X... roi élamite en Chaldée
Mardouk-balalsou-iqbi (roi de Babylone).
LA PKh'PONDÉHANCE ASSYRIENNE
Les gens do la montagne gardèrent presqne tous leur indépendance; mais le coup avait été si dur que la puissance élamite ne s'en releva jamais.
C'en était liai de l'Asie, (l(> Tl^gypte, du Monde entier d'alors (1); toute la vieille civilisation était écrasée; mais l'Assyrie était elle-même épuisée, de sorte qu'avant même la mort d'Assourbanipal, l'Egypte, la Lydie, le pays de Touhal et bien d'autres concpiêtes, ne complaienl plus (pie de nom dans son empire, et que la Médie victorieuse était descendue sur le Tigre. L'Asie Antérieure, ruinée, n'était pas encore sortie des fléaux (2). Un ouragan, hélas ! plus violent encore que celui (pii partit d'Assyrie, allait l'atteindre, répandant la ruine parmi les ruines, effaçant tout, jusqu'au nom et au souvenir des tyrans d'Assour. C'est du nord (prallait souffler cette effroyable tempête (3).
Oiimbaddrd (vers 750).
Khoumhanhjach (742).
Choulour Nnkhkhounté (719-701).
Khallouch (701-C)0i).
Choulour N<inhhkhoantii (69l-6i«).
Klioumbnn Mennnnu (G93-r>89).
Khoubnn-Khnlbich I" (689-fiBl).
Khouban-KhaUach II (G81-675).
Ourtakou ((î74-r.()l).
Khoumbnnigarli H, à Siise.
Tamrilou à Khidaloii.
Tamrilou.
Indabiguch (usurpateur) .
Khoumbnn-nldasi (dans les monlagnes).
Khoumba Khaboua (usurpateur).
Tamrilou (roi à Suse.) Paé (usurpateur).
Khoumban-aldasi.
Ruine de Suse par Assourbanipal (643).
(1) La légende d'une expédition assyrienne jusqu'à llndus, en 736 av. J.-C., sous Téglatphalasar, ingénieusement basée par Fr. Lenormani {Lellres asuyriologiques) sur des interprétations erronées, avait pour un temps été adoptée par G. Maspero {Ilisl. anc. peuples de rOrienl,-i' éd., p. 371-372,) Vinzi {Richerche per lo sludio delVanlichila Assira, p. 317, sq.), Max Diinker (Gesch. des Allerlums, b' éd., t. II, p. 260, 262; t. IV, p. 15), J. Menant (Ann. des rois d'Assi/rie, p. 147), Sclirader (Z.Krilik der Inschr. Ihjlalhpileser-s II, p. 11), a été juslement réfutée par Patkanof (Journ. asinl. I.oudon, janv. 1880, p. 76 ; Acadennj, I. XVII, p. 198), Fr. Delitzsch (Wo Incj dus Paradies 1 p. KO) et Delattre (le Peuple el lEmpire des Mèdes, p. 91, sq.).
(2) Les rois d'Assour songeaient alors bien peu à rétablir l'empire de leurs ancêtres, ils se contentaient de souliaiter de vivre, sentant l'orage gronder sur leur tête.
» Moi, Assouretilili, roi des légions, roi du pays d'Assour, fils d'Assourbanipal, roi des
Nabou natsir (roi de Babylone) (747-734). Charrou-oukin (roi d'Assour) (721-705).
Mardouk-apal-iddin (roi de Babylone) (721-709). Sin-akhe-irba (roi d'Assour) (704-681).
Bèl-ibni (Babylone) (702-7(K)).
Achciiour-nadin-choum (Babylone) (699-69*)-
Assaraddon (Assyrie) (680-668).
Assourbanipal (Assyrie) (666-628).
légions, roi du pays d'Assour, j'ai ordonné de mouler des brlipies pour la constructifui du Bit-Zida, situé dans la ville de Kalakh, dans le désir de [u-oionger mes jours. » (J. Menant. 1874, Ann. asst/r., p. "295.)
(3) De|)uis longtemps liéjà, les Scytlies se montraient en .\sie et entretenaient des relations plus ou moins hostiles avec les peuples de rOurarlbou, les Mèdes et les petits royaumes du Kurdistan iranien. Les Assyriens les connaissaient tout au moins dès le temps d' Assaraddon. (Cf. Knudtzon, Assyrische Gebele an den Sonnentjolt, p. 130.) En C72, les Scythes, sous leur roi Ichpakaî (nom aryen. — Cf. JusTi, Iranisches Namenbuch. , pp. 46, 143. — L.\TYScni;F, Inscripl. anliq oris sepl. Ponli Euxini,l- II. P- 264), furent battus par les .\ssyriens et rejetés au nord du lac d'Ourmiah. .\ssaraddon reçut même de la part de Barlaloua, roi des Scythes (Cf. Winckleb. Orienlalische Forscimngen, t. I, p. 488), la demande d'une de ses filles en mariage. (Knudtzom, Assyrische Gebete an den Sonnemjoll, pp. 119-122.)
Les premiers flots indo-européens dont l'histoire puisse suivre les traces s'étaient écoulés sur l'Europe centrale et méridionale, sur la pointe occidentale de l'Asie ; peut-être même avaientils envahi quelques pays du nord. Ils étaient eux-mêmes suivis
L'Orient vers la fin de l'Emi ire assyrien (1).
d'autres vagues humaines, parmi lesquelles celle des Cimmériens (|ui, arrêtés durant quelques siècles dans les plaines de l'Oxus et du \'olga, semblaient s'y devoir fixer.
Les Ciuiuiériens, qui avaient poussé vers l'occident les tribus parties avant eux des steppes de Sibérie, furent eux-mêmes portés en avant par un auti-e flot congénère, celui des Scolotes (Scythes) qui, cantonné pour un temps dans les steppes du nord de la mer d'Aral, dut céder la place aux Massagètes, venus d'Orient comme les autres lndo-euroj)éens, et cherchant des pays au climat plus doux.
Les Massagètes sont la dernière des migrations asiatiques connues, pour cette époque, comme sorties de ce grand réservoir qu'était la Sibérie ; mais bien certainement d'autres la suivaient, se succédant les unes les autres comme les vagues de la mer.
Tous ces peuples, nomades des plaines, n'osèrent pas aborder les montagnes de la Margiane, de la Baktriane et de l'Hyrcanie
(1) D'après G. Maspero, llisl. anc. des peujiks de l'Orienl classique, t. III, p. 421.
LA PRÉPONDKRANCE ASSVIUENNE
occupées déjà par des tribus de leur race; c'est vers FOccident^ dans la plaine, qu'ils s'avancèrent.
Chassés de leur pays, les Scolotes (1) lianchirenl les lleuves qui, presque tous coulant du nord au sud, ou inversement,, semblent destinés par la nature à jouer le rôle de frontières entre les diverses tribus nomades. Ils poussèrent devant eux les Gimmériens qui, suivant la voie tracée par leurs prédécesseurs, envahirent la Thrace, traversèrent le Bosphore et se ruèrent sur l'Asie, ayant grossi leur nombre d'une foule de peuplades, leurs parentes, (|u ils rencontrèrent sur leur route.
En Asie Mineure, les royaumes disparurent, les villes furent détruites, ^'enus pour chercher des terres libres, les en-
1^;^ r^j^ :gT 4^
<m^>ff^!B^^:^^
vahisseurs n'ayant rencontré que des Écriture cunéiforme babypays habités et riches, de pasteurs se '«"ienne de basse épo-
r i -Il I • , que 2).
tirent pillards, vainquant par le nombre ;
aussi, lorsqu'ils se heurtèrent aux légions organisées d'Assour,
subirent-ils de sanglants échecs 3).
Las de rapines, repus de richesses, des biens de l'Asie Mineure, sentant que s'ils s'avançaient plus au sud ils rencontreraient une infranchissable barrière, ils s'arrêtèrent pour jouir de leur conquête.
Mais les Scolotes émigraient, eux aussi; maintenus, pour un temps, par la muraille caucasienne, ils lavaient traversée aux portes Caspiennes(/i\ envahissaient la vallée du Gyrus, celle de
(I) Au sujet .les Scvthes, Cf. TIérodoti;, I, I-IV, LXXIII-LXXIV, CVI. - Justin, II. 1- VhoiOL, Cl/rus iind Herodot. —F. de Sailcy, Chron .Emp.Xinive et lifibylone. — G. Rawlinsoy,The five greni monarchiex.— Fr. Le.normant, Lettres as&ijrioloyiques, les Origines de [histoire. — Ed. Meyer, (iesrhichle des Allerlhunis. — Pn\9.UEK. Medien a d. Ilaus des Kyaxares,elc. -2) Estamiiille des bri(|ues de Bai)ylone. « .\aboiikoudo^urioiitsoiir, roi de Babv'lone, pourvoyeur dKsagil (temple de MardoukjeldEzida (temple de Xaboil), fils aîné de Nabopolasar, roi de Babylone, moi-uième (604-561 av. J.-C). »
(3) Toukdami lut, en6i.5, battu dans les jïorfres fie Cilicie par les troupes assyriennes. Son fils, Sandakbcliatrou, ramena vers le centre de la péninsule ce qui restait des Cimmérlens. Ils se cantonnèrent dans la Cai)padoce, les vallées de Illalys et du Thermodon. C'est là qu'ils se trouvaient quand les Scythes parurrrit en Arménie.
(4) Les Scythes ne purent venir, comme lesupposent quelques auteurs (Cf. G Maspero, Hisl. anc. des jieujAes de l Orient. 5' édit., 1893, p. 511), par les rives de la Caspienne, région e.xtrèmemeiil difficile, occu|)ée parles Mèdes^ et dont l'entrée se trouvait à l'orient de la*^ mer, pays alors au.x mains des Massagètes. Il est bien plus rationnel de penser qu'ils arrivèrent par les Portes Caspiennes, que rien encore ne fermait, situées en face des terliloires qu'ils occupaient au nord du Caucase. Cette voie, ils la connaissaient depuis longtemps ; car ils avaient déjà fait plusieursexpéditions sur le haut Araxe (Sacassènc) où Assourbanipal défit leurs deu.v princes Sarali et Parikliia. (Schrader. Keilinschriflen iind Geschichlsforschung, p. 159, note. — Fr. Deliz- Tscii, \Vo lag das Parodies 1 p. 247. — Fr. Le- .NORMA.NT, les Origines de l'Histoire, l- IL p. 46L s.|.)
l'Araxe et la steppe de Moiigân (1), menaçant la Médie pendant que son chef Cyaxares (2), victorieux des Assyriens, assiégeait Ninive.
Cyaxares, abandonnant pour un temps ses rancunes contre Assour, se porta vers ses districts du Nord à la rencontre des envahisseurs; mais, certainement vaincu, il se retira dans ses provinces méridionales du Kurdistan et d'Ecbatane, abandonnant des districts d'Azerbaidjan et, en partie, le haut bassin du Kizil-Ouzen.
Quelques bandes scythes parcoururent ces pays ouverts; mais, dans leur marche vers FOccident, se heurtant aux montagnes qui, depuis TArarat, traversent du nord au sud le pays des Carduques (3), elles durent rétrograder. Le gros de la nation, remontant la vallée de l'Araxe, se trouva en plein cœur du royaume d'Ourarthou [II] qu'il anéantit, tourna le massif du Masis, entra sur le plateau arménien, écrasa les Mouskhis et les Tabals; puis, par la vallée du Tigre, descendit sur Ninive, laissant libre le roi des Mèdes dans sa capitale du sud (5).
