C. 173. Voii' plus haut, pp. 75, 85 ss
2. Publiée par D. Benoît (dans sa brochure sur P. Colognac, p. 17), qui a cru qu'elle était de la composition du prédicant.
3. Elle débute ainsi : « Chers frères et sœurs au Seigneur. Lorsque je médite votre état déplorable, je ne saurais tenir mon cœur sans soupirer, ni bien souvent sans verser des larmes, de sorte que j'ai souvent souhaité avec le prophète Jérémie que ma tête se fondisse (sic) en eau. . . »
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viennent de l'étude particulière du prédicant, ou plutôt d'indications que lui ont fournies également des livres ; (tel est le cas, pour une énuinération de passages relatifs à l'expression «; ne crains point ». ou à a la petitesse du troupeau» des vrais fidèles). Des transcriptions moins servilesretiendront notre attention. Golognac possédait deux sermons autographes de Brousson, l'un sur Jésus, le chemin, la vérité et la vie (Jean, XIV, 6), l'autre sur Les dénions servis dans les idoles (I Cor., X, 19-21). S'il les a prêches, ce fut sans les avoir recopiés, et sans y apporter d'autres changements que des modifications orales. Mais certains manuscrits avaient exigé de lui un travail attentif. Il s'agit ici de deux sermons et de deux « analyses » (plans détaillés), dont Merlat était l'auteur. Golognac les tenait, dit-il, de Vivent. Ce dernier les avait-il rapportés de Lausanne en 1689, ou Merlat, plus tard, les avait-il envoyés aux Gévennes par quelque « courrier y> des prédicants ? Il n'importe. Le pasteur qui blâmait si fort certains côtés de l'activité de Brousson, avait jugé cependant légitime de venir en aide aux auxiliaires de celui-ci. Il avait jugé propres à l'édification de l'Eglise renaissante des sermons qu'il avait prêches dans la Saintonge avant son exil. Or, à y regarder de près, aucune prédication ne convenait moins que la sienne aux assemblées du Bas-Languedoc. Brousson disait au sujet de Merlat, dès 1688, qu'il n'était point édifié de sa manière de prêcher, « trop philosophique )). Brousson n'avait pas tort. Qu'on en juge plutôt par ces quelques phrases empruntées à la P* partie de l'un des sermons du dossier Golognac ".
II y a donc. . . trois sortes de morts, reconnues par les théologiens, et rapportées dans l'Ecriture Sainte. La première, est la mort de l'àme raisonnable qui consiste dans le péché . . . La seconde, est la
l. « Sermon d^Elic Merlat fies deux derniers mots ont été efTaces d"un coup de plume, mais on les lit encore] sur le verset -jS"^' du 6' Chap. de l'Eintrr aux Iloniains: Car les gages du péehé, c'est la mort, mais le don de Dieu, c'est la i-ie éternelle par Jésus-Cfirist notre Seigneur. Le sermon tient en '2Tt pages, d'un fornuit pvMi in-16, et d'une écriture fort serrée. Il porte, à la fin : Fait le 16 et /- d'octobre j658. Récité à Saint-Fort, le 2^ d'octobre ifJ5S ; à Saintes, le > nov. i658 ; à la Roche Chalais, le jS Janv. i6(io;à Saint-Georges, le lendemain de Pasques 1660.
L'autre sermon, autog'rai)he ég'aleraent, est intitulé : Sermon d'Elie Merlat, sur le verset S du 4'' Chapitre de l'Epitre de Saint-Jacques. C"esl un cahier de 28 (lajjes, du même format que le précédent. Il porte, à la fin, la signature Merlat. et les mots': Fait à Saintes, le g septembre 1660, et récité le 12 pour la Cène. Récité i. à Saintes, le 12 septembre 1660. 2. à Xieule [Xieul], le S Janvier i(j(>2 pour la Cène. 3. à Pons, le 3 d'avril if)(>2. Tous les mots que nous avons soulignés sont encore lisibles sous les traits de plume qui les ont autrefois effacés.
