‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 313 sur 346 · Sœur de Jean Roques · texte numérisé non relu

Sœur de Jean Roques

riKCES JUSTIFICATIVES. XVII. 511

beyran, de Milherines ; les deux Lagarde frères, de Milherines ; Jallaguiéresse, femme du Pressaire, de Lasalle ; Pouget, de Lascours (Colognac) ; Poussielguesse, de Saint-Jean du Gard ; Villaret, de Durfort. G. 172 Janv. 13 Jugement du Gomte de Broglie : Jean Gazan, Jean Espaze, Jean Teissonnières, Jacques Gervais, Jacques Boudon, Pierre Ramond, Henri Perier, envoyés aux galères à perpétuité G. 191

» 13 Amendes imposées à dix paroisses (Lasalle

et environs) G. 172

Il manque des dénonciations nouvelles, de : Jean Guérin, tailleur Pierre Dumas, de Lasalle Pierre Michel, travailleur, de Drigas (?) Jean Goumeigne, de Lasalle,

et des procès-verbaux de perquisitions, ensuite de quoi sont interrogés au Fort les 11 prisonniers qui suivent :

Fév. 22 — Pierre Daignes, de Lasalle, cardeur, 58 ans. G. 172

» » — Jean Avesque, de Lasalle, cardeur, 18 ans. . j)

» » — Anne Lafont, des Fourniels (Gros) »

» » — Antoine Avesque, de Lasalle, cardeur, 23

ans, frère de Jean d

» y> — David Fournier, des Gremats (Soudorgues),

cardeur, 70 ans »

» » Henri Fournier (fils), des Gremats (Soudorgues), 35 ans »

» » — Isabeau Viel, veuve Glaveirole, du Mas de

Micoulau (Soudorgues), oO ans »

» ï) Jacques Bruguière, de Fraissinet-de-Four-

ques (hab. Micoulau), 80 ans »

» » Jean Puech, du Mas de Girbe, Lasalle, cardeur, 25 ans »

» » Suzanne Goût, veuve Avesque (mère), de

Bonal (Lasalle) »

» » — Louis Portefaix, de Soudorgues, tellatier,

18 ans »

Procédures touchant le meurtre du S^ Brès.

(àAlais, par devant Pierre Bastide, procureur d'office, en

l'absence de Mandajors) C. 172

Oct. 28 — André Comte, de Peyraube (Soustelle) »

D » Antoine Comte, fils, 14 ans »

Nov. 21 — Pierre Barthélémy, valet d'Esprit Gibert,

20 ans »

» )) Esprit Gibert, rentier de la met, de Vaumal-

le (Le Pin), 50 ans »

)) V — Claude Pellet, du Camp Nau (Soustelle). ... » Janv. 15 — Guillaume Soulages, de Cassagnas(hab.Vau-

malle), 20 ans »

» 25' — Jean Masbernard, dit Saint-Paul, du mas

du Villaret (Saint-Paul la Coste), 22 ans. . » » 26 — Jean Masbernard, dit Saint-Paul (2Mnterr.). »

» 28 — Louis Teissier, de Générargues, 22 ans »

Fév. 23 Jugement, condamnant aux galères Louis Teissier, Pierre (sic) Gibert, du Pin, et André Comte ; au bannissement du Languedoc (pour trois ans) Comte fils ; et à la potence Jean Masbernard dit Saint-Paul, et Guillaume Soulages. (Arch. mun. de Nimes.

Placards imprimés. TT, 2 et 8.) »

Interrogatoires dans le fort d'Alais, par devant Daudé,

juge du Vigan.

Fév. 26 — Pierre Valdeyron, du mas de la Salle (Valle-

raugue), tisserand, 20 ans C. 172

» » Abraham Ducros, fils de Pierre, dit Choure,

de Lasalle, cardeur, 22 ans »

» 27 — Pierre Liron, de Yalleraugue, dragon, 24 ans. » » » — Jean Viala, de Saint- Jean du Gard, dragon. » sans date : — Etat des personnes accusées par Languedoc [Valdeyron] et le cadet Ducros, outre ceux qu'ils ont dénoncé à Mgr de Bâville. (Se

1. Les deux interrogatoires de Saint Paul (Masbernard) portent dans le dossier les dates des 23 et :26 février. Or le jugement imprimé du 23 février (retrouvé à Nîmes sur les indications de M. Fonbrune-Berbinau) porte qu'il a été « signifié et exécuté le jour même ». Il y a donc lieu de croire à un lapsub calami du greffier d'Alais, et de restituer à ces interrogatoires les dates des 23 et 26 janvier. Sur la moditication que la découverte tardive de ce jugement apporte à notre texte (I. 468) voir aux Additions et rectifications.

rapporte à des dépositions qui manquent

au dossier) C. 172

Mars 13 — Jugement (imprimé) du Comte de Broglie envoyant aux galères, pour avoir donné retraite à Vivent ou à ses complices, dixhuit hommes des environs de Lasalle ou du Vigan. {Pap. Pradel. Bibl. prot. Voir plus haut, 11,9) C. 172

» 17-28 — Dossier d'Etienne Arnal, consul de Palharols

(près du Vigan), 37 ans »

» 28 — Jean Boissière, de Malignos (Monoblet), car-

deur, 48 ans »

» )) — Anne Thérond, fille du rentier de Rou ville, » 23 ans

» J> — Jacquette Viala, veuve de Jacques Jalla-

guière, du mas d'OIivet, Lasalle, 65 ans. . «

» 30 Louise Galmel, du mas de la Camp (Soudor-

gues), 25 ans, »

î) » Catherine Calmel, du mas de la Camp (Sou-

dorgues), 22 ans »

y> » Suzanne du Roullet, femme du S'' Daniel

Soulier, Lasalle, 42 ans i»

» )i Léonor Jallaguière, Lasalle, 35 ans »

» » François Lasvalz, Soulages (Lasalle), 50 ans, )^

i> )} Suzanne d'Escot, femme du S"" Rouveirollis,

Lasalle, 65 ans »

Avril 5 — Jugements par contumace : Grail ; Martin, de Rieumal ; Fabre, de Montredon ; Soubeiran, de Simonet ; Rocher; Meynadier ; Jacques Soubeyran ; les deux Lagarde, Villaret, aux gai. perp. Les maisons de Martin, Fabre et Soubeiran, de Simonet, seront rasées.

^> » Suzanne Bousanquet, femme de Jean Jallaguière, dit Pressaire ; Poussielguesse, de Saint- Jean du Gard ; Gervaise, femme de Gervais Capon, sont bannies à perpétuité. C. 191

)) » Jugement de Broglie envoyant aux galères

Etienne Arnal, de Pailherols »

» 14 Jugement de mort contre les dragons P. Liron et J. Viala, commué le 16 juin en une condamnation aux galères perpétuelles. . , C. 172

Mai 30 — 2« Interrog. de Catherine Galmel G. 172

Voir encore G. 172, Dossier Etienne et Paul Plan ( — Déposition d'Anne Baudoin, — deValdeyronetdeDucros).G. 172, Dossier Gavanon ( — Dép. de Valdeyron — Interrog. de Gavanon). G. 172, Dossier de l'Ass. de la Gainp de Monoblet (25 sept. 1692) ( — Dép. de Valdeyron).

Août 25 — Ordre d'arrestation de Teule, de Saumane. . »

Proclamation de Schomberg, répandue dans le Daiiphiné en lôga.

(Agnew. Protestant exiles from France. Edition de 188G, tome I, p. 309.)

The proclamation issued in France by the Duke (of Schomberg) was written for him by his chaplain Rev. Joli, du Bourdieu Avho gave a copy of it to Boyer, the author of the history of king William III in three volumes. It is printed in that history A'ol. ii appendice page 71. . .

La déclaration du Duc de Schomberg aux habitans du Dauphiné au nom du Roi de la Grande-Bretagne Guillaume III.

Gomme les violences que la France a exercées sur tous ses voisins doivent faire craindre à ses sujets que si les Alliés entrent dans ses Etats ils n'en tirent une vengeance proportionnée à ce qu'ils ont souffert, Nous croyons les devoir informer des intentions du Roi notre Maître.

Toute la terre sait qu'on l'a forcé à prendre les armes. Les Etats de la Bourgogne étoient injustement saisis. Sa principauté d'Orange étoit saccagée et tous ses sujets opprimés. Les injustices qu'on lui faisoit étoient accompagnées de manières lâches et indignes, et ses ennemis portant leur fureur jusques dans l'avenir, travailloient à lui ôter ce que la naissance et la succession devaient un jour lui donner. Ge n'est donc que pour con-

PIKCES JUSTIFICATIVES. XVIII. 515

server son bien et ses droits qu'il a été constraint de recourir à la voie des armes, et aussi ne prétend-il les employer que pour consei'ver tout le monde dans ses biens et ses droits.

C'est pourquoi, s'il me fait entrer en France, son intention est de rétablir la Noblesse, les Parlemens et le Peuple dans leur ancien lustre, et les Provinces dans leurs privilèges. Il sait que la Noblesse est foulée aux pieds, que les Parlemens sont sans autorité, et que le peuple est accablé parles impôts. Mais si aujourd'hui la Noblesse, les Parlemens et le Peuple n'abandonnent pas leurs intérêts, et ne négligent pas une occasion (qu'ils ne retrouveront pas peut-être jamais), ils verront leurs Etats Généraux qui conserveront les Gentilshommes dans les privilèges de leur naissance, qui rendront aux Parlemens leur éclat et leur autorité, et qui délivreront le Peuple des taxes qui les dévorent. Le Roi mon maître n'ayant donc pris les armes que pour maintenir les droits d'autrui et les siens, c'est sans fondement que les ennemis veulent faire passer cette guerre pour une Guerre de Religion. C'est un artifice pour allumer le faux zèle des peuples, et un piège tendu à leur crédulité, afin qu'ils se laissent saigner jusqu'à la dernière goutte. Mess" du Clergé sont trop habiles pour donner dans un piège si grossier, les causes et les véritables auteurs de cette guerre ne leur étant pas inconnus. Quoi qu'il en soit, je déclare à tous les Ecclésiastiques, en quelque dignité qu'ils soient, que le Roi mon maître les prend tous en sa protection, que leurs immunités, leurs privilèges et leurs biens leur seront exactement conservés, que l'on châtiera exemplairement ceux qui leur feront le moindre outrage, et qu'il ne sera apporté aucun changement à l'égard de la Religion Romaine.

Cependant, les Rois d'Angleterre étans Garans de l'Edit de Nantes par la paix de Montpellier et plusieurs autres traités, le Roi mon maître croit être obligé de maintenir cette garantie et de faire rétablir l'Edit. Tous les bons François le doivent aider, puisque cet Edit est le grand ouvrage de la sagesse de Henri IV dont la mémoire leur est si chère. Les catholiques romains qui ont eu la générosité de voir avec compassion les souffrances des Réformés, verront sans doute avec plaisir leur rétablissement. On espère même que Messieurs du clergé ayant fait làdessus de plus sérieuses réflexions, seront bien aises de témoigner aujourd'hui par une conduite sage et chrétienne qu'ils n'ont eu aucune part à la violation de l'Edit et à toutes les cruautés qui l'ont suivie.

5i6 IMKCES JUSTIFICATIVES. XVIII. XIX.

D'ailleurs, ceux qui nous viendront joindre auront les récompenses et les marques de distinction que leurs services mériteront et que nous serons en état de leur donner. Mais au contraire ceux qui bien loin de nous aider se joindront aux oppresseurs de leur patrie doivent s'attendre à toute la rigueur des exécutions militaires. Et nous déclarons à ceux qui voudront vivre en repos chez eux, qu'il ne leur sera fait aucun mal ni en leurs biens ni en leurs personnes.

A Ambrun, le 29 d'aoust 1692.

La consécration de Broiisson en Suisse.

[D'après des notes de N. Weiss, et les Papiers Court.]

(29 janvier 1G94). Lettre du lieutenant et conseil de la ville de Berne, ainsi que du couvent, à l'Académie de Lausanne, recommandant de donner à Brousson l'imposition des mains. (Reg. Ac. de Lausanne.)

(Même jour). Brousson demande à l'Académie de Lausanne l'imposition des mains. (Pap. Court, 17, I. 641.)

(l^"" mars). Brousson se présente devant l'Académie. Discussions. Les uns demandant une nouvelle consécration, les autres une simple confirmation, (Reg: Ac. Laus.).

(23 mars). (Reg. du Consistoire de Genève.) ^( Vendredi 23 mars 1694. M. Tronchin a lu à la Compagnie une lettre qui lui a été escrite par M. Sterchi, Recteur de l'Académie de Lausanne, où il luy marque que M. Brousson estant allé en France et y ayant eu une vocation extraordinaire par une assemblée des fidèles du Languedoc qui l'a appelé, et consacré audit lieu par la prière d'un ministre nommé Vivens qui y preschoit déjà, y a ensuite exercé le Saint-Ministère pendant quelque temps ; et estant de retour a Lausanne, désire d'être confirmé dans sa vocation au Saint-Ministère, offrant de surabondance un examen pour faire cognoistre sa capacité. Sur quoi non seulement on demande à M. Tronchin son sentiment, mais on souhaite encore d'avoir celui de la Compagnie, pour savoir si le dit Brousson doit être simplement confirmé dans la dite vocation pour continuer d'exer-

cer son ministère là ou la Providence de Dieu l'appellera, ou si, sans avoir égard à ceste occasion extraordinaire, on lui en doit donner une nouvelle et le réordiner. La Compagnie en ayant opiné a trouvé unanimement que sa vocation extraordinaire étant légitime, estsuflisantc pour estre purement et simplement confirmé sans aucune nouvelle vocation ou réordination, et quant à l'ofî're qu'il a faite de faire cognoistre sa capacité par un examen, la Compagnie par la pluralité des suffrages croit qu'on doit l'accepter, surtout à cause de la conséquence pour d'autres dont la capacité ne serait pas autant cognue que la sienne.»

(Une copie de la réponse officielle du Consistoire de Genève à l'Académie de Lausanne, conçue dans les mêmes termes exactement que ce qui précède, se trouve aux Pap. Court, 17, R. f" 41, datée également du 23 mars 1694.)

(24 mars). La demande de Brousson est accueillie en même temps que l'offre de l'examen auquel il propose de se soumettre. Il devra auparavant signer le Formulaire de la Confession Helvétique (Pap. Court, 17, I, 641).

(29 mars). Aj^rès un entretien théologique et une prédication, Brousson reçoit l'imposition des mains. {Reg. Ac. de Laiis.).

La Dragonnade par les milices.

(Coll. Bentkowski, Montpellier.)

Ordonnance du Comte de Broglie.

Montpellier, 14 avril 1694.

