BAS, LAPIERRE, DAVID GAZAN
assemblées. Il ne convient pas d'exposer personne, car nos ennemis ne sont pas assouvis à répandre le sang et à faire souffrir les pauvres fidèles. Tout ce que je vous marque est vrai. Contentez-vous, je vous prie, de vous dire que je n'ai jamais approuvé la conduite des Camisards. Ils ont déshonoré notre sainte religion, en répandant même le sang innocent. Moi qui leur envoyais par exprès des lettres comment ils devaient se conduire, et des exhortations de défunt ce pieux ministre et professeur Bénédict Pictet; il ne convient pas que ces gens soient mis dans des histoires qui ne pourraient que Ie(?) ternir1. C'est l'avis de celui qui est toujours sans réserve, Monsieur, votre très humble. . . D. Bas'-.
Lapierre, le cordonnier de Lasalle, était à Londres, pensionné, en 1718. Il avait 72 ans, et remplissait les fonctions de lecteur dans l'Eglise française de Spring Gardens (appelée quelquefois la Chapelle du Parc, ou la Petite Savoye). Nous ne savons si l'un des trois enfants qui vivaient avec lui, était le fils dont il voulait, en 1098, faire un prédicateur du désert3.
Lapierre ne devient que lecteur. Gazan, Roman et Olivier devaient mourir pasteurs.
David Gazan, dit La Jeunesse, qui avait appris aux environs de Castres ou de Monlauban la conclusion de la paix de Ryswyk, était dans le canton de Berne aux premiers jours de
1. 11 faut entendre sans doute : o Les Camisards ne pourraient que ternir les his-
toiics où ils seraient mis ».
2. l'ap. Court. 17. Ii, 107. La lettre nVsl malheuremcnt pas datée, lî. Pictet mourut en 172*. Bas, à cette date, avait jG ans.
3. « La Pierre 3 ehildren, Reader in the Utile Savoye, was with M. Brousson when broken on the well ». Hufru. Soe. Proceedinfrs, I. :i-J7 (VIII, 23). Une liste de 1706, des réfugiés assistés à Londres (Agnevv, Protestant exiles..., II. 112), porte le nom de « Henry Massai, 60 ans, de Saint-Hippolyte, qui a accompagné pendant U ans M. Brousson prêchant sous la croix ». Un David .Massai, assisté à Lausanne le '. mars 1698 (Pop. Bernus),esl noté connue étant sorti de France l'année même, après avoir « travaillé lui-même à la consolation et à l'instruction de nos frères ». Le Mémoire de Bastide (Pap. Court, 17, 11, ÎS'J) place « Massai de Milherines. âgé d'environ 23 ou 21 ans », parmi les prédicants. Il serait sorti du royaume en 16SS (?). Nous connaissons, pour l'avoir vu -mi 1691 aux côtés de Vivent, Massai dit Labric. C'est sans doute David. D'autre part, comme les procédures ont parlé « des deux Massa] frères, de Milherines », il faut penser que Henry est le frère de David. S'il est demeuré 14 ans en relation avec les piédicants (Brousson est ici comme un nom générique), il est sorti en 1700 ou 1701. 11 serait un de ces accompagnateurs dont nous n'avons pas toujours connu le nom.
lui juillet 1698, la femme du prédicant Bringuier. Anne Plant ier, sortit de France avec la veuve du S' de Cornélis. Cette dernière laissait en France ses enfants. Les registres du refuge à Lausanne, en constatant le passage des deux femmes, nous apprennent en quelle ville vivait alors l'ancien prédicant : « Jeanne (sic pour Anne) Plantiere, femme d'Antoine Beringuier, sortie de France depuis trois mois avec la D"° Corneille [en patois : Cournely] ; va joindre son mari à Maestriclit, 28 octobre 1698 ». {Fr. l'rot., î* Ed., II, 3H).
322 LES PRBDICANTS PROTESTANTS
février lli'.'S. Le 14. le ministre Sagnol de La Croix, de Morges, le recommandait à la Direction de Lausanne1. «Vous connaîtrez bientôt par ses récits celui qui vous porte cette lettre. Il a prêché au péril de sa vie pendant plusieurs années à nos pauvres frères dans les provinces de Guyenne et de Languedoc, (Haut et Bas), et Cévennes. Dieu a fait par son moyen des choses qui donnent lieu à le bénir; et à même temps nous engage à prendre soin de celui dont il s'est servi pour les faire. Il n'est donc pas nécessaire île vous le recommander, étant si recommandable par soi-même ».
Le lendemain, Gazan obtenait à Lausanne une lettre favorable pour les autorités de Berne \ Nous savons exactement son ambition : « Se consacrant entièrement au service de Dieu, il désirerait s'appliquer aux études, jusqu'à se rendre capable d'être reçu ministre». Ce que nous verrons ailleurs des sermons de La Jeunesse, nous le montrera, en effet, avide de s'instruire, et capable déjà de s'assimiler la substance de prédications dont le style et les idées le dépassaient. Il avait travaillé, au Désert, sur des manuscrits de Merlat. Nous nous le figurons causant à Lausanne, avec le pasteur, du secours et des obstacles à la fois, qu'il avait trouvés dans les savants développements de ses périodes.
Gazan ne rencontra-t-il pas à Berne l'accueil qu'il souhaitait ? Il est à Genève le 6 octobre, mais en 1(J99 il quitte la ville. L'Allemagne, où les régions diverses de la Suisse poussent maintenant les réfugiés sans ressource, s'ouvre devant lui. Il a une trentaine d'années. Il part « étudiant pour le saint ministère, ayant consolé et instruit nos frères de France », avec un viatique pour le Brandebourg. Le 31 décembre 1699, il est recensé à "YVahnow, en Prusse, comme « maître d'escolle, cy devant Prédicats (sic) sous la croix ». Une note du Dr Beringuier nous apprend qu'il était alors Candidat en théologie, et qu'il avait été régent à Bergholz avant de venir à "Walmow3. En 1727,