Les Cimmériens, affaiblis au moment où les Scolotes dévastèrent le Taurus, vaincus (G), se joignirent à leurs anciens ennemis, et firent cause commune avec eux pour envahir l'Assyrie (7^, dont ils saccagèrent les territoires, brûlèrent les villes, massacrèrent ou réduisirent en esclavage la population, avec une férocité digne des Ninivites eux-mêmes.
Délivrée pour un temps par la retraite précipitée des jNIèdes, Ninive, s'attendant de leur part à un autre siège, s'y était préparée ; mais ce furent les Scythes qui se présentèrent sous ses murailles et non Cyaxares. Elle résista ; et, inhabiles dans l'art de prendre les places fortes, les nomades l'abandonnèrent, ne laissant autour d'elle que des pays dévastés. Le vieux roi Assourbanipal, le vainqueur de Suse, qui avait vu le monde entier prosterné à ses pieds, put encore assister à l'effondrement de son œuvre et de celle de ses pères, car il ne mourut qu'en (32(3.
(1) Il existe dans ceUe plaine, sur la rive Ichaï, où se trouve un texte vanniquc. On eu
droite de l'Araxe et du Cyrus, un grand nom- a rencontré un autre près d'Echmiadzin, où
lire de tells anti<|iies qui sont peut-être les je l'ai vu en 1903. (J. M.)
ruines des établissements scythes. (J. M., (5) L'examen des routes de ces pays montre
Voyage de 1890.) que celte voie est la seule par laquelle les
(i) Khrakhshatra, Kashtaritou. Scythes pouvaient atteindre Ninive. (J. M.)
(3) Il existepeu de i)assages dans ces mon- (6) De là vient que, fréquemment, les Scytagnes; ceux de Khoi et de Revandouz (Kèl-i- llies ont été confondus avec les Cimmériens Chin) sont les seuls par lesipiels liassent les ipii. habitant l'Asie depuis déjà longtemps, caravanes. (.1. M.) étaient plus connus que les nouveaux venus.
(4) Ce royaume s'étendait juscpiau Glu'pk- iTj Stkabo.n, I, III, 21 .
LA PRÉPONDIMIANCI'] ASSYHIi:XNE 369
Les l>;iil)ares parcoururciil loiilc l'Asie Aiitérieurcî, semant la
Ethnographie de la Perse à l'époque assyrienne.
ruine sous leurs pas; la Clialdée (1), la Syrie, la Phénicie, la Palestine (2) furent tour à tour dévastées (3). L'Egypte n'échappa
(1) Cf. SciiiîADER, Keilinschriften und Gva- les Scythes en Palestine, JÉuii.MiK, V, 15,17; cliiclitsforsclnuui, p. 150. — Fr. Lenoii.mant, V'I, 23, 24.
les Oritjines Je Ihisloire, l. II, p. 547, s(|. (.1) Hérodote, I, <:v ; Jusri>-, II, 5.
(2) Cf., au sujet des horreurs commises par
qu'à prix d'or, la Syrie fut encore une fois ruinée (1). Puis ils disparurent ; vaincus peut-être par les Mèdes, harcelés par les populations (2), ils rentrèrent en Europe (S"), ayant, en quelques années (/i) (63Zi à 627), achevé le renversement de l'ancien monde et laissant aux Iraniens la tâche facile de soumettre des peuples déjà écrasés (5), et de les grouper en royaume.
Mais Cvaxare n'était pas demeuré inactif pendant que les Scythes préparaient ainsi sa fortune. 11 avait organisé son armée sur le mode assyrien, mis en valeur quelques-unes des richesses de son pays, noué des relations diplomati(|ues avec tous les anciens ennemis de l'Assyrie (6) et, avant que Ninive ent eu le loisir de réparer ses désastres, il vint l'assiéger pour la seconde et dernière fois.
Les iVssyriens résistèrent avec vaillance. «■ Kachtaritou avec ses soldats, avec les soldats des Kimmériens (7), les soldats des Mèdes, les soldats de Mannaï et bien d'autres, se sont répandus comme une inondation (8) » ; tandis que le roi de Babylone amenait les contingents du sud.
(1) Zéphaniah, H, 4-G.
(2) Une épiflémie les aurait également décimés. (HÉRODOTE, I, cv. — Xanthos de L> die, Fragm. 11, in Moller-Didot, Fragm. historicorum greecoram, l. I, ]>. 38. — DioD. Sic. ,11, 4. Strabon, XV[, V, 17. — Pline, Hist. nal., V, 23. — HiPPOGRATE, De aère, acquà el locis, VI, 108.)
(.3) HÉRODOTE, IV, i,dil qu'ils rentrèrent par le Caucase.
(4) Suivant Hérodote (I, cvi), ils auraient dominé l'Asie pendant 28 ans, mais ce nombre semble devoir être réduit à 7 ou 8 ans. Cf. F. DE Saulcy, Chron. des empires de Ninive, de Babylone el d'Ecbalane, p. 69. — F. Lenormant, Lellres assijriologiques, 1" série, t. I, pp. 74-83.
(5) Le royaume d'Assyrie avait été fort malmené par les Scythes et par les Mèdes. Layard (Nineveli and Babylon, p. 558) a constaté que le palais d'Assaraddon, à Kalakb, avait été détruit par un incendie, et que celui d'Assouretililâni avait été construit sur ses décombres. Mais on ne saurait dire si cette destruction est due au.x Scytiies (Rawlinso.n, The five greal monarchies, 2' édit., t. II, p. 228), ou à la première campagne de Cya.xare, en Assyrie. (Rawlinson, Herodolus, 2' édit., t. I, p. 398.) Assour et Dour Charoukin (le palais de Sargon) disparurent en même temps.
(6) La diplomatie niède ne fut peut-être pas étrangère à la révolution qui mit Nabopolassar sur le trône de Chaldée. La tradition affirmait qu'une armée venue du sud avait débarqué soudain aux embouchures de l'Eujdirale et du Tigre. Ne doit-on pas voir dans cette invasion le souvenir d'une révolte du Bit-Yakin, des tribus voisines de la mer, des
Elaniites peut-être, pi»|>Mlalions qui, à cette époque, étaient en relations constantes avec la Médie? Ecbatane (Hamadan) n'était qu'à dix ou douze jours de caravane de .Suse par Khaïdâlou (Kborremâbàd ?) Quoi qu'il en soit, Nabopolassar, chargé par Assouretililâui de refouler ces envahisseurs, s'allia avec eux et se déclara indépendant. La Mésopotamie, la Syrie et la Palestine ne suivirent jias l'exemple tle Babylone, mais ne furent d'aucun secours pour Ninive à l'heure du danger (J. M.).
(7) Des bandes cimmériennes et scythes,inilépendanles de celles (jui rentrèrent en Europe, occupaient bien certainement encore certaines vallées de l'Arménie et du petit Caucase. Winckler {Unlersachungen zur Altorienlalischen Geschichte, p. 125) pense que les Scythes auraient possédé une partie de la Médie, jusqu'au moment où leur chef Astyage aurait été renversé par Cyrus. Rost [op. cit., p. 93, sq.) i>ense que Cvaxare lui-même est un Scythe. Le récit d'Hérodote (I, cvi), par lequel Cyaxare aurait invité Madyès à un banquet, avec les principaux chefs scylhes, et les aurait fait tuer après les avoir enivrés, contredit ces ojjinions, et semble être plus acceptable, étant donnée l'époque à laquelle il a été recueilli par l'historien grec. D'ailleurs, les Scythes ne semblent pas s'être avancés en Médie beaucoup plus au sud que le lac d'Ourmiah. Toute la partie méridionale du royaume aurait donc conservé sa liberté.
(8) Cf. BoscAWEN, Babylonian dated lablets, in Trans. o/ Ihe Soc. of Bibl. Archseol., t. VI, pp. 21-22. — Sayce, Babyl. littéral., pp. 78-82. — Id., Fresh light froin Ihe anc. mon., pp. 132- 136. — ScHR.\DER, Keilinschr. u. Geschischtsf-,
Vaincu en rase campagne, Sincharichkoun, le dernier des rois d'Assour, s'enferma dans ses murailles et, plutôt que de tomber vivant aux mains des vainqueurs, se donna la mort dans les flammes de son palais (1) (608 ou 600).
L'Assyrie avait vécu (2) ; après s'être trouvée, sous Assourbanipal, a 1 apogée de sa gloire et de sa puissance, elle fut écrasée par sa grandeur même, par la mauvaise organisation de ses États et par les haines mortelles que ses cruautés avaient inspirées.
Au jour du danger, au lieu de trouver dans ses provinces les ressources nécessaires à la lutte suprême, elle ne rencontra que des ennemis ne voyant dans sa perte que la disparition d'un fléau qu'une punition du Ciel. '
Ainsi les Sémitesqui, pendant quatre mille ans environ, avaient a des titres divers, dominé l'Asie occidentale ; qui, tout-puissants' auraient pu organiser le monde, s'éteignaient haïs, détestés' maudits, soudlésdu sang de millions de victimes. Le souvenir de leurs atrocités pèsera comme une éternelle opprobre sur cet empire et sur la race qui l'a enfanté (3).
L'i:gypte, malgré les succès des pharaons de la XXW dynastie et des llamessides, était réellement en décadence dès l'époque où les Ilyksos l'envahirent. Son entrée en scène dans l'histoire générale, lui faisant perdre ses caractères nationaux, la mettait au rang des autres souverainetés d'alors, puissante 'un jour, abattue le lendemain.
Tant qu'elle vécut sur elle-même, tant qu'elle ne fit usage pour son développement, que des ressources puisées dans sa sphère naturelle, sa prospérité s'accrut ; les arts, l'industrie, le commerce, la richesse, en un mot, atteignirent leur apogée au temps de la XIP dynastie. ^
Mais lorsqu'elle eut de constantes relations avec les peuples de l'Asie, quand ses frontières furent largement ouvertes, reculées
n,T:;S>. ~ ""■ ^^^•^""^'^^- '- ^'•'3- "^ '■'-■^'■' -l-tric^ et de son agrioullure. sa littérature
(1) Diodore de Sicile II 2^-18 dWn n,'. scientifique et religieuse ; une seule chose lui
sias-Abvdène, ds E^sèbe Chron can nars l" "PP^'-\'^"^ en propre, la tactique de ses géné-
c. 9. ; PÔ/y/^«/o' ds leTènfe pars 1 c^ 5 ' ';:v„'' 'V^cellence de ses soldats. Du'jour
(â) Les' anciennes bandée ' d'Ass'our ^eni- ïcu ' mé nom- h"'' '' ? ^'^'"^"'•' '''" "«
^. habitent les .onta^ÏÏ SSfll^! ^^ ^^IliST ^IL^;^^ t ^^J^
/Qi i-A • » . , Ilisloire ancienne des peuples de l'Orient clns-
(3 « L Assyrie a tout reçu de la Chaldée, sa sique, l. III, n 486 ) ^ ^ ''• "^ ' "'""' <^"'* civilisation, ses mœurs, le matériel de ses in-
qu'elles étaient jusqu'à l'Oronte et l'Euphrate, quand par ses conquêtes elle eut introduit dans son patrimoine des éléments exotiques, elle subit rapidement leur influence et l'esprit égyptien s'atrophia (1).
Dès la XVIÏI'^ dynastie, l'étranger avait pris un tel pied dans la vallée du Nil que bien des fonctionnaires étaient des Asiates. On considérait alors comme de bon ton d'employer dans la langue des termes sémitiques et de négliger les vieilles expressions indigènes.