mort de Tàme sensitive qui consiste dans le bourrèlemcnt de la conscience... Et la troisième, enfin, est la mort du corps... Or, toutes ces espèces de mort étant comprises sous le nom général qui est employé dans notre texte, il est visible que la mort. . . enferme dans son enceinte toutes les misères imaginables. Car, puisque nous n'avons que deux sortes d'êtres, l'être naturel et l'être moral; et puisque notre être naturel n'a que deux parties, c'est à savoir l'âme et le corps, il suit nécessairement que nous ne pouvons être sujets qu'à trois sortes de misères : la première qui détruise notre être moral ; la seconde, qui anéantisse notre être naturel, dans l'âme ; et la troisième, enfin, qui abolisse ce même être naturel, dans le corps. Or, la mort spirituelle qui consiste dans le péché, cause le désordre de notre raison; la mort éternelle qui consiste dans les peines de l'enfer, perd absolument notre âme; et la mort corporelle, enfin, qui consiste dans la séparation de l'âme avec le corps, ruine ce corps même à qui elle ravit l'âme. Il est donc constant que la mort attaque la raison, l'âme et le corps; qu'elle détruit le corps, qu'elle désespère l'âme, qu'elle trouble la raison. En un mot qu'elle nous tue, qu'elle nous damne, et qu'elle nous rend pécheurs.
Que Merlat ait pensé que des développements de ce genre pourraient être redits par les pasteurs extraordinaires, cela dénote de sa part une candeur ou une présomption qui passent la mesure. Mais que Paul Golognac les ait lus, et qu'il ait essayé de les adapter à sa propre capacité et à celle de ses auditeurs, voilà qui est peut-être plus surprenant encore. Or, tout le début du second sermon, qui est conçu dans le même style que le premier, a été étudié par le prédicant. La plume à la main, il l'a abrégé, en a transcrit ce qu'il en pouvait compi-endre, et a laissé le reste. Assurément certaines des liaisons par lesquelles il a dû rattacher les phrases ainsi copiées par lui, sont aussi inexpérimentées, par exemple, quecelles de Jean Roques, et il a commis plus d'une bévue. Mais on pourra décider, d'après la double transcription que nous donnons ailleurs, si le résultat n'excite pas plus d'admiration que de surprise*.
Les « analyses « de Merlat n'imposaient pas à Colognac une tâche plus facile. Les subtilités dogmatiques ou philosophiques s'y étalaient avec une pareille gravité. Toutes deux développaient des paroles empruntées à l'Apocalypse, mais dans un langage qui ne rappelait ni les explications de Jurieu, ni celles de Brousson. Pour exposer la parole du Christ à l'ange de Laodicée ÇApoc, III, 17, 18) : Tu dis : Je suis riche, . . et n'ai
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faute de rien, et tu ne connais point que tu es malheureux et misérable. . . Je te conseille que tu achètes de moi de Vor éprouvé parle feu... afin que tu deviennes riche..., Merlat s'était assigné le programme suivant' :
L'exorde sera pris de la raison des trois économies fédérales, qui sont : la nature, la loi, et l'Evangile. La première fait voir l'Elglise dans sa misère, destituée de sentiments, et d'autant plus malheureuse qu'elle se cro^'ait riche dans sa pauvreté ; l'orgueil des [)hilosophes en est une preuve. La seconde fait voir l'Eglise dans la douleur par le sentiment de sa misère, étant réveillée par son devoir et par les menaces que la loi contient. La troisième, apporte le remède à tout et engendre la sécurité spirituelle par l'extinclion de la malédiction et de la sécurité charnelle de la nature. Et est ici remontré par J.-C. à l'ange de l'Eglise de Laodicée, etc. On commencera par la comparaison des trois états des malades : 1°, le mal ; 2o, la douleur ; 3°, l'application du remède.
Il y aura donc trois points, selon les trois degrés de l'état de l'homme, répondant aux trois économies : 1°, l'état naturel ; 2°, l'état légal ; 3», l'état évangélique.
L'autre analyse, en ses premières lignes du moins, transportait le lecteur à des hauteurs plus modestes : Voici, je me tiens à la porte, et frappe. . ., si quelqu'un oit ma voix, et m'ouvre la porte, j'entrerai vers lui, et souperai avec lui, et lui avec moi. (ApocllI, W)' :
L'exorde sera pris de la différence qu'il y a entre les conquêtes temporelles des hommes guerriers et les conquêtes spirituelles de J. G. lo : Les conquérants du monde se servent de la violence; ils emportent les villes sans se soucier des cœurs ; ils ont pour but l'assouvissement de leur ambition, et non pas le bien de ceux qu'ils vainquent, etc. Mais 2° : J.-C. ne procède que par douceur. 11 veut un peuple de franc vouloir. Il demande le cœur; il veut qu'on se donne en même temps qu'il prend, etc. Cest ce qui est dit dans ce texte.
i. Analyse sur Apocal., 3, ly et iS. Pour le vendredi 2 o-" jour de juin i663, pour préparation à la Sainte-Cène, 4 paj^es, du même format que les sermons. En tète, de la main de Mcrlal, les deux lettres L.-B. (?) et un renvoi en caractères grecs A la fin : Récité le vendredy 20 juin i663, à Saintes. A Nieuil [Nieul'i le 2 juillet
"i. Analyse sur Apec., 3, 30. i pages, du même format in-16. Pour le dimanche matin, i" jour de juillet i663, pour la Sainte-Cène. En tète, les mêmes lettre L.-R., que sur l'analyse précédente. A la lin : Récité à Saintes, le i" juillet 1662 ; a. à Nieuil iNieal'\, le -juillet i663.
