Les premières églises chrétiennes en Espagne
Avant de publier mon voyage archéologique qui comprendra groupés par siècles les monuments de la Péninsule jusqu'à la fin du moyen âge, je voudrais analyser quelques monuments qui demandent une critique plus minutieuse, et dont la date ne saurait être acceptée sans quelques observations. Ce petit mémoire formera donc la première des études que je compte publier sur l'art espagnol. Il comprend un certain nombre d'églises que les archéologues considèrent comme très importantes. J'analyserai ensuite, dans un autre travail, les commencements de la sculpture en Espagne, je prouverai ses origines et je montrerai son développement par l'étude des monastères de Ripoll, de Silos, de la Huesca, etc.; que j'ai visités avec soin. Enfin, après une monographie sur l'abbaye de Santiago de Compostelle, je publierai mon voyage archéologique, mais, je l'avoue, ce dernier est encore inachevé ; car je dois lire avec soin un grand nombre de chroniques, les sources contenues dans YEspagna sacrada, travail qu'on ne peut faire en un jour.
Avant d'aborder l'étude de ces différents monuments, je crois qu'il est nécessaire de dire tout d'abord quelques mots sur les études archéologiques en Espagne. Elles sont déjà fort anciennes ; les Carderera, les Caveda, les Amador de los Rios et bien d'autres savants ont laissé des œuvres connues qui dénotent
une critique prudente, surtout un goût fin et délicat, un zèle très louable pour les œuvres du passé. Ils connaissent ce que les Caumont, les Mérimée, les Vitet. etc., enseignaient à cette date en France. A la suite de ce mouvement archéologique, de grandes publications furent entreprises, mais laissées encore aujourd'hui inachevées. Je veux parler des Monumentos Architectonicos de Amador de los Rios. Ces monographies ont fait connaître les principaux monuments de l'Espagne, et des planches soignées, des notes savantes commentent les édifices soit religieux, soit civils. Ces œuvres fort louables sont encore nécessaires à tous ceux qui veulent s'occuper de l'histoire de l'art, mais il faut l'avouer, j'ai rarement eu entre les mains un exemplaire vraiment complet de ce grand recueil. A côté de ces grandes monographies, d'autres œuvres plus modestes ont paru, témoin les études séparées sur les divers monuments qui forment ce qu'on a appelé le Musée des Antiquités espagnoles. Puis sont venus en foule, des travaux moins importants qui dénotent malheureusement une connaissance très incomplète de l'archéologie. Et chose curieuse, chez cette nation, qui a pour le passé un culte fort louable, je n'ai pu trouver qu'un petit manuel d'archéologie bien fait, mais d'un secours relativement restreint, car il s'occupe avant tout des monuments de la Galice. Il est dû à mon ami, M. le chanoine Lopez Ferreiro.
Ce mouvement qui avait si brillamment commencé, subit, on peut le dire, un arrêt assez prolongé. Il semble que les luttes dont l'Espagne fut le théâtre aient été la cause de cet arrêt, mais aujourd'hui, grâce aux Sociétés archéologiques de Barcelone, de Valence, de Madrid, les amis des monuments sont légions. Le président de la Société archéologique de Madrid est un érudit des plus distingués, aucourant des antiquités nationales, le mieux informé, et qui plus est, d'une amabilité vraiment charmante. M. Serrano Fatigati est même d'une ardeur, d'un zèle qui m'a souvent étonné. Malgré un hiver des plus durs, — car j'ai eu beaucoup â souffrir en Espagne, — ce savant archéologue groupait des membres de la Société madrilène, les conduisait dans
des régions souvent glacées, et c'était pour moi un vrai plaisir de voir notre président expliquer avec verve les monuments et se montrer dans ces excursions un professeur éclairé, un érudit qui connaît et aime le passé de son cher pays. Et ta côté de cet enthousiasme, il ne néglige pas le côté pratique de ces excursions, il groupe les œuvres, fait photographier les détails qu'il ne peut se procurer ailleurs, et avec le temps, grâce à cette discipline, la Société archéologique de Madrid aura un apparatus vraiment unique et du plus grand intérêt.
Ce digne savant a bien voulu avec sa bonté habituelle ainsi que mon excellent ami, M. Cossio, dont je parlerai plus tard, me tracer mon voyage archéologique pour la Castille, les Asturies, la Galice, etc. Ils m'ont donné toutes les indications pratiques pour accomplir un voyage archéologique aussi étendu. C'est grâce à eux que j'ai pu, après avoir dépouillé à Madrid pendant un mois les principaux recueils, les mémoires des Sociétés savantes, effectuer, malgré un ciel toujours inclément, un voyage qui sera pour moi le plus intéressant, le plus nouveau de tous ceux que j'ai entrepris.
11 me faut nommer en terminant deux savants : M. l'architecte LampereZj le docte et distingué archéologue très connu dans le monde madrilène, et M. Canella, recteur de l'Université d'Oviédo. Le premier a déjà publié un certain nombre de Mémoires sur l'histoire de l'art espagnol, que je citerai au cours de ces études. Ce sont des matériaux, des travaux d'approche pour son Histoire de l'architecture espagnole. Ces études méritent à tous égards d'être connues en France. Il combat avec mesure et amabilité mon ami, M. Enlart. Je devais parler de ce groupe si intéressant de savants, de gens de bonne volonté, qui s'occupent en dehors de l'État, sans prébende, des choses du passé et fondent des Sociétés qui créent un public bienveillant, une atmosphère pour encourager de tels travaux.
M. le recteur de l'Université d'Oviédo, M. Canella, dont les travaux nombreux toujours érudits sont d'un très gçand intérêt pour les études archéologiques des Asturies, est pour mo
l'éruditqui connaît le mieux cette partie de l'Espagne. Il publie en ce moment un grand ouvrage sur l'histoire monumentale des Asturies, œuvreindispensableaux historiensde l'art en Espagne. Prisonnier à Oviédo, a cause des inondations de 1900, j'ai pu, grâce à l'amitié toute spontanée de M. Canella, passer quelques journées d'agréable causeries. Je lui dédie ce petit mémoire, modeste remerciement de tout ce qu'il a fait pour moi.
Ces différents groupes., auxquels il me faudrait joindre celui de Valence, qui compte des érudits très distingués comme mes amis, M. Tramoyères, directeur du Musée, et M. le chanoine Roque Chabas sont, comme on le voit, très amoureux des antiquités nationales. Ils cherchent avec soin les restes dupasse, mais ils partagent une tendance, commune à toutes les Sociétés locales, qui est de vieillir outre mesure les monuments parvenus jusqu'à nous. C'est ainsi que le passé est pour ainsi dire un peu obscurci et que tous ceux qui veulent classer d'une manière approximative les objets d'art, en prenant pour base des monuments similaires, rencontreront longtemps encore en eux des contradicteurs irréductibles.
Cette étude peut fournir un exemple très probant de cette manie de vieillir. Certains archéologues, en effet, considèrent un groupe de monuments situés dans la partie la plus montagneuse de l'Espagne, dans la province de Léon, comme des édifices construits avant l'an mil. Ils auraient été élevés sous la monarchie asturienne et auraient pour centre Oviédo. Telle est pour eux l'origine des églises de San Miguel de Lino, Santa Maria de Naranco, Sainte Christine de Lena, San Salvador de Val deDios, Santa-Priesca près de Villaviciosa du xe siècle, enfin celles de San Miguel d 'Escalada et de Saint Pierre de la Nave* . C'est ce groupe d'églises que je veux étudier en ce moment. Mais il me faut dire deux mots de la
1. Sur toutes ces églises, cf. Los Monumentos Archiiectonieos d'Ainador de los Rios et les nombreux volumes de YEspagna, sus monumentos;/ artes de Quadrado (Partie Palcncia et celle de Léon).
première en date, qui selon les mêmes archéologues aurait encore une origine plus reculée.
