‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 183 sur 284 · LA VOCATION DE SEREIN CONTESTÉE · texte numérisé non relu

LA VOCATION DE SEREIN CONTESTÉE

ter les vivres nécessaires à la famille, qui avait encore de l'argent. Sur la fin de 1G80. après environ une année de séjour dans les bois, la femme de Poujol fut prise, en même temps que ses enfants, par un détachement. La mère fut déportée, les enfants enfermés dans les hôpitaux de Nîmes. Poujol déplaça simplement sa résidence. Avec Melet, fugitif comme lui, il s'aménagea un nouvel abri dans le bois de Boucoiran. Trois fdles du lieu de Sauzet, nommées Giberne, et un de leurs frères, vinrent y habiter avec eux. Ils restèrent là, dit Poujol, environ deux ans (fin 1086 lin 1088). Un nommé Franchisque, garde terre de Boucoiran, les ayant enfin découverts, fit abattre la hutte et les obligea à se retirer. Tous s'en allèrent un peu au sud, au bois de Moutagnac (entre Lédignan et Saint-Mamert), et s'abritèrent quelque temps dans une caverne. Melet et les trois filles furent alors saisis, Melet condamné aux galères, et les filles H à l'Amérique ».

Poujol se contentait, dit-il, « de faire la prière à ceux qvii étaient avec lui » sans chercher des auditeurs en dehors de son cercle familier. <i Chacun des hommes faisait la prière à son tour, chaque soir et chaque matin, et chantait les Psaumes à voix basse. » L'ancien facturier de laines ne voulait point « faire la fonction de prédicant ». Sur ce point ses idées étaient nettes. Il continuait le culte de famille mais sans aller au delà, et il ne craignit point, contre le sentiment général de ses coreligionnaires, de se heurter à ce propos avec Serein. Il rencontra ce dernier dans le bois de Boucoiran, en février 1088', et opposa à son activité et à ses prétentions, des objections analogues à celles dont Serein, à son propre témoignage, avait déjà souftert, et que la récente consécj-ation du prédicant n'empêchait pas Poujol de formuler. Serein et ses amis prirent fort mal la chose.

« Monsieur, aurait dit Poujol, j'ai peur que vous vous trompiez. Vous vous voulez mêler de conduire l'Eglise sans y être appelé. Le grand sacrificateur Abimélechne voulut point donner le pain sacré à David ni à ses gens sans savoir s'ils étaient nettoyés. Et même, dans la section 31 de notre croyance [Confession de FoiJ il nous défend que aucun ne se doit ingérer de conduire l'Eglise sans y être appelé. » « Pour lors, ledit Géré [Serein] prit cela à injure et se mit en colère, et se sépara du déposant [Poujol], sans lui dire autre chose, et quelques jours après, Géré, sachant que le déposant était dans le bois, il vint

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