424 LES PRÉDICAXTS PROTESTANTS
Il y a trois points à examiner : 1° : L'avance que fait J.-C. pour gagner les hommes. 2o : Ce qu'il veut que les hommes fassent pour répondre à son avance. 3° : Ce qui résulte de l'obéissance que les hommes rendent à sa voix.
Colognac s'essaya cette fois à amplifier un thème dont les détails étaient à sa portée, et voici ce qu'il écrivit :
F[rères] b[ien] a[imés] en notre Seigneur J.-C.
Lorsque nous considérons les cruautés qui s'exercent dans la guerre, nous voyons qu'elles surpassent toutes les cruautés du monde. Les combattants ne combattent à autre but que pour soumettre ceux qu'ils combattent à leur pouvoir. Non pour leur procurer des biens, mais pour les soumettre à eux, leur prenant leurs villes, et faisant bien souvent une si terrible conquête qu'ils massacrent le peuple des villes entières, jusques aux femmes et aux petits enfants, sans regarder leur âge ni leur sexe, les faisant tous passer au fil de l'épée, ne demandant point le bien de ceux qui tombent entre leurs mains, mais seulement à contenter leur ambition. Se servent ainsi de la violence et de la puissance qu'ils ont en mains pour se rendre victorieux. Ils ne demandent pas le cœur de ces conquis, mais ils demandent leur obéissance et soumission.
Les conquêtes de J.-C. ne sont point de cette manière, car il veut un peuple de franc vouloir. Il vient par la voie de la douceur, disant : Vejiez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés, et je vous soulagei'ai. Il demande le cœur et le corps tout ensemble. Il veut tout, ou il ne veut rien. Il veut que nous lui soyons un peuple péculier, adonné à bonnes œuvres, et veut nous persuader à venir à lui (nous montrant sa bonté et sa grâce) en nous otroyant et nous appliquant les promesses qu'il nous fait dans l'Evangile, nous promettant aussi des couronnes incorrutibles, à savoir la couronne de vie à ceux qui demeureront sous ses étendards. Il veut aussi que nous l'aimons et que nous gardons ses saints Commandements, comme aussi sa Parole. C'est pour [entendez : par] la voie de la douceur qu'il nous vient cercher, ainsi qui nous est montré dans les paroles de notre teste, nous disant ainsi : Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un oit ma voix et ouvre, j'entrerai chez lui et souperai avec lui, et lui avec moi.
Dans ces paroles, mes frères, nous avons 3 points à considérer : I. l'arrivée (sic) de notre Seigneur J.-C. envers nous, et en second lieu ce qu'il veut que nous fassions pour répondre à son arrivée. En 3e lieu, ce qui résulte de l'obéissance que les hommes rendent à sa voix.
Dieu nous fasse la grâce de bien méditer ces choses avec une sainte application, afin que nous regardions . . .
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Le développement s'arrête là brusquement. Golognac pensaitil le poursuivre ?I1 se heurtait à des diflicultés nouvelles. Merlat, appelé à expliquer le sens qu'il convenait d'attacher au mot : porte, avait repris ses dissertations, et dans son analyse, qui n'avait eu besoin d'abord d'être compréhensible que pour luimême, il usait maintenant du latin :
Il ne s'agit point ici d'une entrée corporelle, car c'est J.-G. qui dit qu'il se tient à la porte et qu'il frappe. II faut donc que la porte soit ce qui donne entrée dans lame. Or, l'âme ayant plusieurs facultés, par lesquelles elle reçoit ce qui est dehors, exstimo [?] quœque sunt portœ iiitim [arum ?]'... les sens externes de la phantasie 2, la phantasie de rintellect, l'intellect de la volonté, etc., selon la sousordinalion dans laquelle elles agissent. En effet, nihil eut in intellectii quod nonfiierit in sensu, etc. et voluntas sequitur dictamen intellectùs et sensûs etc. Voyons donc à laquelle de nos portes J.-G. se tient et à laquelle il frappe.