Je veux parler de l'église appartenant aujourd'hui à un petit village placé à proximité de la gare de Venta de Batïos. Dédiée a saint Jean-Baptiste, elle aurait été élevée aux frais duroi Resciswinte, nommé, comme nous allons le voir, par une inscription. Mais étudions tout d'abord la construction. Cet édifice se compose d'un petit porche, sorte de narthex, qui a subi de notables restaurations. La porte est assez intéressante. Elle est formée d'une archivolte décorée de petites roses assez profondément creusées. Au haut, une croix gammée, qui pourrait faire croire à une plus haute antiquité, si on ne remarquait le faire à la fois sec et maigre du ciseau. Un arc en fer à cheval assez prononcé retombe sur des jambages assez forts; il est du reste formé comme la construction de pierres bien appareillées. Hâtons-nous de dire que cet arc en fer à cheval ne saurait fournir aucune indication chronologique, car nous le retrouvons en Espagne sur de nombreux monuments du xne siècle, et la France même en fournit quelques exemples, il est vrai, isolés. Ainsi donc, dès le seuil de la porte, le doute s'éveille; l'appareil, la décoration de l'archivolte, ses fines moulures, l'ornementation des jambages, dépourvus de chapiteaux mais décorés de grandes roses, profondément creusées, formant frise, en un mot, tous ces détails nous montrent que c'est bien plus tard qu'on a construit ce narthex. Mais mes amis espagnols pourraient tout de suite me répondre : Nous admettons comme vous que ce narthex, cette porte surmontée d'un petit clocher a été construit dans la première moitié du xne siècle, mais l'intérieur de l'église n'indique-t-il pas l'époque wisigothique? Pénétrons donc clans le sanctuaire et analysons avec soin les éléments architectoniques de cette construction. Le plan de cette église ne saurait fournir aucune indication chronologique. Il se compose d'une nef avec bas-côtés, et d'une grande abside flanquée de deux autres plus petites, s'ouvrant sur ces bas-côtés. Ce plan a été, on lésait, très usité au xne siècle.
La nef se compose de quatre arcades soutenues par des colonnes. La forme des arcs est à signaler. Ce n'est pas l'arc en plein cintre mais bien celui en fer à cheval, atténué, il est vrai, revêtant même ici une forme spéciale. J'ai dit plus haut que cet arc a été employé en Espagne dans la première partie du xiie siècle, mais je connais fort bien l'opinion qui s'accrédite de plus en plus en Espagne, qui veut que cette forme ait été utilisée pour la première fois non par les Arabes, mais par les Wisigoths. Je ne saurais, pour l'instant, accepter cette théorie, qui n'a du reste ici qu'une importance relative. Les monuments qui sont invoqués ne sauraient remonter â une antiquité aussi éloignée, car ce sont des sculptures ajoutées après coup sur des stèles romaines. Cette forme d'arc ne saurait donc prouver la haute antiquité de cet édifice.
La construction fournit-elle une preuve plus sûre? Les murs de la nef, assez élevés du reste, se composent de pierres de grandeur moyenne, très bien appareillées. Déjà le doute n'est plus permis, car nous connaissons la manière tout à fait particulière de bâtir de l'époque franque, la brique était en général employée. Ces constructions même étaient le plus souvent d'une exécution bien inférieure: des moellons grossiers séparés par des briques formant décoration. C'était, comme on le voit, la continuation de la construction à bon marché du Bas-Empire et rares étaient les églises bâties avec des pierres de taille de dimension même moyenne. Les hagïographes, les chroniqueurs les mentionnent avec étonnement.
Mes adversaires espagnols pourraient alors répondre comme ils le font du reste fort souvent: « Mais vous n'avez étudié que l'Italie, la France et les villes du bord du Rhin. Comment pouvez-vous connaître ce qui se faisait en Espagne sous les Wisigoths ? » La réplique est fort juste, et la réponse pourrait paraître embarrassante, si les constructions que nous allons analyser offraient quelque incertitude. Mais, je le répète, le doute n'est pas permis, et je dirais même, si ces églises étaient mieux connues, si des photographies nombreuses existaient, les
simples observations que je vais faire, seraient complètement inutiles.
Continuons donc notre enquête. Les murs de la nef sont percés de fenêtres dont la forme ne permet nullement le doute. Elles sont longues et minces, très bien appareillées mais s'élargissant à mesure qu'on arrive à l'extrémité du mur intérieur. N'est-ce pas la forme employé»1 au XIIe siècle ? Les exemples sont fort nombreux. L'architecte qui a dingéles travaux a dessiné une petite frise, fort étroite du reste., mais intéressante à l'extrémité de ce mur. au-dessus des fenêtres. Elle se compose de petites roses, sorte de diamants, très secs et profondément creusés. Les colonnes qui supportent la retombée des quatre arcs ont-elles appartenu à des monuments plus anciens? Je ne saurais l'aflïrmer. Mais on peut voir du reste que les chapiteaux sont placés tant bien que mal sur ces colonnes, qu'on a dû vouloir utiliser. Et ces derniers ne sont pas comme ceux que possèdent le musée de Séville, les églises de Tolède, la Mosquée de Cordoue, ornés de feuilles plates, sculptées verticalement, déchiquetées le plus souvent et travaillées à l'aide du trépan, mais au contraire, "c'est déjà la copie assez fidèle des chapiteaux corinthiens avec ses deux rangs d'acanthe ou même des feuilles d'eau, si utilisées aux xie et xne siècles. Il faut remarquer aussi que les volutes que forment ces feuilles se recourbent assez profondément. Cette conception artistique ne saurait convenir aux artistes des viuexe siècles. La nef se compose de quatre travées, mais détail qui a aussi son intérêt, la retombée des deux arcs extrêmes n'est pas soutenue par des colonnes, l'architecte a dessiné à une extrémité une sorte de chapiteaux formant corniche, qui est comme un cul-de-lampe, à l'autre une petite frise sur laquelle l'arcature vient finir. Nous avons, comme décoration, de petits cercles dans lesquels sont inscrits des losanges. Les bases des colonnes sont aussi caractéristiques, elles se composent de petits tores nombreux, séparés par des gorges minces, étroites et fort profondes. C'est un dessin, vous l'avouerez, un peu trop fantaisiste pour le VIIe siècle. J'attirerais aussi l'attention
sur les tailloirs ; leur tracé trahit encore une époque récente ; il est fin, délicat, se compose de fines moulures, séparées par des gorges nettement accusées. 11 est loin de ressembler à ceux des vne et vne siècles, épais et fort haut, formant lui-même un second chapiteau! Celui-ci a, au contraire, la largeur delà retombée. Je terminerai l'analyse de la nef en indiquant certaines frises sur les parties des murs voisins de l'entrée. On y voit de grandes rosaces à quatre feuilles, profondément creusées. Les murs de cette nef supportent un toit en charpente.
