REQUÊTE A DIEU
ou PRIÈRE GÉNÉRALE
des Fidèles persécutez et massacrez en France pour le Service de Dieu.
[Publiée par Brousson en 1694.]'
O Nôtre bon Dieu et nôtre bon Père Céleste, qui as le Ciel pour ton trône et la Terre pour le marche-pié de tes piez, qui es
l. Exactement reproduite d'après l'exemplaire des Pièces Pieuses de M. L. Fuzier. (Lu\'oulir-Biir-Kliùni\ Ardèche).
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le Souverain Juge du Monde, le Mari des femmes veuves, le Père des enfants orphelins, le Consolateur des affligez, l'Azile des persécutez, le Protecteur et le Libérateur des opprimez ; nous recourons à toi dans notre détresse : nous te réclamons dans notre affliction. Des maux sans nombre nous accablent, des ennemis puissans et terribles nous oppriment cruellement. Ils nous soûlent d'amertume et notre ame n'a aucun repos ni nuit ni jour. Hélas ! Seigneur, jusques à quand nous oublieras-tu dans notre misère ? Jusques à quand fermeras-tu l'oreille à nos cris et à nos gémissemens ? Nous te réclamons dès la pointe du jour, et tu ne nous répons point : Nous multiplions nos prières, et tu ne les exauces point. Tu caches ta face pour ne pas voir nos désolations ; et tu nous abandonnes à la merci de ceux qui nous allligent, et qui nous exterminent. Nous attendons la lumière, et voici les ténèbres. Nous attendons ton secours, et il s'éloigne de nous. Nos frères qui étoient opprimez comme nous en divers endroits du Monde, sont déjà délivrez ; et tu nous laisses encore dans nôtre captivité et dans nos tribulations. Nos ennemis deviennent même toujours plus furieux contre nous ; ils se multiplient et se fortifient de plus en plus, et nous déclinons de plus en plus comme l'ombre du soir : Nous sommes consumez, nous sommes dissipez, il ne nous reste aucune force, ni aucun moyen de subsister ; nous ne savons plus que devenir : nous périssons, si tu n'as bientôt pitié de nous.
Helas! Seigneur, nous voyons bien que ce sont nos péchez, qui font séparation entre nous et toi, et qui retardent notre délivrance. Ouï. Seigneur, ce sont nos péchez qui nous ont attiré tant de maux, et qui sont cause que nos prières ne sont point exaucées. Tu nous avois reçus dans ton Alliance : Tu nous avois promis que tu serois nôtre Dieu, que tu nous protégerois ; et que tu verserois sur nous toutes sortes de bénédictions : et nous t'avions promis que nous serions ton Peuple, que nous te serions fidèles, que nous te craindrions, que nous t'aimerions, que nous te servirions avec zèle et avec assiduité, que nous obéirions à tes Saints Commandemens. que nous ferions luire notre lumière devant les hommes, afin que les hommes voyans nos bonnes œuvres, te donnassent gloire comme nous. Tu avois livré ton propre Fils à la mort, pour nous délivrer de la mort et de la malédiction éternelle. Tu nous avois donné l'intelligence des mystères Célestes, tu nous avois rendus participans de ton Saint-Esprit, tu nous avois repus de ta Parole, tu nous avois
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rempli de tes grâces, tu nous avois protégez, tu nous avois fait jouir d'un long- repos et d'une grande prospérité.
Mais, ô nôtre bon Dieu, nous t'avons oublié au milieu de tous tes bien-faits. Nous nous sommes corrompus dans ce long repos et dans cette grande prospérité, dont il t'a plù de nous faire joiiir. Nous nous sommes relâchez dans la piété. Nous avons eu du dégoût pour ta Parole, nous avons profané tes Sacremens. nous avons méprisé la gloire et la félicité du Ciel, et nous avons tourné toutes nos pensées du côté de la Terre. Ton Peuple a imité les déréglemens des enfans du Siècle, qui vivent dans les ténèbres de l'erreur, de la superstition et de l'idolâtrie : 11 s'est confondu avec eux par son attachement au Monde, par son luxe, par ses vanités, par son orgueil, par ses jeux, par ses danses, par sa gourmandise, par sou yvrognérie, par ses débauches, par ses injustices, par ses fraudes, par ses haines, par tes divisions, par ses querelles, par ses procès, par ses duretez. par son indévotion, par la profanation du jour du repos, qui ne doit être employé qu'à ton Service, par ses paroles sales et scandaleuses, par ses chansons profanes et impies, par ses sermens vains et téméraires, par ses imprécations, par ses renimens, et par ses blasphèmes exécrables. Au lieu de te glorifier par nos bonnes œuvres, nous t'avons des-honoré par nôtre mal heureuse conduite. Nous avons été cause que ton Saint Nom a aussi été blasphémé par ceux qui ne te connaissoient point, et nous sommes devenus puans et abominables devant toi.
