‹ Les premières armes de ParnyChapitre 10 sur 19 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

TROUSSAILLE, puis PARNY.

troussaille, entrant du fond.

Cette Claudine est une très forte nature. Je m approche d elle doucement, et je lui demande mystérieusement comment elle fait cuire les escalopes de veau? Elle me répond qu’elle fait revenir son beurre. Alors, je lui demande où se trouve dan s le veau cette partie de la viande que Ton nomme escalope. Elle me répond que ce doit etre dans les environs de l’estomac. —Poursuivant mes études culinairesje la prie de m’indiquer ce qu elle entend par les environs de l’estomac. Commeje voulais regarder de près l’endroit qu’elle désignait, elle m’envoie une gifle ! C’est une très forte nature que cette Claudine ! Elle n’aime pas les science ^ ^ ctes, mais elle a une poigne solide ....te, • .me chiffonne, ce n’est pas la gifle! j en ai reçu bien d’autres!... non.ee qui mechiffonne, c est qu elle m’a dit que j’avais tort de me frotter à elle , qu’elle aimait quelqu’un qui n’etaitpas bien loin d’ici!

parny, revenant par la gauche.

Enfin, je les ai laissées s’expliquer entre elles, mais j’ai obtenu dans un instant,, ici, à la nuit un rendez-vous deM m ' Troussaille.

troussaille.

Hein ! quelqu’un? . . .- Ah ! c’est vous, chevalier?

parny, a part.

Le mari ! Diable !...

TROUSSAILLE.

Eh bien, avez-vous rencontré la femme qui doit vous ouvrir les portes du paradis de Mah met ?

PARNY

Mais oui! . . mais oui ! .. monsieur Troussaille, elles sont entrebâillées les portes.

Ah ! vous n’avez pas perdu de temps, c’est tort bien ! Contez-moi un peu cela .

PARNY

Comment, vous voulez ?...

TROUSSAILLE.

Dame, puisque c’est moi qui marque les points, il faut bien que je sache si vous avez gagné la partie.

ÎARNY.

Ah ! pas encore t^ut à ; it 1

TROUSSAILLE.

Ah ! le dénoument manque. . . Enfin, voyons où vous en êtes !

PARNY

Eh bien, la première femme que j’ai rencontrée en vous quittant est une adorable créature !...

TROUSSAILLE.

Puissante?

PARNY

Elle ne m’a pas dit quelle était sa position dans le monde,

Non, j’entends par puissante. . . d’un volume. . . volumineux. . . étoilé...

parny.

Ah ! très bien !... Oui! assez puissante !...

TROUSSAILLE.

Tant mieux ! parce que dans les femmes, si la qualité manque, on se rattrape sur la... mais, continuez donc. . .

PARNY

Alors, je lui ai demandé quelques conseils sur l’amour.

TROUSSAILLE.

Et elle vous les a donnés ?

PARNY

Elle a bien voulu m’en confier quelques-uns !

TROUSSAILLE.

Bravo ! ... très-bien !... ça m’anime, ça !

parny, à part.

Pauvre homme ! S’il se doutait que cette femir Vi ^' Wlk? t la sienne ! . ..

TROUSSAILLE.

Et je suis persuadé qu’elle vous a dit des choses que votre professeur ne vous a jamais dites!

PARNY

Ah ! assurément !...

Voyons, que vous a-t-elle dit?

PARNY

D’abord elle m’a dit que les maris étaient tous des mbéciles I

TROUSSAILLE.

Ah ! elle vous a dit cela ! ... c’est donc une femme mariée ?...

parny, vivement.

Non ! non !... ce n’e>tpas une femme mariée.

TROUSSAILLE.

Tant pis ! Parce que c’est drôle de voir la tête du mari dans ces circonstances-là!... Non!... mais, la voyez-vous la tète clu mari?...

PARNY

Oui! oui !... je la vois.

TROUSSAILLE.

Oh ! c’est mirobolant !... on se tord!... Tenez, rien que d’y penser, je me tords !...

parny, à part.

Pauvre homme !...

TROUSSAILLE.

Et finalement, que vous a-t-elle accordé ?

Mais rien du tout !

TROUSSAILLE.

Ah ! ça, ce n’est pas assez !... il fallait prendre 1... Les femmes, çaairaeàce que l’on prenne. La prochaine fois que vous la reverrez, prenezlui quelque chose, n’importe quoi! ne fût-ce qu’un baiser !

PARNY

Alors, ça ne tardera pas... car elle m’a donné un rendez-vous ici, tout à l'heure, à la nuit...

TROUSSAILLE.

Ici ?... tout à l’heure? ... C’est donc quelqu’un de ma maison ? .

parny, à part .

Ah ! mon Dieu ! qu’ai-je dit ?

TR6USSAILLE.

Si c’étaitClaudine !... — Jeune homme, soyons franc !... est-ce ma cuisinière ?... Est-ce Claudine ?

PARNY

Mais . . .

TROUSSAILLE.

D’abord, il n’y a ici que ma cuisinière ou ma femme .. . et comme ma femme possède une de ces vertus au-dessus de tout soupçon. . . c’est donc...

(La nuit commence à venir.)

C’est votre cuisinière 1 Oui, c’est cela ... vous avez deviné ! ..

TROUSSAILLE.

Oh ! j’ai un nez pour ces choses-là!... Ainsi, vous êtes mon rival ?

PARNY

Votre rival?...

TROUSSAILLE.

Mais oui ! Claudine est ma protégée ! — Et vous dites qu’elle va venir ici? —Voici le jour qui baisse, elle ne peut tarder! ..

PARNY

En effet, elle va venir !

TROUSSAILLE.

Chevalier, je vous accorde la main de ma pupille; mais, à votre tour, il faut m’accorder votre place à ce rendez-vous !

PARNY

Oh! vous n’y pensez pas!

TROUSSAILLE.

Il le faut 1 — S ms cela nix de pupille. D’abord je ne bouge pas d’ici.

parny, à lui-même.

Mais je ne puis ainsi lui livrer sa femme 1

TROUSSAILLE.

Allons, voici la nuit. Laissez-moi seul avec Claudine.

parny, à part.

Oh! il faut à tout prix que j’empêche Mme Trou s saille de venir ici!... ( Haut .) Eh bien, soit! je vous laisse, mais la main d’Eléonore m’appartient... vous me le jurez?

TROUSSAILLE.

Je vous le jure !

ENS! MBLE.

Douce destinée,

AgréabL jour;

D'un* femme nim^e,

Jd conquiers l'amour!

(Parny sort par le fond.)

Page 1