La partie de l'église, le chevet, ne saurait fournir aucune date, car son plan est celui des édifices bâtis au xne siècle ; les fenêtres en forme de meurtrières, semblables à celles de la nef. qu'on a percée au centre, les deux autres en cul-de-four qui se voient aux absidiolesne sauraient convenir à celles du vue siècle. Le plan même de ces absides est rectangulaire, forme tout à fait inconnue au vne siècle. Terminons en disant qu'on exécuta au xve siècle certains travaux : une chapelle aujourd'hui détruite, était placée autrefois à côté. Il ne reste de cette construction que des fragments de frise placés sur le mur extérieur.
Ce n'est donc qu'aux premières années du xne siècle qu'on a pu construire' cette église, qui ne mériterait pas une description aussi longue, si les archéologues espagnols, voire même le cicérone allemand de l'Espagne, dont la partie monumentale et artistique est due â M. Justi, n'en faisaient un édifice de premier ordre.
On est en droit cependant de me demander pourquoi les savants historiens espagnols ont donné à ce monument une date aussi reculée. Je répondrai tout de suite: à cause d'une inscription qui se trouve placée au-dessus du mur de l'abside principale1. Elle indique que cette église fut élevée au VIIe siècle
1. Cf. A. Hiibner, Inscrlptlones Hispaniœ Christianœ, Berlin, 1871:
PRAECURSOR Domini MARTYR BATIS TA 10 ANNE S. POSSIDE eonstructam in aeterno munere sedem Quam devotus ego rex Reccesvinthus amator
par Recewinthe, roi des Wisigoths vers 661. Cette inscription a été acceptée par M. Hùbner et inscrite dans son Corpus. C'est toujours la même datation : une inscription ancienne qu'on a voulu placer sur un édifice reconstruit, t'ait antidater L'érection de l'édifice. Mais est-ce même ici le cas? Je ne le crois pas. Certes, je pourrais dire que cette inscription parvenue jusqu'au xue siècle, a été encastrée dans le mur de l'abside pour certifier l'âge fort reculé, et très respectable de l'édifice, mais l'inscription elle-même mériterait un examen particulier. La belle forme des lettres romaines, l'uniformité de l'écriture, \eego rex, le texte même de cette inscription me paraissent indiquer le XIIe siècle. Les épigraphistes avaient bien des points difficiles à expliquer : la mention de l'ère arabe dès 661, mais M. Hiibner, qui ne l'a pas vue comme bien d'autres, a accepté sans critique cette inscription. Et ce n'est pas la seule fois que nous le trouverons en défaut. Il a lu les livres qui indiquent les inscriptions, les recueils nombreux de Morales, de Vigil, etc., et s'est souvent dispensé d'aller voir les inscriptions elles-mêmes. Je me serais attendu de la part du savant épigraphiste à une plus scrupuleuse analyse, mais, il faut le dire, j'ai souvent remarqué dans le cours de ce voyage, avec quelle légèreté, souvent blâmable, des archéologues allemands ont classé les monuments de la Péninsule. La préface de M. Justi placée en tète du Bredeker est une preuve du bien fondé de ma critique. Je ne parle pas du guide anglais, car il a utilisé tout simplement les descrip-
Nominis ipso tui proprio de jure dicavi Tertio post decimum regni cornes inclytus anno Sexcentum decies era nonagesima novem.
Ce savant épigraphiste propose de lire sexies centum au lieu de sexcentum decies. On aurait ainsi l'sera 699 et l'an 661. La mention de Yœra lui parait pour cette époque insolens, mais il l'accepte volontiers. Cf. n° 143.
Les archéologues espagnols croient que l'église possède un Suint Jean- Baptiste de l'époque wisigothique ! C'est une statuette d'albâtre, qui est aujourd'hui à la cure du village. Un simple examen démontre qu'elleest du xv' siècle, elle avait été l'objet d'une étude particulière dans le Musée des Antiquités espagnoles.
criptions de Strutt, travail fort remarquable, vu la date éloignée de son voyage, mais aujourd'hui tout à fait démodé. Nous le verrons bientôt.
Ceci dit, je ne crois pas à la haute antiquité de cette inscription conservée, je pense au contraire qu'elle est du xne siècle, et qu'elle a été placée là pour indiquer la donation du roi et commémorer la construction d'un édifice plus ancien.
Arrivons maintenant à de? monuments d'un passé moins reculé. Les édifices que les historiens de l'art espagnol considèrent encore du ix° siècle sont des monuments que les premiers rois asturiens ont fait élever dans la province d'Oviédo. C'est là en effet le berceau de cette monarchie. La population chrétienne refoulée dans ces pays montagneux inaccessibles, aurait vécu à l'abri des incursions arabes, maîtres alors de la Péninsule. Ramire Ier, leur roi, aurait construit des monuments qui sont encore debout. Des inscriptions, la tradition fort tenace, indiquent l'âge reculé de ces édifices. Certes, il serait fort heureux d'avoir deséglises espagnoles à date aussi certaine, et aussi ancienne, car combien rares sont les édifices qui peuvent remonter à l'an 848 ! On peut même dire qu'aucune construction complète n'est parvenue jusqu'à nous. Aussi, averti par mes amis de Madrid, je n'avais qu'un seul désir, c'était de voir et d'analyser ces monuments. Je vais donner le résultat de mon enquête, rendue souvent difficile par des pluies torrentielles. Ces monuments sont au nombre de cinq. J'étudierai tout d'abord l'église de Santa Chrisiina de Lena, puis celles de Santa Maria de Naranco, le sanctuaire de San Miguel de Lino, enfin les deux autres monastères de Val de Dios et de Santa, Priesca.
L'église de Santa Christina de Lena est située sur une hauteur d'un accès fort difficile, elle ressemble à un ermitage construit pour servir à un pèlerinage. Déclarée monument historique, elle a subi des restaurations intelligentes et offre à tous ceux qui s'occupent de l'art espagnol une étude qui n'est pas dépourvue d'intérêt. Mais sa hauteur, la difficulté du voyage, le
court séjour dans un village dénué de toutes ressources m'ont fait croire au petit nombre des visiteurs compétents. On accepte
franchement sa date, on mentionne son inscription et c'est tout... MM. Justi et Hùbner ont suivi, sans nul doute, cet exemple.
Faisons donc l'ascension et arrivons bien vite sur la hauteur où est placée l'église. Je regrette de ne pouvoir décrire la superbe vue dont on jouit de la terrasse sur laquelle est élevé le sanctuaire: un ciel largement ouvert, les hautes montagnes qui forment une série de. contreforts tout couverts de neige, malgré le soleil de mars. Mais quel ne fut pas mon étonnement de me trouver en présence d'un monument dont les murs extérieurs de l'abside, ceux de la nef et des chapelles latérales étaient flanqués de contreforts saillants et assez élevés, terminés par un petit toit rampant! Mon doute augmenta encore en voyant la forme rectangulaire de l'abside. Ces murs même étaient terminés par une corniche soutenue par des modillons dont quelques-uns anciens sans doute feraient croire à une reprise dans le courant du xnr siècle. On ne saurait donc voir à l'extérieur aucune indication sûre d'une époque aussi reculée. Il faut dire aussi que la construction de ces murs est mauvaise, faite avec des pierres non appareillées, placées sans soin dans du mortier. On se rend compte que ce n'était qu'un ermitage, lieu de pèlerinage pour les villages eirconvoisins. C'est ce qui explique aussi la nudité de ces murs. Aucune décoration n'égayé ces grandes surfaces, pas même ces arcatures aveugles si fréquentes aux époques indiquées par les archéologues espagnols. L'abside rectangulaire n'a aucune ornementation, mais deux contreforts aux trois côtés. Ils sont placés sans aucune fonction déterminée, ils ne supportent rien, mais ne font que décorer les murs.
