Bail. XI
2. G. 178. Dossier Brès. L'orthographe très primitive ite la copie la rend difficile à lire.
La nouvelle du vendredi (?) marque que le roi est un bon prince, qu'il veut que tous ses enfants se ressentent de la paix, et qu'il donnera liberté de conscience, à ce qu'un banquier de Paris a écrit à sa mère, et que c'est assuré. J'ai vu la lettre, que cette Demoiselle nous a fait voir.
Veyras ne conserva pas sa copie jalousement. Il la remit à uu babitant de Blauzac, Pierre Huguet. Huguet la passa au muletier Brès, d'Anduze. entre les mains de qui elle fut saisie le 16 novembre, pour faire l'objet d'une information particulière. Mais combien de personnes déjà l'avaient lue ' ?
Les Comités de Hollande n'étaient pas officiellement responsables de la diffusion des fausses nouvelles qui accompagnaient le récit de leurs démarcbes. C'était pourtant aux environs de Ryswyk qu'elles avaient pris naissance. Des Français catholiques, de la suite des plénipotentiaires royaux, «lâchèrent à l'aventure » quelques paroles favorables. « Quelques-uns passèrent jusqu'à dire qu'on se donnât patience, et que le roi était bon ». Plusieurs des ambassadeurs évangéliques, « dirent aussi plusieurs choses équivoques, et qui donnèrent lieudecroirequ'il ne fallait pas regarder les affaires comme désespérées ». Les modérés, qui relevèrent contre les zélateurs (et comme une confirmation de leur propre attitude), que « le roi n'avait pas voulu recevoir la loi de ses voisins, surtout dans une affaire domestique e. laissèrentpenser cependant que a de lui-même » Louis XIV apporterait quelque adoucissement au malheur des réformés. Les zélateurs redoutèrent de gâter définitivement la situation, par leur amertume publique, «e On crut qu'il ne fallait pas dis-
1 . Le 22 décembre, le juge observe que « l'écrit est séditieux en ce qu'il promet l;i liberté de conscience ». Veyras fut condamné, le ls février 1698, a l'amende honorable et au bannissement pour six ans. C. 178.
Une lettre analogue fut colportée dans le Vivarais. L'évêque de Viviers écrit : « Us semèrent certains bruits et des libelles pernicieux : que le roi n'exigeait point qu'ils fissent exercice de la K. C. : que ce point avait été réglé dans le traité de paix, par un article secret entre S. M. et le roi d'Angleterre ; qu'il leur serait bientôt donné un lieu d'exercice public de leur religion en chaque diocèse: que cependant tout chef de famille pouvait le faire dans sa propre maison et sans éclat: qu'enfin la guerre était eu état de recommencer, et que pourvu qu'ils tinssent fermes et unis, ils verraient dans peu la R. prot. en France comme elle était ailleurs ». L'évêque de Grenoble dit de même des N. C. de son diocèse : ■ On a peine, à présent, a les détromper de l'opinion où ils sont qu'il y a un article secret dans la dernière paix, pour leur laisser la liberté de conscience dans la France ». {Mémoires des Evëques en i6g8. J. Lemoine, pp. 212. S69). Le dossier de Veyras contient un Ordre exprès du roi. du 2.1 décembre 1697, commandant de faire le procès a ceux qui colportent de semblables écrits « séditieux », ((contraires au bien delà religion, et qui contiennent de fausses nouvelles. »
l'ROJET d'union dus PUISSANCES ÉVANGBUQUBS 2nl
siper ces légères ombres d'espérance par une nouvelle protestation publique, à laquelle on ne se voyait pasen état de donner une forme qui en fit la validité » '. Obligés île se taire, ils poursuivirent, par devoir, des démarches dont ils sentaient trop bien maintenant l'inutilité \
Louis XIV ne consentit mémo pas à recevoir le Mémoire des alliés évangéliques. Il fit déclarer que la pièce « était demeurée dans la poche du chef de son ambassade ». Le médiateur consentit à insister encore, pour obtenir du roi une réponse directe. Des considérations furent adressées, à titre privé, aux envoyés français, par « un inconnu bien intentionné », pour leur exposer les raisons politiques très sérieuses, qui commandaient à leur maître de se conserver en Europe des alliances protestantes3.
Une dernière ressource restait aux ardents, c'était de réserver du moins, et de préparer l'avenir. Les circonstances favorisèrent une dernière tentative des amis de Jurieu.
Par des négociations secrètes avec l'Autriche, Louis XIV s'était engagé d'avance, à exiger le maintien du catholicisme dans les villes qu'il allait restituer aux princes Allemands, à la charge que l'empereur, de son côté, abandonnât les réformés de France à la sévérité de leur roi. Aussi, quand l'Autriche conclut enfin sa paix le 30 octobre, les princes luthériens se virent-ils dans l'obligation de protester — platoniquement d'ailleurs — par le refus de leur signature, contre ce qu'ils appelaient un empiétement de l'Eglise catholique sur leurs droits souverains. L'occasion sembla propice aux réfugiés des Provinces Unies, pour un nouvel appel à la solidarité protestante, et la constitution d'une ligue défensive de l'Europe évangélique contre le papisme envahisseur.
Un Projet d' Union entre les Puissances Evangéliques, daté du 1" novembre 1(597, parut en Hollande, et fut bientôt connu dans le Languedoc. La copie qui nous en reste, et qui fut remise plus tard à Brousson dans les Cévennes, est due à une main absolument inexpérimentée. Le fait qu'elle fut transcrite par un homme qui n'en comprenait même pas la plupart des phrases, est une preuve de l'importance qu'y attachaient ses lecteurs cé-
1. (Jurieu) Relation de tout ce qui s'est fait..., 16!>8, p. 18.
2. Le 30 septembre, Jurieu ne veut pas croire encore que Guillaume ait abandonné la cause des réformés de France, Mais il est fort découragé. (Bull. LIV. 556).