Orth. orig
GAZAN COPIE MOINS SERVILEMENT i35
«Mon dieu bény moy mon travail s'il te plait et pardonne s'il te plait les péchés de ton serviteur. »
Le second sermon du cahier, sur Les souffrances du Christ (Jean, XIX, o : Et Pilate leur dit : Voici l'homme) a été traité par Gazan avec plus d'indépendance. Privés que nous sommes de l'original, nous ne savons s'il s'agit ici de la libre adaptation d'un sermon entièrement écrit, ou plutôt de l'amplification d'une analyse. Quoi qu'il en soit, Gazan n'a trouvé bon d'utiliser que quelques-unes des idées que lui présentait son modèle. L'exorde, consacré à la « générosité » du métier de la guerre et à son attrait, ressemble, par sa gaucherie, au début du sermon précédent1. Il conduit à une division d'une forme incorrecte : « Sur ces paroles, m. f. nous avons, sous la conduite du Saint-Esprit que nous avons imploré et que nous implorons encore de tout notre cœur, deux points à considérer, moyennant sa grâce. En Ier lieu nous verrons qu'il est cet homme, et en IIe lieu nous verrons la nécessité que nous avions de cet homme. Et ensuite et enfin nous verrons les fruits qui nous a acquis par sa mort et passion. Ce seront les trois points que nous avons à vous entretenir ce jourd'hui avec l'aide favorable du père des lumières». La suite ne correspond pas entièrement au programme exposé. Le Ier et le IIIe point sont seuls normalement développés. Le IIe présente une modification inattendue, et nous y apprenons Pourquoi et en quels termes Pilate (lisait: Voici l'homme. C'était, dit Gazan, qui sans doute marche maintenant sans appuis : 1° par dérision pour les Juifs ; 2. parce que les Juifs disaient : nous avons une Loi (?) ; 3. parce qu'ils disaient que Jésus était fils d'un charpentier : 4. parce que le peuple croyait en lui à cause de ses miracles ; 5. « pour la cinquième raison, que les Juifs persécutèrent J.-C. il faut savoir, m. f. qu'ils étaient méchants et idiots [simples] et qu'ils ne savaient ce qu'ils faisaient, témoin J.-C. dans cette douloureuse complainte, lorsqu'il s'écria avec tant d'ardeur, capable à renverser tous les cœurs par terre : Père, dit-il, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ».
Arrive enfin l'a application», introduite par la formule ordinaire : a Appliquons ces choses à notre usage et à notre consolation ». Gazan lâche ici la bride à son inspiration. Il abandonne
1. Gazan y a glissé une expression qui lui i paru belle, et qui provient de l'autre sermon : « L'expérience, que nous l'appelons la mesure des choses, nous fait voir, etc. .. »
136 LES PRÉDICANTS rilOTESTAXl's
délibérément le résumé manuscrit ou les pages imprimées auxquels jusqu'ici il s'est plus ou moins exactement référé. L'animosité des Juifs contre Jésus l'a mené aussitôt à la persécution que subit l'Eglise, et sans plus se soucier ni de son texte ni des idées qu'il en a déduites, il se lance dans une violente controverse, dont les arguments ne sont pas toujours clairs, et termine par une véhémente apostrophe aux ennemis des fidèles, et par la proclamation de la gloire qui attend ceux-ci.
En premier lieu, regardez et voyez la cruauté de l'Eglise romaine qui a retranché la coupe de notre Sauveur. Et encore veulent [1' ?] appeler une partie. Et même il [elle] n'est pas une partie de la Communion de J.-C. comme [puisque] il la distribua à ses disciples. O faux prophètes ! O enchanteurs ! Comment osez-vous dire que .lésas soit dans une miette de pain, tandis qu'il est au Ciel, et il faut que le Ciel le contienne jusques au rétablissement ? Encore, avez retranché la sacrée coupe de notre glorieux Sauveur, qui a dit si expressément à ses disciples (et à toute l'Eglise en général en la personne de ses disciples) : Buvez-en tous ! Comment donc avezvous le courage d'ôter cet excellent sacrement au pauvre peuple? Ne tremblez-vous pas du jugement de Dieu qui [qu'il] vous écrase ! Ne faites-vous pas voir par là que vous êtes diables, tandis tpie vous rejetez ce que Dieu a fait, pour maintenir et soutenir des traditions des hommes qui ne sont été inventées que par vous? Ne faites-vous pas voir par là que vous êtes fous, insensés et aveugles? Pharisiens aveugles, qui savez la vérité et ne la faites point, n'ètesvous pas des insensés? Ne savez-VOUS pas que celui qui sait la vérité de son maître et ne la fait point, il sera battu de plus de coups ? Vous la connaissez, et la cachez non seulement à vous, mais au pauvre peuple. .. Vous les empêchez de la lire pour faire triompher l'erreur de la supertition. O traites à Dieu et au Sauveur du monde, n'êtes-vous pas des insensés ? N'êtes-vous pas imitateurs des Juifs qui connaissaient assez que Jésus était le Christ, et cependant ils le tirent mourir?
N'en faites-vous pas aujourd'hui de même en la personne de ses enfants? Vous savez bien que la parole qui prêchent les pasteurs de l'Evangile, que c'est véritablement la Parole de Dieu. Cependant vous inventez tous les jours de nouveaux supplices pour les faire mourir. Ne tremblez-vous pas, misérables ? Et ne savez-vous pas qu'il vous faudra rendre compte de ce sang innocent que vous aurez fait verser sur la l'ace de la terre? Oui, pour certain, vous eu rendrez compte devant Dieu, et comptez qu'il vous punira suivant vos mérites !
Soyons en bien persuadés, mes très chers frères, et ne perdons pas courage puisque J.-C. est le chef de notre Communion, et la