennemis, et retomberont sur leurs tètes. Mais elles n'ohscureiront point la gloire de nos martyrs, et particulièrement de cet excellent et fidèle pasteur, né pour ces malheureux temps, illustre par sa vie et encore plus par sa mort ; rongé dès sa jeunesse du zèle de la Maison de Dieu ; défenseur intrépide et incorruptible de la cause de nos Eglises, lorsqu'il était avocat au Parlement «le Toulouse avant notre ruine; héraut fidèle et infatigable de la vérité, lorsqu'il a été ministre; enlin martyr glorieux de Jésus-Christ, lorsqu'il a fallu sceller son Ministère par sa mort.
t. Mémoires de M™ Dunoyer. (Douen, II, 2.19).
i. Voir plus haut la mention d'une lettre de Montpellier du o novembre. \ olr
aussi dans Douen, II, :Ci2, Le Mercure historique du 18 novembre.