Opusc, p. 101. (Douen, II, 218, voir aussi Bull. VII
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Brousson leur montre la persécution redoublant contre les assemblées, la ruse s' ajoutant à la violence, selon les prédictions des prophètes, l'Eglise de Dieu délivrée en plusieurs endroits de l'Europe où elle était opprimée, mais le salut tardant encore en France à cause de ceux qui persévèrent dans leur mauvais train. Mais il attend tout de l'avenir : « Ceux qui nous adligent sont maintenant dans la joie et dans la prospérité, et nous sommes dans l'allliction et la misère. Mais au niilieu de nos calamités, nous sommes bien plus heureux qu'eux. Dieu nous regarde comme son plus précieux joyau, comme les objets de son amour et de ses compassions. Mais sa colère sembrasera bientôt contre ceux qui nous oppi'iment ». Un appel pressant est adressé aux cœurs pieux. Qu'ils sanctifient le jour du dimanche par un double culte de famille, qu'ils ne délaissent point les assemblées publiques où Dieu est glorifié d'une façon particulière ! *
Epuisé par ses derniers efibrts, Brousson, laissant les environs dUzès, revint prendre quelque repos à Nîmes. Il y fut témoin des mêmes manifestations de zèle qui l'avaient accueilli dans la garrigue deux mois auparavant. Il distribua la Cène dans la ville les 8 et 24 mai ". La plus célèbre des nouvelles prédicantes des Basses-Cévennes (sans doute Poussielguesse) l'y rejoignit en juin, et tint chaque jour, durant un mois, quatre ou cinq assemblées de 30, 40 et oO personnes chacune, « jusqu'à ce que, étant accablée de fatigue, et la foule la suivant dans les rues, elle fut obligée de sortir de la ville » '\
Ailleurs les autres compagnons agissaient, depuis le printemps, avec le même éclat. Nous avons nommé au début de 169;}, à côté de Brousson, Lapien-e et David Gazan (La Jeunesse); nous connaissons Paul Colognac (Dauphiné). Papus (La Bouvière), Pierre Plan, Laporte, Boman, Pourtal (Henri), Carrière (ce dernier désigné expressément par Colognac comme « prêchant »), Julien (La Bose) et Olivier. Nous ne pourrons
1. Peut-être faut-il dater de l'été de 1693 une Lettre aux fidèles persécutés à l'occasion des Saintes Assemblées, assez courte, où Brousson plaide la nécessité du culte public (t)pusc. lH'i). Il est possible cependant qu'elle ait été écrite en Hollande en 1690 ou 1697.
2. C. 191. Sermon sur le Pain de Vie : « 8 may. Nîmes ». Sermon sur La communion du Sang de Christ (I Cor.. X, 15, 17) : « Nîmes, 21 mai 1693 ».
3. liel. des Merv., p. 50. Les cultes de Poussielguesse consistaient « en de fort belles prières de demi-heure ou trois quarts d'heure dans lesquelles elle faisait entrer à propos un },'rand nombre de passages bibliques ».
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plus désormais suivre d'aussi près que par le passé les prédicants dans leurs courses ; les arrestations sont moins fréquentes, les enquêtes moins vastes. Pendant l'été d'ailleurs, alors que les régiments levés dans un suprême effort en novembre 1692 étaient massés aux frontières, Bâville manqua de soldats. Quelques miliciens, à ce qu'il semble, furent même employés à grossir les troupes régulières.
Mais la Cour entendait que la répression fût d'autant plus sévère qu'elle avait moins souvent lieu de s'exercer. On mandait de Montpellier à Paris, le 2o mars, que les intendants avaient reçu l'ordre de faire un exemple des plus attachés à leur ancienne religion. (La fusillade de Valence était peut-être déjà l'un des résultats de la nouvelle consigne). Le jour de Pâques, disait-on [22 mars], les Nouveaux Convertis s'étaient assemblés en Yivarais, à Nîmes, à Uzès. A Saiut-Hippolyte ils auraient célébré la Cène, malgré le gouverneur du Fort, au nombre de 800 hommes, avec un commandant, et le gouverneur, n'ayant pas de soldats, aurait permis aux paysans de pendre tous ceux qui leur tomberaient sous la main, surtout le commandant'. Quelques jours plus tard, on savait qu'il ne s'était agi que d'un mouvement religieux pacifique. La ferveur des réformés d'Uzès s'était répandue en effet en d'autres Eglises.