La façade est fort simple, mais a subi de nombreuses restaurations ; un seul contrefort subsiste encore debout et se compose de pierres carrées, assez larges, semblables à celle des monuments romans. La porte du narthex est en plein cintre, niai- a été fortement restaurée; deux colonnes jumelles sans
chapiteaux, unis a leurs extrémités par un gros tambour unique, soutiennent la retombée des ares. Un autre tambour, toujours unique, pour ces deux colonnes, sert aussi de base, preuve encore évidente de l'âge récent de l'église. Pénétrons dans l'intérieur. On se trouve tout d'abord dans le narthex, dont la voûte en plein cintre est sans caractère déterminé. C'est de l'art à la fois grossier et savant comme procédé. Le plan de l'édifice forme, avec l'adjonction des chapelles une croix latine. La nef n'a pas de bas-côtés, ses murs soutenaient autrefois une charpente, mais aujourd'hui, par suite de la restauration moderne, une voûte en berceau munie de doubleaux fort larges recouvre l'édifice. La partie de l'abside n'a pas été retouchée, si on en juge par des gravures anciennes. On y pénètre par deux petits escaliers tout à fait rudimentaires.
Les murs de la nef sont décorés d'arcatures aveugles formant rebord, assez minces du reste, soutenues par des colonnes ornées de chapiteaux bien dignes de remarque. Ces chapiteaux sont presque cubiques, assez larges vers le haut, et divisés en triangles. L'artiste a. sculpté dans chacun de ces triangles soit des personnages, soit des animaux. C'est la môme main qui a dessiné tous ces chapiteaux. Mais ce qui est pour nous du plus grand intérêt, c'est qu'au milieu de la retombée des arcs, l'artiste a placé des médaillons assez grands où se trouvent sculptés soit des animaux, soit des personnages à cheval. Les extrémités du cercle sont décorées, ainsi que les bords de la plaque, d'un cordon très fin, très élégant. Le ciseau de cet artiste est assez délicat, le corps du cheval est souple, un chevalier monte ce destrier. Le dessin de cette ornementation impossible au ixe siècle, nous permet de dire approximativement 1 âge de ce monument. Le cheval garni de sa selle, d'une sous-ventrière ornée, le chevalier vêtu d'une cotte de mailles inunie d'une coiffe tenant à la main une lance ne nous permettent pas de placer avant la seconde moitié du XIIe siècle ces bas-reliefs. Et j'ajouterai même, après les avoir longuement étudiés, que ces médaillons sontdelamême main. Le dessin à la fois simple et synthétique, la souplesse
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des animaux, cet amour du détail qui caractérisent le dernier tiers du XIIe siècle confirment mon jugement. Mais mes adversaires pourraient dire que ces médaillons ont été placés après coup. Je ne le pense pas, car non seulement ils décorent la partie laissée libre par les arcs qui se rejoignent, mais les plaques placées au-dessus divisent heureusement ces grands murs, et cette division se profile encore sur la corniche très large, décorée de deux rangs de cordons.
L'abside de l'église, ou pour mieux dire le sanctuaire, est plus élevée que la nef. On y accède, nous l'avons dit, par quelques escaliers. Cette partie est séparée de la nef par trois arcatures à jour soutenues par des colonnes. Elles forment ainsi une sorte de chancel entre le sanctuaire et la nef. Les chapiteaux de ces arcatures sont ornés de deux rangs de feuilles d'eau très recourbées. Plusieurs — chose étrange — sont décorés d'une coquille fermée par deux rubans. Les arêtes des feuilles sont nettement dessinées, la coquille est profonde, les volutes très creusées, en un mot, le faire indique toujours la date fournie par les médaillons et nous prouve l'homogénéité de cette décoration. On pour- - rait admettrecependant que, seules, les colonnes, qui soutiennent les arcades de ce cancellus sont prises à des monuments plus anciens, mais j'avoue néanmoins que le profil des bases, très savant, nous fournit le modèle de celles employées vers la fin du xii" siècle : un premier tore décoré d'une fine moulure, une gorge profonde qui s'aplatit peu à peu et vient se confondre avec un second tore plus fort s'appuyant sur un petit socle.
Au milieu de l'arcature principale de ce cancellus, on a placé trois plaques décorées à jour. Leur ornementation est fort simple, elle est empruntée à des motifs géométriques. Une seule attire l'attention, c'est celle percée de petites arcatures élevées, assez étroites et dont les arcs sont en fer à cheval. Cette ornementation indiquerait encore l'époque que j'ai déjà assignée à la construction.
On a placé au bas de l'arcade principale de ce cancellus trois plaques décorées. Elles sont ornées de roses à six rayons, de
grappes de raisin, de volutes dessinées à plat, formant enroulement. En l'étudiant, on peut voir que ce ne sont que des fragments utilisés. Les inscriptions qu'on lit sur les bords de ces plaques ne se suivent pas. Deux ont fait partie d'une plaque votive. On y lit en effet : Offeret Flainus abba in onore apostolorum Dei sanctorum Pétri et Pauli. La troisième contient deux mots Antisti SNI. Ces plaques, je le crois, ont dû être apportées pour servir de décoration, mais je pense qu'elles sont plus anciennes. La profondeur de l'inscription, l'ornementation plus compliquée des roses, les rinceaux avec des grappes de raisin déjà fort en relief, l'écriture même,, en un mot toutes ces observations me font croire à un âge plus ancien, peut-être au xi- siècle. Je ne peux suivre M. Hùbner et voir là une inscription du VIe ou du Vne siècle. 11 est nécessaire de dire cependant que ce n'est pas l'inscription qui a fait assigner au ixe siècle la date de l'érection de cet ermitage.
Le sanctuaire se compose d'un rectangle assez large terminé par une abside carrée et deux autres plus petites, mais de même forme qui s'ouvrent sur le rectangle. Ce chevet est éclairé par de petites fenêtres rectangulaires où sont placées des plaques ajourées, décorées de motifs géométriques. Les murs de L'abside ont recula même ornementation que ceux de la nef ; nous retrouvons ici les moines chapiteaux et les mêmes médaillons, mais placés plus bas, ces derniers peuvent être plus facilement examinés. Les petits personnages imberbes., aux cheveux coupés ras qui sont dans les tri-angles, portent une petite tunique courte, aux manches étroites, très sommairement dessinée, mais le dessin souple des animaux, celui des figures et des médaillons est encore une marque indiscutable de l'âge récent de ce sanctuaire.
Je dois dire en finissant cetteanalyse déjà longue que l'entrée de l'abside principale est formée d'une archivolte assez élevée soutenue par deux colonnes jumelles décorées de cordages, sorte de colonnes torses. Ces colonnes doivent attirer l'attention, car les parties qui les composent, sont adhérentes aux blocs de
pierre formant le mur de l'abside. C'est une remarque qui a son prix, car je n'ai trouvé que vers le milieu du xne siècle cette manière de simplifier le travail. Et ce n'est pas seulement dans cette partie de 1 église, mais elle est constante pour toutes les demi-colonnes qui ornent l'édifice. On veut épargner la maind'œuvre, et comme on sait très bien construire, on simplifie le travail.