C'est ainsi qu'il est aujourd'hui de mode chez les Persans, chez les Turcs, d'émailler les anciens dialectes de mots arabes ; qu'à Rome les expressions grecques furent en honneur au temps des Césars; que bien des peuples de l'Europe se piquent d'employer un grand nombre de mots français ou anglais, plus ou moins écorchés, toujours improprement apj)liqués.
Il est peu de nations qui sachent conserver intact leur parler national et, paitant, la mentalité de leurs ancêtres; jeunes, elles empruntent aux plus développées qu'elles; vieillies, elles se laissent envahir. Ce n'est que dans leur maturité qu'elles vivent de leur existence propre et le langage est le plus fidèle miroir de létat moral d'un peuple.
Celte tendance s'accentua plus encore après les lîamessides. Déjà une grande partie de la population du Delta était étrangère; elle adorait ses dieux dans des temples particuliers élevés auprès de ceux des divinités égyptiennes. Tout l'orient du f3elta était occupé par des Sémites, sujets égyptiens, mais demeurés asiatiques par l'esprit, la langue, les mœurs et la religion.
A l'occident, c'étaient les Libyens qui dominaient par leur nombre et leur influence. ^Mercenaires depuis des siècles, ils fournissaient au pharaon ses meilleures troupes, sa garde, sa police même, répandue dans tous les nômes.
En dehors de ces deux centres, presque uniquement étrangers, l'Egypte renfermait une population fort mélangée ; c'étaient des nègres, des Asiates, des Méditerranéens, ceux-ci employés aux travaux des champs, ou se livrant au commerce dans les bour-
(1) Sur le nombre (Ifsélningers en Egyple, purus Lee et Rullin, pp. 138-162. — M.\x Mll-
Cf. H. Bruosch, Geschichte lEgyplens, p. !97, ler, Asien imd Europa, p. 240. —G. Maspebo,
sq. Eh.man, JEgijplen und JEijupthches Le- lU^l. anc. peuples Orient classique, t. Il, 1897,
hen im Allerihums, pp. 450, S(i., 683, sq. — De- ji. 485 et note 2, \>. 57U. VEBiA, le Papyrus judiciaire de Turin et les pu-
LA PRKPONDÉRANCE ASSYRIENNE 373
gades, ceux-là fonctionnaires dans l'administration, tous exerçant une influence notable. Ces intrusions, prépondérantes dans la Basse ^'allée, s'étendaient, en sallénuant, Jus(|u'aux frontières de la Nubie; Yahwè avait son temple dans l'île d'Eléphantine.
Tous ces étrangers n'avaient, comme de raison, aucun souci des intérêts du pays qui, généreusement, leur donnait l'hospitalité ; peu leur importait la conservation de ses lois, de son culte ou de son prestige. Egyptiens aujourd'hui, Syriens, Assyriens ou Perses demain, ils n'entrevoyaient que leur intérêt personnel, se donnant au plus ofFrant, dans les troubles intérieurs comme dans les guerres contre l'étranger; et Fégoïsme de leur mentalité pénétra vite la nation tout entière (1).
L'Egypte avait terminé sa carrière ; elle se mourait de vieillesse et, si elle existait encore, ce n'était qu'en vertu delà force acquise par des milliers d'années d'une administration sage et patrioti({ue. L'Empire byzantin ne survécut-il pas pendant plus de mille années, grâce au seul prestige du nom romain?
Une dynastie dite libyenne, la XXII^, dont Ghechonq fut le chef, avait su, non seulement s'emparer de la couronne, mais aussi du titre de premier prophète d'Ammon ; tandis que l'ancienne lignée des grands prêtres thébains s'était retirée en Ethiopie, à Napata, où elle avait fondé un Etat indépendant.
Chéchonq fut l'un des derniers souverains d Egypte qui dépassèrent le Sinaï. Il marcha contre la Syrie, envahit la Judée, pilla Jérusalem, Habbit, Tàanak, Haphraïm, Gibéon, etc., et les villages delà plaine de Juda; mais ces conquêtes ne furent qu'éphémères, car, dès le temps des successeurs de Chéchonq, on dut les abandonner.
A l'intérieur, la haute direction dans les nômes avait été changée et la vieille noblesse mise à l'écart; les nouveaux préfets étaient tous des princes de la famille royale. Cette mesure maladroite constitua une nouvelle aristocratie héréditaire, plus dangereuse encore que celle dont elle avait pris la place; car chacun de ces seigneurs, issu de sang royal et divin, pouvait prétendre au trône.
Peu à peu ces princes s'émancipèrent, s'appuyant sur les mer-
(1) Inlluence nrtistique mycénienne en S.Reinacii, Ciiroi). or., ds Rev. archéol., 181t2, Egypte, à la XVIH'^ dynastie. Cf. G. Stei.n- l. I, pp. i06-7. DOBFF, Archœol. Anzeiger, 1892, p. 11, sq. —
cenaires dès longtemps à la solde égyptienne. L'anarchie devint complète; ce fut pour le pays des pharaons lépoque des trente tvrans. On vit à la fois vingt-cinq principautés indépendantes dans la vallée du Nil, el quatre de leurs dynastes prendre le cartouche royal.
Psamitik, de la dynastie saïte (XXVll^), ramena la prospérité pour un temps très court. Les arts se relevèrent; mais intervint rÉthiopie qui, renversant la dynastie saïte, reconstitua, tout au moins géographiquement, l'Empire des anciens temps. C'était l'époque dAssourbanipal; l'Assyrie était bien trop occupée, d'une ])art, de ses grandes guerres d'Ourarthou, d'Elam et de Chaldée, d'autre part de ses revers, pour songer à l'Egypte.
En Syrie, le déclin de la puissance égyptienne avait permis aux petits peuples de s'affranchir et de se constituer en royaumes ; c'est alors que les Hébreux s'étaient emparés de la suprématie sur les Chananéens du sud.
Lorsque Salomon monta sur le trône, il n'existait plus, dans toute la région, que trois puissances méritant ce nom: la sienne, celle des Phéniciens, avec laquelle il s'entendit pour se partager le commerce de l'Orient, et le royaume de Damas tantôt faible, tantôt puissant le seul ennemi redoutable pour Jérusalem et pour les villes de la côte.
Le nouveau roi oiganisa les conquêtes faites par son père, construisit des places fortes, afin de maintenir les petits peuples dans l'obéissance et, certainement aussi, pour surveiller les grands carrefours commerciaux; car la Judée tirait des revenus considérables des taxes qu'elle imposait aux caravanes d'Asie Mineure, de Chaldée, d'Egypte, d'Arabie, de Phénicie, traversant son territoire.
La métropole elle-même, véritable maison de commerce, tout comme Tyr, Sidon, Beryte et Damas, envoya des expéditions jus- (ju'en Arabie et, peut-être aussi, dans tous les grands centres producteurs et consommateurs de l'Asie Antérieure. La richesse de la Judée s'accrut rapidement, les trésors de Salomon prirent rang, chez les Juifs, parmi les fables les plus accréditées. Jérusalem construisit sou temple, centre du patriotisme Israélite, embellit sa ville, l'entoura de remparts. Ce fut le royaume de la Commission ; mais sa fortune, ne reposant que sur le transit et le crédit, se trouvait exj)osée au moindre caprice du sort.
LAlPRÉPONDtHANCK ASSVP.IENNE
Les troubles qui éclatèrent en Palestine après la mort de Salomon, l'intervention armée des Egyptiens en Syrie, arrêtèrent les ati'aires et le pays tomba dans un tel état de faiblesse (1^ que, dès lors, incapable de se relever, il était destine à devenir la proie de celui qui se donnerait la peine de le parcourir militairement.
Le royaume de Damas entreprit celte tâche; les désastres survenus alors aux Assyriens, l'apathie des pharaons, lui en laissèrent le loisir. Il refoula vers le nord les restes des Hétéens, occupa tout le pavs et, malgré TAssyrie qui. restaurée de ses revers, intervint bientôt sur TEuphrate et rOronte, ce royaume eut encore assez de vitalité pour se maintenir jusqu'en 8^0, époque à laquelle il se soumit à Xinive. afin de pouvoir en toute sécurité exercer ses vengeances contre Israël.
Ce furent ces compétitions, ces hainesdes petits Etats entre eux. qui causèrent en Syrie la fortune de Ninive ; son habileté politique lui permit d'en j)rofiter et, grâce à sa diplomatie, jamais elle ne rencontra, parmi
ces peuples, d'ennemis capables tle lutter contre elle à armes égales.
La Palestine au temps du royaume de Damas (vni« s. av. J.-C.) {2\
(1} Jnmais en Palestine il n'y eut d'art indigène: les Juifs se contentèrent de copier gauchement la Phénicie. qui elle-même s'inspirait maladroitement de 1 Egypte et de la Chaldée. Plus lard, à parlirdu neuvième-huitième siècle, il se forma des procédés nationaux dans la
céramique syrienne; mais leurs produits ne furent que d'inélégantes copies de 1 art mycénien, déjà gâté par les influences de Rhodes et de Chypre. , Cf. H. Vincent. Canaan, 1907, p. 20.) (2) D'après J. M.kspero. Hisl anc. des peuples de l'Orienl classique, t. UI, p. 185.
376 LES PREMIÈRES CIMLISATIONS
Les Phéniciens, dont les attaches sur la terre ferme étaient moins fortes que celles des Hébreux, dont la puissance et la richesse résidaient surtout dans les flottes et dans le commerce de terre (1) et de mer, surent, par des tributs volontaires, éloigner d'eux les Assyriens : procédant en cela de même que jadis ils en avaient agi vis-à-vis de l'Egypte. Dans quelques rares cas ils se départirent de cette sage politique du faible à l'égard du fort et n'eurent pas lieu de s'en louer.
Tyr avait alors la suprématie sur toutes les villes phéniciennes du sud, tandis que Beryte dominait au nord. Certainement les possessions de ces deux villes, sur le continent, étaient importantes; mais c'était surtout parleurs colonies qu'elles florissaient. L'appui des Pharaons avait ouvert aux Phéniciens tous les champs commerciaux de la Méditerranée et l'intervention des Assvriens ne modifia pas cette fortune; mais les navigateurs sémites se heurtèrent bien vite à d'habiles et intrépides marins, aux (Irecs, leurs élèves dans la science de la mer, qui, pendant des siècles, leur en disputèrent le domaine (2).
Les rivalités d'intérêts sur une multitude de ])oints firent naître, dans toute la ^léditerranée, des luttes ardentes pour la possession des comptoirs. Phéniciens et Hellènes en vinrent aux mains dans l'Archipel, dans le sud de l'Asie Mineure, en Sicile, en Espagne, sur la côte d'Afrique. Ils devinrent d'irréconciliables ennemis et, lors des luttes des grands empires asiatiques contre la Grèce, les Phéniciens, par haine et par intérêt, prêtèrent aux Perses l'appui de leurs vaisseaux.