Tu nous as souvent fait ouïr ta voix, pour nous ramener dans tes saintes voyes : Mais nous avons toujours endurci nos cœurs. Tu nous as souvent frapez : mais nous n'avons pas profité de tes chatimens. Et ce qu'il y a de plus horrible, c'est que lors que tu as lâché la bride aux ennemis de ton Peuple, a cause de son impénitence, ton Peuple s'est révolté contre toi, il a renié ta sainte Vérité, il s'est souillé dans l'idolâtrie, il est sorti de ton Alliance, et il est entré dans celle de Satan et de l'Ante-Christ son Grand Ministre. 11 est retourné dans le sein de l'impure Babylone, d'où tu l'avois retiré par un pur elfet de ta Miséricorde et de ta Grâce. 11 y a même un grand nombre de ces misérables pécheurs, qui depuis plusieurs années persévèrent dans cette noire infidélité, pour éviter de soufrir pour ton Saint Nom . Tu envoyés depuis long-temps tes Serviteurs aux uns et aux autres, pour leur prêcher ta Parole, et les exhorter à la repentance. Mais presque personne ne se détourne de son mauvais train. On
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en voit même plusieurs, qui deviennent toujours plus mondains, plus impurs, plus méchans, plus profanes et plus impies.
Hélas ! Seigneur, que pouvons-nous donc attendre en ce mal heureux état, si ce n'est que tu achevés de nous consumer par tes ardeurs éternelles, comme un Peuple pervers, et indigne de ta Miséricorde et de ton support? Lorsque nous considérons une si grande corruption, une infidélité et une impénitence si longue et si détestable, nous en sommes épouvantez, Seigneur, et nous avons bien sujet de craindre que tu ne nous délivreras jamais de tant de maux qui nous accablent. Ouï. Seigneur, nous confessons que nous sommes indignes de vivre : que nous méritons d'être exterminez, comme autrefois ton Peuple d'Israël, lors qu'il fut devenu rebelle et impénitent: et que quand tu acheverois de nous détruire, tes jugemens seroient justes et équitable, et toute la Terre, qui est témoin de nos péchez, te donneroit gloire.
Tu as pourtant encore. Seigneur, un petit reste de Fidèles dans ce misérable Royaume ; tu y as encore quelques Lots, qui allligent continuellement leur aine, à cause de toutes les abominations qui s'y commettent. Mais, ù notre bon Dieu, tesjugemens, qui nous accablent tous, nous épouvantent ; et nous reconnoissons bien, Seigneur, que toutes nos justices sont devant toi comme le drapeau souillé ; que nous sommes tous de grands pécheurs : que ce n'est pas sans sujet que tu nous as affligez, que nous avons tous été conçus dans le péché et échauffez dans l'iniquité ; que nous sommes nez dans la corruption et que nous avons vécu dans la souïlleure et dans l'injustice ; que nous ne t'avons pas servi et glorifié comme nous devions; que nous avons une infinité de fois violé tes saints Commandemens, ou par nos pensées, ou par nos paroles, ou par nos œuvres. C'est pour cela. Seigneur, que ta colère est maintenant embrasée contre nous, et que tu t'éloignes de nous dans notre détresse.