L'analyse des différentes parties cle cet édifice ne nous a pas permis de reconnaître le moindre vestige de construction qui aurait appartenu au ixe siècle; nous avons vu au contraire, aussi bien dans le plan de l'édifice que dans la décoration des parties différentes, les preuves certaines de l'âge relativement récent de cette construction. C'est vers le dernier tiers du xuc siècle qu'on aura élevé, comme lieu de pèlerinage, ce petit sanctuaire, aujourd'hui réparé à grands frais par les soins de la monarchie espagnole.
Parvenons sans tarder sur la haute colline, assez éloignée d'Oviédo, d'un accès, il est vrai, très difficile, à cause d'un chemin de chèvre fort malaisé, et visitons les deux églises qui s'y trouvent placées. Santa Maria de Naranco est la plus proche'. L'aspect général de cette église est relativement triste: petite, assez étroite, elle n'est même pas isolée, une construction fâcheuse, du reste très mal faite, est venue fort mal à propos cacher une partie de l'édifice. On y accède par un porche élevé, qui forme narthex, placé du côté droit de l'église. Si la partie extérieure de ce porche appartient à la construction
1. L'inscription cle Santa Maria de Naranco a été très bien analysée par M. Canella, dans ses études sur quelques monuments des Asturies. F. Canella, Estudios asturianos, pi. I, 37, Oviédo, 1886. Vigil, Asturias monumental epigrafica y dîplomata, en adonné une reproduction, pi. III. C'est un ouvrage d'une très grande utilité pour les monuments des Asturies. L'auteur accepte la date de l'an 848 et l'ère de 8S6. Hùbner, Supplementum Inscriptionum Hispaniœ christianarum, Berlin, 1900, admet aussi cette date, p. 113. On peut voir par le nombre des abréviations, par la forme des lettres, par le texte de l'inscription, qu'elle est au contraire du xu° siècle. Hùbner a daté même des inscriptions tout à fait semblables de cette époque.
primitive, comme l'attestent les deux contreforts, la porte d'entrée de l'église a été refaite, car elle est au plus tard de la fin du xme siècle, comme le prouve la décoration de son archivolte en pointes de diamant, motif fréquent au commencement du xive en Espagne. Cette construction est peu soignée, faite à la diable, les chapiteaux des colonnettes manquent et se trouvent remplacés par un motif diamanté. Il n'en est pas de même de celle de l'église primitive; celle-ci est excellente, avec son appareil en pierres de taille de grandeur moyenne.
Le long mur extérieur de l'église se compose de trois parties. C'est tout d'abord l'abside rectangulaire éclairée autrefois par deux fenêtres, puis la nef assez large, qui en est privée, enfin un rectangle qui est consacré au chœur, sorte de tribune que les églises de la contrée possèdent en général.
La partie extérieure de la nef n'a reçu aucune ornementation mais elle est simplement décorée de distance en distance par des contreforts ornés de moulures très fines. Ils sont bien dignes de remarques; assez larges, un peu épais, ils sont décorés sur leur face principale de deux grandes rainures formant arcatures. Il faut observer aussi combien ces rainures sont profondes, évidées. Le contrefort se termine par une sorte de rebord assez accentué et par un petit toit rempant, formé de trois petits escaliers. Le dessin des contreforts et de ses extrémités, celui des fenêtres en plein cintre avec des moulures très fines font naître tout de suite le doute. Ce n'est pas au ixe siècle que nous pouvons avoir de semblables tracés. Et que dire aussi de la corniche formée de petites imbrications minces et étroites ! Les monuments qui restent debout soit en Italie, soit en France, ne sauraient fournir un seul exemple d'une telle architecture au déclin du ixe siècle. Je dois dire aussi que le sol de l'église était placé plus bas, car on aperçoit au-dessous du narthex des fenêtres en plein cintre, aux fines moulures qui indiquent l'existence d'une église inférieure.
L'opinion d'Amador de los Rios, qui veut que Santa Maria de Naranco ait été tout d'abord le palais de Ramire Ier, converti
plus tard en église est pour moi inadmissible. Nous verrons bientôt que cette construction appartient au groupe de l'ermitage de Christina et de Val de Dios. On peut se rendre compte du reste en passant par le presbytère, que c'était une immense salle, voûtée au xm" siècle, soutenue ici et là par des contretorts un peu évasés. L'appareil excellent de cette construction contredit déjà même ce jugement.
La partie extérieure de l'église la plus décorée, peut-être même la vraie façade de l'édifice, était placée à l'est, mais elle est en ce moment masquée par une construction sans importance qui sert de demeure au clerc desservant l'église. Voici la décoration de cette façade, c'est tout d'abord un fronton, divisé en trois parties par des plaques ornées de fines moulures verticales, et d'un congé très profond. Deux croix gammées, sculptées plus bas. séparent ce fronton; puis viennent trois arcatures soutenues par des colonnes trapues, assez basses du reste, décorées de chapiteaux à feuillages, placées presque au milieu de la façade. La forme un peu allongée -de ces arcatures en plein cintre indique encore que ce monument ne saurait remonter au xie siècle. L'appareil de cette partie du mur qu'on peut voir est formée de pierres de grandeur moyenne, mais régulières et très bien assemblées, preuve encore évidente de l'âge récent de l'édifice. Cette partie est même d'une exécution plus soignée que les murs extérieurs de la nef qui sont faits avec des matériaux plus grossiers. Les anciennes gravures nous montrent qu'au-dessous de ces arcatures en plein cintre étaient placées trois grandes baies, avec archivoltes, soutenues par des colonnes torses, ornées de très beaux chapiteaux à feuillages, d'une richesse inattendue. Au-dessus de ces arcatures, nous avons deux médaillons sur lesquels reposent deux plaques ornées de sculptures, décoration semblable à celle que nous allons trouver à l'intérieur .
L'intérieur de l'église est très finement décoré. Il se compose d'une grande nef, voûtée en berceau, sans bas-côtés. Les arcsdoubleauxde la voûte sont d'un très beau dessin et d'une bonne
construction. Ils se terminent par une sorte de petit modil- Jon, placé sur la corniche qui est elle-même ornée simplement d'une fine moulure. La nef est décorée d'une série d'arcatures aveugles semblables à celles que nous avons rencontrées déjà à Christina de Lena. Ces arcades sont d'un très joli dessin, soutenues par des colonnes géminées, longues et fines. L'artiste a placé des moulures formant un arc pourvu d'une rainure profonde et qui suit le contour des archivoltes, décoration toute particulière que je n'ai trouvée nulle part. Les bases de ces colonnes sont très finement indiquées, et leur profil est celui du xiie siècle. C'est lamême décoration de chapiteaux qu'à l'ermitage: la corbeille divisée en petits triangles par des cordages, dans l'intérieur desquels on a placé soit un personnage, soit des animaux. Ces derniers sont d'un relief plus adouci, tandis que pour les personnages l'artiste a employé le haut-relief. Ils sont là, debout, imberbes, les cheveux courts, vêtus d'une tunique descendant jusqu'aux genoux, les mains placées dans les manches assez larges du vêtement. D'autres tiennent des bâtons. Je crois inutile d'insister sur une décoration aussi insolite au ixe siècle ! Comme à Christina, l'architecte a placé entre les arcs au-dessus de la retombée des archivoltes, un médaillon plus grand, plus orné que celui de l'ermitage. Deux cercles décorés d'ornements en forme de cordages divisent la surface. Le relief est ici plus saillant, l'espace à décorer plus profond. L'artiste y a placé des motifs géométriques, d'un dessin sec, d'un faire plus creusé que celui du ixe siècle. Au milieu de ces médaillons sont sculptés tantôt des chiens, des chevaux, tantôt des colombes ou des cygnes affrontés. Mais ce qui est bien digne de remarque, c'est la décoration des longues plaques que nous retrouvons au-dessus des médaillons. Elle comprennent deux étages divisés par des arcatures. Des personnages à cheval sont sculptés dans celle du bas, d'autres debout tenant des couronnes sur leur tête dans l'arcature supérieure. Ces milites ont l'air de lutter, ils tiennent à la main une épée assez large, plate et longue, semblable à celle que
nous trouvons sur les sceaux du xne siècle. On voit que ce sont les mômes artistes qui ont décoré les deux églises de Santa Maria et de Santa Christina. Ils en ont élevé, sans nul doute, un certain nombre, mais deux seulement sont parvenues jusqu'à nous.
