LE SYNODE DE MONTPELLIER
Nous discuterons plus tard, à propos de la discipline du désert, la valeur réelle d'un document où il est extrêmement difficile de distinguer les souvenirs exacts, de l'amplification apologétique dont ils sont revêtus. Bornons-nous à dire ici que nous tenons pour vrais les faits que nous venons de rapporter. La Relation de la mort de Papus, rédigée en Hollande, sans doute sur des renseignements venus de Montpellier, dit seulement ceci, qui cadre en somme avec ce qui précède : «Notre martyr étant arrivé à Montpellier le 24e jour du mois de décembre 1094, la veille de la Noël, il y célébra le lendemain la bienheureuse naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ et l'on eut le bonheur d'entendre ce jour-là trois prédications et de participer au sacrement de la Cène ». Quelques autres serviteurs de Dieu' étaient dans la ville. Le zèle commençait à se rallumer, et provoquait même des querelles entre les protestants, certains se plaignant de n'avoir pas été convoqués aux assemblées2.
Trois semaines plus tard, une abondante chute de neige (survenue dans la matinée du 17 janvier), empêcha Papus de quitter .Montpellier le jour où il y était décidé. 11 devait trouver la mort dans la ville'.
La Relation de Hollande, dont les dernières pages sontécrites d'après des témoignages directs, rapporte que La Rouvière, le matin du 7 février, fut tristement impressionné par un songe dans lequel son père, monté dans une barque, ne réussissait pas à le retirer des vagues soulevées de la mer. Nous recueillons ce détail. La résolution que la conscience de Papus avait prise contre son cœur, en rend très probable l'exactitude '. Dans la
1. C'est le mol même qu'emploie Brousson pour désigner les prëdicants.
■2. Lu Relation, retrouvée incomplète, el sans litre, a été publiée Ilull. X. 269 Nous l'itous la p. -21-2. Une autre Relation de la mort de Papus, écrite directement de Montpellier le 20 mars 1695, et antérieure par conséquent a celle que nous venons de mentionner, se lit Pap. Court. 17, B, 134. I.a même, en Hollandais {Verhaal van de Dooii, die mai heel't doen Irdcn te Montpellier, den 8 Maarl i6g5 Aan den Heer Papus de la Verdaugie) l'ut imprimée en 1695 à la suite d'une édition hollandaise de la Relation des Merveilles, de lîrousson (Bibl. du Prot.). Sur la valeur et l'origine de la Relation publiée dans le Bull., voir Jlull. LIX, 178, repon. dant à D. Benoit (ibid., pp. ItiS. 1611).
:t. Pour ce qui suit, voir C. 174, dossier Papus (dépouillé déjà par 1). Benoit. L'Egl. sous la Croix, 11 lui., p. 'M) : Relation, dans le Bull. X. 269: Relation, dans les Pap. Court. 17. li. 134.
î. On remarquera que la Relation imprimée (Bull. X. 269, 270), légendaire eu ce point, commençait par une description dramatique de la séparation de Papus avec son père. L'auteur a transformé en dialogue ce qui ne l'ut qu'un échange 'le lettres. Le t'ait prouve que la Relation n'a pas élé écrite au Languedoc par un preilicant.
120 I.KS PRKDICANTS PROTESTANTS
journée, continue notre récit, une femme Martelle [Martel] vint le prier d'aller voir sa cousine Pauque, qui était malade. Papus. qui savait « le commerce malséant » que menaient depuis longtemps la mère et les deux sœurs Pauque, hésita, puis céda, devant l'espérance qui lui fut olferte de « la conversion de cette famille débauchée ». Pendant qu'il priait dans la maison, la plus jeune des filles, Jeanne, descendit dans la cour, et remonta aussitôt, disant « qu'il y avait des archers en bas pour prendre quelqu'un ». Sa sœur Françoise, qui se chargea de reconduire La Rouvière, 1 le fit passer par la porte où les archers étaient apostés ».
Les protestants de la ville furent convaincus de la trahison des deux sœurs, qui se seraient partagé les 300 écus payés pour la capture, avec une certaine Espérandieu. Un quatrième traître enfin fut soupçonné, un certain Balade. « parce qu'il se trouva dans le porche quand les quatre archers y étaient, et que. de plus, il se masqua le lendemain pour aller indiquer à l'hoqueton de M. l'intendant une maison de la ville que l'on visita sur les onze heures du soir, croyant y trouver des ministres cachés' ». Une Relation plus ancienne, écrite de Montpellier le 20 mars, dit également que le prédicant « fut vendu par de malheureuses filles, qui faisaient les fidèles et les zélées ' ». La lenteur et les incertitudes de l'instruction qui suivit, laisseraient croire plutôt que Papus a été dénoncé par une personne qui ne connaissait exactement ni son visage ni son nom3.
Arrêté à sept heures du soir, il fut conduit au Palais et fouillé. Le lendemain 8 février, il était mené à la Citadelle et interrogé par le juge Loys.
Il donna son véritable nom sans hésiter : « Pierre Papus de la Verdogie, du lieu de Chaignes, près Bergerac, âgé de 25 ans, de la R. Réformée ». Il n'était connu eu effet dans le Languedoc, de ses amis comme de ses ennemis, que sous son surnom de La Rouvière ; encore Payait-il changé depuis quelques mois