‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 142 sur 346 · BROUSSON A PAU · texte numérisé non relu

BROUSSON A PAU

porter le même titre, que le S'' d'Espalungue était alors aux Etats du Béaru, assembles à Lescar, à une lieue de Pau, mais que ce dernier revenait tous les soirs coucher dans la ville. Sur quoi Brousson fit immédiatement parvenir à l'adresse qui lui fut donnée, la lettre du pasteur Olivier'.

Il passa la journée dans riiôtellerie, à lire et à écrire, sortit le soir, manqua deux fois la visite du S' La Tourette, avocat de Pau, c( qui avait été pour être ministre » ; mais il se mit en rapports avec d'autres protestants de la ville, car le matin du 14, qui était un dimanche, tout était organisé pour le culte secret qu'il pensait célébrer. Brousson quitta le Chapeau rouge ^ et se rendit à la basse ville, chez un maréchal-ferrant nommé Lesperats. Celui-ci le mena jusqu'à la maison du cordonnier Bedoras, qui tenait auberge, où le ministre allait demeurer deux jours -.

La nuit du dimanche au lundi, Brousson donna la Cène chez Bedoras. La nuit suivante il présida un nouveau culte. Pinon, l'intendant du Béarn, voulut qu'à ces deux assemblées fussent venus assister la plupart des gentilshommes N. C. qui siégeaient aux Etats de Lescar, que le S'" d'Espalungue aurait avertis. Il semble, au contraire, que les auditoires aient été forts réduits. Trois ou quatre demoiselles, « le visage recouvert » de peur d'être reconnues, l'avocat Abadie, de Pau, s'y trouvaient avec quelques marchands ou artisans ^ Brousson reçut de l'assemblée tt quelque petit secours » pour continuer sa route, et le S''Badet de Plaisance lui donna pour le S"" Fouré, marchand, un billet qui s'ajouta aux autres lettres de recommandation dont le pasteur était muni*.

Le matin du mardi (16 septembre), Brousson partit de Pau. Il dîna dans un village à moitié chemin d'Oloron, arriva dans la petite ville vers six heures du soir, et descendit à l'hôtellerie de poste chez le nommé Saint-Pé. Il avait une lettre d'un réfugié de Hollande, du nom de Lafond, pour un certain Théophile Drascon ;

1. On prétendit (faussement) que l'arrestation de Brousson avait été due à l'erreur qu'il manqua commettre dans l'hôtellerie (l)ouen, II, 316).

"2. Bedoras logeait dans une maison appartenant au marchand Fargues, «le long- de la fosse du moulin, en allant au pont », ou « à la côte du moulin ».

3. Badel de Plaisance, Lesperats et La Forcade sont nommés, et le S' Fargues marchand, qui avait convoqué les autres.

4. Brousson devait aller à Saint-Jean Pied de Port, et à La Bastide (chez le S' Moïse Pedoul, marchand peigneur, et chez Boyer, serrurier) [La Bastide Villefranche ou La Bastide Glairence?].

mais celui-ci ne se trouvait pas à Oloron. Brousson se fit donner un petit garçon, qui le conduisit auprès de l'avocat Guillems. L'avocat ne put rien promettre pour le lendemain, obligé qu'il était d'aller à Pau. Le pasteur revint à son logis, et le jour suivant se fit connaître à la veuve de Lostan, chaudier', et aux 8"^= Carpas etCazemajour, marchands. Le vendredi 18 septembre, au matin, il était encore dans l'auberge, où Gazemajour lui fit dire de ne pas s'impatienter, d'attendre le retour de Guillems, et lui promit qu'il allait cependant lui chercher un lieu de sûreté. Brousson, qui semble avoir été alors agité de quelque inquiétude, ne dîna pas au logis. Il y revint dans l'après-midi, pour se disposer à quitter la ville. Ses hardes étaient préparées, son cheval sellé, quand dans la chambre haute où il était encore, le S"" Christophe Chaillon, «receveur de la foi*aine et employé dans les affaires du roi», vint «le saisir et l'arrêter».

Pinon revendiqua, plus tard, l'honneur et le profit de cette capture % qui fut due en efiet à sa vigilance. Un ministre lui ayant été signalé dans la province (ce n'était pas Brousson, d'ailleurs)-, il avait envoyé dans toutes les villes de son département le « portrait » du suspect, avec ordre de le prendre. Chaillon, voyant à Oloron un étranger qui ne fréquentait que des Nouveaux Convertis, avait, à tout hasard, averti l'intendant, et, des Etats de Lescar, celui-ci avait commandé une arrestation immédiate.

Chaillon enferma Brousson, qui n'avait caché ni son nom ni sa qualité, dans la chambre où il l'avait trouvé, sous la garde de trois hommes ; puis, tandis que son fils allait demander du secours aux jurats d'Oloron, il se transportait lui-même chez le juge de la ville, pour le prier de venir interroger le prisonnier, et de dresser un premier inventaire de ses papiers \

Le lendemain (19 septembre), avec le pasteur et sept hommes d'escorte, Chaillon partait d'Oloron à deux heures de l'aprèsmidi. Dans la j^rison de Lescar, le soir même, entre neuf et dix

Page 1