Les Hellènes, dont nous avons (h\jà rencontré le nom 3) lors
(l)V(<hin(petil-êtreWoil(kin,enlre la Mecque ii. l24-b2.'i. — Wiedemann, Ilerodols Zweiles
el Mé(line) et Yâvân (en Arabie) de Oùzâl (fils liarh, p. -207, n» 1) parle des >• des de la Très-
de Yâqtàn, établi dans le sud de l'Arabie) Verte". Ce ne peut être que Chypre, Khodes,
pourvoyaient les (Tyr) marchés ; le fer tra- peul-èlre même les Cyclades (Cf. D. :Mai,i.et,
vaille, la casse et la canne aromatique étaient IS[>'.\, len l^remiers Etablissements grecs en Eg;ii)le,
échangés avec toi. Dedân trafiquait avec toi introd., j). 5).
en couverturespoursasseoirà cheval. L'Arabie XII' dyn. — Le i)haraon Sonkheri Amoni se
et tous les princes de Qêdâr trafiquaient avec vante d'avoir fait faillir les Hanehou (peuples
toi, et faisaient le commerce en agneau.x, en <lu nord) qui plus tard sous les Plolémées furent
béliers, en boucs. Les marchands de Schebâ l'équivaknl des Ioniens. (Cf. Lepsius, Denkm.,
et de Raemàh trafiquaient avec toi; de tous les II, 150. — D. Mali. et, les Premiers Elablisse-
ineilleurs ar(jmales, de loute espèce de i)ierres ments des Grecs en Egi/ple, 1893, introd., p. 5.) I)récieuses et d'or, ils i)Ourvoyaient tes mar- Thoulmés III parle de ceu.\ qui habitent
chés. {Ezechiel, XXVII, 19-22. - Fr. Le.nor- les îles dans la Ci; iule Mer, du pays d'Asi
MANT, les Origines Je ihisloire, t. III, p. 15.) (Chypre) [Lepsius, Denkm., III, 5, 1. 3-4, stèle
(2) Pour les Grecs de l'époque homérique, la de Tobosj. Il y a\ail alors un gouverneur des piraterie était un métier avouable. (Cf. Odyssée, pays du Nonl, déh'gué du roi dans les districts IX, 40 et sq. ; XI, 401 et sq. ; XIV, 85 rt sq.', etc.) situés dans la Trés-Verte. (Cf. D. 3Iallet, les
(3) XIII" dynastie. — Le conte de Sinouhil Prem. Ehihl. des Crées en Egypte, 1893, introd., (Cf. G. Maspero, Contes égyptiens, 1" éd., p. C.)
LA pnKPOXDKHANCE ASSVUIENNK
d(^ la prépondérance égyptienne, s'étaient, aux temps assyriens, fermement implantés dans les pays qu'ils considéi'aient déjà comme leur patrimoine (1). Le rôle éminent qu'ils étaient destinés à jouer dans la grande civilisation leur fait une |)lace à part dans riiisloirc^ ; aussi méritenl-ils (|u'on remonte dans leurs annales aussi loin que faire se peut.
Les tribus indo-européennes qui sinslallèrent dans la Grèce continentale et insulaire étaient remarquablement douées, et leur esprit, ouvert à toutes les spéculations, sut tirei- un merveilleux parti des données qu'ils rencontrèrent chez les peuples asiatiques (*2) et en Egypte. Les arts étaient nés, ils les développèrent dans toutes les branches; en littérature, en philosophie (S), ils surpassèrent leurs maîtres, de même qu'en mathématiques et en construction. Ils achevèrent, en la perfectionnant, l'œuvre du vieux monde; mais ne créèrent aucun principe, no firent aucune découverte fondamentale ( 'i).
Si leurs aptitudes étaient merveilleuses, leur progrès fut singulièrement favorisé pai- la position géographique (|u'ils occupaient. Isolés du reste du monde dans leurs îles et dans la Grèce
(1) <■ La j:raii(lf migration aryeiino venue «l'Orient s'est partagée en trois groupes: l'un, traversant 1 riellesi)ont et la Macédoine, s'est établi dans les régions montagneuses de la Thrace; c'est le lieu d'origine des tribus helléniques, qui descendront plus tard en Grèce. Un autre s'est cantonné sur les plateaux de Phrygie d'où il n'est pas sorti. Un troisième enfin a occupé les cotes d'Asie-Mineure et colonisé les îles de la mer Egée et une partie de la Grèce continentale : c'est la race pélasgique que les Grecs considéraient comme indigène et dont les monuments attestent la liante antiquité. >■ (M. Collignon, Man. arcli. grecque, p. 10.) Cet e.\posé ne semble pas correspondre exactement à la réalité des faits; car les Pélasges antérieurs à la migration gréco-italiote se sont répandus aussi bien en Italie qu'en Grèce. L'invasion de la côte d'Asie par les Ioniens serait dans ces conditions une poussée grecque contemporaine, ou peu s'en faut, de celle des Phrygiens.
(-2) La tradition grecque affirmait que les chefs de My cènes étaient venus de Lydie a|)poi-tant avec eu.\ la civilisation et les trésors de l'Asie-Mineure. Ci'tte tradition a été confirmée par les recherches de la science moderne. Tandis que certains éléments appartenant à la culture préhistorique de la Grèce, telle qu'elle a été révélée à Mycènes et en autres lieux, étaient tirés de l'Egypte et de la Phénicie, d'autres indiquentl'Asie-Mineure comme lieu de provenance. Or la culture de l'Asie Mineure était hétéenne. (A.-II. Sayce, les Héléens, trad. J. Menant, p. 131.) Les Hèléens
portèrent la civili>alion vieillie de la Babylonie et de l'Egyple jusqu'aux limites extrêmes de l'Asie, et à l'aurore nébuleuse de l'histoire européenne, ils la transmirent à l'Occident ; mais ne franchirent jamais celte fronlière. Avec la conquête de la Lydie, leur mission était terminée, (/d., p. 132.)
(3) Les idées philosoi)hiques émanent de deux foyers principaux : celui d'Occident, auquel la race indo-euro])éenne donna son grand essor, et celui d'Extrême-Orient dû à la race chinoise.
Chez les Indo-Européens, aussi loin que nous puissions remonter, nous rencontrons des idées philosophiques très confuses se manifestant sous forme de mythes, de symboles, de panthéisme ou de fétichisme. La nature y joue un très grand lôlc. Aux Indes, le jtan- Ihéisme semble ne s'être développé qu'avec les siècles, tandis que chez les Iraniens et les Indo-Européens de l'Occident il s'atténua, enfanta le monothéisme et, peu à peu, la philosophie se dégagea même des idées religieuses pour tendre vers une science véritable.
L'Orirnt anaryen ne pcissédait,semble-l-il, que des idées philosophiques très vagues enveloppées d'un panthéisme très développé et tle naturisme.
(4) Les Grecs ont moins encore que les Egyptiens proclamé l'unité du divin. Les dieux grecs sont individuels et variés, louchent de 1res près à la nature; il y avait des liens très étroits entre Zeus et l'Elher, entre Poséidon et la mer, elc. (Laghangk, /7;sf. relig. scmil., p. 442.)
continentale, n'ayant aucune crainte vers le nord, protégés par la mer des peuples qui, en les subjuguant, eussent pu anéantir leur o-énie, ils furent à même de bénéficier de tous les avantaoes de l'ancienne civilisation, sans avoir à en redouter les dangers.
La Grère aux temps liéroïques.
Divisés avant leur venue sur la Méditerranée, ils restèrent divisés par la force même des choses; et la sécurité dont ils jouirent jusqu'aux temps achéméuides leur permit de se développer en une multitude de foyers.
Cette sécurité fut leur perte au point de vue politique; car, n'ayant pas à se grouper contre un ennemi commun, ils se déchi-
LA PRÉPONDKRANT.E ASSYRIENNE 379
rèrent entre eux et ne formèrent jamais une nation. Au jour du dant^er, ils ne surent même pas s'unir et, en dépit des hauts faits dont leur vanitc' nous entrelient, furent vaincus, écrasés par des organisations politiques inf<Mieures aux leurs comme conceptions, mais très supérieures par l'unité de direction.
Les indications les plus anciennes relatives aux peuples grécoitaliotes sont fournies par la linguisti(|ue. L'élude comparée des divers dialectes issus de cette souche commune montre qu'avant leur séparation toutes ces tribus, dont quelques-unes sont devenues plus tard de grands peuples, n'étaient que les fractions, les clans d'une même horde, nomade pendant toute la durée de son exode, et qui ne devint sédentaire qu'après avoir atteint les terres les plus méridionales et le contact des vieilles monarchies.
On sait que les mots exprimant les animaux domestiques, les travaux de l'agriculture, l'acte de moudre, de tisser, de forger, sont communs à toutes les langues indo-européennes parvenues jusqu'à nous ; l'archéologie vérifie ces assertions, car le premier flot humain qu'on j)eut, avec quelque certitude, considérer comme aryen, était en possession de toutes ces notions.
En dehors de ces connaissances communes à toute la race, les Gréco-ltaliotes en acquirent une foule d'autres, alors que, séparés de la souche mère, ils vivaient encore en communauté ; car ou retrouve, dans les vocabulaires hellénique et italiole, les mêmes racines pour indiquer les instruments d'agriculture, le vin, l'huile, etc., la déesse du foyer, et ces termes ne se rencontrent pas dans les autres idiomes indo-européens.
La langue, produit de la mentalité grecque, fut en même temps la cause de sa conservation. « De même que les facultés du peuple hellénique se sont manifestées dans l'épanouissement inconscient d'où est sortie la langue, de même la langue, une fois formée, a exercé sur le peuple en général et sur chacun de ses membres, l'influence la plus puissante; car plus l'organisme d'une langue est parfait, plus celui qui s'en sert est porté, et en quelque sorte oblio-é, à régler logiquement le cours de ses pensées et à préciser ses idées (1). »
Dans ses grandes lignes, la langue était une quand, aux temps très anciens, les Hellènes apparurent sur les territoires de la Thrace
(1) E. CuRTiu-, Wis(. grecque, Und. Boiulier-Leclercci, 1883, I. I, p- 25.
et de THellade. De nombreux dialectes fractionnaient, il est vrai, ces populations et chacun de ces dialectes était en droit d'aspirer à riiégémonie, en même temps que les tribus en faisant usage pouvaient prétendre chacune à la suprématie ])()litique.
De bonne heure il se fit un tri par suite de Timporlance relative de certains peuples, de leur vitalité, de la situation géographique dans laquelle ils se trouvaient, lors de leur fixation. Le rôle politique de quelques tribus s'élargit ; et, en même temps, leurs dialectes se répandirent, étouffant ceux des clans plus faibles ; c'est ainsi que se formèrent les dialectes dorien et ionien et les nationalités correspondantes, florissant dans un (h)niaine nettement défini, tandis que l'éolien, d'un caractère plus vague, sans patrimoine bien net, survécut seulement à Pétat sporadique et que les autres idiomes disparurent rapidement (1).
Grâce à leur unitéd'esprit,lesGrecs possédaient les mêmes tendances, les mêmes aptitudes, le même génie. Ce qu'ils ont emprunté du dehors a été si complètement régénéré par eux ((u'ils en ont fait leur propriété et Tontmarqué au sceau deleur inépuisable génie, portant chacun des princij)es qu'ils reçurent a lapogée de l'exécution par leur méthode, leur sentiment de l'esthétique, leur jugement droit, leur amour an beau et du juste, leur morale supérieure (-2).
Ces qualités intellectuelles avaient toujours manqué à l'Asie comme k l'Egypte, parce que l'ancien monde n'avait pas l'esprit ouvert aux conceptions d'ensemble. La civilisalion orientale ne sut ni simplifier, ni idéaliser, ni généialiser.
Peuples jeunes, nomades, libres, les Hellènes intervenaient dans l'ancien monde réduit a l'esclavage depuis des milliers d'années, apportant avec eux un invincible amour de la liberté politique et individuelle et des vertus que ne pouvaient plus j)osséder des êtres opprimés. Fieis, conscients de leur supériorité phvsique et intellectuelle, méprisant ce vieux monde vermoulu, ils firent tous les eff'orts pour conserver leur indépendance ; et leur destinée eût été sublime si, par leurs divisions intestines, ils n'avaient paralysé l'essor de leui- génie.
