PRÉLIMINAIRES DE LA PAIX
Quelques semaines après la mort du prédicant, parvenait enfin aux protestants du Languedoc une nouvelle impatiemment attendue depuis de longues années : la guerre étrangère, commencée en 1688, qu'ils tenaient pour une guerre religieuse, allait prendre fin. Les préliminaires de la paix étaient signés.
Le duc de Savoie, abandonnant les alliés, avait déjà conclu avec le roi de France un traité particulier l'année précédente, et Bâville, alors, avait cru les Nouveaux Convertis « bien dolents » de l'événement. Cette paix, croyait-il, « leur faisait perdre toutes leurs espérances » \ Sans doute le duc avait consenti à chasser de ses Etats les réfugiés français, mais le peuple des Barbets, cependant, avait obtenu la liberté de demeurer dans ses vallées -. On peut penser que les réformés du midi s'autorisèrent de cette victoii-e de leurs compagnons d" infortune, pour proclamer d'avance le triomphe de leur propre cause. Le roi d'Angleterre et les princes d'Allemagne, d'ailleurs, les intéressaient plus que le duc de Savoie, et lorsqu'ils surent à quelles conditions Louis XIV consentait à discuter la paix générale, leur allégresse ne se contint plus.
Le 10 février, M. de Caillères avait communiqué aux plénipotentiaires étrangers les concessions de son maître. Le roi rendait à l'empereur, Strasbourg et la Lorraine; aux Espagnols il remettait quelques places des Pays-Bas, et la Catalogne. Visà-vis de la Hollande et de l'Angleterre, enfin, et ce fut là le fait capital pour les protestants, il déclarait vouloir reconnaître le prince d'Orange pour roi de la Grande-Bretagne, sans restriction ni réserve. Le roi Guillaume, le restaurateur du protestantisme, l'emportait donc sur le l'oi très chrétien. Il demeurait le maître de la situation. Il allait dicter ses conditions au persécuteur, et terminer à la gloire de l'Evangile, une lutte d'où le papisme sortait meurtri ! A ces nouvelles, Fléchier célébrait politiquement la magnanimité de son monarque, et écrivait «qu'on n'avait guère vu de si généreuses restitutions » ^ Mais aux Cévennes, l'impression fut autre. Le 27 mars, Jean Jacques des VignoUes, vieux et aveugle, dictant son testament devant un notaire de