Ordonnance du 11 avril. Voir nos P. J
ï. Bàville à fléchier, 21 niai. (Douen, ibid.).
L'AMIRAL IU'ssKL DANS LA MDDITKItllAM I 103
l'évêque. Il lui écrivit le 19 juillet : « Le peuple de ces lieux s'est flatté de l'impunité, parce que vous viendriez à son secours. Il a raison, car dans le fond nous ne ferons que ce que vous souhaiterez. Mais il est. ce me semble, fort important qu'il y ait quelque châtiment dans cette conjoncture. M. le comte de Broglie a condamné aux galères les nommés Bourdic, Kousset, Vidal avertisseur, et le nommé Missonfst'c,) ». L'intendant anticipait. Le jugement ne fut rendu que le 23 juillet, et seul le boucher Jean Bourdic, et les travailleurs de terre André Vedel et Jean Missot, tous trois de Milhaud, furent condamnés. Les protestants de Langlade et de Milhaud durent loger 200 soldats de bourgeoisie en pure perte1.
Bàville estima que l'exemple qu'il venait de faire retiendrait les N. G. pendant la campagne. Par la même lettre du 19, il avait envoyé à Fléehier « le nouvel ouvrage » de Brousson, sa Lettre aux Elus de Dieu, que le prédicant «: faisait débiter dans le pays ». Comme il en croyait l'auteur revenu dans la province, il ne s'expliquait pas que le paquet lut arrivé de l'étranger. A cette heure, cependant, Brousson était aux portes de la Hollande, et c'était La Bouvière qui venait de rentrer en France, et de se joindre à Pourtal. Pendant l'absence de leur maître, ils allaient redoubler d'efforts.
120.000 hommes avaient été réunis au printemps par Guillaume d'Orange aux Pays-Bas. C'était la plus forte armée qu'eussent amassée contre le roi les alliés. La bataille définitive que faisait espérer chaque campagne pouvait-elle encore se faire attendre ? L'été s'ouvrit au Languedoc dans la certitude des fléaux épouvantables que Brousson déjà voyait fondre sur la France. L'Angleterre avait préparé, avec plus de frais encore que l'année précédente, un nouveau projet de débarquement. Une flotte descendrait à Brest. Une seconde escadre destinée à la Méditerranée, commandée par l'amiral Bussel, devait d'abord sauver Barcelone qu'assiégeaient les Français, puis brûler Marseille et Toulon. Le '.S août, au moment même où les vaisseaux anglais et hollandais allaient apparaître devant
1. Bàville à Fléehier, 9, IS. 19 juillet 1694. Sur l'assemblée, voir Armand de la Chapelle, II. 287. Les dossiers manquent. Une seule pièce subsiste ('. 17;. avec le jugement ('.. 191. Le 28 juin Broglie envoya 100 soldais a Saint-Dionysi. Bàville, de Toulouse, régla la dépense de Langlade, Saint-Dionysi et Nages, à Ut", livres par jour. Pap. Court. 17. H. 85. I.e document sur le Synode de 1694, dont nous parlons plus loin, raconte une assemblée tenue en juin 1694 dans une métairie, à une demi-lieue de Montpellier; su personnes s'y reunirent un dimanche à midi. Huit. L. 345.
llli LES FRKWCANTS PROTESTANTS
Barcelone. Mandajors écrivait d'Alais à Bàville : « Les malintentionnés s'attendent à quelque grand coup d'éclat dans moins de trois semaines dans ce Royaume, d'après certains avis. Mais je crois, Monseigneur », ajoutait-il. sans être pleinement rassuré, « que ce sont les chimères dont on les repaît, et tout ce qui me parait à craindre d'eux, c'est que nonobstant l'année féconde en blé que nous venons d'avoir, il n'arrive ce qu'on a vu l'année dernière, et que ceux qui ont de grandes quantités ne les cachent. . . Il est constant, par bien des remarques qu'on a faites, que non seulement ils souhaiteraient une plus grande famine dans le royaume, mais qu'encore ils font ce qu'ils peuvent pour l'entretenir »'.
Barcelone fut délivrée, mais la Hotte anglo-batave réunie dans le golfe du Lion essuya une terrible tempête, ne parvint pas à se ravitailler, et se dispersa. Le projet de Brest manqua également, pour avoir été dénoncé au roi de France. Les armées du Nord opposèrent marche à marche sans en venir sérieusement aux mains. Il restait aux réformés à se consoler une fois de plus dans l'espérance. Un homme de Lédignan ', saisi en septembre par les soldats, proclama hardiment « que peut-être le temps resterait à même état cinq ou six ans avant le rétablissement des temples, mais qu'ensuite on prêcherait dans les églises ». Clarion écrivit à La Rouvière, dont le retour avait été provoqué sans doute par ces trompeuses visions de victoire : « Les nouvelles sont fort stériles, et je crois que cette campagne se passera sans coup férir, mais cela n'empêche pas que les malheurs de la F. [sic, il n'ose pas écrire France] ne deviennent toujours plus grands, et qu'il ne faille qu'elle succombe finalement. Donnez-vous patience, et nous le verrons bientôt » 3.
Patience, Espérance, les prédicants qui agissaient dans le Languedoc avaient besoin de se répéter ces deux mots. Ils continuaient leur œuvre, sans éclat, et nous ne surprenons que rarement leurs noms dans quelques informations, sans pouvoir détailler leur activité. C'étaient, avec La Bouvière (lequel se faisait maintenant appeler parfois Olivier)1, Henri Pourtal, son