(1 ) Les Cariens sont désignés (HoM.,///<i(ie, II, en Grèce comme à Rome, quoiqu'à un moindre
867) comme des gens - parlant un jargon ». degré, le principe d'admirables vertus fami-
On donnaitaussi cettequalification au.vEléens liales. Tout cela est inconnu des Sémites ; la
et aux Eréthriens. (Deimling, Leleger, p. 22.) polygamie excluait une vie de famille aussi
(-2) Malgré bien des fictions i)oétiques, bien intime et vraiment sacrée. fLAcnANCE, Hisf.
des usages contraires à la morale, la religion reli(j. xémil., p. i4i.) domestique de la famille fut véritablement,
(1) D'nprès G. Maspero, Hist. une. des peuples de l'Orient chissique, t. 111, p. 329.
Les Hellènes n'avaient aucun souvenir de leurs migrations (1) ; ils se considéraient comme autochtones des pays où ils étaient venus se fixer et savaient, cependant, que d'autres peuples disparus (2) à l'époque historique avaient, pour eux, éclairci les forêts, asséché les marais, aplani les rochers, construit les premières villes. Ces
LEGENDE Colomcs Eolo-Doriznne* 1' • ^
Colonies grecques de la Propontide.
peuples, ils les désignaient sous le nom générique de Pélasges (3). En réalité, ces pré-Hellènes n'étaient point les aborigènes ; le flot pélasgique, de beaucoup antérieur à celui des Grecs, bien que son congénère (Zi), avait absorbé des races plus anciennes que lui.
1) Suivant V. Lichtenberg (Be/frn^e :. allesleii Gesch. v. Kijpros., Berlin, 1906) et d'autres (O. Richler), les Thraco-Flirygiens, descendus de la Hongrie en Asie Mineure et à Chypre, auraient apporté la civilisation pré-mycénienne, détruite vers le onzième siècle par les Doriens, porteurs de la culture mycénienne (Reisch, Dœrpfeld). Mais les données sur lesquelles s'appuient ces auteurs sont fort précaires (Cf. A.-J. Reinach, Rev. d'ethnog. el social. Paris, février 1908, p. 107) el ne prouvent en aucune manière que la civilisation pré-mycénienne de Chypre fut thraco-plirygienne, c'est-à-dire indo-européenne. Il semble, au contraire, qu elle fut le fait d une race méditerranéenne anaryenne et non sémite. (Cf. R. DossAUD, L'île de Chypre aux âges du cuivre et du bronze, ds Rev. Ecole Anthrop., Paris, , 1907.)
(2) Les Lélèges, suivant Suidas, étaient des gens de sang mêlé (Cf. Deimling, Leleger, p.
99), formés par le mélange des anciennes races avec les Hellènes et les Pélasges. Kiepert [Monalschr . der Kyl. Acad. d. lV/.s-.s., 1861, p. 144) les assimile aux Illyrieiis, dont les descendants se retrouvent aujourd'hui dans les Chkipélares ou Albanais. (E. Curtius, Hisl.gr,. trad. H. Leclercq, 188.3, p. 57, notes 1 el 2.)
(3) Les Pélasges et les Tyrsenès (Turses) ne seraient qu'un même peuple (Cf. d'ARBois DE JuBAiNviLLE, Ics Premiers Habitants de l'Europe, p. 52, sq.), ou du moins deux branches d'une même race. (Cf. Fr. Lenormant, /e.5 Origines de l'histoire, t. III, p. 127.)
(4) Le premier Hellène pur sang que nous connaissions, l'Achille d'Homère, adresse sa prière au « Zeus Pélagique », el Dodone, considérée en tout temps comme la première colonie des Pélasges, était en même temps le point où s'attacha pour la première fois en Europe le nom d'Helladt. (Hésiode ap. Slrab., VII, 7, 10.) Ce sont les Pélasges qui, comme
LA PRÉPONDÉRANCE ASSVlilKNM;
Les Ioniens semblent avoir été ravaiit-gaide de la migration d'où sortit la Grèce ; mais il est impossible, jusqu'ici, de connaître les phases de leurs mouvements primitifs. Dès le quinzième siècle, nous les trouvons installés dans les îles et sur les côtes d'Asie (1).
Les Doriens étaient descendus des montagnes de la Thessalie. Les Phrygiens, dont la langue est apparentée au grec, après avoir traversé le Bosphore, s'arrêtèrent en Asie pour s'y fixer. Plus tard, vers l'époque de l'invasion des Cimmériens et des Skolotes, les Arméniens traversant, eux aussi, le Bosphore, s'avancèrent jusqu'en Silicie; puis allèrent se fixer dans l'ancien royaume d'Ourarthou qu'ils occupaient en entier déjà sous les Achéménides.
Certains auteurs pensent qu'après le départ des Italiotes, les Phry-
ffio-Hellènes seraient , ,
" Le monde grec après 1 invasion dorienne,
venus s'installer dans le vers le xv s. avant notre ère.
plateau central de l'Asie
Mineure ; que c'est là que se serait faite la scission entre les Grecs, les Phrygiens et les autres tribus, et que les Hellènes seraient passés en Europe. Il semble plus rationnel d'admettre que les nouveaux venus occupaient en même temps toute la Thrace et, après leur passage du Danube, la majeure partie de l'Asie Mineure et que, dès lors, il se fit dans ce domaine des mouvements dont le résultat fut l'hellénisation des îles et des deux péninsules. Les branches européenne et asiatique de la nation se retrouvèrent dans l'Archipel et sur les plages de l'Attique etdelaMorée, venant de directions différentes, ayant vécu séparées pendant un assez grand nombre de siècles, d'où ce dualisme qui domine dans toute l'histoire grecque.
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peuple agricole et sédentaire (Hérodote, I, 56), ont donné au pays sa première consécration. (E. CuRTics, W(s/. grecque, trad. Bouché- Leclercq, 1883, l. I, p. 33.— Cf. Deimling, Leleaer, p. 108.) Hérodote {I, 58} considère la race
helléni<|iu' comme un rameau qui s'est graduellement détaché du tronc pélasgique.
(1) Cf. K. CuRTius, llisl. grecque, Irad. Bouché-Leclercq, 1883, l, I, p. 36 et note 1.
De bonne heure, les Ioniens étaient devenus marins. Ce n'était sûrement pas dans les steppes du Nord, en Tlirace ou dans TAsie Mineure, qu'ils j)ouvaient avoir acquis des notions sur la navigation ; ce ne fut qu'au contact des colons de l'ancien monde, qu'ils rencontrèrent dans les pays qu'eux-mêmes allaient conquérir.
Les Egyptiens (1), les Cretois, les Phéniciens parcouraient depuis longtemps la ^Méditerranée, et les Hellènes furent sûrement en relations avec les navigateurs crétois répandus dans toutes les îles. Ils Irouvèi'enl les Phéniciens installés à Thasos, à Lemnos, en E])ire,à Cythère, à Théra, à Pihodes, à Chypre, etc. (2), et trali(|uant sur toutes les côtes. Argos était un marché asiatique très fré(|uenté (3). Les pêcheries de pourpre (/|! de la Morée. des baies de la Licaonie, de l'Argolide, de la Béotie, de l'Eubée étaient depuis tles temps immémoriaux exploitées par les Tyriens (5).
C'est la branche ionienne des Hellènes c[ui, vers le quinzième siècle, ouvre l'histoire grecque. Les Ioniens se répandent sur les côtes et dans les îles, j)oussent jus(|u'en Hasse-Eg\ pte, daus la Sardaigne, la Sicile, en Crète, s'établissent comme commerçants dans les Etats puissants, comme colons dans les pays où ils sont en force, occupent la Morécl'Attique et, bien que très divisés comme tribus, se constituent en nation, absoiljaiil ou refoidanl peu a ])eu les Pélasges et les peuplades méditerranéennes. Des échanges constants se faisaient alors dans la j)opulali()n des tliverses colonies; le monde grec n'était pas encore fixé.
L'époj)ée homérique montre la société hellénique primitive
(1) Dans l'époiiùe hoinrriqiie fornu'e entre la fin lin onzième siècle et le coinniencenient du neuvième, c'est-à-dire sons la XXI» el la XXIP (lynasUes, l'Egypte est fré(|nemment mentionnée avec des détails ([ui prouvent que celle lerre élail bien connue des Grecs qui sûrement déjà y allaient trafiquer, et lentaient d'y exercer la piraterie. (Cf. Odyssée, XIV' clianl, 199 el sq. (IV, 483). Déjà, sous Aménolliés III, les Egyptiens entretenaient des vaisseaux dans les différentes branches du Nil i)Our empêcher les incursions des pirates phéniciens el grecs. Mais cette piraterie ne devint inquiétante que sous la XIX' dynastie.
(-2) Cf. ReINHOLD, Fp.EIllEUli VON LlClITEN-
BERG, Beilràije zur alteslen Gesrhichle von Kijpros, Berlin, 190(5. — Les plusanciens documents écrits i-elalifs à l'ileile Chypre sont les annales de Tlioutmès III (1515-1461). L'ile envovait alors en Egypte des lingots de cuivre et de plomb, des essences et des bois, des bœufs et des esclaves, des dents d'éléphant et de la pierre tdeue (lapis-lazuli '?) sous Améuophis IV. Cent ans plus tard (tablettes d'El- Amarna), les rois d'Alasi;i envoyaient jusqu'à
500 talents de cuivre en échange d'or el d'argent. Chypre ne semble pas avoir été alors sous la domination pharaonique, mais subissait grandement lintluence égy|)lienne, directement et par l'intermédiaire de la Phénicie.
(3) Cf. E. CuRTius, Die Phœnizier in Argos, ap. Fthein. Mus., 1850, p. 455, sq. — Hérodote,
(4) PoLLLV, Onoin., I, 45. — Acuill, Tal., I, i;
II, II. — JoAN.Lvn, De Mens., I, 19. —Dion., II, 23. —^ Dio.. Chrysost. Oral., t. II, p. 323, éd. Reisk. — Tertull., De Pallio, c. 4. — Lucien, Quoniddo Hist., etc., c. 10. — Treb. Poi.l., Triy. Tyr., c. 29. — Justin, I, 3.
(5) Aphrodite et Héraclès représentent tous deux un point culminant de l'influence phénicienne, mais exercée par deux villes différentes. En effet, de 1600 à 1100 av. J.-C, Sidon répand le culte de la déesse d'Ascalon, Aphroilile Ourania, apportant en Grèce la blanche colombe: Plus tard, la colonisation tyrienne est représentée par Héraklès-Melkarl. (E. CuRTius, Hisl. Grecque, trad. B. L., 1883, t. 1, p. 65. — MovERS, Col. die Phœnizier, \i. 58, sq.i
LA PHKPON'DÉRAXCE ASSYRIKNNK
basée sur l'agriculture, Téconomio luralc, la uavig-aiion el le eoinmerce. Les anciennes difTérences eiilie lril)us se sont atténuées déjà, on sent chez ce peuple la tendance vers une unité, résultant de siècles d'incubation. Les goùls artistiques se sont dévelop-
Notions géographiques des Grecs à répo(iue liomédque.
pés (1), les classes sociales sont bien tranchées, les lois, les coi tûmes sont en voie de se fixer.
(1) HoM., IIUkL, XXIII, 7«. Le roi Tlioas échange ail roi Minyen Erneos, qui le cède à Palrocle, une urne d'argent contre un jeune prince captif. On remarquera combien les premiers essais artistiques (céramique) des Grecs sont marqués d'iniluence asiatique. (Cf. Monum. dell' Inst. archeol., IX, tav. XXXIX-XL, des fragments de vases peints archaïques, trouvés à Athènes el portant les traces évidentes de rinfluence syro-chahléenne.