Les parties qui séparent la nef, c'est-à-dire le sanctuaire et la tribune, sorte de loggia placée à l'extrémité de l'église, se retrouvent réunies à celle-ci par quatre demi-colonnes formées d'assises de pierre. Ces colonnes composées de quatre demicercles sont posées en délit, et plus élevées que celles qui décorent la nef. Cette manière de bâtir, cette simplification par trop sommaire de la main-d'œuvre était complètement inconnue au ixe siècle. Je n'ai pu la rencontrer en France qu'au milieu du xne siècle.
L'abside est semblable à celle de Christina ; elle est rectangulaire, décorée d'arcatures au nombre de trois qui se profilent le long des murs. L'architecte n'apas omis les médaillons ainsi que les plaques au-dessus des archivoltes, mais les chevaliers représentés ont des chevaux caparaçonnés et portent leur tunique serrée à la taille par une ceinture. Quand on franchit cette partie réservée au chœur, on trouve une sacristie fort petite, puisqu'elle est comprise clans cette abside rectangulaire. On y voit encore des débris d'une arcature soutenue par des colonnes torses, ornées de chapiteaux a feuillages. La feuille est fine, délicate; la volute se retourne fortement et accuse déjà même un faire sec. Le dessin de ces chapiteaux est assez compliqué, les feuilles se terminent par de petites volutes savantes. Je dois dire que la voûte de cette partie de l'église est plus basse et a dû être refaite, car elle cache même une portion de l'ancienne décoration, elle coupe un médaillon avec sa plaque sculptée.
On voit que l'artiste a attaché un très grand prix à la décoration intérieure de tout l'édifice, et tandis que la nef possède des colonnes ornées de chapiteaux à personnages, le chœur et la tribune en ont à feuillages d'une très grande richesse. Les
bases de ces colonnes sont du xne siècle : premier tore mince et fin, suivi d'une gorge assez profonde, réunissant celui-ci au second plus fort et plus grand. On accède à cette tribune par trois marches, sa forme est rectangulaire et possède la même décoration que celle de la nef. Elle se terminait par trois arcatures à jour, munies d'un parapet contre lesquelles la maison du curé a été placée . L'analyse patiente de cet édilice nous a prouvé qu'il ne saurait remonter au temps du roi Ramire, mais qu'il est au contraire, malgré l'inscription de l'autel, du second tiers du xne siècle.
Arrivons maintenant à l'église aussi intéressante de San Miguel de Lino. Assez proche de Santa Maria de Naranco, mais plus petite, elle se compose d'une construction centrale un peu en •retrait, assez haute, sur laquelle viennent s'appuyer les deux bas-côtés de l'église, qui se terminent en pente. La façade de cet édifice est fort simple : une porte unique, en plein cintre, très sobrement ornée. Mais, détail qui a son prix, l'archivolte repose sur les jambages de la porte et l'architecte a placé une simple frise qui tient lieu de chapiteaux . Nous avons une grande fenêtre, placée au-dessus de cette porte à la place d'un oculus. Elle était garnie d'une de ces plaques ajourées, si souvent employées par les artistes de cette région. On peut voir encore une partie de la baie supérieure, placée au-dessus de cette fenêtre. Les deux arcatures longues et hautes, aux colonnes minces, ornées de chapiteaux à feuillages, qui la composent, indiquent une époque relativement récente, et non celle de la première moitié du ixe siècle (848). J'en dirai autant des fenêtres ajourées, roses compliquées, qui se trouvent sur les autres parties de la façade.
Deux contreforts placés de chaque côté de cette façade sont décorés de fines et multiples moulures. J'attire l'attention sur la forme particulière de ces derniers ; leur partie extrême, un peu inclinée, séparée par des plaques plus larges formant gradins, signes évidents de la date de ces constructions. Mais ce qui frappe avant tout, c'est le nombre de ces contreforts placés
tout autour de l'église. Ils donnent l'impression qu'ils n'ont qu'une fonction décorative. Ils séparent heureusement les surfaces trop nues de cette église.
Les murs extérieurs de la nef arrivent à une certaine hauteur rejoindre celui du transept, décoré d'une rosace circulaire assez élégante . C'est encore un souvenir de Voculus romain. Les autres parties delà façade se composent des murs des bascôtés de l'église, enfin de ceux du transept. J'attire l'attention sur les fenêtres décorées de plaques ajourées de ce dernier. Leur dessin trahit déjà l'art mozarabe. L'une d'elles est supportée par trois arcatures avec les mêmes colonnes longues et hautes que nous avons retrouvées sur la principale façade. Si nous étudions enfin la forme extérieure de l'abside, nous voyons qu'elle ressemble à celle de l'ermitage ; rectangulaire, elle a conservé des modillons fort simples qui feraient croire à une reprise à la fin du xme siècle.
L'intérieur de l'église est loin d'être simple, le plan est assez compliqué. C'est tout d'abord, en entrant, un petit vestibule dont la voûte supporte la tribune, puis la nef relativement réduite, avec bas-côtés, enfin une sorte de transept sur lequel s'ouvre l'abside rectangulaire.
A l'entrée de la porte, nous avons deux pilastres qui ont reçu une ornementation particulière. La partie supérieure se trouve décorée de roses, de grappes de raisin, de poissons, en un mot. la vieille décoration néo-grecque; plus bas, un roi assis tenant à la main un sceptre, mais, chose curieuse, un manteau recouvre sa tête. Il avance la main à un second personnage. Au-dessous, l'artiste a sculpté un personnage muni d'un fouet, qui regarde un jongleur accomplir des tours de force. Celui-ci lève les jambes en l'air, tenant à la main un bâton. A côté de lui, un lion semble attendre son tour. Le second pilastre diffère peu de celui-ci. Le même jongleur fait des tours de force, aidé cette fois d'un chien fort savant, et le roi a deux personnages à ses côtés. Ces sculptures sont fort curieuses. On croirait aux procédés de l'émaillerie champlevée. La main est
savante, le dessin ne manque pas de précision. Je crois, après examen, qu'on avait placé une pâte colorée dans ces rainures assez profondes, ce qui donnait l'impression d'une sorte de mosaïque. Mais cette pâte aura disparu avec le temps.
La porte franchie, le visiteur passe sous la tribune. On y accède par un escalier placé de chaque côté des bas-côtés de la nef. L'architecte a placé une arcature qui supporte une petite voûte en berceau, soutenue par des pilastres cannelés. L'archivolte est décorée de perles, de roses formant une large bordure. Je n'ai point besoin d'insister sur les colonnes cannelées ornées de chapiteaux carrés qui décorent cette tribune.