. . . Ayant plu au Roy de commander la plus grande partie des Régiments d'infanterie préposez à la garde de cette Province pour servir S. M. plus utilement contre ses ennemis de Catalogne : et voulant encore diminuer les dépenses auxquelles les lieux qui sont accoutumés de loger lesdits Régiments sont exposez,

Savoir faisons que si après le départ de partie desdits régiments il y arrive qu'il y ait aucun Prédicant ou assemblée illicite dans aucun des lieux où il y a des Nouveaux Convertis, il

sera par nous envoyé 300 hommes de Milice Boui'geoisc clans lesdits lieux, et le plus grand nombre s'il est par Nous jugé nécessaire, qui demeureront en pure perte et aux frais et à la solde des habitans et bientenans N. G. pendant la campagne, sans aucune répétition. A ce que personne n'en ignore. . .

Lettre de Lachaii (?) à Broiisson, touchant les prophètes

du Vwarais.

(G. 191. Dossier Brousson.)(Autographe. Les mots soulignésl'ont été par Brousson lui-même. Nous avons divisé la lettre en paragraphes. Orth. orig.).

[En haut] n" 8 Broussox Delamoigxox [signât, autogr.]

Monsieur,

Je me donne l'onneur de vous proposer en gênerai, sans fere le détail, des resons qui m'ont empêché de croire que ceux qui se disent profetes ayent aucune vocation divine oi'd'^ ou extraordinaire. Je crois premièrement que si le S. Esprit animoit les actions de ces gens là elles seroient acompaignées de miracles et de prodiges comme nous les voyons en Saint Pierre, Saint Pol et en tous les autres apôtres et évangélistes. En second lieu que leurs prédictions seroit véritables et acompaignées de leurs effets, puisque Dieu est la vérité même et qu'il ne peut pas mentir. En troisième lieu que les personnes que Dieu honoreroit de ces riches dons, le plus auguste et le plus relevé que les hommes puissent recevoir dans ce monde, seroit sanctifiés parce que la Vertu du Saint Esprit les sanctifieroit d'une manière aussi extraordinaire que leur vocation.

Quand aux/?tf/'rtc/es,ces gens la ne peuvent se vanter d'aucun. Je peux vous assurer en Dieu et Gonscience que Je me suis enquis avec des personnes non suspectes et qui mesmes avoit foy pour eux, qu'ils n'en ont jamais fait aucun, et je peux vous assurer aussi que j'ai procédé sans prévention et sans préjugé et sans aucune considération mondaine en cet examen, mais pour

PIÈCES JUSTIl-ICATIVES XXI. 519

rechercher' [p. 2] la vérité (que je supplie le bon Dieu de nous vouloir donner en un si riche dej^ré qui découvre nos erreurs). Nous voyons dans le livre des Actes des apôtres que Saint Pierre et Saint Paul qui ne se vantoit pas d'avoir ce divin esprit en une si riche abondance, que îeiu' ombre guérissoit les malades, et les mouchoirs qui avoit touché leur corps ; et aussi que les os d'Elisée resucitèrent un mort.

Pour ce qui est de leurs prédictions elles se sont trouvées toutes fausses. Lors de l'assemblée de la Chan du Bessé où il y avoit 4,000 personnes, ces profètes qui exerçoit leur ministère empêchèrent que les pauvres gens de cette assemblée ne reçussent la grâce que M. de Folle ville leur fist offrir par plusieurs personnes de qualité, sous cette condition qu'ils se retireroit chacun chez soy et ne s'assembleroitplus, parce que ces profètes les assuroient que le Saint Esprit leur disoit qu'il aveugleroit les gens de guerre en disant certeines parolles qnej'e n'ose pas vous écrire, et que les basles des fusilz et pistoletz tomberoit a la bouche du canon sans aucun effet. Cependant les troupes ne furent pas aveuglés et tuèrent environ 2,000 personnes de cette assemblée, violèrent les filles et femmes, et l'on a vu des dragons en ce pais, au retour de ce massacre leur bras et leur habitz tout couvertz du sang de ces pauvres gens. Ils ont prédit encor que l'on auroit des ministres a Chalancon, et cette prédiction n'étoit pas d'un seul, mais generallement de tous, et ilz assuroit qu'ilz y donneroit la Sainte Cène, qu'il se feroit une ecclipse de soleil un Jour de Saint Martin que l'on ne veroit rien de dix heures, et je peux vous assurer que de longtems je n'avois vu un jour plus serein ni plus beau soleil. Hz ont souvent prédit le restablissement de nostre Religion, la conversion de il/"" [p. 3] du Molard et de plusieurs prebres ; que un certain tenement de fondz s' enjonceroit à Désunie [Desaignes], et que cet abime seroit si horrible qu'il s'en parleroit en toute la terre. Si je voulois vous dire en détail tout ce qu'ilz ont prédit, il faudroit une main de papier, sans avoir vu V acomplissement d'un seul.

Vous sçavez, Monsieur, que Saint Paul ordonne que celui qui est Saint se sanctiffie encor, et qu'il est impossible aux mortels d'ariver à un degré de perfection, que l'avis du même apôtre que cellui qui est debout prenne garde à ne pas tomber, nous

1. Au bas de la page, de la main de Brousson : « A l'égard des miracles : 1. la manière en laquelle ces personnes prophétisent est miraculeuse ; 2. Jean-Baptiste ni plusieurs autres prophètes n'ont pas fait des miracles. »

doit oljliger à veiller soigneusement à notre conduite. Et nous avons vu avec une douleur mortelle que ceux qui se disent projetés ont mené une vie débauchée et scandaleuse , et abominable, ayant eu Vlnsolewce àe paillarder a la çuë de leurs assemblées. Plusieurs garçons ont débauché des fdles, en ont eu des enfans. Gella a paru avec tant d'éclat, et l'escandalle en a été si grand que les prebres en ont grossi leurs sermons. Plusieurs hommes ont abandonné leur femme et enfans et s'en sont allés avec les femmes de leurs voisins et d'autres avec des filles. Et des fdles qui se disoit paider par le Saint Esprit ont bien eu le front de dire qu'il faloit qu'elles couchassent avec leur Germain et en ont eu des enfans. On pouroit comter dans ce nombre grande quantité de p.... publicques, de voUeurs, de murtriers et de personnes abandonnées à toutte sorte de vice, qui ont escandalisé les gens de bien et diflammé notre religion de la manière la plus cruelle et la plus indigne. Et dans ce malheur, le plus funeste qui puisse arriver à l'église, j'ay cru, après avoir prié Dieu de mé donner les lumières de son Saint Esprit mé devoir conduire par les avis des Saintz [Ev. p. 4] Evangelistes et apôtres qui nous commandent d'examiner les esprits pour scavoir s'ils sont envoyés de Dieu, et que nous en ferons le discernement par leurs fruits, que l'arbre bon ne peut porter de mauvais fruitz. Or la plus grande partie de ces personnes ayant mené une vie débordée et escandaleuse, ilz font Dieu, la perfection sublime de sainteté et de justice, auteur du vice et du mensonge. J'ay cru que le devoir de ma conscience m'obligeoit de les fuir et de les regarder comme des séducteurs et des faux prof êtes, et devoir prié Dieu de vouloir éclairer tout le monde de ses divines lumières, et nous donner une claii'e connoissance des moyens pour fere notre salut, et je suis de résolution de n'en écouter aucun, puisque j'ay eu le bonheur, et ma famille, de n'en avoir jamais entendu, vous avouant que j'ay eu dans le commancement un gi'and désir d'en entendre.

J'aurois bien sohaité d'avoir l'onneur de pouvoir conférer avec vous au sujet de cette affere et des autres pour recevoir vos bonnes et belles Instructions et vous pouvoir assurer que je suis avec tout le respet et l'atacheman possible, Monsieur, v"^^ très humble et très obéissant serviteur. La. Ghau.

ce 20 janv^-- 1693.

[De la main de Brousson :] Cette datte n'est pas véritable, cette Lettre m'ayant été écrite le et rendue le 7 décem-

PIKCES .lUSTIFICATIVF.S. XXI. XXII. 521

bre 1G97. Elle m'a été rendue par un Mêle digne de foi qu'il chargea de me dire que me prioit de brûler la lettre dès

que je l'aurois lue. Mais je dis au porteur que la chose étoit trop importante pour en user de la sorte ; que M. Lachau n'avoit pas sujet de craindre que sa Lettre fut vue par les ennemis de la vérité puisque cette lettre leur seroit fort agréable. Paraphé ne varietur

PiNox Brousson.

Projet d'union entre les puissances pi^otestantes.

(G. 191. Dossier Brousson. Copie informe, que nous rétablissons souvent par conjecture.)

Projet d'Union entre les puissances protestantes.

Vu les pertes déplorables que la Réformation a faites dans le siècle qui va finir, vu la désolation de tous les peuples protestants qui ont le malheur d'être sous la domination des prétendus catholiques, vu le peu d'égards qu'on a eus pour les intercessions des protestants en faveur des réformés de France qui pendant la présente négociation de paix générale et même depuis le Mémoire de paix (?) présenté aux ambassadeurs de sa Majesté très chrétienne semblent exposés à un redoublement de persécution, vu enfin les maux que les Etats réformés doivent attendre de ces effets de persécution que la Cour de Rome ne se lasse point d'inspirer aux chrétiens pour en faire les ministres de son ambition et de son avarice contre ceux qui s'opposent à sa prétendue puissance spirituelle.

Nous les ambassadeurs et plénipotentiaires des Rois, Princes et Républiques protestantes, déclarons par ces présentes [que] quoiqu'ils soient bien éloignés de tout sentiment de persécution, ils savent pourtant que Dieu les ayant faits les dépositaires de la vérité évangélique que nos Réformateurs ont purgée des abus et des superstitions romaines, il est de leur devoir de la défendre contre toute sorte d'attaques, pratiques, violences, surprises et ruses dont sous quel prétexte que ce soit on pourrait user

pour la détruire, dans les pays de leur domination. Pour cet effet, Nous, lesdits ambassadeurs et plénipotentiaires, réfléchissant avec plaisir sur la conformité de notre foi dans tous les points fondamentaux , et nous ressouvenant avec douleur de la désunion régnée parmi nous, provenant de quelques questions non nécessaires au salut, et sous la bénédiction de Dieu, pour notre sûreté et défense réciproque, [convenons?] des propositions et articles suivants :

1. Que les réformés évangéliques, luthériens et calvinistes compris sous le nom de protestants, se regarderont et traiteront comme frères dans leurs écrits, paroles, et actions.

2. Que comme les calvinistes n'ont pas fait de difficulté d'admettre les luthériens à la Sainte Communion et autres exercices de piété, les luthériens seront de la même tolérance et charité fraternelle, selon que les uns et les autres se trouveront dans le pays où l'on suit l'une ou l'autre communion.

3. Qu'il y aura alliance défensive entre toutes les puissances protestantes pour maintenir la liberté spirituelle des [dans les?] Etats de l'une et de l'autre communion, et soulager les pays qui sont encore sous les puissances catholiques, selon l'exigence de leur conservation et intérêt réciproque.

L'exécution des deux premiers articles dépend du zèle et de la prudence dont chaque souverain usera envers le clergé de ses Etats pour garder l'ordre nécessaire à maintenir cette union fraternelle dont (sic) la divine Providence a si souvent recommandé [ ] par ses serviteurs les Prophètes et les

Apôtres. Mais comme l'établissement d'une Alliance est d'une grande étendue, afin d'en [venir?] heureusement à bout. Nous les susnommés, consentons aux articles suivants :

1. Qu'il est nécessaire qu'il y ait [un] chef ou directeur de qui lesdits ordres (?), pour l'exécution d'un secours mutuel lors de la Ligue entièrement établie.

2. Que présentement on ne saurait mieux faire tomber le choix que sur la personne de Sa Majesté Britannique, à cause de son crédit et de la situation de ses deux royaumes et de la Hollande où il a été à la tête des Etats Généraux des Provinces Unies dont les réflexions (sic) [résolutions?] ont eu de grandes influences sur le reste de l'Europe.

3. Qu'il est nécessaire de régler la quantité de secours que fournira chaque Puissance protestante lorsque l'une dicelles serait attaquée par une Puissance catholique.

4. Qu'avant la dissolution de la présente assemblée, on essayera de projeter les Règlements, chaque ambassadeur plénipotentiaire étant prié de mettre sur le papier ce qu'il croit que son Seigneur (?) constituant (?) [Souverain constituant?] pourra fournir en cas de nécessité en conséquence de cette Ligue défensive.

o. Que les envoyés des Puissances protestantes, à Londres et à La Haye, fournissant (sic) [proposeront?] avec eux à sa Majesté Britannique de nommer à chacun de ces endroits des Conseils communs (?) qui se correspondent de l'un à l'autre, soit pour donner la dernière forme à ce projet d'union et d'alliance défensive dont les plénipotentiaires ambassadeurs à La Haye auraient jeté les fondements, soit pour essayer (?) par leurs sollicitations l'exécution du secours mutuel.

G. Que les envoyés respectifs ne manqueront pas aussi d'être accueillis tant auprès de leurs constituants qu'auprès des Etats protestants où ils se trouveront, afin que de part et d'autre on avance l'exécution des articles dont on sera convenu.

7. Que chaque ambassadeur plénipotentiaire, s'il n'a déjà le pouvoir suffisant pour concourir à l'établissement de cette union fraternelle, en écrira incessamment à ses maîtres sur ce sujet.

8. Ou du moins que chacun d'eux emportera avec soi cet ouvrage ébauché et se chargera, en tant qu'en lui est, de [les?] faire conclescendre, [s'ils] faisaient difficulté d'y consentir, au second article.

9. Cela ne devrait pas empêcher qu'elle n'entrât pour sa part [qu'ils n'entrassent pour leur part?] dans la Ligue et alliance défensive.

10. Que si contre toutes [les] apparences, quelqu'une des Puissances refusait d'entrer dans cette alliance défensive, cela ne doit pas empêcher les dites autres de s'unir de la manière susdite pour une défense conforme au devoir de leur naissance, puisqu'ils sont les gardiens de leurs peuples, et nécessaire pour mettre à couvert les restes des [sic. Manque-t-il quelques mots? Le sens est : les descendants des premiers réformés] du reproche d'avoir donné lieu aux entreprises funestes du papisme par une désunion nonchalante devant Dieu et devant toute l'Eglise me dit tantte [sic : militante?]. Le 1" novembre 1687.

Enlèvement de Roman.

(Pap. Court, 17, B. Annexe des Mémoires recueillis de la bouche de Jos. Corsieux, de Ners, le g juillet i ^32.)

Ceux qui enlevèrent Roman, dont Coui*cieux s'est souvenu :

Jean Loriol, de Massane, moi't à Genève.

Faye, de Tornac, sorti du royaume.

Grenier, de Lézan, sorti du royaume.

Jalaguier, de Gassagnoles, mort à Genève.

