‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 259 sur 346 · G. 171. Voir I · texte numérisé non relu

G. 171. Voir I

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Les soldats qui avaient tué le prédicant Grevou et mis en fuite David Gazan recueillirent soit auprès de Jean Gazan, malade à Pontmarès, soit dans la chambre du mas de Montredon où Grevou était mort, « quatre havresacs remplis de livres défendus, dont deux Bibles, des Psaumes, et plusieurs sermons tant imprimés que manuscrits ». Les livres, et les sermons imprimés, ont disparu. Les sermons manuscrits saisis en cette occasion ne furent, dans la procédure qui suivit, ni inventoriés, ni judiciairement paraphés par aucun des prisonniers, car il était évident que ni David Teyssonnières ni Jean Gazan ne les avaient composés ou prêches. En fait, les manuscrits conservés aujourd'hui dans le Dossier ne sont point paraphés. Mais, constatation curieuse, trois au moins, sont certainement postérieurs à l'affaire, car l'un porte la date de 1692, et deux autres celle de 1693. Un de ces derniers est signé : « Gazan m[inistre] », et les deux autres sont de son écriture.

Nous ignorons absolument dans quelles conditions Bâville est entré en possession des sermons de Gazan datés de 1692 et de 1693, et comment ceux-ci ont pris place dans un dossier formé à la fin de 1691 '. La question n'offre pas d'ailleurs grande importance. Le sermon signé nous a permis de reconnaître sans hésiter, en d'autres manuscrits de la liasse, l'écriture de Gazan, et de constituer ainsi un ensemble qui lui est personnel. Nous sommes seulement réduits à examiner d'abord les quatre pièces du dossier qui ne sont pas de la main du prédicant, sans pouvoir affirmer qu'elles lui aient appartenu.

Voici d'abord un nouveau sermon autographe de Merlat, où le style n'est pas moins étrange que dans ceux dont Colognac était porteur". La 2'^ Partie discute le sens qu'il importe d'attribuer au mot tous dans la parole du texte : Si je suis enlevé de la terre, je tirerai tous les hommes à moi.

Les savants n'ignorent pas que ce mot de tous a deux sens, et qu'il se prend (comme on parle dans l'Ecole), tantôt pour les genres des singuliers, tantôt pour les singuliers des genres. Ainsi, quand

1. Ni le sermon de 1692, ni ceux de 1693, ne sont paraphés par un juge et par un accusé. Les cartons des archives de Tintendance sont souvent, d'ailleurs, dans un désordre regrettable. Des chercheurs sans méthode ont souvent transporté d'un dossier dans l'autre, et même d'un carton dans lautre, des pièces qui ne sont pas numérotées.

2. Sermon d'Elie Merlat [le nom a été effacé] sur le verset 32 du [12=] Chapitre de l'Evangile selon [Saint-Jean]. Même format que les autres. A la fin : fait le i3 de septembre 1662. Un coup de ciseaux, qui a rogné la marge au bas de la dernière page, a emporté l'indication des lieux où le sermon a été prêché par Merlat.

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on dit quo tous les hommes meurent, cela signilie les singuliers des genres et tous les hommes sans exception. Mais lorsqu'on dit que tous les animaux étaient dans l'arche de Noé, cela signifie les genres des singuliers, c'est à dire toutes les sortes d'animaux sans exception, et non tous les animaux singuliers. Ou demande donc en quel sens c'est que ce mot de tous doit ici se prendre, et s'il faut dire, ou que la mort de Jésus-Christ attire tous les hommes singuliers, ou que cette mort attire toute sorte d'hommes, de quelque qualité qu'ils soient.

Viennent ensuite deux autres sermons, copiés par une même main. Le texte de l'un (Psaume XLV, 14, 15), est emprunté au chant nuptial qui figure dans le recueil des Psaumes. Le costume de la « lille du Roi » y est considéré naturellement comme a regardant mystiquement l'Eglise, épouse du Seigneur ». C'étaient là des mots familiers à Brousson, mais la composition n'est sûrement pas de lui '. Certains traits y rappellent le langage pittoresque de Pierre Du Moulin'.