Que pouvons-nous donc devenir, Seigneur, si tu n'as pitié de nous? Nous ne savons plus de quel côté nous tourner. Nos en. nemis nous environnent de toutes parts, et tout moyen d'échapper nous semble oté. Nous avons cherché les lieux les plus éloignez du commerce des homes, où durant les ténèbres de la nuit, et dans les temps même les plus rudes, nous nous sommes assemblez au Nom de ton Saint Fils Jésus, pour t'adorer en esprit et en vérité, pour invoquer ton Saint Nom. pour reclamer ta Miséricorde, pour méditer ta Parole, et pour chanter tes saintes louanges : Mais nos ennemis nous y sont venus chercher pour nous massacrer. Ils ont répandu le sang innocent, ils ont dévoré
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tes pauvres brebis, et ils ont fait mourir tes Serviteurs. Ta pauvre Colombe a cherché des aziles dans les déserts les plus afreux, dans les fentes des rochers et dans les cavernes, ou elle a soufert une infinité de misères : Mais ces cruels persécuteurs la chassent même de ces tristes et misérables séjours : Ils la cherchent et la poursuivent jour et nuit. Ils ne veulent pas, Seigneur, que ton Peuple te serve dans ce Royaume ; et néanmoins ils ne veulent pas permettre qu'il en sorte, pour t'aller servir ailleurs selon tes Commandemens. Cependant ils ne se lassent jamais de nous chercher et de nous tendre des pièges, pour nous oter la vie. Tous les jours ils répandent nôtre sang ; ils s'en soûlent tous les jours, et ils en sont toujours altérez : Et lors que nous tombons entre leurs cruelles mains, c'est pour eux une grande matière de rejouissance et de triomphe. Ilelas! Seigneur, pourquoi dorstu? Reveille-toi : ne nous rejette pas pour jamais, (a) Pourquoi caches-tu ton visage? Pourc|uoi oublies-tu nôtre affliction et nôtre oppression? Car nôtre ame est panchée jusqu'à la poudre, et notre ventre est attaché contre la Terre. Lève-toi à nôtre aide, Seigneur, et secours nous pour l'amour de ta gratuité.
Nous avons péché. Seigneur, nous le confessons. Nous avons fait méchamment : Et nous et nos Pères nous sommes rebellez contre toi. Mais, ô nôtre bon Dieu, nous avons tout nôtre recours à ta Miséricorde, et à la Grâce de Jesus-Christ nôtre Sauveur, qui a soufert la mort pour la remission de nos péchez, et qui intercède maintenant pour nous dans le Ciel. Nous avons horreur de nos iniquités ; nous nous en repentons sur la poudre et sur la cendre ; nous retournons à toi de tout nôtre cœur ; reyoi-nous a merci, ô nôtre bon Dieu. Sois appaisé envers nous selon tes grandes Miséricordes ; et pour l'amour de ton cher Fils notre Sauveur, efface tous nos péchez, et netoye nous de toutes nos iniquitez. Mais surtout, Seigneur, pardonne a ton Peuple, l'abominable péché d'Apostasie et de révolte, qu'il a commis contre toi. Lave nous tous, Seigneur, dans les salutaires eaux de ta Grâce, dans le précieux Sang de cet Agneau sans tache et sans soùilleure, qui ôte le péché du Monde. Revêts nous de sa justice et de son innocence ; afin que tant de péchez que nous avons tous commis contre toi. et qui sont cause de tous les maux que nous soufrons, ne paroissent jamais à tes yeux ; mais que désormais tu nous regardes tous comme les objets de ton amour et de tes grâces. Pour cet effet, ô nôtre bon Dieu, renouvelle au
(a) ps. (l.
dedans de nous l'Esprit de ta Sainteté ; afin que ce divin Esprit crée en nous tous, un cœur nouveau et de nouvelles affections ; qu'il réveille nôtre zèle: qu'il ranime notre piété; qu'il nous éclaire, qu'il nous fortifie, qu'il nous console, qu'il nous conduise, qu'il nous détache du Monde, qu'il nous lasse renoncer à toutes les vanitez du Siècle et à toutes ses délices profanes et criminelles, qu'il nous donne de l'aversion pour le péché, et de l'amour pour tes saints Commandemens, et qu'il nous fasse trouver tout notre plaisir à te craindre, a t' aimer, a marcher dans tes saintes voyes, à te servir et à te glorifier sans cesse. C'est là. Seigneur, l'ouvrage de ta Miséricorde et de ta Grâce : il n'y a que toi, ô nôtre bon Dieu, qui puisse nous régénérer et nous rendre agréables à tes yeux. Santifie nous donc par ton Saint-Esprit, afin que désormais nous fassions toujours les choses qui te sont agréables, et que tu rependes continuellement sur nous tes plus précieuses bénédictions.