Jean Potdevin, de Ners, mort à Genève.

Guill. Gourcieux, cousin de celui qui dicte, de Ners, mort à Hambourg.

Le baille de Gaujac, sorti du royaume.

David Martin, de Durfoi't, blessé à Voiron en Daupliiné, sortant du royaume, par une compagnie de cavaliers. Pris, et mort de la blessure.

Jean Périer, de Ners, sorti du royaume. Est au service de la Hollande.

Rouvière d'Anduze. Doit être jardinier à Vevay.

Gourcieux, celui qui a dicté ce mémoire. Réfugié à Berne. Sorti du royaume avec onze de ses camarades, conduits par Deleuze de l'Espinas et Massip de Gannes, payant à Massip un demi-louis d'or par tête. Au deçà de Voiron ils furent insultés par les habitants d'un village qui leur crièrent : Parpaillots!

Dumas, celui qui attendait vers Ners, et ne fut pas de l'attentat. Est à Berlin.

Salle, de Vezobre [Vezenobre?] soupçonné d'avoir tué l'archer, n'a pas été dénoncé. A demeuré dans le royaume.

Jacques Foucard, de Maruège-les-Gardon. Etait aux dragons de Hollande, ayant déserté et ayant été arrêté, il a eu la tête cassée.

Brunel, de Saint-Christol, sorti du royaume. Bouzènes, deux frères, du lieu de Bouzène, L'un a été tué en Espagne, l'autre est économe chez M. Gallatin de Genève [revenus en 1712 dans le royaume après la mort de leur père, pour toucher ses biens. On profita de leur présence pour annoter les

biens du défunt, et obtenir par là le payement des frais auxquels le jeune avait été condamné par défaut] \

Etienne Verdier, de Lézan. Sorti du royaume, passa en Allemagne.

Apologie des assemblées publiques, par Roman.

[Extrait de la Relation sommaire et véritable.. . (de Jean Roman), Rotterdam 1701.]

[p. 33]... J'arrivai [à Genève] le 15 de juin 1697. J'y séjournai environ trois semaines, mais sous une croix plus rude et plus pesante que dans les cavernes des Gévennes, parce que quelques particuliers m'accusoient d'être un tentateur et persécuteur, disans que mes assemblées étoient la cause de tous les malheurs qui arrivoient en Languedoc. Sur quoi voici précisément ce que je leur répondis pour ma défense :

« Vous avez tort, Messieurs, de m'appeler tentateur, si ce n'est que prier Dieu, exhorter, convaincre, enseigner, et l'eprendre, soit une tentation ; car c'est l'œuvre à laquelle je m'emploie journellement. Je ne tâche qu'à relever ceux qui sont tombez, qu'à fortifier et affermir ceux qui chancellent, qu'à maintenir ceux qui sont encore debout ; et tout cela pour la gloire de Dieu, qui par sa grâce opère en mes travaux. Si c'est être tentateur que d'exhorter mes frères à sortir de Babylon, et à souffrir le martyre plutôt que de demeurer dans la communion de Rome, j'avoue que je le suis. Mais comme Dieu ne tente point à mal, je ne tente aussi que pour le bien et le salut des autres. J'expose ma A'ie pour l'amour de Dieu et de son peuple. La crainte des tourments que les hommes paurroient me faire souffrir, ni toute votre philosophie ne seront jamais capables de me détourner d'un si juste dessein. N'est-il pas de notre devoir de courir au secours de ceux que nous voyons périr par faute de lumière et d'exhortations, et de nous exhorter les uns les autres? Que celui qui a le plus de sapience en communique à ceux qui en ont moins. Qui sauve une âme de mort couvre multitude dépêchez.

1. Nous ajoutons ceci d'après des papiers originaux (Bibi. Prot. Mss. Languedoc).

Si nous ne sommes dénaturez comme Gaïn nous ne pouvons nous dispenser d'être la garde les uns des autres. Vous me répondez que pour cela il faut aller de maison en maison. Mais hélas ! qui ne voit que la division est si grande qu'il faut que le mari se cache de sa femme et la femme de son mari, les pères et les mères de leurs enfants ; outre que les domestiques sont nos propres ennemis, enfin que de cinq d'une maison deux sont contre trois, et trois contre deux ; joint que le plus fort parti est toujours celui du nombre. Ilj' a beaucoup (l'appelez et peu d'élus. La faiblesse accompagnée de timidité fait que tous ne sont pas bien disposez pour recevoir la parole de Dieu, et c'est ce qui m'empêche d'avoir entrée dans toutes les maisons. Il faut donc de toute nécessité rassembler le résidu selon l'élection de gi'âce. De plus cette moisson est tellement étendue que pour aller dans tous les lieux, sans compter les maisons écartées, il faudroit un bien plus grand nombre d'ouvriers.

Dailleurs les prières dans les saintes assemblées sont infiniment plus ardentes que dans les lieux particuliers. Les prières jointes ensemble frappent avec plus de force à la porte du ciel. L'assemblée des fidèles est le corps mystique de Jésus-Christ ; c'est là où se trouve le Sauveur, selon sa promesse : Quand vous ne seriez que deux ou trois assemblez en mon nom. je serai là au milieu de cous. C'est dans ces fraternelles assemblées que chacun donne gloire à Dieu, à la vue de son peuple ; c'est là qu'ils s'édifient, se fortifient et se consolent mutuellement en Dieu, par leur présence, les uns avec les autres. Ils y conçoivent cet amour chrétien si expressément commandé dans la parole de Dieu ; ils y participent aux sceaux de son alliance et aux gages de leur salut. Pouvez-vous bien vous imaginer que dans un temps de persécution on puisse s'acquérir de si grands biens, sans s'exposer à de grands maux ? Je sais bien que la chair et le sang y répugnent toujours, mais ce n'est pas d'eux qu'il faut prendre conseil. Venons donc à la Loi et au Témoignage de l'Evangile qui nous exhortent à souftrir, et à perdre tout pour la gloire de Dieu et pour notre salut. Il nous est ordonné non seulement de croire au Christ, mais aussi de souffrir pour son nom. Pourquoi craindrions-nous donc la perte de nos biens, et les meurtriers de nos corps, puisque sans varier il nous faut combattre sous les enseignes de Jésus-Christ, notre souverain chef, qui nous a été un patron afin que nous suivions ses traces ? Il nous demande la fermeté et la fidélité et quand les occasions s'en présentent il veut que nous résistions jusqu'au sang; à

plus forte raison devons-nous mépriser nos biens, et comme les sages Hébreux, en voir le ravissement avec Joie. Puisque nous ne sommes pas du monde, à quoi bon nous arrêter à la figarc qui passe ? Si nous sommes voyageurs sur la terre, et conbourgeois des Saints qui sont dans les cieux, à quoi bon exposer nos âmes pour ce qui n'est que terre et un limon impur ? Nous devons rendre grâces à Dieu de ce qu'en nos jours il y a des confesseurs qui nous remettent en mémoire le courage héroïque et l'intrépidité des premiers chrétiens, sur les galères et sur les cchalïauds. Ces bien-heureux martyrs sont autant de pierres vives et de colonnes du sanctuaire de l'Eternel. Leur sang et leurs cendres sont la semence de l'Eglise.

Ne dites donc plus que je suis la cause de la perte des corps et des biens de quelques-uns ; car si cela est, il faut accuser Jésus-Christ d'une cruauté semblable à celle qu'Hérode exerça sur les petits enfants de Bethléem, et imputer aux apôtres et ministres des premiers siècles, les persécutions qui ont été faites à tous ceux qui croyoient en Jésus-Christ. Mais qui ne voit que si nous avions l'intérêt de Dieu tout autant à cœur que celui des hommes, nous ne préférerions pas les biens du monde, ni le repos du corps au salut des âmes. Pour avoir de tels sentiments il faut ressembler aux Gadaréniens, qui aimaient mieux que les diables restassent dans les corps des hommes, que de voir précipiter leurs pourceaux dans la mer. Je rends grâces à Dieu de ce que je ne suis pas de ceux-là, car je préfère une âme non seulement à tous les biens du monde, mais à la vie des hommes mêmes. Vous me dites encore que ces hommes-là savent leur devoir sans que personne leur prêche ; d'ailleurs que ceux qui sont de Dieu ne peuvent périr, puisque {e fondement de Dieu demeure ferme, et qu'il connoît ceux qui sont siens. Je vous accorde tout cela. Cependant s'il ne faut pas prêcher à ceux qui sont illuminez, à quoi bon les pasteurs annoncent-ils la parole dans Genève, carie peuple y est aussi bien éclairé et même plus que dans le royaume de France ? Et quant à la connaissance que Dieu a de ceux qui sont siens, il les connaît aussi bien ici qu'ailleurs. Vous me répliquez qu'en France il n'est pas permis de prêcher. iMais si le roi le défend. Dieu le commande ; jugez vous-même auquel il est plus juste d'obéir. Le glorieux nom de chrétien que nous portons, nous dispense de faire la volonté de ceux qui attaquent la gloire de Dieu ; c'est le propre sentiment des apôtres parlant aux Juifs. // vaut niieux, disent-ils, obéir à Dieu qu'aux hommes.

De plus, vous me demandez pourquoi ces gens-là ne sortent pas du royaume. Je vous dirai sur cela qu'il faut beaucoup de courage et de résolution pour tout abandonner. Entre un grand nombre d'obstacles qui se présentent à leurs yeux, ils craignent les embûches sur les chemins, et les misères infinies où se précipitent ceux qui fuyent. Il est donc dune nécessité de la dernière importance d'aller prêcher à ces pauvres malheureux, et de leur remontrer leurs justes devoirs, en leur persuadant qu'il n'y a point de milieu, qu'il faut sortir du royaume ou redresser leurs Eglises aux dépens de leur sang. Mais pour les porter à un devoir si contraire à la chair, on a besoin de très fortes exhortations : il faut les arracher comme hors du feu, tantôt par les frayeurs de Dieu, tantôt par ses commandemens, enfin par ses promesses. Un champ quelque bon qu'il soit, s'il demeure long-temps en friche ne produira que des épines et des chardons, entres lesquels il s'engendrera des serpens. Une vigne qu'on laisse quelques années sans la tailler, et sans fouir, ne produira que des lambruches, et ensuite rien du tout. Il en est de même du peuple de Dieu, qui est comparé à une vigne et à un champ ; il faut qu'il soit cultivé soigneusement et sans relâche, autrement il ne produira que de mauvais fruits. Si tôt que les hommes ont perdu le sel de la parole de Dieu, ils se corrompent infailliblement. Présentement il est question de savoir à qui Dieu redemandera ces âmes innocentes qui périssent faute de lumière. Pour ce qui est de moi, je suis fort convaincu, que le plus court moyen pour rétablir les Eglises de France, auroit été d'y prêcher partout, parce que les martyrs parleur constance auroient lassé la cruauté de leurs ennemis. »

Après m'être justifié de la sorte, je retourne à ma narration. Je repris dès le lendemain le chemin de France

Lettres de Roman.

[Regierangs Archw des Fûrsten çon Ysenhiirg iind Biidingen, à Wâchtersbach, province de Cassel (^Allemagne).]

(Communiquées par M. le pasteur Fuchs.) (Orth. orig.)

[Sans date. De mars 1703.

Au Comte d'Ysenburg et Budingen.]

Monseigneur,

Je suis bien fâché d'être obligé d'incommoder votre Excellence par le récit de ce qui s'est passé dans le colloque des Vaudois, par raport à moy. On a prétendu dans ce Coloque non pas, à mon avis, de suivre les bons et les généreux mouvements de LL. HH. PP., non plus que ceux de vôtre Excel. : mais plutôt, selon les aparances, ont voulu suivre les mouvements de quelques particuliers mal Intentionnés envers moy, J'avois cru, et bien des personnes m'entretenoient dans cette pensée, que le sentiment de LL. HH. PP. étoit de me fournir ma subsistance, et de ni'employer au Saint ministère selon les talents que Dieu m'avoit départis ; et, selon son bon plaisir, je les ay fait valoir pendant douze ans sous la croix en France, où j'ay aussi administré les saints sacrements, par l'auctorité de plus de quatre vingts églises.

Je croy aussi que LL. HH. PP., pour me récompenser bien qu'au delà de mes mérites pour mes travaux passés et des grands dangers que j'avois couru, que leur pensée étoit que l'examen que l'on feroit de moy, ne seroit que pour la formalité : afin de rendre mon ministère plus édifiant dans l'église où la providence m'avoit apellé; et que comme la charité de vôtre Excellence a bien voulu m'accorder sa protection, où je recevois (?) * tous les jours des témoignages de sa bonté et de sa bienveillance. Mais qui peut savoir aujourd'hui si la volonté des pasteurs vaudois se raporte à la volonté de Dieu et des souverains qui m'ont établi, puis que qui résiste à la puissance souveraine résiste à Dieu même, et sur toutes choses lors qu'il s'agit de sa gloire?

Le témoignage latin qu'il a plû a vôtre Excellence de me faire donner par M. le ministre de la Cour, leur faisoit assés voir et comprendre leur devoir, s'ils eussent été en état de recevoir quelque avis de charité. Mais parmi eux elle n'est pas refroidie, mais éteinte. Les diverses choses dittes, faittes par eux à mon désavantage, sont tout autant de signes de leur mauvaise intention envers moy. C'est pour cela que je n'ay pas pu ni dû m'engager à subir un examen par eux, lequel n'auroit tendu quà

1. « On y recevait » i,?) « ici je recevrais » (?). Il semble bien ([ue la copie soit fautive.

me deshonorer. Mais pour leur faire voir néanmoins que je ne refusois pas de passer par cette formalité lorsque j'aurois des examinateurs non suspects et animés d'un esprit de charité, pour cela je leur ay dit que je soufTrirois un examen, pourveu qu'ils joignissent à leur compagnie deux ou trois ministres de Francfort et de Hanau ; ce qui a été rejette comme une proposition téméraire, au lieu qu'il semble qu'ils dévoient en être très satisfaits, puis que par là ils auroient autorisé leur conduite, et fait évanouir tous les soupçons qu'en a conclus contre eux de leur mauvaise volonté envers moy. G'étoit un expédient que je leur fournissois pour se mettre à couvert de tout soupçon et pour se tirer honestement de cette affaire, et pour donner lieu à exécuter, avec la satisfaction de tout le monde, les ordres de LL. HH. PP. et ceux de vôtre Excell. qui sont, à mon avis, que je fasse toutes les fonctions de mon ministère dans l'église de Waldensberg, selon l'ordre de LL. HH. PP. que j'ay remis entre les mains de Monsieur le Conseiller, ce que j'ay déjà fait, tant par la prédication que par la bénédiction du mariage, et d'un batème que le Coloque a jugé être nul.

