‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 89 sur 334 · LE BAS-LANGUEDOC PENDANT LES NÉGOCIATIONS DE RYSWYK · texte numérisé non relu

LE BAS-LANGUEDOC PENDANT LES NÉGOCIATIONS DE RYSWYK

(Mai-Décembre 1697)

On a vu comment les préliminaires de la paix avaient été accueillis aux Cévennes, et ce que le vieux des Vignolles pensait le 27 mars Hi!l7, du « Lion de Judai>. La paix était prochaine, elle apporterait la liberté. Quelques faits caractéristiques permettent de constater la répercussion profonde qu'eurent les négociations de Hollande, en 1697, sur les prédicants du Midi et leurs auditeurs.

Moins d'un mois après la mort de Pierre Plan, la nuit du 4 au 5 mai, à une lieue de Lézan où il avait été livré, se réunissait une foule considérable. Un lieutenant du régiment de Montelz s'embusqua, à l'aube du 5 mai, aux portes de Saint-Hippolyte avec un détachement, et saisit quelques personnes. Le culte avait été célébré sous la pluie, vers Sauve, « dans une enfonsure » du bois du Ranc, entre la Selve et la Yeyrière1, par un prédicant de grande taille, assez gros, d'environ 30 ans, vêtu de gris obscur. Quelques jours plus tard, celui-ci vint demander à boire dans une maison du faubourg de l'église, à Saint-Hippolyte, et donna à une femme « six à sept pans de ruban blanc»2. Ses nombreux auditeurs, parmi lesquels étaient, dit Bàville, « tous ceux de Quissac », avaient été dénoncés à Sauve aussi bien qu'à Saint-Hippolyte, mais le capitaine de bourgeoisie d'un côté, pas plus que le lieutenant de l'autre.

1. Les auditeurs venus de Sauve, ne voulurent pas défiler devant la ferme de la Selve, où habitait L'ancien ministre pensionné de Soudorgues, Darvieu. Celui-ci dépose «que les X. G. depuis sa conversion le craignent, le haïssent et lui disent mille injures, el qu'ils n'ouï pas ose passer devant chez lui ». De chaque côté de la maison, on constata, en effet, qu'ils avaient lait un détour île 150 a 200 pas.

2. Ce n'était pas « le paquetier». qui était petit, mais plutôt I). Bas,

n'avaient voulu se hasarder dans la nuit. L'intendant envoya à Aiguës-Mortes quelques-uns des trente-huit i fols » arrêtés, dont aucun n'avait avoué1.

Au début de mai, un autre prédicant, noir, petit, bégayant un peu (Olivier ?), prêche à la métairie de Jauvert, dans le bois de Mallebouisse (entre Saint-Paul la Goste et Saint-Sébastien). Quinze arrestations ont lieu à Mialet. Le soir de l'Ascension (15 mai), le même prédicateur se fait entendre entre Massanes et Cassagnoles2. Le 20, Bàville écrit à Fléchier : « Je ne doute pas qu'il y ait quelque assemblée aux environs de Nîmes, que Brousson ou quelque autre ministre ne soit dans le pays. Il faut éveiller vos espions, et leur promettre de nouvelles récompenses. Nous avons envoyé des garnisons en pure perte à Sauve et à Montpellier (? sic). Voilà une impertinente nation de vouloir s'attirer des peines sans nécessité »3. Sans nécessité. C'est, avec moins de candeur, le mot du Président de Saint- André, en 1538 : « Jésus Maria ! qu'est-ce que veut dire aujourd'hui cette jeunesse, qu'ainsi elle se veuille faire brûler à crédit ? » 4

Le 1er juin, Bàville répète : « Brousson est certainement dans le pays, et se prépare à faire beaucoup de désordre ». Brousson était en Hollande, mais le désordre, en effet, s'accentuait.

Lapierre, en 1697, comme on le verra, resta dans le Haut- Languedoc avec David Gazan. D'Olivier nous ne savons rien. Peut-être est-ce lui qui prêcha le 1er septembre à Saint- Laurent d'Aigouze, dans la métairie de Bonnet5.

De Bas et de Roman, au contraire, nous connaissons assez bien l'activité pendant les mois qui nous occupent.

Bas rédigea plus tard, à la prière d'Antoine Court, quelques souvenirs de sa vie6, mais il écrivit « à la hâte, étant âgé, et sa

i. Dossier de l'assemblée, G. 176. Armand de la Chapelle, II, ~2t<8, nomme parmi les condamnés Jeanne Moulard, de Saint-Hippolytc, Seguin, tailleur d'habits, et sa sœur. Il faut ajouter au moins Louise Gibert.de Saint-Hippolytc (Bail. XXXIX' 191). Sauve. Saint-Hippolyte; Durfort, Quissac, payèrent 3,600 livres pour les Irais de la procédure, et plus encore pour le logement des troupes, car Sauve, contre 509 1. de frais, dut en débourser 544 pour les dragons.

2. G. 176. Information du 9 et 15 juin à Alais, et C. 181, note des frais du capitaine de bourgeoisie de Mialet.

3. Pap. Coquerel. fiabaut sans doute a lu à tort Montpellier sur l'original. Estce « Saint-Ipolitc» (?)

li. Procès de Rebèziès et de Damville. octobre 1558. Crespin, Bist. des Martyrs. Ed. de Toulouse, II, 377.

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