(a) Rejouï-nous, Seigneur, au prix des jours que tu nous as affligez, et au prix des ans auxquels nous avons soufert tant de maux. Que ton œuvre paroisse en tes Serviteurs, et ta gloire en leurs Enfants, (b) 11 est temps, ô nôtre bon Dieu, il est temps que tu ayes compassion de ta pauvre Sion, qui est toute désolée : Car le temps que tu as marqué dans ta Parole pour sa délivrance, est maintenant arrivé : et tes Serviteurs sont touchez de sa ruine, et ils ont pitié de la voir toute en poudre, (c) Il est temps, Seigneur, que tu débattes la cause de ton pauvre Peuple, et que tu lui fasses justice.
Tu sais. Seigneur, que nous n'avons fait aucun tort à nos ennemis, et néanmoins ils nous ont opprimez. Nous avions témoigné nôtre fidélité à nôtre Prince et à ses Prédécesseurs dans des occasions importantes ; et pour toute récompense on n'a songé qu'à nous détruire. Nous avions des Edits et des Traitez de Pacification, dont l'observation avoit plusieurs fois été solennellement jurée dans tout le Royaume, et qui étoient bien plus justes et plus sacrez que le Traité que les Gabaonites avoient obtenu de Josué, et que celui que Nebucadnetzar avoit fait avec Sedecias Roy de Juda. desquels tu (d) punis pourtant l'infraction d'une manière éfroyable : Cependant on les a violez
(a) Ps. 90.
(ft) Ps. «02.
(e) Michèe 7.
<</) -2 Sam. M.
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sans aucun sujet, sans aucune crainte de son Saint Nom. On nous a accablez de maux, et on nous a même défendu de nous en plaindre. On nous a dépouillez de nos emplois et de nos biens, on nous a ravi nos enfans, on nous a dispersez, on nous a fait une guerre ouverte, cruelle et sanglante, on nous a massacrez, on nous a exterminez. On ne nous a pas considérez comme un Peuple libre, qui devoit être protégé et gouverné avec douceur et équité, mais on a disposé et on dispose encore de nos biens, de nos enfans et de nos vies, comme si nous étions des esclaves et des bètes.
Nous n'avons demandé que la liberté de te servir ; mais ceux qui nous affligent, n'ont pas voulu nous l'accorder. Nous leur avons représenté avec humilité, que tu nous le commandes dans ta Parole : Mais ils ont voulu absolument que nous leur obéissions plutôt qu'à toi, qui es le Créateur de tous les hommes, le Dieu du Ciel et de la Terre : Kt lors que nous avons osé entreprendre d'obéir plutôt à tes ordres, qu'à ceux de ces hommes mortels, et de nous assembler au nom de ton cher Fils Jésus, pour t'adorer avec pureté selon ta Parole, et pour chanter tes saintes louanges, ils nous ont pillez, ils nous ont dévorez, ils ont démoli nos maisons, ils nous ont traînez dans de basses fosses, ils nous ont transportez au bout du Monde, ils nous ont fait périr par des naufrages, ils nous ont condamnez aux galères comme des scélérats, ils nous ont égorgez, ils nous ont fait expirer dans les tourments et dans les supplices,
Nous n'avons rien oublié pour les émouvoir à compassion envers nous : Mais ils ont toujours été inexorables. Nous leur avons représenté avec une humilité profonde, le tort qu'ils nous faisoient : Mais ils ont foulé aux piez nos Requêtes et nos très humbles remontrances. Nous leur avons mis ta Parole devant les yeux ; nous avons mis ta vérité dans l'évidence : Mais ils l'ont rejettée. Nous leur avons fait connaître que nous sommes ton Peuple : et que tu veux qu'on mette ton Peuple en liberté, afin qu'il te serve. Mais ils nous ont toujours opprimez. Nous leur avons fait entendre les terribles menaces que tu leur faits dans ta Parole, de les accabler de toutes tes playes, s'ils continuent à tenir ton Peuple dans l'esclavage, et à l'empêcher de te servir ; tu as même commencé à les (râper d'une manière épouvantable : Mais ils se sont endurcis de plus en plus. Leurs Prophètes leur ont prédit des choses vaines ; leurs Pasteurs les ont abusez, et ont été cause de leur endurcissement. Ils ont vil venir l'cpée, et ils ne les ont pas avertis ; il ne les ont pas exhor-
tez à se convertir, et à relâcher ton Peuple : Ils leur ont dit : Paix, paix, quoiqu'il n'y eût point de paix, et que la colère les consumât continuellement. Nous leur avons dit que nous mettions nôtre confiance en toi, et que tu ne manqueras pas de venir à nôtre secours, après que tu nous auras châtiez à cause de nos péchez : Mais ils se sont toujours moquez de nôtre confiance. Nous avons imploré leur pitié, nous avons pleuré, nous avons gémi : Mais rien n'a été capable de les toucher. Leur fureur a même redoublé, à mesure que nous avons réitéré nos plaintes et nos Requêtes : Et maintenant ils mettent encore tout en œuvre pour perdre tous ceux qui ont du zèle pour ton service, et surtout pour exterminer tes Serviteurs. Ils les cherchent, ils leur tendent des pièges, et ils promettent de grosses sommes à quiconque les massacrera, ou les livrera entre leurs mains cruelles et sanguinaires.