Cela dépend présentement de vôtre Excell., lui demandant de nouveau sa protection et cet apuy charitable qu'elle m'a si généreusement accordé. Car je ne feray rien qu'après avoir receu des ordres [exprès?] de votre Excellence auxquels je ne manqueray pas de déférer avec une parfaitte soumission. Elle ordonnera tout ce qu'il lui plaira de ma personne et de mon ministère, tout sera receu avec un profond respect. Que Monsieur le Comte [excuse] s'il lui plaît, cette longue lettre par la lecture de laquelle j'interroms des ocupations plus considérables. Je finis en redoublant mes veux les plus ardans pour la santé et la prospérité de vôtre personne et de celle de S. E. Madame votre épouse et pour toute leur illustre famille, aussi bien que pour vôtre florissant état, qu'il[s] me permete[nt] de me [dire] avec une parfaite soumission

de votre Excellence le très humble, très

fidelle, obéissant sujet Jean Roman.

A Monsieur le Conseiller de son Excellence, à Wâchtersbach. Monsieur, Je vous envoyé une copie de ce que je souhaite d'anvoyer à Monsieur Yalkenier. Persuadez-le, s'il vous plait, de la vérité d'une partie (?) des pauvres veuves et orphelins de mon église.

qui sont dans l'impuissance de pouvoii' entretenir un pasteur sans le secours des bonnes âmes. S'il plaisoit à Monsieur le Conseiller, de prier Monsieur Yalkenier que bien qu'il ne se môle à ce qu'il m'a écrit des ad'aires publics, il pouroit bien charitablement s'employer pour moi, puis qu'il a heu la charité de me faire confirmer dans mon ministère. Vous luipouvés aussi faire savoir le soin que je prens pour l'église ; comme je rents une prédication le dimanche au matin, et un catéchisme en forme de sermon, et un le mercredi. Deux fois par semaine, tous les grans enfans qui sont prêts à communier, je les oblige de venir chez moi, pour les informer, et à faute de maître d'école, je tiens trois heures par iour l'école et je fai la prière tous les soirs. Et je prens Dieu à témoin que je fais ça tout pour sa gloird; l'ouvrier est digne de son salaire.

Je vous serey sansiblement obligé de tout ce que vous fairés pour moi, outre que Dieu est puissant pour vous le rendre. Et suis plus que personne

votre très obligé serviteur

Roman.

A Waldenberg, le dernier juillet 1708.

Monseigneur,

J'aurey du plaisir dans ce commencement d'année si votre excellence veut bien agréer les vœux sincères et les souhaits ardents que je fay à Dieu de toutes les affections de mon cœur en faveur de vôtre personne, priant le Seigneur avec toute l'ardeur dont je puis être capable, qu'il lui plaise, dans ce renouvellement d'année, renouveller en vous les dons et les grâces de Son Esprit, en répondant du Ciel, à pleines mains, ses plus précieuses Bénédictions sur vôtre illustre personne, en gravant de plus en plus en vous son amour et sa crainte. Qu'il fortifie votre foy et embrase vôtre zèle et face briller vos vertus. Que le vray trésor de Sion, la source de la félicité et de la vie glorieuse tienne toujours le principal lieu dans vôtre cœur. Que toutes vos Espérances soit attachées au Rocher de l'éternité, qu'il face vivre et subsister votre personne comme un flambeau lumineux au monde. Que le reng (rang) que Dieu et lanessance vous a donnée, joint avec les lumières de l'Evangile, vous affermisse et vous rende généreux au combat de la foy. et au renouvellement de vie, et à l'employ de votre salut.

En cela, Monseigneur, je vous souhaite non seulement une Bonne année, mais une heureuse et longue vie, une éternité de satisfactions, de bonheur et de gloire que vous ne pouvés parfaitement jouïr que dans le Ciel. Attandant ce temps hereux, veuille le grand Dieu vous tenir à couvert sous l'ombre de ses ailes. Qu'il éloigne de vous les llaux de sa justice. Qu'il vous donne une meilleure année qu'il ne l'a donnée à tant de gens qui ontéprouvélire deDieu, couverts, les uns, desflaux de la guérite, les autres de la contagion et de la chairté des vivres, et tant des autres qui ont tout perdu, jusques à la liberté de servir Dieu selon les lumières de leur conscience. Que Dieu préserve tous les protestants, aussi bien que l'illustre Maison d'Ysenburg et Budingue, et leurs enfants après eux, de ses horribles épreuves, d'afflictions et de calamités sous lesquelles jémissent tant de personnes qui ne sont pas plus pécheurs que nous. Veuille le grand Dieu nous faire prévenir, par une sérieuse Repentance, sa colère ambrasée à l'occasion des vices qui ont court au monde. Et si telle est la volonté de Dieu, d'apesantir sa main sur nous pour nous faire sentir que nous l'avons offencé, veuille notre Dieu pitoyable choisir des autres châtiments que ceux que nous craignons ! Que nous tombions plus tôt entre les mains de Dieu qu'entre les mains des hommes cruels et sanguinères. Que Dieu veuille présider au milieu de ceux qui sont employés à negossier la paix. Quelle soit bientôt conclue et affermie, au bonheur de l'empire.

Mais Dieu nous garde. Monseigneur, quelle ne soit pas au préjudice de nôtre Réformation ; qu'une guerre de Religion ne soit pas l'horrible fléau de l'yre de Dieu sur la terre ; plus tôt que la paix de Dieu qui surmonte tout entendement remplisse nos cœurs. Que la piété et le contentement d'esprit soit notre trésor. Que la conversion des peuples ramaine en nos jours le siècle d'or. Que Dieu environne vôtre personne et l'état, de repos et de prospérité. Qu'il conserve heureusement l'aimable épouse qui [qu'il] vous a donnée en son amour. Qu'il ait toujours en sa protection. Monseigneur votre frère, et Mesdames les Comtesses vos sœurs. Que Dieu ne vous frappe pas d"un si triste coup comme il m'a frappé vendredy dernier, par une amère séparation, par la mort de ma femme, mayant laissé, de la volonté de Dieu, une petite fille, dont je prie très humblement Leurs Excellences Monseigneur le Comte et Madame la Comtesse son épouse, de vouloir y faire imposer le nom qu'il leur plaira, attendant cette

charité de leur générosité. Je serey toute ma vie avec Respect et soumission de Leurs Excellences le très humble et très oljligé

et très lidelle sujet et

serviteur A Valdenberg ce Roman.

premier janvier

Fragment ciiin sermon d'Antoine Roclier

sur Jean XVI, 33.

(Arch. Lang'ii. G. 165. Dossier Rocher. )(Orth. modernisée.)

... Mais tout cela n'a pas été capable de vous empêcher de tomber dans l'apostasie et dans la révolte. Vous avez abandonné votre Sauveur à la voix d'un simple soldat. Hélas ! qui pourrait exprimer la grandeur de votre péché? Nul, car il surpasse la connaissance de l'esprit humain. O apostasie épouvantable ! Est-il bien possible que quelques mois de persécution vous aient fait tomber dans les derniers malheurs? Oui, là sont les derniers malheurs, car si maintenant que vous reconnaissez votre faute vous ne vous relevez pas de A'otre chute, vous ne pourrez qu'être la proie des enfers et des démons, et être entièrement privés de votre salut. Au nom de Dieu, fidèles, que A'OUS ayez pitié de votre pauvre àme ! Pourquoi la voulez- vous perdre ? Il y a encore de temps pour revenir, revenez dans le sanctuaire du Seigneur, il a encore ses bras ouverts pour vous recevoir, si vous êtes en état de repeutauce, et bien que vous ayez foulé aux pieds le sang de l'alliance par lequel nous avons été sanctifiés, il ne restera pas de vous recevoir si vous venez à lui avec un saint regret de l'avoir offensé, et une ferme résolution de vivre désormais comme il nous commande, c'est-à-dire que vous n'alliez plus à la messe et que vous ne participiez plus à leur culte, et que vous vous en retiriez et de corps et de cœur, pour n'avoir jamais plus de complaisance pour le monde ni pour sa vanité.

Que cela ne vous surprenne pas, mes frères, si vous voyez les riches qui y courent à grands pas ; ne savez-vous pas que notre

53i PIÈCES JUSTIFICATIVES. XXVI.

Sauveur dit en l'Evangile qu'un riche entrera difficilement au royaume des cieux ? c'est-à-dire que ceux qui se confient en leurs richesses ne sont pas propres pour recevoir le ciel ? Que cela ne vous étonne pas de voir un si grand renversement, souvenezvous que Jésus-Christ dit qu'il j a beaucoup d'appelés mais peu d'élus. « II a son van en sa main, il veut nettoyer son aire et assembler son froment en son grenier », mais « il brûlera la paille au feu qui ne s'éteint point ». Youdriez-vous être de cette paille ou de cette balle qui doit être brûlée ? Vous le serez infailliblement si vous ne vous retirez pas du milieu de ces infidèles, car il n'y a point de participation de la justice avec l'iniquité, ni aucune communication de la lumière avec les ténèbres, ni aucun accord de Christ avec Bélial, ni du temple de Dieu avec les idoles. « Départez-vous du milieu d'eux, et vous en séparez, dit le Seigneur, et ne touchez à aucune chose souillée, et il vous recevra. Sauvez-vous donc de cette génération perverse, de peur que vous ne périssiez. »

Il me semble que voyant le procédé de l'Eglise romaine et l'impiété qu'elle commet, cela la vous devrait faire fuir comme un feu. Comment pouvez-vous voir sans frémir cette meurtrière des saints, qui a fait mourir tant de personnes de ceux qui voulaient soutenir la vérité de notre Sauveur? de voir qu'elle ait fait démolir tous les temples qui avaient été consacrés au service de Dieu ? tant d'inhumanités qu'elle fait exercer par des troupes infernales pour vous forcer de vous faire abandonner votre sainte religion? Ne reconnaissez-vous pas en cela l'esprit de cette cruelle Babylone qui sest enivrée du sang des saints et des martyrs de Jésus? Comment ne frémissez-vous pas quand vous considérez que pour avoir la liberté de vendre et d'acheter et de vivre en repos dans vos maisons, vous avez pris la mai'que de la bête ? Il ne faut pas vous flatter sur cela, car vous ne sauriez éviter d'être damnés si vous n'obéissez à la voix du Ciel qui vous crie : a Sortez de Babylone, mon peuple, de peur que pai'ticipant à ses péchés, vous ne receviez de ses plaies, car si vous ne vous le faites, vous ne pouvez que boire dans la coupe de l'indignation de Dieu, jusques à la lie. »

Je vous avertis aujourd'hui, de la part de Dieu, afin de vous retirer hors du feu, afin que vous soyez sauvés par frayeur. Faites en sorte que cette voix qui retentit à vos oreilles fasse impression dans A^otre cœur. Jésus-Christ vous avertit encore aujourd'hui de vous retirer, afin que vous ne périssiez malheureusement. « Je vous ai dit ces choses, dit-il, afin que vous ayez

paix en moi, vous aurez angoisse au monde, mais ayez bon courage, j'ai vaincu le monde ». Et ainsi, fidèles, puisque notre Sauveur nous a prédit tout cela, il me semble que vous devriez être préparés à cela ; vous serez inexcusables, car « celui qui sait la volonté de son maître et ne la fait pas, doit être battu de plus de coups que celui qui ne la sait pas, ne la fait pas. Aussi si je ne fusse venu et n'eusse parlé, en eux ils n'auraient point de péché, mais maintenant ils n'ont point d'excuses de leurs péchés ». Fidèles, donc, ayez pitié de vos enfans, si vous ne voulez pas avoir pitié de vous-mêmes ; pourquoi les voulezvous sacrifier au diable et les faire servir à l'infidélité ? Ces pauvres innocents que vous damnerez se lèveront un jour contre vous pour vous reprocher votre infidélité. Au nom de Dieu, fidèles, puisque vous avez encore les moyens de retourner auprès de votre Sauveur, retournez ; et bien que vous ayez commis le plus grand de tous les péchés, ne doutez point que Dieu ne vous fasse miséricorde, si vous retournez jusques à lui. Il y a encore assez de baume en Galaad pour guérir ces plaies et pour les rendre saines ; ne perdez pas courage, car celui que vous invoquerez vous médicinera, pourvu que désormais vous vous adonniez à faire sa volonté...

XXYII

Fragment d'un sermon de Rocher sur le Psaume 126, v. 5.

(Arch. Langii. C. 105. Dossier Rocher.) (Orth. modernisée.)

Frères bien aimés en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Ce n'est pas sans raison que la pécheresse dont il est parlé au chapitre \ll de Saint-Luc a pleuré et versé tant de larmes, car elle en avait sujet par des raisons considérables. La première est que lorsqu'elle considérait en quel état elle avait vécu pendant sa vie, qui avait abandonné son corps à pollution, et qui en avait fait un membre de paillarde. La deuxième, comment elle avait méprisé si longtemps la patience du Seigneur, et d'avoir si longtemps persévéré dans ses péchés et en ses débauches. La troisième de considérer d'avoir enfreint un si grand commandement qui dit : « Tu ne paillarderas point ». La quatrième, de

voir qu'elle avait été si ingrate envers son Sauveur qui lui avait donné la A'ie et qui l'avait retirée de la mort et de la condamnation éternelle de laquelle nous étions tous coupables à cause de l'état pitoyable où nous avait réduits notre première [faute ? mère?]. La cinquième, qu'elle savait que ceux qui vivaient ainsi dans la débauche et dans la dissolution, leur partage ne pourrait être que dans les enfers, comme en pai-ie Saint-Jean en l'Apocalypse, au Chapitre XXII, qui après avoir dit que : a Bienheureux sont ceux qui font les commandements de Dieu afin qu'ils aient droit en l'arbre de vie et qu'ils entrent par les portes en la Cité», ajoute : « Mais dehors seront les chiens, et les empoisonneurs, et les paillards, et les meurtriers, et les idolâtres, et quiconque aime et commet fausseté. » Cette femme se voyant coupable de ce péché de la paillardise, et voyant que ce péché était un de ces capitaux, dont Dieu menace ici des derniers supplices, elle fit une ferme résolution de l'abandonner entièrement, et de vivre d'une vie toute nouvelle. Ce qu'elle fit ; et se trouvant ainsi pénétrée de douleur d'avoir ainsi péché contre son Sauveur, d'avoir ainsi pollué son corps que Dieu lui avait donné pour en faire un temple au Saint-Esprit, et que maintenant elle en avait fait un cloaque d'ordures, se représentant toutes ces choses, cela arracha de ses yeux un torrent de larmes. La sixième qu'elle savait que les larmes qui partaient d'un cœur pénétré de douleur d'avoir offensé Dieu, étaient agréables au Seigneur. Le Saint- Esprit qui lui donnait toutes ces saintes inspirations l'assurait aussi que ceux qui sèmeraient en larmes devaient moissonner avec chant de triomphe, comme nous enseigne notre Prophète dans les pai'oles de notre texte, et ainsi cette pauvre femme considérant les grands avantages que Dieu promet aux pécheurs repentants, elle ne consulta plus ni la chair ni le sang, mais elle s'en alla jeter aux pieds de notre Sauveur, pour pleurer sespéchés

et ses débauches.