Les colonnes de la nef sont très élevées. La corbeille des chapiteaux se trouve divisée en quadrilatères, et l'intérieur de ceux-ci est décoré de motifs empruntés â l'ornementation néogrecque : roses, as de pique, cordage. Les fûts sont assez forts et formés de plusieurs parties. J'attire l'attention sur la décoration toute particulière des bases. Elle se compose de petites arcatures en plein cintre, soutenues par des colonnesà l'intérieur desquelles on a placé de petits personnages, surtout des anges et quelquefois des animaux. Où aurions-nous une telle décoration au ixe siècle?
Après la nef vient ensuite un transept relativement court, enfin une abside rectangulaire, séparée de ce dernier par un arc triomphal. Il faut avouer que l'état délabré de cette partie de l'église ne saurait permettre une description même sommaire. Il serait difficile en effet de dire comment le chœur était décoré, pourtant, ce qui reste encore de cette construction nous prouve que les murs du transept et de l'abside se trouvaient ornés, comme dans toutes les églises de cette région, d'arcatures aveugles. Amador de los Rios a prétendu que l'abside était peinte, il déclare même avoir vu un Christ assis. Je ne saurais l'affirmer. D'autres archéologues avaient cru pouvoir affirmer que l'abside était circulaire. Je ne saurais l'admettre. Disons en finissant que les fouilles n'ont fait découvrir aucune colonne, aucun modillon des murs extérieurs
de L'abside. Mais l'intérieur de l'église contient, ainsi que le musée provincial d'Oviédo, des débris assez importants de cet édifice.
Le monastère de Va] de Dios, qui aurait été fondé par Alphonse le Grand, est situé à sept kilomètres de Villaviciosa. Il fut élevé sous le vocable de San Salvador. Le roi AlphonselII lit construire non loin (L^ cette abbaye l'église intéressante de Santa Maria de Priesca et le cloître de Saint-Adrien cleTrinon, aujourd'hui disparu. Parlons tout d'abord du premier. Ce monastère prospéra rapidement et l'église actuelle ne fut pas le seul édifice qu'on éleva, nous verrons plus tard qu'à côté de ce sanctuaire, on en construisit un autre d'une plus grande étendue. Placé dans la vallée de Bogies, il faut prendre à Villaviciosa une voiture, un roche, et visiter tout d'abord le monastère, puis, après une bifurcation, arriver à Santa Maria de Priesca.
Ce monastère, devenu aujourd'hui une école dirigée par des clercs, a dû être construit par les artistes de Santa Maria de Naranco et de Santa Christina. Il appartient à la même famille. Sa façade, du reste, a été remaniée. On peut même voir que le narthex aujourd'hui détruit, qui cachait autrefois l'entrée principale de l'église, n'existait pas lors de la construction primitive. Sa façade devait ressembler à celle de San Miguel de Lino, si on enlève le petit clocheton qui est d'une époque très récente. L'architecte a parfaitement expliqué la division intérieure de l'église. Nous avons les murs des bas-côtés qui viennent s'appuyer sur ceux de la nef. deux contreforts placés sur la façade montent jusqu'à la jonction des bas-côtés. Au centre de cette façade on a une fenêtre géminée, composée d'une colonne libre et de deux autres engagées, mais ici les arcs affectent la forme de fer à cheval. Cette fenêtre est comprise dans un cadre rectangulaire orné de moulures, dont les extrémités sont décorées de cordages. Placée un peu plus haut, une croix gammée, suivie de Va et de l'a, est aussi comprise dans un rectangle, dont les extrémités ont reçu la même ornementation. Enfin plus bas, nous trouvons la porte principale de l'église.
Elle se compose d'un arcplein cintre soutenu par des chapiteaux à feuillages. L'archivolte n'est pas ornée, mais est formée de claveaux égaux et très bien appareillés. Les bases sont celles du xue siècle. Je ferai remarquer les moulures des corniches des bas-côtés fines et saillantes.
Les murs du côté nord se composent d'une grande surfac nue divisée dcdistance en distance par sept contreforts réguliers et fort simples. Au-dessus de ces murs s'élèvent ceux de la nef décorés à une certaine hauteur de fenêtres géminées au nombre de quatre, dont les petits arcs sont encore en forme de fer à cheval. Les chapiteaux a feuillages, les fûts, les bases sont tout à fait semblables à ceux duxne siècle. On a placé au-dessous une corniche très fine, composée de quatre moulures avec une sorte de petite gorge ; celle-ci vient reposer sur l'extrémité des fenêtres.
En entrant dans l'église, nous trouvons comme dans tous les monuments déjà analysés, un vestibule voûté, sur lequel repose une tribune. La nef a quatre travées, mais ce ne sont pas des colonnes qui soutiennent la retombée des arcs; des piliers, rectangulaires, sans ornements, assez hauts, remplissent cette fonction. Remarquez qu'ils n'ont ni chapiteaux ni bases, mais à leur place, des tores fins et des moulures assez délicates. Les murs de la nef sont égayés par des fenêtres et par une corniche assez fine d'où part la voûte. Les bas-côtés sont laissés obscurs. Le chevet de l'église est formé d'une abside rectangulaire et de deux autres plus petites s'ouvrant sur les bas-côtés. On a placé un grand arc triomphal qui sépare la nef et l'abside principale, il est soutenu par deux colonnes engagées, décorées de chapiteaux à feuillages : palmettes, grandes feuilles hautes et pointues. Des cordages remplacent comme ailleurs l'astragale. Les tailloirs de ces colonnes sont lins, d'un joli dessin, décorés d'entrelacs réguliers. Les bases sont encore celles du xne siècle : tore mince et étroit, séparé par une gorge profonde d'un autre tore plus grand et presque plat.
A côté de l'un des bas-côtés de l'église, on a placé un portique
couvert et fermé. Cette construction, faite sans soin, peut appartenir à La même époque que l'église, mais a du subir ici et là quelques restaurations. Les archéologues espagnols croient qu'elle est due à dona Jimena, l'épouse d'Alphonse le Grand (893). Ce portique possède quelques fenêtres qui sont très intéressantes; ces baies sont fermées en effet par des plaques de marbre ajourées, décorées de motifs géométriques qui pourraient faire croire à une haute antiquité. Ce sont tantôt des carrés entrelaces où se trouvent circonscrits des cercles, tantôt des feuillages très finement ajourés, d'un dessin très accusé et très ferme. On ne saurait confondre ces ornements avec ceux du ix" siècle. D'autres fenêtres sont formées d'arcatures géminées décorées de cordage comme celles aux fenêtres de la façade. L'intérieur du portique, voûté en plein cintre, a reçu une décoration qui se rapproche de celle de la nef de Santa Maria de Naranco. Les murs sont ornés de cinq arcatures, celles du côté droit sont soutenues par des pilastres cannelés, et les autres par des colonnes à feuillages. Les chapiteaux sont décorés de palmettes ou de feuilles, et des cordages tiennent lieu d'astragale. Il en est de même pour les bases. On voit que nous avons dans tous ces monuments une décoration systématique. Placée plus loin, dans un arc voisin de l'abside, une inscription indique l'ère 931., c'est-à-dire l'année 893 comme date de la construction'. Mais les parties essentielles de l'église, sa décoration, le profil des moulures, etc., disent le contraire. C'est un monument qui peut appartenir au plus tard au deuxième tiers du xne siècle .