Mais, ô nôtre bon Dieu, couvre-les de ta nuée et de l'ombre de tes ailes. Nous nous jettons tous. Seigneur, entre les bras de tes Miséricordes. C'est toi qui es nôtre azile ; c'est toi qui es nôtre forteresse, et nôtre Libérateur. Si les hommes sont sourds à nos cris et à nos gémissemens. écoute, toi même la voix de nôtre douleur, et exauce nos supplications. Ecoute aussi les prières et les sanglots de tant de nos pauvres frères, qui trient à toi jour et nuit dans les prisons, dans les basses fosses, dans les galères et dans tous les autres lieux de leur captivité ou de leur exil. Seigneur, ne méprise point leur larmes. Baisse tes Cieux et descen ; ten-nous à tous ta main secourable. Tire nous tous de ces grosses eaux qui nous environnent. Frape la terre et qu'elle en soit ébranlée : que les fondemens des montagnes croulent, et soient ébranlez, (a) N'es-tn pas le Juge de toute la Terre? N'est-ce pas toi qui juges le monde avec justice, et qui fais droit aux Peuples avec équité ? Fai-nous donc justice. Seigneur, puisque les hommes ne veulent pas nous la faire. Déba. toi même nôtre cause. Que toute la Terre connoisse que tu es un Juge équitable. Ave pitié de ton pauvre Peuple. Ave pitié de ceux qui sont dévouez à la mort. Fai-nous maintenant ouïr ces paroles de consolation, que tu fis autrefois entendre à ton Peuple opprimé dans l'ancienne Egypte : J'ai vu. j'ai vu l'affliction de mou Peuple : j'ai connu leur douleur, j'ai ouï leurs géiuissemens, et je suis descendu pour les délivrer.
(a i Ps. 9.
Considère, Seigneur, les outrages qui sont laits à ta propre gloire. Nous voulons te servir, et on nous accable de maux. On soufre les débauchez, les yvrognes, les impudiques, les médians, les profanes, les impies, les renieurs et les blasphémateurs; car tout est plein de ces personnes infâmes et exécrables: Et on l'ait mourir les gens de bien, ceux qui te craignent, qui invoquent ton Saint Nom, et qui chantent tes louanges immortelles. On a démoli tes Sanctuaires, on a aboli ton Saint Service, on a déchiré et brûlé tes sacrées Ecritures, on a tué tes Oints et tes Prophètes, on a souillé la Terre par tant de sang innocent, qu'on y a répandu depuis tant de siècles, et qui crie devant ton trône comme autrefois celui d' Abel ; et on nous extermine encore tous les jours, lors que nous voulons obéïr à ta Parole, et te rendre les hommages religieux qui te sont dûs. O nôtre bon Dieu, qui es jaloux de ta gloire, venge tant d'outrages qui te sont faits, et tant de maux qu'on l'ait soufrir à tes Enfans. Non point à nous, Seigneur ; non point à nous ; mais à ton Nom donne gloire, pour l'amour de ta bonté, pour l'amour de ta vérité. Seigneur, si nos iniquitez rendent témoignage contre nous, agi pour l'amour de toi-même, pour l'amour de ton Saint Nom, afin qu'il ne soit pas toujours profané et méprisé par tes ennemis. Tu nous l'as ainsi promis. Seigneur; tu nous as (a) promis que ce seroit ta jalousie, qui nous délivreroit de la main des ennemis de ta gloire et de ton Service. Sauve donc ce petit résidu selon ta Miséricorde. Tu nous as dit par la bouche de ton Serviteur Moyse, (b) que tu ferois justice à ton Peuple, et que tu te repentirois envers tes Serviteurs, lors que la force s'en seroit allée et qu'il n'en resteroit plus rien. C'est maintenant, Seigneur, que toute notre force est dissipée, et que tout moyen de subsister nous est ôté. Il est donc temps que tu manifestes ta grande puissance. Nous sommes (c) ce Peuple affligé et chetif, que tu as fait demeurer de reste au milieu de tes ennemis, et qui a sa retraite vers ton Saint Nom. Délivre nous donc, Seigneur, selon la fidélité de tes promesses.