L'évangéliste nous apprend qu'elle arrosait les pieds de notre Sauveur de ses larmes et les essuyait de ses propres cheveux ; elle baisait ces précieux pieds, et les oignait d'oignement. Prenez de là occasion de vous réjouir, pauvres âmes qui êtes travaillées du sentiment de vos péchés ; venez et voyez une femme qui avait passé toute sa vie dans la débauche et dans la dissolution, et maintenant vous la voyez avoir l'avantage de baiser les pieds de notre Sauveur. Et pourquoi ? C"est parce qu'elle a pleuré et pleure encore son péché. Elle a fait de ses yeux deux fontaines de larmes, afin de laver par ces larmes les grandes

taches que le péché y avait faites. O heureuses larmes de la repentance, qui apaisent la colère, de Dieu, etquinous mettent à couvert au jour de son ire, lorsqu'il exercera jugement sur les méchants et sur les réprouvés. Pleurons donc, fidèles, et versons des larmes, nous apportant une si glorieuse moisson. <( Ceux qui sèment avec larmes, dit ici notre prophète, moissonneront avec chant de triomphe ». Ce sont là les paroles que nous avons choisies pour servir de sujet à cette présente méditation, moyennant l'assistance de l'Esprit du Seigneur. Et pour vous en donner toute l'intelligence dont nous pourrons être capables, nous y considérerons ces deux points le plus brièvement qui nous en sera possible : au premier nous verrons l'effet que produisent ces larmes et en second et dernier l'avantage et l'utilité qui produisent ces larmes, c'est que « après avoir semé avec larmes, nous moissonnerons avec chant de triomphe».

Mes frères, il y a plusieurs personnes qui sèment avec larmes, mais tous n'ont pas cette grâce de moissonner avec joie ou avec chant de triomphe, comme nous dit ici notre prophète. Il y a plusieurs sortes de larmes, car il y a des larmes de dépit, qui ne partent pas d'une vraie douleur d'avoir offensé Dieu, mais seulement de voir qu'ils ne peuvent pas atteindre au but qu'ils prétendent ; ces larmes ne sont pas agréables au Seigneur, ils les rejette entièrement. Il y en a d'autres aussi qui ont des larmes dlD^pocjHsie, qui n'ont pour but que de tromper, comme celles de crocodile. Il y a aussi des larmes de miinniire comme celles des damnés dans les enfers, qui pleurent pour la peine qu'ils souffrent et non pour les péchés qu'ils ont fait. Il y en a d'autres aussi qui versent des larmes pour la. perte de leurs biens, lorsque Dieu leur envoie quelque accident, et ne peuvent souffrir de voir perdre leur bien. Il y a encore des larmes de désespoir, comme celles de Judas lorsqu'il eut trahi notre Seigneur Jésus- Christ. Toutes ces larmes sont en abomination devant Dieu, et Dieu ne regarde ces personnes là que en sa colère et son indignation, ça ne sont pas des larmes qui puissent produire aucuns fruits, mais voici, fidèles, celles qui portent fruits et qui doivent produire une abondante moisson, ça sont celles de la pécheresse dont je vous ai parlé au commencement de ce discours, celles d'un David, celles d'un Saint-Pierre et plusieurs autres fidèles qui se trouvant pénétrés de douleur d'avoir offensé le Seigneur, pleurent et gémissent sur l'horreur de leur crime, non pas tant pour la crainte du jugement, mais pour l'amour qu'ils portent à leur Seigneur.

Antre extrait du même sermon.

... 11 me semble que j'entends quelqu'un qui me dit : « Oh ! que vos censures sont rudes! qui les pourra supporter? » Mes frères, ne vous flattez pas sur cela ; elles ne sauraient être si l'udes que votre péché est grand, et ainsi si je vous voulais flatter, je serais un faux docteur, et je serais infidèle à mon maître. Ne voyez-vous pas que si un malade cache son mal à son médecin, il ne pourra jamais donner le véritable remède, ou si le médecin veut épargner le malade, qu'il ne soude pas bien la plaie, comment voulezvous qu'il la puisse guérir? Le docte et expert médecin, quand il voit qu'il ne peut pas bien sonder la plaie il fait des incisions afin de toucher jusques au vif et de nettoyer entièrement la plaie afin de la rendre saine; de même, fidèles, nous sommes des médecins que Dieu envoie pour guérir vos âmes qui sont malades; mais vos plaies sont si profondes que nous ne les pouvons pas sonder sans faire de grandes incisions, afin de nettoyer ce qui a été meurtri par le péché, pour puis après y appliquer ce divin baume de Galaad. Nous avons donc sondé vos plaies par nos censures et après nous apportons ce saint onguent dont l'odeur flairera la miséricorde du Seigneur envers vous, pauvres âmes, qui êtes touchées du sentiment de vos péchés, et qui soupirez après la grâce du Seigneur.

Début d'un sermon de Merlat abrégé par Paul Colognac.

(Nous transcrivons le Sermon de Merlat. On trouvera dans les notes, la transcription abrégée qu'en a faite Colognac. Les deux pièces sont aux Arch. Langii. G. 173. Dossier P. Colognac.) (Nous n'avons -gardé l'orthographe originale que dans les fragments de Colognac.)

Sermon dElie Merlat sur le verset 8 du 4" chapitre de Vépitre de S^ Jacques : Approchez cous de Dieu et il s approchera de vous. Pécheurs, nettoyez vos mains, et vous qui êtes doubles de cœur, purifiez vos cœurs.

Frères bien aimés en notre Seigneur Jésus-Christ. La grâce de Dieu est à l'âme de l'homme ce que l'âme même est à son

corps, et comme l'une est la source de la vie naturelle et des fonctions animales, l'autre aussi est le principe de la vie surnaturelle et des mouvements de l'esprit. Làine remplit le cœur de chaleur, et la grâce imprime le zèle dans l'âme. L'àme empêche la cori'uption du corps, la grâce résiste aux vices de l'àme. Le corps ne peut être abandonné par son âme qu'il ne tombe dans la mort, l'âme ne peut être privée de la grâce sans tomber dans la misère. Ce corps joint à l'âme par les esprits jouit des biens de la vie présente, l'âme jointe à Dieu par l'Esprit céleste goûte les contentements du siècle à venir. En un mot, ce que l'analogie a jamais rencontré de plus beau entre les natures visibles et les invisibles, se trouve comme dans un raccourci entre le vieil homme et l'homme nouveau ; et si les philosophes n'ont pas fait dilUculté de dire que l'âme était toute en toutes les parties du corps, aussi l'Ecriture sainte ne craint-elle point de nous enseigner que Dieu, comme l'âme de nos âmes, est tout en tous ses enfants. Que si cela est ainsi (F. b. a.) et s'il faut que nous jugions de notre être intérieur par notre nature sensible, l'union des deux parties qui composent nos personnes faisant le fondement de notre subsistance, et cette vie qui est la base de tous nos avantages temporels ne trouvant sa ruine que dans l'extinction de la chaleur naturelle que cette union fomente, ne dirons-nous pas, tout de même, que rapprochement de la grâce et de la raison est ce qui engendre notre être spiritiiel, et que pour ne pas tomber dans la mort éternelle il ne faut sinon que notre cœur soit uni avec Dieu et que nos mouvements secondent les siens? Oui, Fidèles, c'est par les feux sacrés du soleil de justice que notre cadavre est animé, et c'est par l'épanchement des rayons de la divine lumière que les taches de nos yeux sont abattues et que nos ténèbres sont anéanties. Le sacré nœud de ce mystérieux mariage, qui soumet vos volontés à la sienne, tire de cette chaste conj onction les excellents fruits des bonnes œuvres comme autant d'enfants de votre amour : et parmi les ravissements et les extases que fait sentir à votre âme une aussi admirable société, vous êtes plus hors de vous-mêmes qu'en vous-mêmes, et la terre ne possède que votre ombre ; tandis que vos désirs transportent votre âme du lieu où elle anime (?) dans celui où elle aime. Mais comme nous voyons dans la nature que la sphère de l'activité des choses ne peut s'étendre jusqu'à l'infini, et comme l'expérience nous apprend tous les jours que la vertu qui découle de chaque créature est enfermée dans de certaines bornes au delà desquelles il n'y a plus de communications; aussi pouvons-nous

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ailirmer cfue, dans la grâce, Dieu impose aux hommes de certaines lois, à la faveur desquelles il se fait sentir à eux et leur fait part de sa vie céleste ; mais s'il arrive que notre éloignement surpasse les bornes qu'il nous a prescrites et que nous nous occupions à courir parmi le monde tandis qu'il ne se révèle que sur la montagne du Sinaï * ; alors son efficace nous abandonne et nous délaisse à nous-mêmes et notre vie nous fuit par l'absence de son auteur et de son principe. C'est ainsi qu'autrefois pendant les temps de l'ignorance Dieu laissa marcher les Gentils en leurs A'oies parce qu'ils étaient loin de lui, et c'est ainsi qu'aujourd'hui encore il abandonne les Juifs à la dureté de leur cœur et à leur aveuglement parce qu'ils se sont éloignés de lui. Voulez-vous donc n'être pas abandonnés ainsi (m. cf.), et désirezvous maintenant, touchés par la solennité extraordinaire de ce jour, de vous tenir attachés à notre Sauveur, « approchez-vous de luy et il s'approchera de vous. Pécheurs nettoyez vos mains et vous qui êtes doubles de cœur purifiez vos cœurs » connue vous y exhorte ici S' Jacques.

L'homme chrétien (m. e. f.) ne saurait jamais, durant cette vie, assez étudier la sanctification. Les obstacles qu'il y trouve lui doivent être autant d'aiguillons pour le porter davantage à cette étude et comme les sages capitaines ne dorment jamais moins que lorsque leurs ennemis sont campés le plus près d'eux, aussi le fidèle comme vrai soldat de J.-G. ne doit jamais s'endormir sur ses vices, puisque ses ennemis qui les nourrissent en lui sont toujours avec lui et au dedans de lui-même ; les fréquents combats qu'ils lui livrent doivent l'obliger à mieux ménager et à recueillir plus soigneusement les forces qui lui sont nécessaires pour la résistance : les intervalles de relâchement qu'ils lui donnent en lui faisant penser qu'ils ne prennent qu'haleine pour l'attaquer plus vivement, le doivent aussi pousser à se fortifier cependant et à se rendre muni contre ces nouvelles attaques.

1. Il ne faut pas chercher Dieu parmi le monde tandis qu'il ne se revelle que sur la montag-ne du Siuay, car certes alors son eficase nous abandonne et nous delese à nous mêmes et notre vie nous fuit par l'absance de son auteur et de son principe. C'est insy qu'autreffois pendant le temps de rig:norance Dieu lésa marcher les g-entils on leur voj"e parce qu'ils étoit loing de luy et c'est insy qu'il abandonne encore aujourd'hui les juifs à la dureté de leurs ceurs et à lur aveug-lement parce qu'ils se sont éloig-ncs de luy. Voulez vous donc n'être pas éloignés de luy, voules vous donc n'être pas abandonnés ainsy f. b. a. et desires vous maintenant par la solanilé extraordinere de ce jour vous tenir atachés à votre Sauveur ? aprochez vous de Dieu et il s'aprochera de vous.

Et comme l'Ecriture nous enseigne que Saûl roi d'Israël * engageait à son service tous les hommes vaillants qu'il pouvait rencontrer, aussi faut-il que le fidèle dans qui la grâce règne et qui règne lui-même sur ses passions, mette toute pierre en œuvre pour combattre les Philistins spirituels qui sont les démons et pour terrasser ce grand Goliath qui déshonore les armées rangées de l'Etei'nel. Mais surtout (m. f.) doit-il s'employer à cela, lorsqu'il voit le vrai David mystique déjà en campagne avec sa fronde, prêt à briser la tète au géant, je veux dire J.-G. avec sa nature humaine, écrasant par ses travaux et par ses souffrances la tête du serpent ancien. La vue de ce jeune chef victorieux doit redoubler son courage, et ranimer les feux de son zèle, comme autrefois le fils d'Isaï releva les espérances des Israélites et ôta l'opprobre du peuple de Dieu, Et c'est la raison qui nous sollicite aujourd'huy (f. b. a.), car notre David doit être présenté à nos yeux sur cette table sacrée, et sa mort, par laquelle il a détruit le Goliath infernal, doit être porlraitée à nos esprits par les couleurs des signes qu'il nous y doit communiquer. Méditez donc à cette heure aA'ec nous, ô âmes fidèles, comment il faut s'approcher de Dieu, et en quoi consiste cet approchement ; puis après quel est le fruit qui nous en revient, et comment Dieu doit s'approcher de nous, si nous nous approchons de lui.

I. p. [l""" partie]. Dieu, m. f. étant infini, ne peut être éloigné d'aucune de ses créatures. Il remplit les cieux et la terre, il passe les abîmes les plus profondes (sic), les cieux mêmes des cieux, n'ont point assez de capacité pour le comprendre. Et pour parler avec Saint-Pàul", si notre vie, notre mouvement et notre être sont des découlements de son être éternel et de sa vertu, il est visible que nous ne devons point aller hors de nous pour le ren-

1. Saûl roi d'Israël engageoit à son service tous les hommes vaillants qu'il pouvoit rencontrer, ausy faut-il que le fidclle dan quy la grâce regnie et qui regnie luj' même sur ces passions mette toute peine pour combattre les philistins spirituels qui son les démons et pour teracer ce grand Goliat qui deshonore les armées rangées de FEternel. Mais surtout m. f. doit-il samployer à cela lorsqu'il voit le vrai David mistique déjà en campagne avec sa fonde prêt à briser la teste à ce géant. Je veux dire J. G. avec sa nature humene écrasant par ses travaux la leste de l'ancien serpent. La veue de ce jeune chef victorieux doit relever le courage du crétien, comme le fils d'Isay releva le courage du puple d'Israël.

2. Saint-Paul dit que notre vie, notre mouvement et notre être sont des découlements de son être éternel et de sa vertu. Il ne faut donc pas sortir ors de nous mêmes pour le rencontrer, nous le pouvons trouver dans nos personnes.

