BROUSSON ENTRE DANS LE VIVARAIS
S" de Mure fortifia Brousson dans son dessein d'entrer dans le Vivarais, « lui citant les miracles faits par la nommée Isabeau Vincens, bergère de Grest en Dauphiné, et de plusieurs autres filles et garçons de la province, qui étaient autant de prophètes, qui communiquaient le don de prophétiser à ceux qui les entendaient avec sincère repentir et après avoir fait pénitence ; même qu'ils avaient des l'évélations de ce qui devait arriver aux fidèles dans la religion, et à ceux qui ne l'étaient pas ». Une dernière considération entraîna le pasteur. Le peuple du Vivarais, lui dit de Mure, n'avait été secouru d'aucun des ministres qui roulaient de province en province ; il n'y en avait eu qu'un (c'était Roman, comme on verra plus loin) qui avait traversé le pays depuis trois ou quatre mois sans y arrêter.
Brousson renonça donc à son premier projet, qui était de gagner le Poitou. 11 tourna au Sud, vers le Vivarais, où il arrivait le 4 novembre. Il posait de nouveau le pied sur des terres où s'exerçait la juridiction de Bàville, où les réformés étaient plus durement traités qu'en aucune autre province. Sa tête y était mise à prix, son signalement partout répandu. L'intendant, qui découvrait sa main sous tous les mouvements des Nouveaux Convertis, gardait dans un absolu secret la lettre qui prouvait que le pasteur avait entretenu un commerce séditieux avec les ennemis du roi. Brousson, d'autre part, avait su l'arrestation du guide Picq, il avait pu se convaincre, à Genève, que son billet n'était pas parvenu à Pictet ; il traînait le regret, et peut-être le remords, de ses démarches de 1689 et de 1G91 ; il envisageait avec horreur la possibilité de tomber entre les mains impitoyables du « roi du Languedoc », Mais il allait son chemin, regardant au devoir présent et à son œuvre future, sans souci du supplice qui l'attendait.