Ceux qui nous allligent, se confient en leur puissance charnelle : Mais, ô nôtre bon Dieu, nous nous confions en toi. N'estu pas l'Eternel des Armées, le Dieu Grand, Puissant et Terrible, qui peux consumer tes ennemis comme de la paille, et les
(a) Esaïe 18, Ezéch, :»;.
<fc) Dcut. 32.
(c) Sopbo. 3. 12.
dissiper comme de la fumée? Nous sommes foibles et petits : Mais tu es nôtre force. Nos Pères nous ont raconté toutes tes merveilles : C'est pourquoi nous mettons toute nôtre confiance en toi. Vien donc à nôtre secours, ô nôtre bon Dieu ; ne tarde pas davantage. Ave pitié de nôtre infirmité. Abrège ces jours d'ailliction pour l'amour de tes Elus, de peur qu'une trop longue soufrance n'achevé de les faire périr.
Alors Seigneur, nôtre bouche publiera par tout tes merveilles et ta justice, et chantera hautement tes Saintes louanges. Nous aurons toujours ta crainte devant les yeux, nous obéirons toujours à tes Saints Commandemens, nous netoyerons ton Sanctuaire, nous ne soufrirons plus au milieu de nous les impurs, les médians, les profanes, les impies, tous ces nouveaux Hacans, qui allument ta colère contre tout ton Peuple ; et nous travaillerons sans cesse pour l'avancement de ton Règne, et pour la gloire de ton Saint Nom.
Cependant, Seigneur, nous te prions pour tous ceux qui ont besoin de ta grâce et de ton secours. Donne leur à tous, toutes les choses qui leur sont nécessaires pour leur salut et pour leur consolation. Béni aussi toutes les Puissances de la Terre : Rempli-les toutes des lumières de ton Saint-Esprit, et d'un saint zèle pour ta gloire, pour l' avancement de ton pauvre Peuple. Fai, Seigneur, que sous leur juste domination, nous puissions tous mener une vie douce et tranquille, et te servir en toute liberté et honnêteté. Nous te prions même pour ceux qui nous persécutent. Humilie-les, Seigneur; mais n'achevé pas de les détruire. Ave pitié de leur ignorance, et converti-les par ta grâce. Pousse des ouvriers dans ta maison : donne efficace à ta Parole; répans ton Esprit sur toute chair; éclaire tous les Peuples de la Terre : afin. Seigneur, qu'avans tous ta connaissance, ta crainte, et ton amour, nous vivions tous comme tes Enfans. que nous te servions tous d'un même cœur, que nous te bénissions tous, et que nous te glorifiions tous; jusques à ce que tu nous élèves tous dans le Palais de ta gloire, ou nous célébrerons éternellement ton Saint Nom. Exauce-nous, ô nôtre bon Dieu et nôtre bon Père, pour l'amour de ton cher Fils notre Sauveur, qui a soufert la mort pour nous, et au précieux Nom duquel nous te demandons toutes ces grâces, et nous t'invoquons ainsi : Autre l'ère, qui es aux deux. etc.
Présentée à Dieu en France pour la première fois au milieu du mois de Mai i6ga. Stile nouveau.
568 PIÈCES JUSTIFICATIVES, xxxin.
Sermons composés par Brousson.
Xous donnons ici la liste des sermons de Brousson qui nous ont été conservés :
1 " dans sa Manne Mystique, en les numérotant suivant l'ordre qu'ils occupent dans les trois volumes ;
i dans son dossier des Arch. du Languedoc (C. 191), en suivant pour le numérotage, l'inventaire dressé à Pau par Pinon. il.. Nègre, p. 200).
Nous ajoutons, en les numérotant à la suite, les sermons de Brousson dont nous connaissons le texte, et qui sont perdus.
Sermons de la Manne Mystique.
Volume I.