‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 122 sur 346 · REQUKTES DE BROUSSON AU ROI · texte numérisé non relu

REQUKTES DE BROUSSON AU ROI

communion romaine, et qu'il faut venir à de nouvelles violences pour les forcer d'y entrer ou de faire semblant d'y entrer.

Les vérités célestes, Sire, sont trop profondément imprimées dans nos cœurs pour pouvoir en être elTacées. Quand les violences qu'on exerce contre nous dureraient cent ans, les pasteurs de l'Eglise romaine ne viendraient pas à l)out de leur entreprise. Ils feraient vivre vos sujets dans la discorde, dans une mortelle animosité, dans un état fort violent; ils ruineraient votre royaume, mais ils ne réussiraient pas dans leur projet. Nous ne sommes plus dans les siècles de ténèbres où l'on pouvait espérer de faire perdre au [)euple chrétien la connaissance de la vérité avec celle des divines Ecritures. . . (Quatrième Requête).

Brousson tenait là, comme dit Douen, le langage de l'histoire et de la postérité. Jamais il ne s'était élevé plus haut. Jamais il n'avait parlé avec une plus chrétienne hardiesse. Il sentait que son audace paraîtrait dangereuse, et il prévint les objections de ses amis de Hollande'.

Ne vous arrêtez pas, s'il vous plaît, pour les choses que des personnes trop sages vous pourraient dire. . . La vérité ne serait jamais connue, si on ne la mettait devant les yeux de ceux qui l'ignorent. Quoi qu'il en soit. Monsieur, je suis appelé à combattre de cette manière. Les prophètes n'ont jamais pansé légèrement la plaie du peuple de Dieu qui se souillait dans Fidolàtrie. Jean-Baptiste, Jésus-Christ ni ses apôtres nont pas usé d'un plus grand ménagement. Je vous demande donc encore cette grâce. Monsieur, que ces requêtes soient imprimées. On verra par là la doctrine que nous enseignons au péril de notre vie.

C'était au péril de sa vie, en effet, et « ayant la mort devant les yeux ». que le pasteur venait d'écrire ses Requêtes. Il est très probable qu'il les composa d'un trait, suivant le plan qu'il s'était rigoureusement tracé, dans la première quinzaine de mars, caché aux environs d'Uzès ou de Nîmes, et qu'il les déposa ensuite dans cette dernière ville, toutes prêtes, en cinq « paquets 3>, et les adresses écrites, avec ordre de les expédier successivement à la Cour. La première, remise au bureau du courrier de Nîmes le lo mars, fut envoyée à M. dePontchartrain, ministre de l'Etat ; la seconde partit pour la même adresse le 22. Les autres devaient être remises : le 14 avril (elle partit le 13) pour M. le Marquis de Barbezieux, ministre et secrétaire d'Etat ; le

Page 1