CHAPITRE X LES PRÉLIMINAIRES DE LA PAIX DE RYSWYK
(Juin 1696 — Avril 1697)
L'incertitude douloureuse où se débattaient les Nouveaux Convertis du Languedoc, allait bientôt faire place à une immense espérance, que devait suivre un abattement effroyable. Quelques mois encore, et les événements politiques dicteront à Bâville des mesures de la dernière gravité, avant de provoquer cliez ses administrés la crise d'où sortira la révolte Camisarde. II nous reste à relever, jusqu'à cette époque, les traces des prédicants, dans une énumération monotone de leurs assemblées, que l'intendant poursuit avec un énervement croissant.
Pendant que Pourtal était aux prisons de Montpellier, Bâville avait eu avis d'un culte tenu dans la région dUzès, non plus cette fois près de la ville, mais au nord, en un canton de garrigues désolées. La nuit du 3 au 4 juin, vers la métairie de Vaurargues (aux limites de Belvézet, Seynes et Aygalliers), la Cène avait été distribuée. Le lieu de la réunion, d'accès extrêmement diiïicile, marqué par un grand feu allumé sur le coteau qui le dominait, avait été soigneusement noté par un espion, qui de loin avait entendu les Psaumes, la voix du prédicateur et la parole : « Prenez ceci en mémoire de moi »'. Il ne put cependant dénoncer aucun des assistants, mais seulement un berger, qui lui aurait dit le jour précédent : « Le bois ne sera pas seul ce soir, il y viendra un grand nombre de chasseurs ».
Le 7 juin, on saisit à Couruonterral, à l'ouest de Montpellier, quelques personnes qui revenaient d'une assemblée réunie vers Cournonsec, au terroir de Lamalle. Deux jours api'ès, veille de
1. jMonlc sur un petit rocher du Bois Mouret. C. 174. L'information lit connaître qu'aux l'êtes de Pâques, près de la forêt de Belvézet, une autre assemblée avait eu lieu autour d'un grand feu. Un berger, couché dans le devois du duc d'Uzès avait entendu chanter les Psaumes.
PIERRE PLAN A COURXONTERRAL J5o
la Pentecôte, nouvelle assemblée, découverte au couchant de la montagne appelée le Grand Pioch. L'information s'étend; on apprend qu'à la même heure une autre se serait tenue dans la grotte de J3ioge, à une demi-lieue de Gournonterrral. On voit dans la grotte des pierres disposées en l'orme de bancs, on y retrouve un verre contenant encore quelques gouttes de vin. Des arrestations nouvelles sont opérées ; une femme enfin fournit des détails sensationnels : le prédicateur de la grotte était Pierre Plan, celui de la garrigue Brousson lui-même ; Foulquier, de Gournonterral, était à côté de Brousson qui lui a parlé à l'oreille ; il a quêté à l'assemblée, et Régis, de Saint- Laurent d'Aigouze, a mis un écu dans son chapeau'. Bàville a des doutes sur la véracité de la femme ; il ne sait « si elle ne veut pas se faire valoir en nommant Brousson », mais il écrit à Fléchier son exaspération'. « Il est certain que cet homme me tourmente plus que jamais. Il a écrit des lettres, fait des instructions que j'ai interceptées, il a parcoui'u tout le royaume, il a été absent de cette province depuis trois ans. il peut y être revenu ». Brousson était alors au nord de la Loire. Son ancien compagnon La Jeunesse était loin, lui aussi, du Bas-Languedoc, bien que l'intendant affirmât, dans cette même lettre, qu'il y « agissait ». Les espions, dans leur désir de toucher les primes promises, inventaient ce qu'ils ne savaient pas découvrira
Vers la fin de juin, les dragons du Vigan, conduits par un traître du mas de la Combe (Le Vigan), manquèrent surprendre des réformés réunis dans la claie de Daudé, de la Gam (Roquedur). Le soir du 12 juillet, dans les mêmes quartiers, une femme qui revenait du moulin de Goularou, rencontre « à la croix où
1. C. 175. La grolte de Biogc est à '2 kil. 300 de Coiirnontorral, au nord, ou tirant vers l'ouest. Le 23 juin 1696, Bàville ordonna aux Maire et Consuls de Gournonterral d'en l'aire combler l'entrée avec de grosses pierres. Dn 1719, le conseil de la communauté, ayant appris que lagrotte avait été ouverte «depuis quelque temps», et jug:eant qu'on pourrait y faire des assemblées, ordonna de la fermer une seconde fois. En 1887, entin, le maire de Gournonterral, pour faciliter l'accès de la grotte aux visiteurs, fit briser les rochers qui en obstruaient l'entrée (Renseignements de M. le pasteur Pont). Le Grand Pioch, à 4 kil. 300 de Gournonterral à vol d'oiseau, est un des sommets que recouvre le bois communal. La tradition rapporte que les protestants y ont souvent célébré le culte. La plus élevée des grottes qu'on y trouve s'appelle encore en patois « Lou Temple )i.