■■ Quant aux ol.jets trouvés à Hissarlik, il est impossible d'y voir, avec M. Schliemanii, des restes de la civilisation décrite par Homère. Ils appartiennent à une époque demibarbare, et le peuple qui les fabriquait commençait à peine à se servir du métal. On n'y retrouve aucune trace d'une inlluence égyptienne ou assyrienne et aucun caractère hellénique. » (M. Coi.i.k;no.\, .1/(171. arch. tirecaue. p 12) J H ,
La civilisation mycénienne est à son apogée, par ses arts, par ses constructions (1); elle montre le peuple grec s'efforçant de transformer en grand art les principes qu'elle a reçus de l'Asie, de la Crète (2). En même temps les premiers royaumes se fondent, vers cette période dont la poésie nous a conservé le récit imagé.
Le onzième siècle vit en Grèce l'invasion dorienne, minuscule mouvement par rapport à l'histoire du monde; mais qui, apportant un sang nouveau dans le Péloponèse, en Crète, dans les îles et jusque sur les côtes d'xAsie (Carie), devait sensiblement modifier le caractère du peuple hellène (3).
L'évolution ethnique était effectuée; dès lors les petits Etats se développèrent en nombre infini. Les luttes en commun pour un temps terminées, on vit reparaître les rivalités, les jalousies d'antan; et, avec elles, ces guerres de ville à ville, de district à district, dont le seul intérêt est dans l'admiralde manière dont elles ont été narrées.
Les Grecs, qui se considéraient comme des êtres très supérieurs, nous ont laissé de volumineux récits de leurs querelles, où la vanité grossit les faits et leurs conséquences. Il semblerait, à les entendre, (jue d'une rencontre entre Athéniens et Thébains ou Spartiates devaient sortir des événements d'une importance mondiale, et malheureusement cette façon de voir les choses, exploitée par la plupart dos historiens, épris de la belle langue hellène, s'est hansmise jusqu'à nous; faussant ainsi l'idée qu'on doit se faire de
(1) M. Steindorff {Archœol. AnzeUjer., WJ-2, |i. 11, sq.), en s'appuyanl sur des peintures de lonibeaux égyptiens, montre que cette civilisation selendait dès le temps de Thoiitniés III (vers 1470), non seulement aux îles de la mer Egée, mais au Kiiiti, aux gens de Tourip et de Kadesch, c'est-à-dire aux peuples de la Syrie du Nord, des pays voisins du golfe d'Issos, et probablement à l'ile de Chypre. (D. MALLET,/es Premiers Elabl. des Grecs en E(ji/ple, 1893, p. 437-8.)
(i) Il y a dix ans encore, avant les découvertes d'Egypte, de Syrie et enfin d'Elam, on considérait les vases à ornementation géométrique trouvés dans toute la Grèce, à Mycènes, à Egine, en Attique, etc., comme <> les produits d'un art national, ne devant rien à l'imitation étrangère (Cf. A. Couze, Zur Geschichle der AnfurKje Griechischen Kunst. — M. CoLLiGNON, Mari. arch. grecque, p. 274), que l'on retrouve dans le nord et qui a été commun à tous les peuples médio-européens avant leur séparation ». (M. Collignon, op. cil., p. 276.) — L'ornementation géométrique chez les peuples aryens primitifs ne présente pas du tout les mêmes caractères que cette même
oruementation chez les anciens Asiates, et c'est cette dernière, un i)eu mélangée de goOt indigène, qui apparaît dans les premiers essais des Hellènes. Quant à la peinture céramique, nous avons vu qu'elle était absolument ignorée des Aryens avant leur entrée en contact avec les Asiates.
(3) Colonnes d'ordre dorique, dans le temple de Karnak, construites sous la XIX« dynastie, dans les tombeaux de Béni Hassan. Le plus ancien temple grec de cet ordre est celui de Corinthe, vin» s. (?) ; viennent ensuite ceux de Sélinonte (vii« s.), de Syracuse, de Paestum (vi« s.), d'Egine, de Thésée à Athènes (v s.). En sorte que le prétendu ordre dorique ne vint au monde dans les pays hellènes que plus de mille ans après qu'il était déjà connu et employé en Egypte pour les grands monuments.
L'ordre ionique n'appartient pas plus aux Grecs que l'ordre dorique. Dans le palais de Sargon à Khorsabad, à KouyoundjiJi, à Golgos, en Fhénicie, en Asie Mineure (Plerium), on retrouve tous les éléments de l'art ionique. Seul, l'ordre corinthien semble jusqu'ici appartenir en propre à la Grèce.
LA PRKPONDÉHANr.Ii ASSYRIENNE 337
la politique générale du vieux monde. Cela tient à ce que, comme les Hébreux, les Grecs nous ont transmis leur histoire ; tandis que les autres peuples ne nous ont presque rien laissé jusqu'ici ; ou, tout au moins ce (|u'ils ont laissé n'a point encore été retrouvé.
Les Grecs, qui dans quelques siècles feront la conquête du monde, ne seront pas ces beaux i)arleurs d'Athènes et du Péloponèse ; mais les peuples du Nord hellénique, vigoureux, énergiques, dociles aux ordres de leurs maîtres. Hommes qui s'étaient appris à l'Ecole du Sud, mais n'avaient retenu de cet enseignement que ce qu'il fallait pour ne pas cesser d'être des soldats.
Pendant que l'Ancien Monde s'abîmait dans l'anarchie, en 75/4-753 avant notre ère, sur les rives d'un petit fleuve près du bord de la mer, loin du centre du monde, se fondait une ville, modeste hameau de huttes peuplé de laboureurs et de bergers barbares. Son territoire ne dépassait pas quelques lieues en dehors de ses murs ; elle ne se distinguait en rien des bourgades de son voisinage, qui toutes l'égalaient en pouvoir, étaient aussi obscures qu'elle (1).
Mais Home était désignée par le destin pour gouverner le monde. Elle devait un jour réduire en provinces tous ces royaumes, tous ces empires qui, au moment de sa naissance, se disputaient la suprématie. De ces rois d'Assyrie, de Babylone, de Syrie, de Phénicie, des Hétéens, des Pharaons, des Hellènes'qui tous l'ignoraient encore, elle devait asservir les descendants, en faire ses sujets, ses clients (2), ses esclaves.
La péninsule Italique n'était pas restée en dehors des vicissitudes avant même l'arrivée des Italiotes qui, sur les bords du Danube ou dans la Thrace, venaient de se séparer des Hellènes. Les nouveaux venus trouvèrent dans le pays une foule de peuples de races ligure et pélasgique ainsi que des autochtones (3).
(1)11 était généralemeiil admis autrefois que (3) Italie, civilisation de Villanova Cf
phabet giec M. Brea (.l/em. Soc. Lmgui.s/(qae, pressa Bolayna, Bologne, 1S55. - Z^nnovi L \ II, p. 129, sq ; 149, sq,, a cherché à dé- Gli scavi délia Cerlosa di Dolonna, 1876.'- Bri-
TfnJ'l^ T ' ''r'^"' f '';'^' •'''" '^^' S'""'^' ^■*'' ^'' ""''"■' "^"" '•^!/'«"« cirLnpadana, mi.
mais par 1 mtermed.aire de l'étrusque, et que - G. GHmAiu.LNi, La necropoll antichisshna di
c est, non des Grecs^du Sud de ritalie, mais Corneto. Tarquinia, 1882. Celte civilisa io^s es
lesBolTn"'""'/''^'"'".'"'^' '^' ^"'^' ^'"^ surtout développée dans la vallée du PoE^e
^. Ror .r. t'^''"'" ' 'T'"- , r. ^°'°S"^^ '' J"«^"« ''«"^ l'Elrurie centrale
riniir.r ^''^'" ^''.•^'^"^'"^ '°"« 'es Etats de (Poggio Renzo. Chiusi, Cerveiri, Corneto, etc.).
lant.qu.te par 1 autocratie ; puis, en 510 av. L'une des caractéristiques de la poterie vil-
t'u:'\Z otab issement du régime répuhli- lanovienne est l'ornemenlation. non plus inci-
ro rt.m n défenseurs du vieux Ce procédé se retrouve dans la poterie hellé-
' nique primitive, dans le Danube, le Caucase,
Il est bien difficile d'indiquer Forigine ethnique de ces diverses tribus, leurs noms seuls nous restent, leur langage s'étant perdu; mais, pour certaines d'entre elles, nous possédons quelques notions sur leur lieu d'origine.
La migration la plus ancienne semble être celle des Ligures, peuple couvrant alors tout l'occident et le centre de l'Europe, et sur lequel j'aurai l'occasion de revenir ; puis vinrent celles des Phrygo- Pélasges, des Sicanes venus d'Espagne, des Celtes sénonais, des Boïens, des Insubriens, des Cénomans de Gaule, des Étrusques descendus des Grandes Alpes, des Vénètes issus des Alpes Juliennes.
Dans la vallée du Pô et sur la côte occidentale, on rencontrait des Sicules(l); tandis qu'au sud-est se trouvaient les Dauniens, Peucétiens, Mésappiens, (|u'une tradition fait venir de l'île de Crète, Liburnes de race illyrienne, Thyrenniens venus de Lydie.
Le seul État de quelque importance, dans l'Italie d'alors, était celui des Étrusques (2) ; très développé au point de vue artistique (3), fournissant d'habiles navigateurs, il tenait, avec les
le Nord de la Perse, etc (Cf. J. i-e Mi)R<;an, Mis.tion scientifique nu Ctiuctise,{. I, 1889, lig. 155 el 162. — In., Mission scientifique en Perse, l. IV, I" partie, p. 117, fig. 122), en Scandiiiovie el dans la majeure partie de l'Europe. Toutefois, nous ne rencontrons pas exactement cette technique dans les anciens pays asiatiques; elle semblerait être spéciale au.v Indo-Européens ou tout au moins aux peuples venus de l'Asie septentrionale. Sur les terramares, Cf. G. DE MoRTiLi.ET, Les terramares du Reggianais, in Rev. nrch.. 1865, t. XL p. 302, sq. — Id. le Signe Je lu croix avant le christianisme. Paris, 1866— W.Uelbig, Die Ilaliker in der Poetjene, Leipzig, 1879, p. 7-'.t. Bibliographie des terramares.
(1) Grote {Hist. nf Greece, t. III, P- iSi^) admet la parenté des OEnotriens et des Sicules avec les Epirotes et en fait une branche de la race hellénique. Mais il semblerait, d'après les rècentesdéconverles archéologiques d'Oi'si, que ces peuples étaient des aborigènes ou tout au moins le produit d'un mélange très antérieur aux Hellènes, avec les anciennes races méditerranéennes.
(2) Denys iVHalicarnasse, L 22, 2; Silius Italiens, XIV, 37. Cf. HouM, Geschiclile Siciliens. 1870, p. 360.
(3) Thuciidide, VI, 2, 2. Ai'ienus, 485 et 46i. Eralhosthène, ap. Strabon, II, 1, 40.
LinQuence orientale sur l'art étrusque ne fait aucun doute (Cf. W. Helbig, Cerni sopra l'arte fenicia, in Ann. dellinstii. di corr. nrcheoloyica. 1876, p. 197, sq. — Clermont-G.\n- MEAU,/a Coupe phénicienne de Palestrina, Paris, 1880); elle se produisit directement de Phénicie (Trésor de Palestrina) ou d'Egypte et aussi par
linlermédiaire de la civilisation minoenne (dont le rOle fui si considérable dans la Méditerranée avant le xi' s.) el des comptoirs phénico-carlhaginois. Plus tard, à jtartir du onzième siècle el surtout du huitième au quatrième, l'esprit grec domina dans toute l'Italie. iCf. Raoul Rochette, Hisl. critique de l'établissement des colonies grecques, 4 vol., Paris, 1815. — Fr. Lenormant, /(( Grande Grèce, 2 vol., Paris, 1881. — Saalfeld, Der Hellenismus in Lntium, Wolfenbuttel, 1883.)
