‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 200 sur 334 · Jean Lemoine, p. 2ii. ii pp · texte numérisé non relu

Jean Lemoine, p. 2ii. ii pp

;>7i LES PRÉDICANTS PROTESTANTS

11 ne faut pas outrer ces allirmations. Nous ne croyons point que les anciens de chaque lieu aient proprement reconstitué les Consistoires d'autrefois, ni surtout que leurs Consistoires aient entretenu, d'une région à l'autre, des relations régulières. Dans ses instructions secrètes aux intendants (janv. 1699), le roi, reprenant le mot des évèques, se disait averti de l'existence, en plusieurs villes, d'espèces de « Consistoires secrets, qui représentaient encore la forme de gouvernement pratiquée dans la R. P. R.. qui conservaient des correspondances et des liaisons avec de pareils Consistoires qui étaient en d'autres villes », et il ordonnait aux autorités de s'appliquer à découvrir « les noms, les cabales et les relations de ceux qui composaient ces sortes de Conventicules »'. Les évèques ou les intendants s'exagéraient leurs craintes. Dans chaque province même, la cohésion était moins étroite qu'ils ne pensaient. La Lettre de 1G95 ne doit pas. ici non plus, nous faire illusion. L'assemblée qui se tint à Montpellier n'était, comme le dit l'auteur, qu'une des réunions périodiques (?) où les prédicants se donnaient rendezvous. Des laïques de la ville ne se joignirent à eux que par une exception formelle. Dès lors, si la conférence se tint suivant les formes classiques des Synodes disparus, si un laïque (par dérogation d'ailleurs à la coutume) en fut élu Modérateur, si la Confession de foi y fut lue. si les assistants se déclarèrent prêts à en signer les articles de leur sang, si enfin les résolutions prises furent « couchées sur un registre que l'on donna à celui qui devait faire l'ouverture de l'assemblée de l'année prochaine », si à la tète des articles furent inscrits en gros caractères les mots « Arrêté du Sj-node tenu à Montpellier le z3 décembre iOgj », il ne faut voir là qu'une initiative hardie, qui n'eut point de lendemain. Les délibérations de l'assemblée n'eurent, on le verra, qu'une portée fort restreinte. Il manquait aux prédicants d'alors, la ferme volonté de rétablir l'Eglise sur ses bases anciennes, sans y rien changer. L'existence des « lecteurs ». à côté des «prédicateurs», était à elle seule une grave innovation, et Brousson avait trop fortement affirmé la valeur du ministère extraordinaire, pour que ses compagnons se sentissent le besoin impérieux de se rattacher à la Discipline d'autrefois. Ils comptaient, d'ailleurs, sur le triomphe

1. Ibid., p. 394. Cité déjà dans A. de la Chapelle, Nécessité du Culte public, II. p. Î76. L'évêque de Viviers prétend, en 10'JS, qu'il s'esi formé (entre lesN. C.) une

ealmle secrète, formée néanmoins de peu de personnes de chaque lieu, mais répandue dans tout le royaume. (Ibid., p. iil).

LE SYNODE (?) 1>E L694 -i~-\

très prochain de la cause protestante, après la défaite des armées du roi. L'organisation qu'ils auraient fondée n'aurait pu être, par conséquent, que provisoire. S'ils donnèrent à leur réunion un caractère régulier et traditionnel, ce fut pour s'affirmer à eux-mêmes, en une année d'épreuves et d'espérances, pour affirmer aux protestants hésitants qui contestaient la légitimité de leur vocation, le droit absolu qu'ils avaient à se dire «ministres de la Parole de Dieu ».

Le Synode de 1715, réuni près de Monoblet par Antoine Court, et qui, jusqu'à la publication de D. Benoit, avait passé pour le premier Synode du Désert, garde pour nous une toute autre signification ecclésiastique et religieuse que l'assemblée de 1094. A. Court rétablissait la Discipline, avant tout pour extirper du Languedoc l'illuminisme, dont les floraisons malsaines avaient tout envahi. Afin de « purifier le sanctuaire de tout fanatisme », le Synode de 1713 décida qu'il serait interdit aux femmes de prêcher, qu'il serait ordonné de s'en tenir uniquement à l'Ecriture Sainte, comme à la seule règle de la foi, et qu'en conséquence on rejetterait « toutes les révélations qui avaient la vogue » ' . La « police » ecclésiastique qu'il institua sous la forme exacte qu'elle revêtait au xvne siècle, donna lieu à des expulsions, motivées par la doctrine ou les mœurs des coupables. Brousson n'était pas moins attaché qu'Ant. Court à la Confession de foi, mais il était réservé au ministre du Vivarais de restaurer, avec un esprit de suite et une énergie qui ne faiblirent point, une « forme d'Eglise » qui avait fait la puissance du protestantisme pendant cent cinquante ans, et qui devait être pour lui, au xvme siècle, un assuré moyen de salut.

§4. — La Prière aux Malades. — Le Catéchisme. — Le Baptême. — Le Mariage.

Les prédicants, s'ils n'enfermèrent pas strictement leur activité dans la Discipline traditionnelle, poursuivirent du moins dans toutes ses manifestations extérieures l'œuvre religieuse des pasteurs supprimés. Suivons-les dans l'accomplissement de leur tâche, en débutant par son côté le plus intime et le plus direct. Ils se devaient à tous les frères qui réclamaient le secours de leur foi. Brousson, chaque jour, pour la consolation des familles

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