A Marsillargues, le 6 mars, un prédicant prononça un sermon qui avait été composé par Brousson sur ces paroles du Cantique des Cantiques : J'étais endormie, mais mon cœur veillait, et voici la voix de mon hienaimé qui heurtait (Cant. Y, 2). Quarante-deux personnes abjurèrent la religion romaine, et 250 prirent la Cène. Quelque temps après, dans une nouvelle assemblée, 8G Nouveaux Convertis « revinrent encore à la paix de l'Eglise ». « Il y eut des femmes, disait une lettre, qui se sont dérobées de leurs maris pour se faire recevoir, des maris qui ont agi [de même] à l'égard de leurs femmes, et lorsqu'on fait quelques assemblées de nuit, le monde est tout de feu et de zèle pour y aller »-.
1. Bull. XXXIX, 375. Correspondaiicc iitirisionuc do lu Gazclllc de Harlem.
2. Pap. Court. Histoire des Martyrs (w 39), pp. 123, 128, d'après deux lettres datées de Marsillarg-ues, dont la première a été publiée par L. Nèg:re, p. 71. Nous dirons plus loin ce que nous pensons de ces deux documents qui nous paraissent reposer sur des faits exacts. Dauphiné semble avoir présidé une assemblée à Marsillargues vers Pâques (22 mars). « Dans la vigne de Dumas, où dix à douze personnes chantèrent les Psaumes ». Le sermon de Brousson est le 8^ de la Manne Mystique. On a vu déjà que Brousson distribuait aux autres prédicants soit des
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ses jambes. » Le jour venu, il proposa au fidèle qui l'accompagnait d'aller jusqu'au prochain village pour s'y sécher, mais ils étaient à peine entrés dans le bois, qu'ils entendirent un détachement qui s'avançait. Les deux hommes revinrent sur leurs pas pour se réfugier contre leur rocher, et virent défiler, sur le sentier, plus de cent soldats qu'ils eurent le temps de compter. Les officiers de ces quatre compagnies conféraient entre eux pour savoir où ils chercheraient encore Brousson. Il n'était éloigné que d'un jet de pierre, au milieu de quelques rochers connus des soldats, qui étaient tous du pays, et qui avaient même des chiens avec eux. «ï II se mit à genoux pour prier Dieu, et Dieu frappa d'aveuglement ses ennemis et les dissipa, »
«Brousson nous a lui-même raconté, dit l'auteur inconnu de r« Abrégé» de sa vie', que souvent, dans de pareilles occasions, le zèle du peuple était si grand que, sans savoir où il était, on apportait des vivres qu'on laissait à tout hasard dans les bois et par les chemins, en les couvrant de quelques feuilles, dans l'espérance que la Providence lui faisant rencontrer de ces provisions, on l'empêcherait de mourir de faim».
Ces dangers effroyables ne le troublaient pas. Le 12 mars, ayant achevé de rédiger la Quatrième section de ses Remarques sur le N. T. d'Amelotc, il adressa en Cour son manuscrit, avec une nouvelle Requête que nous ne connaissons pas, et qu'il suppliait très humblement le secrétaire d'Etat, avec la courtoisie la plus parfaite, de vouloir bien présenter au roi, signant le billet d'envoi de tous ses titres : « Claude Brousson, serviteur de Dieu et de N.-S. J.-G. et par sa grâce, fidèle ministre de sa parole » ■.
Le 14 avril, il achevait décrire, en vue de l'envoyer au roi, l'explication d'un songe étrange dont celui-ci, quatre ans aupararavant, avait demandé le sens^ Le prédicant, qui disait de luimême que Dieu parfois l'étonnait par des songes et le troublait par des visions, ne doutait pas (pas plus que Louis XIV d'ailleurs) qu'un rêve bizarre ne contînt une révélation divine. Le