David le reconnoissoit bien autrefois lors qu ii s'écrioit au Psaume 139 où irai je arière de ton experit, où fuirai je ariére de ta face? Sy je monte aux cieux tu I es, si je me trouve gisant au sépulcre ti voilà !

contrer, et qu'en tâtonnant même nous le pouvons trouver dans nos personnes. C'est ce que David reconnaissait bien autrefois lorsqu'il s'écriait au Psaume 139 :« Où irai-je ô Eternel arrière de ton Esprit, où fuirai-je arrière de ta face ? Si je monte aux cieux tu y es, si je me trouve gisant au sépulcre, t'y voilà. Si je prends les ailes de l'aube du jour et si je me loge derrière la mer, là aussi me conduira ta main et ta dextre m'y empoignera. Si je dis au moins les ténèbres me couvriront, voilà la nuit devient une lumière tout autour de moi car les ténèbres ne me cacheront point et la nuit resplendira comme le jour, et autant te sont les ténèbres que la lumière. » Et c'est aussi ce qu'au milieu de leur ignorance les anciens philosophes ont reconnu ' lorsqu'ils ont dit que tout l'Univers était remply de Dieu et qu'il n'y avait rien dans le monde qui ne le portât en son sein. Or cela étant ainsi (f. b. a.), et n'étant pas possible qu'on soit éloigné de ce qui occupe tous les lieux imaginables, comment Saint-Jacques nous exhorte-t-il ici à nous rapprocher de Dieu"? et comment peut-il nous promettre de suite qu'il s'approchera de nous ! Ce qui est déjà fait peut-il encore se faire et ce qui nous environne et est dans le plus intime de nos cœurs peut-il être davantage attaché à nous, ou nous étreindre par quelques nouveaux liens ?

Cette dilHculté (m. f.) ne doit pas d'abord nous étonner \ Dieu a fait deux mondes l'un dans l'autre dont le premier est visible et l'autre spirituel. Le premier s'étend à tout l'univers, le second se restreint aux fidèles; l'un a son fondement dans la nature, l'autre doit ses principes à la grâce. Celui-là dépend dun Créateur et celui-ci a une forme par un Rédempteur. De ces deux mondes découlent deux sortes de créatures et deux différentes

1. Enfin Dieu est en toutes parts comme l'on recogneu les ensiens philosophes au milieu de leur ij^norancc lorsqu'il ont dit que tout l'univers étoit ranipli de Dieu et qu'il ni avoit rien dans le monde qu'il ne le portât en son sein.

2. Cependant l'apôtre nous exorte à nous aprocher de Dieu et il s'aprochera de nous. Cornent peut-il s'aprocher de nous veu qu'il Ta déjà fait, vu encore qu'il occupe tout le monde et quy est en un mot tout en toutes choses ? Cornent donc dit-il icy, l'apotre, de s'aprocher de Dieu ? Ce qui a déjà été fait, cornent se putil fere encore ?

S. Cette difficulté ne doit pas d'abort étoner. Dieu a fait dus mondes l'un dans l'autre, dont le premier est sensible et le second spirituel. Le premier s'étend à tout l'univers, le second se réduit aux lidellcs, l'un a son fondement dans la nature, l'autre doit son principe à la g-ràce.

Celuj' la dépend d'un créateur, celuj' ci a été formé par un rédanteur. De ces deux mondes découlent dux sortes de créatures et dux diferantes magnières d'être ; les unes sont charnelles et terienes, et les autres sont célestes et invisibles. Les premières se touchent par leurs corps, les autres sont liées par lur affection.

manières d'être : les unes sont charnelles et terrestres, les autres sont célestes et invisibles ; les premières se touchent par leur corps, les autres sont liées par leur affection. Les terrestres ont pour partage la région élémentaire, les célestes attendent l'héritage éternel de Dieu. Or c'est de cette différence des créatures que résulte la diversité de notre union ou de notre éloignement d'avec le Créateur. Tout est en Dieu et avec Dieu selon la nature, tout subsiste par lui et par sa parole. Il soutient tout par sa puissance céleste comme il a tout formé de rien par elle-même ; et cet Esprit qui au commencement couvrait la nature et se mouvait sur les eaux, est celui-là même qui fomente encore aujourd'hui les différentes formes et qui entretient partout ce qu'il a créé. Il est donc impossible à cet égard qu'aucune créature s'approche de Dieu puisque comme par le Saint Paul, Act. 17 ', il est si proche de chacun de nous que tout ce que nous avons est en lui. Mais si nous considérons l'être spirituel des choses, et si nous [élevant?] au dessus de la nature nous passons jusqu'à la grâce, c'est à cet égard, mes frères, que tout le monde n'est pas proche de Dieu et que ce Dieu même ne se communique pas indifféremment à tous. La dispensation surnaturelle a toujours été particulière, en comparaison de celle de la nature. Le salut éternel qui en est le fruit n'a été destiné qu'aux hommes enti'e toutes les espèces de l'univers, et même y a-t-il la plupart de ces hommes qui en sont privés par le juste jugement de Dieu, et qui, ou ne se sont jamais convertis à lui, ou étant convertis ne persévèrent pas dans son amour.

Pour vous faire donc exactement comprendre, (ni. c. f.), par quel moyen on peut approcher de Dieu et s'allier avec lui', il faut que nous considérions ici de plus près quelle est la nature de cet éloignement qui empêche nos approches, car le remède devant toujours être contraire au mal, et la guéi'ison des maladies se faisant ordinairement par les contraires, il n'y a rien

1. Paul, ates 17. Il est si proche de nous que tout ce que nous avons est en luy à l'égard de la nature. Mais à bien remarquer, de la nature jusqu'à la grâce il y a un grand degré, et c'est à cet égard que tout le monde n'est pas proche de Dieu et que ce Dieu ne se comunique pas indilerament à tous. La dispensation surnaturelle a toujours été particulière en comparaison de celle de la nature.

Le salut éternel n'a été destiné qu'aux hommes entre toutes les espèses de l'univers, et encore i en a-t-il la pluspart de ces hommes qui en sont privés par le juste jugement de Dieu, et qui en étant convertis, ne persévèrent pas dans son amour.

2. Pour dire en bref ce qui nous eloygnie de Dieu, c'est sans doute ce qui est contrere aux aproches, c'est le mal qui nous cloignic de Dieu, c'est le péché

5il PIICCES JUSTIFICATIVES. XXVIII.

sans doute de plus souverain pour nous approcher de Dieu que ce qui est contraire au mal qui nous en éloigne. Et pour savoir ce qui peut être contraire à ce mal, il faut de toute nécessité savoir la nature du mal même.

Remarquez donc (m. f.) que comme, dans le monde sensible, lorsque nous faisons comparaison de deux espèces différentes, nous donnons souvent le nom du genre à une de ces espèces qui est la plus excellente, comme pour insinuer qu'elle est seule digne d'être nommée et d'être connue, tout de même aussi, dans le monde spirituel, la Parole de Dieu n'observe rien plus religieusement que cette pratique, et dans l'opposition qu'elle fait de deux choses dont l'une a quelque dignité par dessus l'autre, elle attribue toujours à la plus digne le nomcommun des deux, connne s'il lui appartenait en propre. Les hommes donc, aussi bien dans la grâce que dans la nature, pouvanttoucher Dieu de deux façons, c'est à savoir ou extérieurement et par une profession apparente, ou intérieurement et par une affection véritable, l'Ecriture, négligeant et oubliant, par manière de dire, cette [liaison ?] apparente et [cet attouchement ?] extérieur comme une chose creuse et sans solidité, elle n'honore du nom de liaison ou d'attouchement que ce qui dépend de l'inclination de l'àme et des mouvements du cœur, comme au contraire elle n'appelle éloignement et séparation d'avec Dieu, que ce qui répugne à cette liaison spirituelle et à cette amour. Disons (?) que pour trouver le moyen de s'approcher de Dieu et pour connaître la nature de l'éloignement des hommes d'avec lui, il ne faut que considérer quelle est la nature même spirituelle de Dieu, et quelles sont les choses par lesquelles nous l'offensons ou nous lui sommes agréables.

Pour donc approcher pas à pas de notre but, vous savez bien, fidèles, que les différends et les combats naissent de l'opposition des partis et des diverses inclinations de ceux qui sont aliénés les uns des autres, et qu'au contraire l'union et la concorde nait de l'uniformité et de la dépendance qui se trouvent entre les choses que l'on associe. Le feu et l'eau se font une coniinuelle guerre' parce que leurs qualités sont incompatibles ; la lumière

l. Le l'eu et l'eau se font une continuelle guerre parce que leurs qualités sont incompatibles. La lumière avec les ténèbres ne s'accordent jamais parce que leur nature est toute contrere. Mais Fair avec la terre par exemple subsistent l'un dans l'autre parce quelles y trouvent des aliments conformes à leur disposition naturelle. De là nous pouvons conclure que pour aprocher de quelque chose et

et les ténèbres ne s'accordent jamais parce que leur nature est toute contraire. Mais l'air et la terre par exemple subsistent l'un dans l'autre parce que leur diversité n'est pas extrême, et les plantes se conservent et subsistent par l'un et par l'autre parce quelles y trouvent des aliments conformes à leurs dispositions naturelles. De là il résulte que pour s'approcher de quelque chose, et pour s'unir à elle, il faut se rendre semblable à elle, et imiter ses traits de tout son pouvoir. Et par là il paraît encore que ce qui cause l'éloignement d'avec elle, c'est la dissemblance qu'on a en soi-même et l'antipathie des humeurs. L'homme est donc éloigné de Dieu lorsqu'il porte en son âme des traits opposés à l'image de Dieu, et il s'approche de Dieu lorsqu'il renonce à ses dispositions contraires, et qu'il se rend semblable à ce Dieu tout bon et tout sacre . . .

Début d'un sermon de P. Colognac sur les Anges.

(Psaume 34 j v. 8).

(Aj'ch. Langii. G. 173.) (Orth. orig.)

Nous lison dans le 18 et 19 cliap. du I livre des Rois comme Elle tua 4 cens cinquante prophètes de Bahal et les 4 cent prophètes des bois mangent à la table de Jézabel ce quy fust la cause que cette fausse et infernale Jésabel persécuta le prophète de lEternel asavoir Elie quy fust constraint de sanfuir sur la funeste et épouvantable nouvelle qu'il reseut que Jesabel le vouloit fere mourir ; ce qui fust la cause qu'il fust fort angoissé quy se porta jusques à dire à leternel de lui pandre {sic) son ame dans une telle tristesse, et qui se coucha sous un geneste setant endormy ; mais leternel qui n'oublie jamais ceux qui espèrent en luy ne manqua pas alors de lui envoyer un ange pour

pour s'unir à elle, il faut se rendre semblable à elle et imiter ses traits de tout son pouvoir.

- Enlin ce qui cause l'éloigruement d'une chose à laulre, c'est la dissanblance.

L'homme est donc éloigné de Dieu lorsqu'il porte en soy même des traits oposés à l'image de Dieu, et il s'aproche de Dieu lorsqu'il renonse k ses dispositions contreres et quy se rand semblable à ce Dieu tout bon et tout sage. . .

le fortifier, luy envoyant un gâteau de pain et une phiole deau pour le substanter et luy donner force et courage, luy disant mange et boy car tu as un grand chemin à fere. Il ne se contanta pas de lanvoyer une seuUe fois car lorsqu'il eust mange et beu il se coucha et s'endormit pour la segonde foix, mais aussi Dieu luy envoya son ange pour la 2 foix, ce qui fait bien voir le soing particulier que Dieu prand de ceux quy ont en luy leur confiance puisqu'il le fortifia par la force de ce seul repas jusques à ce qu'il fust en la montagne de Dieu en oreph [Horeb] ou il se mit dans la caverne étant tiré du danger qui le poursuivoit, et ou il fust aussy consolé de Dieu luy moine qui lui dit qu'il s'étoit réservé 7 mille hommes quy nont point ployé les genoux devant Bahal.

C'est ce que dit le prophète dans les parolles de notre teste, croyant que la providence divine pourvoit au besoing de ceux qui mettent en luy toute leur confiance, c'est ce quy lui fait dire après avoir dit qu'il louera l'Eternel de toutes les merveilles qu'il déployé envers ses enfaus : les anges de leternel sont campés alantour de ceux qui le cregnent et les garantit.

Le prophète David, mes très chers frères, a voit passé par beaucoup d'épreuves et afilisions conmie nous le voions dans plusieurs de ses pseaumes et dans les livres de Samuel en particulier des persécussions de Saeul contre lui, cela nous est montré particulièrement aux 33, 34, 35 chapitres du premier livre de Samuel mais nous y voions que Dieu [le] délivra d'une façon particulière. C'est pourquoi en randan grâces à Dieu il veut préparer les fidelles à avoir recours à Dieu au for de leurs aflisionset en môme temps les ancourage par les parroUes de notre teste : les anges du seigneur sont campés autour de tous ceux quy le cregnent et les garantit.

Dans ces parolles mes frères nous avons à considérer 3 poins moienant l'assistance favorable du père de lumière que nous avons imploré et implorons encore de tout notre cœur, premièrement quest le mot danges que Dieu nous envoie et en segon lieu pourquoy les envoye-til cest parcequ'ils se campent alantour de ceux quy le cregnient, et enfin pourquoy sont la campés, cest pour les garantir. Dieu veuille mes frères graver bien avant dans vos coeurs ces parolles et lur inteligance afin que ces saints anges soient toujours a lantour de vous pour vous condhuire en toutes vos voyes.

Mes frères vous devez considérer que ces anges sont des esperits qui sont à la droite et à la gauche de Dieu quy sont di je les

ministres de sa justice et de ses vengeances pour exercer ses jugements contre les pécheurs impénitents, aussy bien que joints à un corps invisible comme nous le voions au livre de la Genèse 18 V. 4 lorsqu Abraham vit 3 personnages quy se presanterent devant luy comme aussy au 19 chapitre ou il est dit que lot loga chez luy les anges que Dieu envoya pour fere descendre le feu du ciel et consumer Sodome et Gomorrhe et ces villes voisines, ce quy nous est très bien confirmé dans le ch. 13 des Ebreux ou lapotre ayant exhorté les Ebreux noublier point lospitalité, adjoute un reson : parceque quelques uns ont logé des anges nan sachant rien ; cet pourquoi il faut conclure par ces passages joints avec beaucoup d'autres dans l'Ecriture Sainte quy en font mansion que les anges ont un corps mais quy nous est invisible à nous.

Exorde et division d'un sermon de David Gazan sur Ezéchiel, XXXlll, ii.

(Arch. Langii. G. 171.) (Orthographe modernisée*.)

En ces mots : Dis leur Je suis vivant, dit V Eternel, que je ne prends point de plaisir à la mort du méchant, mais plutôt que le méchant se détourne de son mauvais train et quil vive. Détournez-vous de votre [mé]chant train ô maison d'Israël.

