‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 196 sur 334 · RÉUNIONS DES PRÉDICANTS · texte numérisé non relu

RÉUNIONS DES PRÉDICANTS

assemblés au nombre de lo à 20, dit la Lettre de 1G93, ils se nomment tous frères, et l'amour qu'ils ont les uns pour les autres les unit plus que des frères germains »'. Tous, en effet, travaillaient en vertu de la même vocation divine, et les lecteurs n'étaient pas moins persuadés de la leur, que les prédicateurs. Pourtal affirmait, en se fondant sur la Confession de foi, que « chacun était propre à l'édification de son prochain, suivant les lumières que Dieu lui avait départies », et il disait à son juge: « Ma conduite ne doit point vous étonner, vous la verrez encore dans les suites, Dieu ayant dit dans son Evangile que si les ministres de sa Parole manquaient, il susciterait des personnes faibles aux yeux de la chair, pour prêcher la vérité, et dire les choses magnifiques de Dieu »~. Confondus par Bàville, et par le clergé catholique sous le nom de « prédicants », qui datait du xvie siècle, qui avait gardé son allure méprisante, et qu'ils s'appliquèrent parfois à eux-mêmes, comme les réformés de Hollande avaient consenti à s'appeler les Gueux, ils étaient souvent mis par leurs auditeurs au même rang3. Les dépositions d'Anne Baudoin nomment du même mot de « prédic&nts » : Vivent, Brousson, Gazan, Colognac. Massai, Grevou. Roman. Lapierre, les trois Plan, Laporte et Bousquier. alors que Massai (Labric) sûrement n'avait prononcé que des prières, et que Bousquier n'était qu'un suivant armé de Vivent. Colognac interrogé sur ceux qui prêchent dans le royaume, énuraère également, sans nuances : Brousson, Gazan, Papus, Pierre Plan, Lapierre a et plusieurs autres qui exhortent les fidèles ».

C'est l'intime cohésion de tous les prédicants qu'il faut avant tout relever. Quand nous aurons dit que d'après les dossiers de l'Intendance du Languedoc, depuis 1689, ont seuls donné la Cène : Vivent, Mazel, Brousson, Paul Plan, Gazan. Colognac. Lapierre, Laporte et Roman, nous ne prétendrons point avoir

!. Bail. I.. 342,

3. I). Benoît (Bull. L, 3j7, note -2) prétend que Bàville distinguait entre le* « ministres » et les •< prédicants ». c'est-à-dire, parmi les prédicants, entre ceux, d'une part, qui prêchaient et donnaient la Cène, et ceux, d'autre part, qui présidaient seulement des cultes familiers. Mais le passage d'Elie Benoît (Histoire de l'JSdit de Nantes, Y. 197, 198) auquel il renvoie, a ete par lui mal interprété. Elie Benoît résume en cet endroit les instructions données par La Trousse a ses officiers, en 1686. Le commandant militaire y établissait une différence entre la capturc d'un ministre revenu de l'étranger, el celle d'un prédicateur extraordinaire, quel qu'il l'ut.

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opposé ainsi îles supérieurs à des inférieurs1. David Quel, interrogé si Laporte prêchait mieux que lui, répondit avec simplicité : «Je suis le moindre de tous ». Lapierre lui écrivait, en se justiliant d'un soupçon : « Je vous assure que j'ai une estime particulière pour vous, sachant votre piété et votre zèle ; et le soin que vous prenez pour l'édification de nos frères augmente grandement l'amour que j'ai pour vous. Je vous prie, croyezmoi un de vos serviteurs sans réserve». Le même Quet. vis-àvis de Vivent, manifestait une déférence marquée : « Vous verrez que celui qui vous écrit vous est et veut être, avec vous et avec tous ceux qui vous appartiennent, avec un profond respect. Monsieur et très honoré frère, votre très humble et très obéissant serviteur » -. Pourtal demandait à Brousson. qu'il appelait également Son très honoré frère, « la continuation de son amitié et le secours de ses bonnes prières»3. Brousson. à son tour, dans sa Relation des Merveilles, parle avec une émotion simple et vraie de ses compagnons du Désert. « qui le considéraient comme une personne à qui il avait plu à Dieu de donner de plus grandes lumières qu'à plusieurs d'entre eux, et qui les édifiait par sa conduite ». Mais, ajoute-t-il, « il ne comparait jamais les grâces qu'ils avaient eux-mêmes reçues du Seigneur avec celles qu'il lui avait plu de lui accorder, qu'il n'y trouvât un grand sujet de s'humilier, et qu'il n'estimât ces fidèles serviteurs de Dieu, à divers égards, plus excellents que lui-même»4. Bàville voulait savoir de Colognac, en 1693, si Brousson ne dirigeait pas les autres prédicants. «Non, dit le prisonnier, Brousson est un habile homme, mais tous sont égaux » . 11 n'avait pas voulu convenir non plus, et dans les mêmes termes, qu'ils fussent tous sous la direction de Vivent. « Nous sommes tous égaux, ainsi que les disciples de Jésus-Christ »\

1. Dans sa lielation <U-s Merveilles, Brousson (169i) nomme comme- s étant bornés a île* exhortations el à des prières : Roussel, Masbernard (Saint-Paul). Pourtal. Papas et Carrière.

->. Dossier Quet, C. 170.

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