Les auditeurs de Merlat l'avaient- ils compris à Saintes et à Nieul en 1663? Golognac et les protestants du Bas-Languedoc, en 1693, avaient en tout cas besoin d'une autre pâture spirituelle. Golognac, après avoiremprunté au pasteur un texte, un exorde, et une division, se réservait sans doute d'exposer de lui-même, selon ses faibles forces, avec la seule éloquence de sa foi, les idées qu'il avait pu saisir. La division d'un discours, pour lui comme pour Rocher, n'était que l'énumération, facile à retenir, de quelques pensées qui se rattachaient à une parole biblique. L'essentiel, pour le prédicant du Désert, était qu'il sût commencer son exhortation. L'assurance lui venait en parlant, et les idées s'appelaient l'une l'autre lorsque une première avait été nettement énoncée'.
Livré à lui-même, et à son inspiration, Golognac, comme Rocher et Bringuier, laissait sortir de ses lèvres, avec abondance, les citations bibliques et les instructions évangéliques. Une Lettre qu'il avait composée pour l'envoyer à un certain M. Moynier, de Gros, et qui rappelle étrangement la lettre
^. Les mots sont à peine lisibles, par suite de l'effacement de l'encre.
2. C'était alors le mot technique, on le sait, pour dire : l'imagination.
3. Une autre feuille de sou dossier porte, également écrit de sa main, l'exorde et la division seuls d'un autre sermon (sur Les anges de Dieu qui gardent les fidèles : Psaume XXXIV, 8) qui semblent provenir également d'une analyse [de Merlat ?]. Quelques mots et quelques exemples d'un ordre plus relevé y parsèment des phrases très inhabiles. Voir nos Pièces Justificatives.
(qu on a lue déjà) de Vivent à Thérond, de Valleraugue, montre avec quelle verve indignée il savait attaquer l'Eglise romaine et fustiger les lâches et les apostats ^
Tout le grand regret que j'ai, est de voir qu'autrefois on vous aurait regardé comme un pilier de la Religion, mais aujourd'hui vous avez bien changé de nom, malheureusement. Permettez-moi de vous dire ces choses, que je m'étonne grandement comment vous, qui avez commencé par r esprit, voulez-vous finir par la chair ? Comment pouvez-vous croire un autre purgatoire que le sang de Notre Seigneur J.-C? et comment pouvez-vous croire un limbes et adorer le bois et la pierre ? Comment pouvez-vous prendre les Saints bienheureux pour vos intercesseurs ? contre ce que nous voyons si exprès dans la Parole de Dieu : Un seul Dieu tu adoreras, et tu ne tejeras aucune image taillée, ni ressemblance aucune des choses qui sont là-haut aux deux ni ici-bas en la terre ; tu ne te prosterneras point devant elles et ne les serviras, car je suis le Seigneur ton Dieu. Reconnaissez, je vous prie, que Dieu est jaloux de sa gloire. // ne donnera point sa gloire à un autre, ni sa louange aux images taillées. Donc il ne veut pas que nous prenions d'autres intercesseurs que son Fils bien-aimé, car comme dit l'Apôtre : Nous avons un seul moyenneur, et encore : Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat envers le père, à savoir Jésus-Christ le juste, qui est la propitiation pour nos péchés. Et comment pouvez-vous croire que J.-C. soit dans une hostie, si grand et si gros [c.-à-d. aussi] comme était sur l'arbre de la croix ? Contre ce qui nous est dit dans la Parole de Dieu qui [c.-à-d. qu'il] est monté au Ciel, à la destre de Dieu son Père, et quil ne viendra que pour juger les vivants et les i7iorts. Lequel, comme dit Saint Pierre aux Actes III, 21, il faut que le ciel le contienne jusques au temps du rétablissement de toutes les choses que Dieu a prédites par ses saints Prophètes. Au reste, mon cher Monsieur, je vous prie de faire quelques réllexions sur ces choses, et sur vous-même. Pensez bien que ce n'est rien de gagner tout le bien du monde si on fait perte de son âme.
Considérez que la religion que vous avez enibrassée est la religion du diable, comme vous le pouvez voir dans le chap. IV de la l^e à Timothée, où il est dit proprement que dans cette religion il défend de se marier, et commande de s'abstenir de viandes que Dieu a créées pour les fidèles ; et contre l'ordonnance de l'Apôtre, aux Corinthiens : Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous en enquérir
1. Elle est dans son dossier. L'abbé Rouquette (II, p. 29) la publiée in extenso. avec Torlhographe originale, qui est fantaisiste. Il la trouve caractéristique : <i Elle nous permettra, dit-il, de pénétrer le cerveau d'un protestant [nous dirons, nous, d'un prédicant], d"y voir sa mentalité, d'y toucher même du doigt la nourriture dont il le bourre [,sic) tous les jours ».