Frères bien aimés en notre Seigneur Jésus-Christ. Gomme les rois et les princes envoient ses serviteurs pour voir de quelle manière leur peuple se conduit et se gouverne, et pour voir à même temps l'honneur et le respect que ses sujets portent à sa majesté. S'il les trouve en bon état ils seront protégés de lui, mais s'il est mauvais ils seront frappés par la grandeur de son Excellence étant le dominateur sur eux et pour les faire obéir à ses commandements et pour leur faire consulter la bouche de l'Eternel, pour les apprendre que lorsqu'ils porteront le respect à leur prince et qui le suivront fidèlement en conscience, ça les apprendra mieux à porter le respect à leur Dieu qui est le do-

1. L'orthographe de Gazau est fort rudimentaire, comme on pourra s'en rendre compte par la transcription du texte, daiis le sermon qui suit.

minateur sur toutes choses. Enfin devant que les rois du monde châtient une ville, auparavant ils y envoient une ambassade, pour demander ce que le roi veut et que souventes fois ce sont des choses injustes qui ruinent ces pauvres sujets ; et si par malheur la misère les accable qui ne puissent pas faire ce que le roi demande il les condamnera à la mort. Mais il n'est pas ainsi (m. tr. f. sic) du roi du Ciel et de la Terre, car si les rois du monde font mourir le corps le roi du Ciel fait mourir le corps et l'àme tout ensemble et les jette tous deux dans la géhenne de feu pour être consumés avec les démons, mais auparavant cela, il fait tonner de menaces contre ceux qui ne tiennent aucun compte de lui. Il leur envoie son Serviteur pour leur prêcher sa sainte parole, et pour les avertir de sa part afin qu'ils se repentent de leur péché et se convertissent de leurs crimes, comme le saint prophète de Dieu nous met ici devant les yeux, dans les paroles qui précèdent immédiatement avant celles de notre texte. Aussi toi, dit-il, fils de l'homme^ Je fai établi pour guette à la maison d'Israël, tu écouteras les paroles de ma bouche et tu les avertiras de ma part ; quand f aurai dit au méchant : tu mourras de mort, et que tu n auras point parlé au méchant pour V avertir qu'il se retire de son train, il mourra ; ce méchant là mourra en son iniquité, mais je redemanderai son sang- de ta main. Et si ta as avertis le méchant de son train afin quil s en retourne et qu'il ne se soit point détommé de son train, il mourra, mais toi tu auras délivré ton «me. Voici donc une voix tonnante d'un ton fort éclatant, où nous voyons par ceci que l'Eternel notre Dieu cria de son ciel pour tancer la présomption du peuple de Juda qui croyait que les yeux de Dieu fussent fermés pour ne découvrir pas leur hypocrisie et leur méchanceté ; mais voici que Dieu leur fait crier par la bouche de son prophète, comme nous le voyons dans les paroles que nous avons lues en votre présence : Dis leur, dit notre prophète, que je suis vivant dit VEteimel, que je ne prends point plaisir à la mort du méchant, mais plutôt que le méchant se détourne de son mauvais train et quil vive. Détournez-vous de votre méchant train, ô maison d'Israël.

Sur ces paroles, mes frères, que nous venons de lire en votre présence, en premier lieu le commandement que l'Eternel fait à son prophète en ces termes : Dis-leur que je suis vivant, dit V Eternel, que je ne prends point de plaisir à la mort du méchant, mais plutôt que le méchant se détourne de spn mauvais train et qu'il vive.

Et au deuxième lieu Texhortation qui leur est encore faite de nouveau, leur étant appliquée en ces mots : Détournez-vous de votre méchant train, u maison d'Israël.

Ce sont les deux points, mes fières, que nous avons à vous entretenir avec l'assistance du Saint-Esprit que nous avons imploré et que nous implorons encore de tout notre cœur. Dieu veuille vous faire la gvàce que nous méditions ces choses avec une religieuse attention, pour notre salut et pour la consolation de nos âmes.

Ici d'antrée, il faut savoir que c'est une déclaration authentique que le Seigneur a établi ses Prophètes, ses Evangélistes et ses Apôtres et Pasteurs pour guetter au milieu de son peuple...

Sermon de David Gazaii sur le Sacrifice d'Abraham.

(Arch. Langu. G. 17'l.)(Orth. orig. conservée seulement dans le texte du sermon.)

Sermon sur ces parolles du chapitre vingtz & dusiesme du livre de la genèse & au verset six & sept. 1. Abraan prit le bois de lolocoste et le mit sur Izaac son fils & print le feu en sa main & un coutau & san alerettous deux Ensanble.2. adonc Izaac pailla a Abraan son père & dit mon père Abraan, & il dit me voicy mon filz & il luy dit voicy le feu & le bois mais ou est la bette pour lolocoste.

Frères bien aimés en N. S. J. C. La foi du chrétien est une des puissantes armes qui ne se peut jamais imaginer. Le patriarche Abraham s'en est si bien servi, de ces armes, lequel a obtenu de Dieu tout ce qu'il demandait, parce qu'il le demandait en foi. C'est ce bon pilote qui sait si bien gouverner les vaisseaux que ni les flots de la tempête, ni les vagues impétueuses, ni les vents, ne peuvent jamais ébranler le vaisseau, c'est le Fils de Dieu qui faisait autrefois crier à ses disciples : Seigneur, sauvenous, nous nous périssons ; et Jésus leur dit : gens de petite foi, pourquoi êtes- vous craintifs ; voyant donc qu'il était saisi

550 i'ii;cEs justificatives, xxxi.

de crainte, quoiqu'ils eussent leur maître au dedans, c'est ce que à cause de leur fragilité, n'ayant pas leur véritable foi envers leur maître, qui les obligea à crier qu'il était éperdus, lorsqu'ils virent le navire qui s'emportait d'un coté et d'autre. Il faut savoir, mes frères, que tantôt il s'enfonçait jusques au fond de la mer, d'autre côté les vents l'emportaient jusques au milieu de l'air, et à droite et à gauche elle était tourmentée de toutes parts. Il faut entendre par cette mer le monde, et par la nacelle l'Eglise de Jésus-(^hrist, et par le vent la persécution qui la doit persécuter à cause de l'impiété du peuple et de leur faiblesse. Dieu a fait lever ce vent de persécution pour emporter la paille, et qu'il y a une infinité de peuple qui crie : sauvenous, nous périssons, alors qu'ils ont vu la nacelle de l'Eglise de Dieu, agitée par ces vents si ell'royables de persécution, non seulement à la lutte contre la chair, mais contre les principautés et puissances, contre les seigneurs du monde, s'exposer à toutes sortes de dangers et de souffrir toutes choses pour son nom, abandonner pères et mères pour son nom, champs et vignes, comme dit Jésus-Christ dans l'Evangile.

Mais c'est tout le contraire : au lieu d'attendre le bon secours de ce grand pilote, ce divin maître qui apaise les vents et les vagues qui tourmentaient la nacelle de l'Eglise, ou crié comme autrefois ces bienheureux ilisciples : Seigneur. Seigneur, sauvenous, nous périssons, ce malheureux peuple se sont rebellés conti'e lui. ils l'ont déclaré la guerre, ont dit qu'ils ne le connaissaient point, et que même Dieu leur faisait tort de les persécuter, qu'il les devait laisser dans le délice, et pour lors ils se sont allés révolter contre lui et que la plus grande partie demeure dedans leur impiété ; ce sont de ces corbeaux qui restent toujours à la charogne, qui ne se soucient plus de retourner dans l'arche, et demeurent dans l'empire de Satan, l'ennemi de sa doctrine et de son nom. Les autres ont voulu imiter la colombe qui est retournée dans l'arche portant un rameau d'olivier en son bec ; ils viennent avec un regret, si vous semble, ils pleurent, ils jettent des soupirs, ils crient à Dieu, mais non pas qu'il n'y en ait que fort peu qui se veulent sacrifier pour son nom. car lorsque Dieu nous appelle nous avons toujours quelque doute, quelque regret. Mais il n'a pas été de même de ce grand patriarche Abraham, qui n'a pas refusé lorsque l'Eternel lui a dit : Tu auras un fils qu'il faudra que tu m'en fasses un sacrifice sur la montagne de Morija. Donc Abraham ne refusa point puisque c'était pour commandement de l'Eternel. N'en voici l'azample

dans les paroles de notre texte que nous avons choisies pour vous en faire voir, suivant l'assistance de Dieu, à ce jourd'huy les lumières. Nous vous demandons toute votre attention afin que vous en puissiez porter les fi'uits ; et les uns et les autres nous y aurons tous une grande satisfaction. En premier lieu la volonté qu'Abraham avait d'obéir à Dieu. Lorsqu" Abraham prit le bois de l'holocauste, et le mit sur Isaac son fils ; et Abraham prit le feu en sa main et le couteau et s'en allèrent tous deux ensemble. Voici lorsqu'ils furent sur le lieu la demande d'Isaac son fils : Mon père Abraham — Et lui dit : me voici, mon fils. — Et lui dit : Voici le feu et le bois, mais où est la bète pour l'holocauste?

C'est une chose merveilleuse de voir une constance et une foi si fermes qu'un père se veuille mettre le bourreau de son enfant, lui bailler le bois de l'holocauste et le mettre sur son cher enfant, sur son Isaac, son unique, sans lui dire qu'il allait l'exterminer. Hélas ! celui qu'il aurait pu lire la pensée de son co^ur. de quelle manière serait-elle été troublée? son cœur en -quel état devait-il être, contristé de voir une demande si effroyable ? Qui serait été celui qui n'aurait consulté en lui-même et qu'il n'eusse dit : pour tout autre chose, ça se pourrait, mais pour celle-là. il ne se peut pas. Mais il n'a pas été ainsi de ce grand patriarche, parce qu'il s'était si tellement fortifié qu'il n'avait d'autre pensée sinon d'exécuter la volonté, puisque tel était son bon plaisir ; il était affermi dans sa constance qu'il savait que Dieu même pouvait subsister et faire que des pierres même il pourrait susciter des enfants à Abraham. C'est la cause, mes frères, que l'apôtre parle en des termes si exprès lorsqu'il (Abraham) crut à Dieu, et il lui a été imputé à justice. Voilà donc qu'il était toujours assuré dans lui-même que Dieu lui aiderait, et qu'il y serait pourvu en la montagne de l'Eternel. En la montagne de l'Eternel il se fera un grand miracle. Pour vous faire voir ici, auparavant de passer plus outre, qui signifie ce grand sacrifice qui s'allait faire sur la montagne de Morija, ce sacrifice ne signifiait autre chose que le grand sacrifice qui se devait faire sur le grand autel de la croix du fils de Dieu ; parce que comme Abraham [DieuJ chargea à son fils le feu et le bois de l'holocauste et qu'il prit lui-même le couteau en sa main. Voilà donc qu'il s'en alla si bien en assurance, croyant de faire un sacrifice de son cher enfant, comme s'il l'eusse vu ; mais la providence divine, comme elle est si grande, ne manqua pas à pourvoir en cette grande entreprise, car lorsqu' Abraham avait

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résolu entièrement de bailler le coup à Isaac son fils, l'Ange du Seigneur lui arrêta le bras, et Dieu lui dit : Je suis content de ton obéissance.

Etant de dessus l'autel de l'holocauste, cette voix du ciel lui fut adressée. Voilà donc, mes frères, de la manière que Dieu aime ses enfants et qu'il les délivre. Venons encoye maintenant à la promesse qui fut faite en la montagne à Abraham, lorsque cette voix lui fut adressée du ciel : Père Abraham, retire ta main de dessus l'enfant, car maintenant ai-je connu que tu crains Dieu puisque tu n'as point épargné ton propre fils, ton unique pour moi. Et Abraham levant les yeux vers le ciel et se retournant en arrière vit un mouton attaché à un buisson : et Abraham prit l'agneau et le sacrifia à la place de son cher enfant. Voici encore que l'ange cria pour la seconde fois et il dit à Abraham : Puisque tu as obéi à ma voix, que tu n'as point épargné ton unique, je te jure par moi-même que je bénirai et je multiplierai ta postérité, que il sera en si grand nombre comme les étoiles du ciel et comme le sablon qui est au rivage de la mer, et ta postérité [possédera] la porte de ses ennemis, et toutes nations de la terre seront bénies en ta semence. Voilà donc, après qu'il eut été contristé, quelle réjouissance !

Puis donc que déjà nous vous avons parlé du sacrifice de la croix ou de l'autel ; puisqu' Abraham n'a point refusé d'aller occire son propre fils, aussi notre bon Dieu n'a pas refusé son pro (sic) [propre fils] à nous, qui la livré à la mort ignominieuse de la croix pour l'expiation de nos péchés. Comment nous refuserait-il toutes les autres choses? même comme il a dit à Abraham que sa semence multiplierait comme le sablon de la mer. Donc, que la représentation du fils de Dieu, Isaac, eut du soulagement, lorsqu'il fut l'heure qu'il lui fallait soulfrir ! Mais il n'a pas été ainsi du Fils de Dieu, qu'il a fallu qu'il ait soufi'et toutes les ignominies, tous les tourments, toutes les cruautés qu'on pouvait faire soufirir à un homme. C'est ce divin Jésus qui a porté les meurtrissures afin que nous ayons guérison ; c'est lui qui n'a point eu de secours. S'il a regardé vers Pilate il a vu qu'il lui disait . . . (?) S'il a regardé vers le peuple il a entendu qu'il criait : Ci"ucifie-le ! ; s'il a regardé vers ses apôtres, il a vu que tous s'étaient endormis. Il a donc pris avec soi Pierre et les deux fils de Zébédée, pour être les témoins de ses souffrances ; il s'en est voulu aller prier son Père, c^ue cette cou{>e passât arrière de lui sans qu'il la boive, mais, chose étrange, lorsqu'il se tourna vers ses disciples les a tous trouvés dormant. O l'afflic-

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lion extrême, et la triste désolation qui était au Fils de Dieu [de] voir qu'il n'ait eu point de secours dans son extrême [douleurj et qu'il n'ait eu jamais repos jusqu'à ce qu'il a été dedans le ciel au domicile de son Père !