Parmi les produits importés de Grèce en Etrurie, il faut signaler en première ligne les vases peints, communément appelés étrusques, mais (|ui |>our la plupart ont été fabriqués en Grèce. Les importations céramiques en Etrurie ont duré longtemps. Dans lescimelières étrusques, tous les styles sont représentés : le style corinthien ou asiatique qui fleurit en Grèce aux septième et sixième siècles, les vases à fond rouge et figures noires (fin du vi' el début du v s.), les vases à fond noir el figures rouges (v^ el iv s.), sans compter une foule d'objets, de bijoux de provenance grecque mais dont l'origine est plus difficile à établir. (Cf. J. Martha, Man. archéol. étrusque et romaine, p. 39, sq.)
L'influence Cretoise fui aussi de gramle importance sur le développement de l'art en Etrurie. Le joueur de cithare, les danseuses de Cornelo et bien d'autres motifs rappellent beaucoup plus l'art minoen à son apogée (|ue l'art grec mycénien ou post-mycénien.
La céramique nationale de l'Elrurie est la poterie noire à reliefs ; on la trouve seulement dans les territoires compris entre le Tibre el Sienne. Quant à la céramique peinte, elle ré-
LA PRKPONDÉRANCE ASSYRIENNE 339
Ligures de Gênes et de Provence, la A[éditerranée occidentale. Les Lignres poussaient leurs incursions maritimes jusqu'en Sardaigne, en Sicile et sur la côte d'Afrique (1), malgré la présence des comptoirs phéniciens et grecs, dont peu à peu les côtes se couvraient.
C'est de ce milieu si complexe que se fit le |)euple romain. Grand i)ar sa majesté, par son respect de soi-même, habile en toutes choses de la politique et du gouvernement, soldat et marin intrépide, il fut le j)remier à organiser un empire sur des bases rationnelles, sans faiblesses, sans cruautés inutiles. Ayant conquis le monde, il organisa ses provinces de telle manière qu'aujourd'hui encore les Etats fondés sur ses ruines vivent de ses traditions.
Le Romain n'était pas spontanément artiste, son caractère se rapprochant beaucoup j)lus du côté utilitaire que de celui de l'es^ thétique. Il posséda cependant de fort belles choses; parce qua Rome et dans toute 1 Italie on appréciait les œuvres des sculpteurs et des peintres qui prescjue tous étaient des Hellènes.
En littérature, la Grèce fut encore sa maîtresse; mais Rome produisit, par elle-même, des morceaux qui ne le cèdent en rien aux plus belles œuvres des Hellènes. Elle emprunta tout du monde grec, sauf ses défauts ; aussi pendant que les tribus se déchiraient entre elles dans l'Hellade, la ville éternelle marquait sa destinée au sceau de la gloire durable.
En ce qui regarde l'occident et le centre de l'Europe, il n'est parvenu jusqu'à nous aucune indication permettant d'attribuer un nom aux populations qui, descendant des hommes pléistocènes, habitaient le pays en même temps que d'autres immigrées depuis un temps plus ou moins long. Ces hommes se sont fondus en une masse qui, pour les premiers géographes, avait reçu l'appellation générale de Ligures (2).
Les Ambrons de l'Apennin étaient des Ligures (3), de même
snlte <l un., part, nux VI' el V siècles, dini- senc- en Klrurie de poteries grecques p„rlanl
porlalions grecques, d autre pari de fabri.fues des inscriptions en caractères corintiiiens
locales coi)ianl les modèles grecs el prenant (M. Collignon, Man. dfarch. grecque p 2^6 ) " '
d'autant plus diniporlance (pion séloigne (1) Cf. Possidonius, ap. S;rn6o/! IH ivl7
plus (le la l)e!le epo(pie. (Cf. A. DtiMONT, Pe/n- el D/odore, V, 39 ' ' ' •
lures '-^ranuqiw^ ■''J:i^i''^'' ^''^'P'^' !'• ^5, sq.) (-2) Les j.lus anciens lextes sur les Ligures
Vers 1 an 6r,.=i (ol. XXXI, 2), le Corinthien Dé- (A.'y.eç Liguses, Ligures) sont : vers 6(X), Ps.
marale, chasse de Corinlhe par le lyran Kyp- Hésiode, cité par Eraloslhène, ap. Slnibon, VII,
selos. emigra a Tarquinies, accompagné de 3, 7 ; vers 50(), Hécatée de Milft, fV Hisl Gr
deux artistes, Eucheir et lùuirammos (<pii Irace I, i>. 2 ; vers 500-470, Ai'iemis, 132, 135, 190, «28 '
de belle- lignes) ip///ie IL N.. XXXV, 12-43]. Il £.sc/.,//e, ap. S/;vj6o/), IV, i 7 an Demis I 41 ^>
semblerait (|ue Demarale amena avec lui des (3) Plutarqle, 3/(i;("(;.<, 19 '" ouvriers céramistes, ainsi s'expliquerait la pré-
que les habitants des côtes de Provence (1), du bassin du Rhône (2),
L'Italie ver^ l'époque de la fondation de Rome '750 av. J.-C).
de la plaine de Narbonne (3), des côtes du golfe Atlantique (û), de la Gaule entière (5) et de bien des pays riverains de la mer du
fl) Hécalée, Fr. 2-2, Didot.
(2) Aristote, Météorologiques, I, 13, 29.
(r, Hécalée, Fr- 20, Didol.
(4) Avienus, 196.
(5) Liicain, I, 443-4. Cf. S. Reinacii, Culles, I, 1905, p. 213.
LA PRÉPOXDKRANCE ASSYniF-NNE 391
Nord (1), en Angleterre, en Irlande, en Allemagne ; on les retrouvait encore ailleurs, en Italie (2), en Sicile (3), en Espagne, etc.
Les Anciens ne distinguaient les peuples que par leur parler ; il est donc à peu près certain que la même langue s'entendait, vers le dixième siècle avant notre ère, dans tout l'occident de l'Europe. Les traces qu'on en retrouve dans les noms géographi([ues feraient pencher vers cette hypothèse (^i), qu'avant la venue des Gaulois, ces pays étaient occupés par une population sensiblement homogène (5), tout au moins par le langage.
^lais cette homogénéité ne tarda pas à être troublée par de nouvelles invasions; il s'installa des groupes étrangers par le parler, les mcrurs et les tendances, vivant au milieu des pays ligures, mais conservant leurs traditions. (Quelques exemples sont parvenus jusqu'à nous : celui des Étrusques sur l'Arno, des Ibères dans le bassin de l'Èbre, des Latins sur le Tibre, peut-être aussi des Sigynnes sur la rive droite du Danube, foyer de la civilisation dite de Hallstatt (6).
L'unité des Ligures eux-mêmes n'était que bien relative ; car, malgré notre ignorance sur les migrations très anciennes, nous ne pouvons admettre que l'occident de l'Europe n'ait pas été, comme le reste du monde, troublé i)ar maints cataclysmes amenant des mouvements de peuples, par une foule d'invasions et de guerres mélangeant les races entre elles. Tel qu'il nous apparaît, le Lio-ure doit donc être considéré comme étant le produit d'éléments très complexes dont les détails nous échappent (7). Les uns le considèrent comme un fond anaryen(8), les autres comme le résultat des premières invasions indo-européennes (9) dans nos pays.
(1) Avieniis, 129-145. .'6) Cf. Hérodote, V, 0. - G. .Iullian, IW,
(2) llELBiG, Die llfiliker in der Pœbene, 1870, Hist. de In Gnule, l. I, p. 118, noie 3.
p. 30, sq. - Les sept collines de Rome étaient (7) Cf. G. Juluan, \mx,op.cit ,p. 118. -R. de
primilivenicnt liabilées par des Ligures {Denij s Bei.loguet, Elhnoijénie, II, p. 337. — Seroi, On-
d^Halicarrl(^.•i!te, I, 10, 3). .'/'"« « dijjuxione delln slirpe mediterrnnm, 1805,
(3)L Ein|)ire'élnisque dura septsièclesrdux' p. 6t;,sq.; 81, sq.- ScHiAPAREi.i.i,Leslirpiibero-
aiî m" s. av. J.-C.). Sur les Elrusqnes, rf. lifiuri, ds Alti delln R. Acrndemia, \èm, Tarin,
O. MuLLEii, Die Etrusker, 2 vol., Slult-arl, p. 103, 108, etc. - Pruner Bev, Bu// Je /a Soc
1877. - Noël des Vergers, l Elrurie et les (i'.4;i//ir., Il- s., I, 1866, p. 142-467. — Nicolucci,
Etrusques, 'î vol., 1862-6i. AUas.— De.nnis, The Anlhrop. dell Ilalin, 1S87, p. 78.
citiesandcemeleriesofElruria,i\'o\.,Londvc<^, (8) Cf. Mili.e.ndorf, I, 1870, p. 86. — Hirt.
187g Die Indotjennanen, Strasbourg, I, lï)05, p. 43, 40.
(4)' Gf G. Jiiui\N, 1908, Hist. de In (inule, ,''.i) Glno, />/e L(;/ii;er ni /{/je/nisc/ie.s- Muséum,
t j^ p. 112. XXVIII, 1873, p. 103-210. — Id. Vorgeschiclite
(5) « Les images sculptées proclaniciit l'unilé Homs. l, 1878, p. 80, sq., p. 114, sq. — Maurv,
intellectuelle des habitants du pays gaulois, .!/<■/. Ecole Hautes Etudes, 1878, p. 7. G-estégale-
d'une grande partie de l'Europe iiiènie, à celte meut lopinlon de G. Jullian {op. a/., p. 122, sq.).
époque lointaine qui est la fin de lâge de L;uilliropolugie ne saurait résoudre la question
pierre et le commencement de lâge de bronze... de lorigine ethnique, vu qu'on rencontre dans
(E. G.vRTAiLnAc, l- Anthropologie, 1894, p. 156.) les sépultun-s des crânes brachycephales
Les conceptions religieuses des Ligures semblent avoir été fort rudimentaires. Pour eux, des myriades d'esprits peuplaient la nature. Ils voyaient alors, dans les êtres et les choses qui les entouraient, source, rocher, arbre ou corbeau, serpent ou animal quelconque, des génies domiciliés sur la terre, ayant chacun son domaine à lui, maître et protecteur du lieu (i).
On rencontre encore sur les côtes de l'Océan (2 1 les restes des sanctuaires de ces peuples ; et il en existait dans toute l'Europe occidentale et méridionale (3), Là, des prêtres et prêtresses apaisaient les éléments déchaînés, soutenaient de loin les guerriers (/i), conjuraient les cataclysmes, immolaient des victimes, faisaient souvent aux dieux des sacrifices humains (5i.
C'est à cette race qu'il convient probablement d'attribuer la construction des monuments mégalithiques; car, bien que l'âge de ces édifices ne puisse être fixé d'une manière précise, nous savons qu'ils sont antérieurs à la venue des Celtes auxquels, par erreur, ils ont été communément rattachés. Les séj)ultures étaient tout aussi bien d'incinération que d'inhumation (6j. Les fouilles exécutées en Bretagne l'ont prouvé, et cette constatation vient appuyer l'opinion de la pluralité des origines ethniques des Ligures.