L'autre composition, sur La fin de toutes choses qui est proche (I, Pieri'e, IV, 7), est plus savante. Elle cite VOctavius de Minucius Félix, Laetance, Saint Augustin ; mais elle est plus pratique et plus directe que les dissertations de Merlat. L'inconnu qui a transcrit les deux pièces, a écrit après V Amen qui termine la seconde, les syllabes : fipinupus, souvenir barbare, évidemment, de la formule : Finis coronat opus \

Une feuille du Dossier, enfin, est dune écriture fine, très exercée. Nous y avons reconnu lu copie, sans titre ni signature, de quelques pages du Commentaire de Calvin sur VEpitre de Saint Jacques, aux versets 7 à 9 du chapitre IV. La phrase :

1. Le copiste s'est souvenu cependant, à ce qu'il semble, de Brousson. Il a écrit par erreur : « L'Eglise est la lumière du monde, la colombe (sic, pour colonne) de la vérité «. Un sermon de Brousson, on le sait, était sur lu Colombe Mystique (l'Iîglise du Désert) qui se cache aux fentes des rochers. Certaines bévues orthographiques attestent la prononciation méridionale du copiste : ,S(inf(//fa</on, appropier.

2. « Devant qu'Eslher fût présentée devant le roi Assuerus, il lui fut donné un an pour s'y préparer, six mois avec choses aromatiques. Que si un tel respect est rendu à un homme mortel duquel la carcasse doit bientôt être la proie des vers, quelle révérence devons-nous à notre céleste époux » (l^xorde). Le sermon débute ainsi : « Comme l'Evangile est odeur de vie aux uns, et odeur de mort aux autres, aussi le sacrement de la Sainte-Cène de N. S. J. G. est aux uns un pain de vie pour les nourrir en vie éternelle, et aux autres un arrêt de condamnation ».

3. La couverture du second sermon porte les lettres o. o. v. (ou d.) o.n.d. En voici le début : « Tous mouvements sont mesurés par le temps passé, présent ou avenir. Toutes les actions des hommes doivent être mises en cette mesure... »

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Approchez-vous de Dieu et il s' approchera de vous, était alléguée par les docteurs catholiques comme légitimant le mérite des œuvres. Un pasteur du refuge aura voulu fournir sur le sujet, aux prédicateurs du Désert, un petit supplément manuscrit à leurs livres de controverse.

Ces quatre premières pièces mises à part, tout ce qui demeure de la liasse est, comme nous l'avons dit, de la main de David Gazan. Nous retrouvons là les mêmes éléments que dans le Dossier de Colognac, et par un rare bonheur, toute une composition originale.

Gazan eut la bonne fortune de posséder quelques Décades des sermons de Du Moulin, l'un des pasteurs d'autrefois dont le langage était assurément le plus simple, et dont hi piété, dans sa vigueur populaire — qui fleure bon encore le xvi*^ siècle — s'embarrassait le moins de philosophie ou de rhétorique. Le prédicant des Cévennes n'avait qu'à recopier les phrases du vieil auteur, sans retouches, pour y trouver immédiatement sa propre édification, et à les répéter telles quelles pour en nourrir substantiellement son troupeau. Il a seulement bronché, par instants, contre des mots qui ne lui étaient pas familiers, et çà et là soumis le style à des tournures que lui dictait son habitude du patois languedocien.

Qu'est-ce que la vraie noblesse ?' Il 3' a une noblesse qu'on appelle civile, qui distingue ceux qui sont de grande maison, de ceux qu'on appelle droituriers [pour : roturiers], . . [et une autre, dont parle le texte]. Les choses étant telles, ceux qui craignent Dieu qui selon le monde sont de condition abjette, ne doivent s'attrister, ains se réjouir en Dieu qui les aime et honore, et ne dépendre point de l'opinion des hommes, mais du conseil de Dieu. Nous sommes assez grands et assez riches, pourvu que nous reçoive au nombre de ses enfants, et que nous soyons frères du Seigneur Jésus. . .

La plus grande [«les merveilles qui aient accompagné la mort de Jésus-Christ] est la conversion du brigand crucilîé-. . . [Dieu], par la même vertu par laquelle il a tiré d'un rocher des ruisseaux clairs, pour montrer que, quand il lui plaît, il fait des cœurs les plus durs découler la repentance, ainsi il a fait que la verge sèche et aride qu'Aaron portait dans sa main produisît des mouttons [pour :

1. Sermon sur le Psaume XVI, 23 (3' sermon de la IIP Décade). Du Moulin développe les mots : Je prends plaisir... aux gens notables...

"2. Sermon sur Le brigand converti (Luc XXIII, 42, 43). (9= Sermon de la III' Décade).

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