Hélas, qui aurait le cœur si dur que de n'être touché dedans son cœur ? O mon cœur, pourras-tu annoncer la mort de ton père sans pleurer, de voir son opprobre si grande ? O mon cœur, fonds-toi ; ù mes yeux, jetez des larmes en grande abondance, pleurez, pleurez nuit et jour, et que la prunelle ne cesse point de pleurer le regret que tu as d'avoir fait tant souffrir ton cher père. O toi, mon ànie, où alleras-tu (sic) puisque tu as fait mourir ton père céleste, qui a été celui qui a été mis à l'oppobre, qui a souffert tant d'injures pour te racheter de la mort éternelle, qui a versé tout son sang pour le la\^ement de tes péchés? Oui, fidèles, ce sacrifice qui s'est fait sur la croix, c'était toutes les figures de tous les sacinfices que l'Eternel avait commandés dans le premier monde ; et il ne veut maintenant que nous fassions autre sacrifice de nous qu'un sacrifice de louanges. Offrons donc à Dieu des Isaacs en âme, et des Isaacs sans âme, puisque Abraham offrit à Dieu ce qu'il avait de plus cher. Pour vous faire voir et connaître, que offrit-il premièrement à Dieu ? Et pour vous en faire voir les lumières, premièrement: il lui oflrit son corps et son àme ; et au second lieu il ofiVit son fils. Il lui offrit sa vie; il lui offrit lui-même d'en être le Jjourreau. De même, mes frères, nous de[voiisJ sacrifier à lui et nos corps, et nos vies, et nos biens, et tout ce que nous avons, puisque tout dépend de lui, de sa seule providence. Allons, courage, mes frères, dépouillez vous, dépouillez vous, de ce vieil péché qui nous enveloppe tant aisément ! Reprenez courage ! Allons, montons en cette véritable Morija. Ne perdez plus de temps. L Eternel nous appelle, nous n'avons pas ici à nous arrêter ! Fortifiez-vous ! Allons nous olïVir a ce grand autel qui est Jésus-Christ lui-même !

Venez, venez, chères âmes; préparez-vous, vous êtes à cejourd'hui appelés. Venez donc aussi avec vos enfants, vos femmes et vos filles, vos frères et vos sœurs. Où est celui qui s'approche? Voyons un peu, où est celui qui veut arracher ses enfants au démon pour les offrir à Jésus-Christ? Abraham ne prit point conseil de la chair ni du sang lorsqu'il fallut aller à la montagne. Il ne consulta point dedans lui-même ; mais il n'est pas ainsi de vous ; vous consultez dedans vous-même, vous ne savez pas que regretter ; seulement la moindre menace que les

bbï riKCES JITSTIFICATIVES. XXXI.

liommes vous fassent, vous tremblez et vous oubliez entièrement de vous offrir à Dieu. Vous refusez de lui obéir. Hélas ! vous ne voulez seulement souffrir en aucune manière le ravissement de vos biens. S'il vous fallait demeurer un jour seulement dans une prison, vous nV auriez pas demeuré un seul moment que vous parleriez de faire votre paix avec les hommes, et vous tâcheriez par ce moyen de déclarer la guerre à Dieu, au lieu de vous sacrifier à lui. Est-ce ainsi donc que vous voulez faire? Ne tiendrez-vous jamais aucun compte de celui qui vous a tant aimés? Le regretterez-vous toujours?

Autrefois il disait aux Juifs : qui vous rejette, me rejette, parlant de ses apôtres, qui connaissait bien leur malice. Il savait bien leur cruauté, mais encore leur fit une autre belle promesse : qui vous reçoit, il me reçoit. Quiconque reçoit donc cette parole et la n)et en effet, je le comparerai à l'homme prudent qui a bâti sa maison sur le rocher, que quand le vent a soulïlé et que les torrents sont venus, ne l'ont pu ébranler, elle s'est tenue toujours ferme. Aussi, si vous vous appuyez entièrement sur Jésus-C'hrist, qui est cette pierre que les édifiants ont rejetée, qui a été la principale pierre du coin, si vous vous appuyez entièrement sur cette pierre, il ne vous manquera ni de force en vos combats, ni de courage en vos entreprises.

Souvenez-vous que lorsque Lot sortit de Sodome, il n'avait pas exécuté la volonté des hommes, mais la volonté de Dieu, il n'avait pas pris conseil des malfaiteurs, mais il se fortifiait toujours avec Dieu, et marchait dans la sainteté, dans la piété, dans le zèle. Mais pour vous faire voir de la manière qu'il souffrit avec lesSodomites tant d'injures pour a voir quitté son oncle Abraham, aussi si nous n'avions pas quitté le parti de Christ pour nous ranger du côté de celui de l'Antéchrist, nous ne souffririons pas aujourd'hui tant de maux. Si nous eussions fait connue Lot, qu'à la première voix il sortit de Sodome, il quitta sa maison, il quitta son bétail, il quitta tous ses biens, il ne regretta point, il ne retourna point en arrière, il marcha, priant de le laisser sortir de la plaine, de lui donner la vie. Et les anges la lui accordèrent. Mais sa femme ne fut pas si résolue. Elle regrettait les délices de la ville, elle avait un triste regret dedans son cœur. Elle se souA'int de ses beaux délices, elle se retourna en arrière, elle outrepassa les commandements de Dieu. Elle vit la ville tout en feu et eu fumée. Elle brvilait. Les bondes du ciel s'étaient ouvertes, et le feu avec le soufi'e tomba du ciel, lequel il consuma tout ce peuple, et la ville se renversa. Elle, voyant tout ce grand tour-

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ment, cette grande désolation, elle demeura en statue de sel. Elle demeura à la place, elle ne se put remuer de sa place. Voici le beau miracle qui arriva à la vue de Sodome, c'est un puissant exemple pour vous faire voir aujourd'hui, en vous expliquant les paroles de notre texte. Regardez un peu : lorsque Dieu nous appelle, ne regardez plus en arrière! Avançons-nous. Allons, allons, mes très cliers Irèrcs : imitons la costance d'Abraham! courons, courons à son exemple. Souvenez-vous toujours de la femme de Lot, prenez garde de ne faire comme elle. Peut-être que lorsque vous voudrez marcher, vous ne pourrez, car vous ne savez même si Dieu sera prêt de vous prendre, puisqu au jour qu'il vous appelle, vous refusez. Ne refusez point de sortir de Babylone, puisque vous entendez la voix du ciel qui vous dit : Sortez de Babylone, mon peuple, car si vous participez à ses péchés, vous serez participants de ses plaies. Sortez promptement vos pauvres enfants par la main, vous qui les entendez crier par les rues : Mon père donne-moi du pain! Hélas ! ne vous touche pas cela le cœur, de voir que vous soyez capables de les y forcer? Comment? votre cœur ne se déchire en pièces de voir que vous soyez les bourreaux de ces pauvres créatures innocentes, de les sacrifier à Baal et à Moloch ? Abraham offrit son fils à Dieu, et vous le lui refusez? Il lui offrit sa vie et son corps, il se donna entièrement à Dieu. Mais il n'est pas ainsi de vous,' car vous donnez votre cœur à Dieu et votre cœur au diable.' Comment votre sacrifice peut-il être agréable à Dieu, sachant qu'il ne partage point avec lui. Comment vous pouvez-vous nommer enfants d'Abraham, si vous ne faites les œuvres d'Abraham votre père? Départez-vous de cette maudite race d'ismaïl. de cette race bâtarde et étrangère, qui est de la servante, car comme Sarah se voit stérile, sans avoir point d'enfant, mena la servante à son mari pour avoir des enfants ; ce fut son impatience qui ne pouvait pas attendre la grâce de Dieu, aussi en après elle n'y eut que tourment et qu'aHliction lorsqu'elle eut son fils Isaac. Et même auparavant elle était méprisée ; mais comme Isma'tl était de la race d'Abraham, pourtant l'Eternel lui dit qu'il deviendrait une grande nation, mais qu'il donnerait à Isaac la postérité comme il lui avait promis.

C'est donc, mes très chers frères, pour vousmontrer l'exemple de vous offrir à Dieu, afin que nous puissions posséder cet héritage, que nous nous offrons à Dieu en sacrifice vivant, saint et plaisant à Dieu, puisque Dieu demande de nous tels sacrifices, qu'il demande de nous un sacrifice viçant. 11 faut savoir que

pendant le temps que nous sommes dans le péché, nous sommes morts. Il faut donc que nous nous réveillions de nos tombeaux, pour venir à la lumière de la vie ; lorsqu'il dit : saint et plaisant, il faut que nous n'adorions autre que lui, que nous nous donnions à Dieu de bon cœur. Car comment nous prendrait-il le cœur, si nous lui refusions le corps ? Il ne peut pas ; car il a vomi les tièdes de sa bouche, il n'y a que les violents qui ravissent le royaume des cieux. Il le faut donc ravir par la prière, car c'est le sacrifice du chrétien. C'est par le moyen de la prière que nous parlons à Dieu, et par sa Parole il {)arle à nous. Mais adressant nos prières à un saint ou en un ange il ne nous répond point, parce que il ne sait pas ce qui se passe sur la terre. Qu'ai-je donc que faire de vos sacrifices ni de vos chapelets, ni de vos croix, ni de vos huiles, ni de vos pénitences, ni de vos distinctions de viandes, puisque l'apôtre me dit [de] manger de tout ce qui est mis devant vous. D'autre part, vous, prêtres de Baal, et vous sauterelles de l'abime, venez, avec tous vos sacrifices, vous présenter devant Dieu, lui dire que vous avez marché à pieds nus, que vous avez sorti hors les diables, en ton nom. Il vous dira tout ouvertement : Départez-vous de moi, je ne vous ai jamais connus, vous tous qui faites le métier d'iniquité. Détournez-vous donc de ces faux sacrifices, car il n'y a autre sacrifice que le sacrifice de la croix, ni autre purgatoire que le sang de Jésus- Christ, qui nous nettoiera de tous péchés. L'autel donc qu'Abraham monta, signifie la croix ; le feu et le bois de l'holocauste ne signifient autre chose que les crachats, et le fiel, et le vinaigre que on abreuva Jésus- Christ; le couteau qu'Abraham portait en sa main, ne siguilîe autre chose que les coups de lance que on lui a baillés. Voilà, mes frères, pour vous distinguer les fleurs (sic) de ce grand sacrifice, ce que vous y devez y prendre : l'exemple d'être continuellement assidus, car tout vient de lui, de sa grâce.

Courage doncmes très chères âmes, relevez vos espérances abattues. Allons avec courage et avec allégresse à ce saint sacrifice. Voyons maintenant, où sont-ils ces âmes résolues que aujourd'hui, par moyen d'avoir entendu celte prédication, sont en état de se sacrifier pour son nom, qui sont en état de donner gloire à Dieu par une ferme repentance? 11 n'y a-t-il pas quelqu'un qui soit en cet état, qu'à l'heure même que je parle veuille obéir à la voix de Dieu? Votre cœur ne voustrouble-t-il pas, pécheurs? Savez- vous si la voix de l'Eternel frappera plus à vos oreilles ? Savez-vous si c'est ici le dernier coup qui frappe ? Ouvi'ez donc la porte de

VOS cœurs. Ne lui refusez plus, approchez-vous de lui. Sortez de cette maudite doctrine douteuse et perverse, et avançons-nous vers lui. 11 vient nous aider à notre sacrifice ; comme dit le prophète royal David, le sacrifice agréable et bien pris de l'Eternel, c'est une âme dolente, un cœur froissé, une âme pénitente. A'oilà donc comment le saint et divin prophète a si bien remarqué que lorsque nous voulions adresser à Dieu nos sacrifices, si nous voulons qu'il soit bien agréable et bien pris, lorsqu'il est pris dans le fond de la piété qui n'arrache beaucoup de soupirs ; parce que notre conscience nous reproche tant de choses que il ne peut être autrement que nous n'ayons une âme dolente ; car si nous lisions dedans nos cœurs, nous y voyons un nombre de péchés qui surmontent les cheveux de notre tète. Et quand même nous nous voudrions excuser, notre conscience nous reproche notre révolte. D'autre part si nous lisions, à chaque ligne nous y verrions l'arrêt de notre condamnation.

Hélas! où passerions-nous, misérables, si Dieu venait à nous abandonner? Sachez que lorsque nous aurions perdu Jésus-Christ, nous n'aurions plus rien à perdre. Venez donc, pauvres pécheurs, venez, pauvres âmes désolées, venez en pleurant, et en demandant grâce à votre Dieu. Venez vous pendre à ses oreilles ; venez pleurer à ses pieds. Il est prêt de vous recevoir en grâce. Le sang qui s'est versé sur le grand sacrifice de la croix, il est pour les vous efïacer et pour certain il le vous effacera, pourvu que vous vous abandonniez entièrement à lui.

Mais vous, blasphémateurs et hypocrites, où passerez-vous, et vous libertins, profanes et mondains, ivrognes, gourmands, paillards, larrons, avarieieux, idolâtres, qui avez renoncé entièrement à Dieu et à ses commandements, où passerez-vous, où fuirez-vous ? Vous ne trouverez point de lieu, pauvres âmes perdues. Je vois le diable, l'enfer, la mort ; que tout est prêt pour te prendre. Oui, oui, tous les démons de l'enfer qui sont à la porte, et qu'ils languissent de t'empoigner ton corps et ton âme! Tu n'auras jamais plus de repos, ni jour, ni nuit. Non, tu ne verras jamais ni clarté ni lumière si tu demeures plus dans les vices et dans les péchés.

Venez encore, pauvres âmes désolées, je vous veux consoler. Ne restez plus dans la grandeur de vos crimes. Repentez-vous. Sachez que Dieu est prêt pour vous recevoir en grâce ; même les larmes que vous avez versées ici, dans cette sainte assemblée, sont montées dans ses vaisseaux. Oui, pour certain, Dieu vous les a entendues, même les anges se réjouissent dans le ciel de voir votre venue. O la glorieuse journée qui est aujourd'hui

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pour vous ! O le délicieux terroir qui se prépare pour vous, si à ce jourd'hui vous renoncez entièrement à vous-mêmes, que vous ne pécJiez plus. Car voici ce que dit Saint Jean, mes frères : Si quelqu'un a péché nous avons un avocat envers le Père à savoir Jésus Christ le Juste. Et Saint-Jean l'evangéliste nous assure aussi de Tamour qu'il a envers nous, car lorsque Jésus Christ l'ut monté dans le ciel il pria ardemment son Père, disant : Père, je te prie, que là ou je serai, ils soient aussi. Puis donc qu'il a tant d'amour pour nous, offrons-nous à lui en sacrifice vivant, saint et plaisant, et il nous fera la jçràce que nous tous, les uns et les autres, nous viendrons en reconnaissance de nos fautes, nous pardonnant les uns envers les autres comme voulons qu'il nous pardonne nous-mèmcc,car si nous ne pardonnons, nous ne serons point pardonnes. Examinez-vous bien, mes chers frères, et mes très chères sœurs aussi. Que notre saint sacrifice, que nous faisons aujourd'hui, lui puisse être agréable, afin que la promesse qne nous lui faisons aujourd'hui, nous la lui j)ouvions attendre [tenir]. Prenons garde que dans nos cœurs il n'y ait point d'animosité, ni de cœur double, mais que nos pensées soient ses pensées et nos œuvres soient ses œuvres, afin que nous puissions marcher dans le chemin de bonnes œuvres, afin qu'étant ici voyageurs et persécutés sur la terre, nous étant convertis de nos péchés, il les nous effacera, et nous embrassera avec des larmes de joie, et nous fera monter en la source (?) céleste, et nous y triompherons éternellement dans le ciel.

Dieu nous en fasse à tous la arràce. Ainsi soit-il.

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