Quant aux industries et à l'armement de ces peuples, il semblerait que, connaissant le bronze depuis plus de cinq cents ans, ils remployaient déjà au treizième siècle à la fabrication des épées et {|ue, quatre siècles plus tard, vers 900, ils apprirent à connaître le fer (7i. Mais ces dates sont loin d'être établies sur d'indiscutables preuves.
( hioi qu'il en soit, les hommes qui ont construit les monuments mégalithiques, élevé sur pilotis leurs villages lacustres, creusé des pirogues, façonné l'argile, tissé des étofles, fondu le bronze en instruments délicats, étaient déjà en possession d'une ci\ili-
dil Mongoloïdes (Priiiu-i-Bey, Nicolcci) et (6j i:!'. i>v Chateluhu. les Époques préhisto-
d'aulres dolichocéphales .sf raltachanl à une ;/(/ue.s <?/ ijauloises duns le Finistère, 1889, [). 9,
grande famille médilerranéenne. (Cf. Colli- sq.
GNON, Bull. Soc. AntlirojK, l\' série, I, 1890, (7) Cf. Deciielette, Mun. arch. préhist. —
p. 448-150.) Mo.NTEi.ius, La chronolo<:ie préhist. en France
(1) Cf. JuLLiAN, 1908, Hisl. de In Gaule, l. I, el ilans daiilres pays celliques, in lAnlliropo- V- 135, .sq. loyie, 1901. p. 609 à i>2.'?. — Id., Die Chronologie
(2) S/ra6o«, IV, 4, 6. der alteslen Bronzezeil in Nord-Deutscliland 3,1 Cf. C. Jl-lli.\n, 1908, Hisl. de la Gaule, und Scandinavien, in Arch. f. Anlhrop., 1900.
I. I, p. 144, sq. — SoPHUS Mli.ler, Nordische Allerluinsknnde,
l'i] Tile-Live, XXXVI, 38, 1. — Diodore, II. I. 1897, p. 405. — Id., Urgesch. Europas. — lloen-
■17,2-3. ^.ES, in Archir f Anlhrop., 1905, p. 238, ji. 270,
(ô) Cf. Solin, XII, 2. — Tite-Live, XLI, 18,3. sij. — C. Juluax, Hisl. de la Gaule. 1908, l. J,
— Diodore, IV, 19, 4 el 1. j). 102, noie 3.
sation bien avancée. L'éloignement où ils se trouvaient des foyers de l'écriture ne leur permit pas d'en faire usage et ils ne songèrent pas à l'inventer. Leurs goûts artistiques, très restreints, ne les amenèrent pas à découvrir la pictograpliie.
L'occident et le nord de l'Europe demeurent donc, pour Ihistorien, jusqu'à l'époque de la chute de Ninive, plongés dans les ténèbres. Mais cette ère va bientôt cesser ; car, avec le sixième siècle, la colonisation grecque prendra une imporlancc prépondérante et, avec elle, rinduencc des vieilles civilisations sur les masses confuses du Nord s'étendra rapidement.
Le Danube et les plaines de la r«ussie méridionale avaient vu les flots cimmériens et scolotes avant leur entrée en Asie. De ces peuples, bien des vestiges se sont probablement conservés jusqu'à nous, d'énormes tumuli, une foule de tombeaux ; mais il est impossible, jusqu'ici, de donner une interprétation certaine de ces restes et de leur assigner une époque précise.
En Scandinavie (1) florissait encore l'état du bronze, de même que dans l'Allemagne du Nord et la Gaule ; tandis que la Finlande semble être restée très longtemps en dehors du mouvement des connaissances métallurgiques.
L'Iran et la Transcaucasie ne demeurèrent pas indemnes des vicissitudes qui troublaient alors le monde. Les portes caucasiennes de Derbend étaient ouvertes, bien des peuples du nord les traversèrent; c'est par elles que passèrent les Scythes, pour venir dévaster l'Asie. La terreur qu'inspiraient ces incursions des Barbares était si grande, chez les peuples du sud, que la garde des passages du Caucase fut dès lors l'objet d'un soin tout particulier de la part des Achéménides, des Parthes et des Sassanides; et que la nouvelle que les portes étaient forcées répandait l'ellroi dans toute la Perse et l'Arménie.
Lors de l'invasion du noid de l'Iran par les peuples en possession du bronze, les envahisseurs ne rencontrèrent dans le Mazandéran, le Ghilan, le Talyche et l'Azerbaidjan aucune résistance sérieuse ; car ces pays étaient, semble-t-il, à peine peuplés.
(1) 700 ans av. .I.-C. le fer élail f^énérale- fie l'âge du fer, ds Comptes rendus du XX'
ment connu dans les pays Scandinaves ; ((uant Congrèx de la Fédér. Aiclicol. et histor. de
à la période dite delà Téne, elle correspond Belgique, 1907. — Id., La période de la Tène
surtout en Suède aux trois derniers siècles en Suède, ds Congrès prchisl. France, 1907
avant notre ère. Cf. O. Montelils, Les débuts (1908), p. 804.
Dans le Petit Caucase, il en fut tout autrement; les habitants, sujets ou vassaux des rois d'Ourarthou, étaient depuis longtemps en possession du fer; ils avaient reçu ces connaissances de leurs voisins Assyriens, ^loschiens, Thybaréniens, etc., et se trouvaient dans un état de civilisation beaucoup plus avancée que les nouveaux arrivants.
Des tribus armées de bronze se heurtent à des peuples en possession du fer ; elles sont refoulées dans les pays iraniens, tandis que l'une d'elles, traversant toute la Transcaucasie, va se fixer dans cette région rigoureuse du Kazbek, près des portes du Dariall. Là, se développant sur elle-même, elle devient les Ossèthes de nos jours.
11 y eut, certainement ensuite, dans tout le nord de la Perse, réaction de la civilisation du fer sur celle du bronze. Les mœurs, les arts se modifièrent alors de si brusque façon qu'on est tenté d'attribuer ces changements à une invasion modifiant les conditions ethniques ; alors qu'ils ne sont, peut-être,, que le résultat des razzias opérées par les Assyriens en Médie.
En Afghanistan, aux Indes (1), il se j)roduisit également bien des mouvements ; mais nos connaissances archéologiques sur ces pays sont encore trop insuffisantes pour qu'il soit permis de se prononcer quant à l'attribution des restes qu'on y rencontre (2). Toutefois, nous savons, à n'en pas douter, que les Aryens étaient en possession du bronze, des animaux domestiques, de l'agriculture, du tissage, de l'art du potier, d'une architecture primitive, quand ils entrèrent dans le bassin des Cinq-Fleuves. Issus d'une même souche, ils possédaient les mêmes notions que leurs congénères d'Iran (3) et de l'Europe occidentale.
La Sibérie était depuis longtemps en possession du métal ; c'est de ses steppes que, semble-t-il, partirent les migrations ; quant
(1) L'histoire fabuleuse île llndi' commence, (2) Les traditions les pins anciennes monri'après le Mrt/înb/fa/Yi/a, avant le troisième mil- trent (vers le vin» s.) l'Inde divisée en seize lénaire (310-2, auct., v. 2500, d'ap. Cuningham, royaumes d'imporlance plus ou moins grande Indinn Eras,])\). Q-i:^] avec \a guerre entre les s'élendant de Gandhara, à lextrème nordfils de Kourou et de ceux de Pandou sur les ouest du Pundj-àb (Pechawar el Rawalrives de la Djumna. alors que les récentes pindi). jusqu'à Awnnti ou Malwa, dont la capidécouvertes prouvent que dès les temps qua- taie Oudjain (Ujjain} a, jusqu'à nos jours, conternaires l'Inde était déjà peuplée. Mais c'est serve son nom antique. (Cf. Rnvs Davids, seulement vers le septième siècle av. J.-C. que Buddhist India, p. 'i'A.j
se montrent les premiers laits dûment histo- (3) Sur les lapporls entre la religion aves-
riques. (Cf. .1. Kennedy, The early commerce tique et celle des Védas, Cf. J. Darmsteter,
of India with Babylon, 7(X)-300, B. C., R. A. S., le Zend-Ave.sta, t. III, 1893, introd., p. xliii, sq.
pp. 241-288. — BuHLER, Indische Palœogra- Ces rapports peuvent dériver d'une ancienne
phie, in Cnindrisx Indo-Ar. Phil. und AU., religion indo-iranienne, antérieure à la sépa-
Strassburg, 1898.) ration.
LA PRÉPONDKRANCE AS^VHIENNK 395
aux peuplades du sud de l'Inde, de l'Indo-Chine, des terres de l'Australasie, elles en étaient toutes encore à l'état néolithique (1).
Mais, pendant que ces événemenls se i)assaient en occident de l'Asie et dans l'Europe, il se formait en Extrême-Orient une civilisation spéciale, née sur elle-même, appelée à une grande destinée locale, celle de la Chine (2), dont j'ai déjà dit quelques mois au chapitre précédent.
Comme toutes les légendesa siatiques, les traditions chinoises reportent les origines de leur pays à des temps prodigieusement anciens (3). Elles placent vers 3/|68 av. .I.-C. un certain Fo-Hi, être symbolique qui aurait inventé l'écriture, réglementé le mariage, le o-ouvernement, institué le calendrier. Puis, serait venu Chin- Noung, introducteur de l'usage de la charrue et initiateur des procédés pour tirer le sel de l'eau.
llouang-Ti, à partir duquel débute l'ère des lettrés, lut un conquérant ; il organisa en dix provinces les pays placés sous son sceptre, fonda le tribunal de l'histoire, encouragea l'astronomie, l'arithmétique et la géométrie.
lao (2357), qui commence le premier des cinq Kings recueillis par Confucius, joua en Chine, pour la tradition, le rôle de fondateur d'empire. 11 dessécha les marais, défricha les terres incultes, creusa des canaux, fixa les attributions des divers ministres, favorisa les observations astronomi([ues et rendit lui-même la justice.
Les empereurs, au début, étaient électifs; maisa vec You commence l'hérédité. 11 est le premier souverain de la première dynastie (vers 2205). Une autre dynastie succède, débutant en 1766 av. J.-C; puis une troisième en 1122. Il semble que cette dernière date puisse réellement être prise pour le point de départ début des temps historiques; et que tout ce {|ui la précède doive être attribué aux phases mythiques.
Comme de juste, les origines de la Chine sont extrêmement confuses ; nous ne possédons à leur sujet que les légendes indi-
(1) Peul-èlre devons-nous rcporlcr à c-Ue chte .hipons, in Zeil.'^rhrift fiir Ellmoloijie, Uw-
époipie les stations néolithiques el énéolithi- lin, 1907, j). 281.) L'usage du bronze semblerait
ques du Cambodge. sclre introduit au Jai>on vers le quinzième
(i) Nous ne connaissons que fort, peu de siècle et celui du f(>r vers 7()0 avant noire ère.
choses des temps préhistoriques en Chine. (3) Les Tao-ssé le (ont remonter à (les mil-
Pour le Japon, qui forcément évolua dans le lions dannées, au rèfine du ciel, qui précéda
cercle chinois, nous sommes un peu mieux le règne de la terre, qui fut lui-même .suivi
renseignés. Dans ce pays, à une civilisation du rcgn<- de lliomine, après lequel, vers .'tir.s,
néolithique succéda l'état du bronze, puis celui ai'parui Lo-hi. du fer. (Cf. E. BAEia, Ziir Vor-uud Urgeschi-
Tat>lea.u. cies syncl:iroiaism.es aux teixips