ROMAN A MEYRUEIS
vant le prêtre, et vint dire à sa femme « qu'elle était une misérable, de s'être mariée dans une méchante religion, et que son mari était un vendeur de chrétiens ». A son retour du Vigan, Poujol, à son tour, fut vertement accueilli par le maire, le S"^ de Cauneles (?) : a Eh bien ! on vous a argenté ? Vous êtes un b. . . ! Vous ne valez pas grand argent, mais contentez- vous de le manger et de vous taire ! ». Entre temps, Pierre Plan, venu vers Meyrueis, avait encore prêché (début d'août) devant 80 auditeurs, «dans un ruisseau » situé entre Campis et le Crouzet.
Le Marchandou quitta les environs de Meyrueis au moment des premières informations de Daudé. 11 se dirigea vers Florac. Le 15 août (1696), après avoir prêché la nuit précédente, il reposait près de la petite ville, dans une maison dont les habitants l'avaient laissé seul, pendant qu'ils étaient occupés à la moisson. Un détachement de soldats, qui faisait la recherche des livres et des armes, aussi bien que des prédicants, enfonça la porte du logis et monta jusqu'à la chambre où dormait Roman.
Le bruit que j'entendis, raconte celui-ci, me fit lever promptemeut, et me cacher sous le lit dans un trou que j'aperçus dans la voûte, et qu'on y avait pratiqué pour descendre en bas. Mais se trouvant fermé par dessous avec une planche et un pilier qui la soutenait, je n'y pus entrer que la moitié du corps, et ainsi il me fut impossible de passer outre; dont bien me prit, parce qu'au même temps ces soldats vinrent au bas, où ils m'auraient infailliblement attrapé. Ils remontèrent donc dans ma chambre avec fureur, et croyant trouver dans le lit des livres ou des armes, ils vidèrent toute la paillasse sur moi, en sorte qu'ils me couvrirent eux-mêmes. Et certes, j'ai toujours remarqué le doigt de Dieu bien clairement en des merveilles de cette nature ^
De Florac, Roman revint encore à Meyrueis. Mais la traîtrise de Poujol, dans ce quartier qui lui était familier, constituait pour lui une perpétuelle menace. Bertrand, pour réduire le faux frère au silence, usa tout à la fois de l'intimidation et de la prière. A'^ers la fin d'août, en pleine nuit, ayant deux pistolets à la ceinture, il alla frapper à sa porte, suivi du prédicant et de deux amis. Poujol se leva, lit entrer les quatre hommes qui revenaient du Villaret (d'une assemblée sans doute), et dut entendre une longue exhoi'tation de Roman, qui le supplia de demeurer ferme, et lui déclara « qu'il ne le croyait pas homme à les vendre ». Un
1. Relation sommai re..., p. 31. Le texte porte : le 15 d'août 1698. Nous pensons à une faute dimprcssion, car le fait précède le départ de Roman pour la Suisse, qu'il date lui-même de 1697.
conflit d'intérêts séparait Poujol de Bertrand. Bertrand voulut que Roman décidât entre eux, mais celui-ci se récusa, « n'étant pas homme d'aff'aires ».
Poujol allait se taire toute une année ; mais dans la crainte d'une surprise, Roman tint désormais ses assemblées sous la garde d'hommes armés. Une l'éunion pieuse, convoquée dans la grange du pré de Ribevenès, fut protégée par cinq ou six fusiliers postés à la porte '.
Dans la plaine de Nîmes, la seule assemblée dont nous ayons connaissance en 1696, après la mort de Pourtal, eut lieu près de Saint-Laurent d'Aigouze, quelques jours avant les fêtes de Noël. Une pluie violente ne dispersa pas les assistants. Deux d'entre eux, un homme et une femme, moururent de l'indisposition qu'ils en rapportèrent. Bàville sut huit mois plus tard que le prédicateur avait été Lapierre, revenu du Ilaut-Languedoc vers ses anciens compagnons '.
L'année 1697 commença douloureusement. L'intendant réussit à prendre Pierre Plan. Un certain Bernard, «hùte et bouclier à Lézan », lit arrêter le jeune prédicant, et l'un de ses parents. Bouteille (?), qui l'accompagnait. Conduit à Montpellier par le capitaine La Bruguière, Plan fut rapidement expédié. Arrivé le jeudi 14 février, il était condannié et exécuté le lendemain. Il marcha à la potence « avec une gaîlé étonnante », dit A. Court, à qui nous devons quelques maigres renseignements sur un procès dont il ne reste pas une pièce \ Bouteille fut condamné aux galères. Pierre Plan menait depuis onze ans l'existence des fugitifs. Il l'avait commencée vers sa treizième année, en même temps que ses deux frères aînés, tombés déjà sous les coups de Bàville en 1692. Une sœur des trois frères, mariée à un Lauzerand\ avait, elle aussi, « soufl'ert le martyre », dans une prison ou un couvents
1. Assemblées de Campis, C. 173: C. 176. Dossier P. Bertrand, C. 179. Bertrand <'l Vignes du Vllarel, avaient quêté à la porte, dans leur chapeau. 130 personnes étaient assemblées.
2. Informations du 24 sept. 1607. C. 176. Le prédicant avait logé chez Martin, de Saint-Laurent.
3. Plan mourut « le premier vendredi de carême ». Pap. Court. 39 (Hist. des Martyrs). Voir Bull. XLVI, 317. Bouteille est évidemment un surnom.