A une lieue et demie de Villaviciosa, dans un site vrai-
1. L'inscription que possède l'église du monastère de Yal-de-Dios est non moins intéressante. Hiïbner, Vigil pensent qu'elle est bien du ixe siècle. Je ne le crois pas . La forme des lettres, certaines abréviations « epepis » l'indication des diocèses me suggèrent des doutes. On aura copié plus tard une inscription qui commémorait la dédicace de l'édifice primitif. La critique du reste de ces inscriptions est superflue pour ce travail. Les monuments que j'ai décrits ne sauraient appartenir à l'époque de la monarchie asturienne. Ils sont bien du xne siècle. Cf. Vigil, pi- IL 5. Hùbner, /. c, n° 261 .
ment difficile, a été bâtie l'église de San Salvador de Priesca. Les archéologues espagnols pensent que c'est encore une construction due à Alphonse III. Mais le silence est à peu près complet. Aucune chronique,, aucun diplôme ne parlent de cette église, une inscription seule près de l'arc triomphal relate sa fondation en 953. Je ne dirai que deux mots decet édifice, car il est hors de doute que sa construction a été faite après celle de San Salvador de Val de Dios. Sa façade est du reste fort simple. La porte principale de l'église est formée d'un arc en plein cintre avec jambages sans ornement. Je ne saurais dire si la fenêtre, qui est placée au-dessous, est ancienne. Deux contreforts s'élèvent a la moitié de la hauteur des murs. Ils font deviner la division intérieure de l'édifice, mais ils sont sans ornement, décorés au haut par une sorte d'imposte, avec de fines moulures.
Cette façade se terminait-eile par un fronton? C'est fort probable. On voit sur les autres parties de l'église six contreforts semblables a ceux précédemment décrits, mais il faut ajouter que la construction qui s'appuie sur la partie du mur du côté droit est beaucoup plus récente. Il faut aussi observer que les fenêtres sont formées de cadres rectangulaires tout a fait semblables à celles de San Tirso et de San Julian de los Prados, édifices d'Oviédo. Elles consistent en deux petits arcs en fer à cheval soutenus par une colonne. Remarquez le chapiteau un peu conique, pourvu d'un petitcollier en boudin décoré de feuilles grandes et pointues. La base de ces colonnes est très simplifiée : un seul tore reposant sur une plinthe. Le mur extérieur du chevet de l'église, qui unit les trois absides rectangulaires, est divisé par deux contreforts. C'est encore la même décoration : une fenêtre assez grande composée de deux arcatures au-dessus de l'abside principale. Les colonnes ont des chapiteaux a feuillages, les fûts sont ornés de stries terminées par des demi-cercles. Enfin, on a placé de chaque côté une fenêtre rectangulaire plus petite qui éclaire les absidioles; elle est ornée de plaques à jour décorées de rosettes.
Le plan de l'église est semblable à celui de Val de Dios. On se trouve en entrant sous une voûte qui soutient la tribune placée en face du chevet, on pénètre ensuite dans la nef, enfin dans le sanctuaire. Les voûtes de l'édifice sont en plein cintre. La nef se compose de six travées, les archivoltes reposent sur des piliers fort simples comme ceux du Val de Dios : moulures placées au bas et au haut du pilier, avec corniches et plinthes ornées de fines et profondes moulures. L'arc en fer à cheval a été aussi employé. Les murs de la nef sont sans ornement et n'ont pas de fenêtres. Il en est ainsi des bas-côtés qui sont voûtés en charpente.
Le sanctuaire un peu plus élevé o,ue la nef comprend une grande abside avec deux plus petites, de forme rectangulaire. Son arc triomphal en pierres de taille de grandeur moyenne, est décoré de colonnes avec des chapiteaux ornés de palmettes tics hautes, profondément creusées ; un gros cordage remplace l'astragale. Au-dessus de cette' corbeille, un tailloir assez étroit, rectangulaire est décoré d'entrelacs réguliers. La base de ces colonnes est celle du xn° siècle : gros tore avec gorge fine et profonde, pourvu d'un annelet fort mince.
Mais ce qui est digne de remarque, c'est surtout la décoration de l'abside. Elle est semblable à celle des monuments romans. Les murs sont ornés d'arcatures aveugles. Remarquez surtout les chapiteaux à feuillages, composés de feuilles en forme de cœur très saillantes, collées déjà sur la corbeille. L'astragale est remplacée encore par un cordage assez peu proportionné aux dimensions de cette corbeille. Les arcs en plein cintre sont faits en pierres de taille. Les claveaux des arcatures sont très bien appareillés. Il faut ajouter que les tailloirs sont remplacés par des cimai>es, ornées d'ondulations profondément creusées.
Le pavé de l'église se compose d'une sorte de mosaïque du reste très grossière, formée de petits morceaux de pierre, de briques, mélangés avec du sable et de la chaux. Je le crois contemporain de la construction de cette église.
Uéglise de Fuentes, qui est reconnue comme une construction de l'époque romane, présente la même décoration que celle de Santa Maria de Priesca. Son étude aurait dû mettre en garde les archéologues espagnols. C'est le même plan, sauf qu'elle est privée de bas-côtés. L'abside rectangulaire, a une suite de premier étage. Je n'en ai pu deviner l'emploi. L'arc triomphal est décoré de deux chapiteaux images : bêtes avec des têtes de lion, qu'un personnage imberbe, aux cheveux courts saisit par les mains. Je ferai remarquer le dessin des pattes, lin et délicat, le faire sec du ciseau. Cette église ne saurait appartenir à la première moitié du xne siècle, mais les chapiteaux imagés prouvent, nous le verrons bientôt, qu'elle a été construite au plus tard clans le troisième tiers du xne siècle. L'abside se trouve décorée d'arcatures aveugles comme à Priesca, décoration qui devient une formule dans la région d'Oviédo.
On le voit, toutes ces églises appartiennent à un même groupe. C'est la même physionomie à l'extérieur, la même décoration qui rappelle encore les motifs décoratifs de la grammaire néo-grecque. La longue durée de cette ornementation ne doit pas nous étonner, nous la retrouvons tout à fait complète sur les façades mêmes de la Catalogne à la fin du xii" siècle, tant il est vrai que la sculpture en ronde-bosse, que le bas-relief est une création relativement récente. Leur plan est le même, et elles se terminent toutes par des absides rectangulaires : on ne peut donc nier l'étroite parenté qui les unit. Mais elles ne sauraient revendiquer une antiquité aussi reculée. La construction assez soignée de ces églises, l'appareil en pierres de taille de grandeur moyenne, placées le plus souvent aux angles des édifices, à l'arc triomphal, usité toujours pour les contreforts, les bas-reliefs sculptés, la décoration même des nefs et des absides rectangulaires, la manière de bâtir, simplifiant la main-d'œuvre, sont autant de preuves pour le bien fondé de mon jugement.
Les archéologues espagnols, en admettant l'âge reculé de ces
églises, certifié par clés inscriptions, avaient voulu reconnaître
que (i pendant l'époque wisigothique les guerres sans nombre ne furent pas nuisibles à la construction des édifices ». Ils ont même voulu voir « une renaissance évidente, très grande pendant les premiers âges de la Reconquista. Et vantant outre mesure les édifices qu'ils ont analysés, ils sont allés jusqu'à dire que « leur durée et leur solidité sont telles qu'ils paraissent avoir été faits pour l'éternité ». A leurs yeux, les architectes qui les ont élevés étaient des hommes très expérimentés; ils auraient connu la voûte en berceau, ils auraient employé la pierre de taille pour renforcer les angles des édifices, construit même en pierre les contreforts de ces édiiices. Créateurs, ils auraient inauguré en effet la forme rectangulaire des absides, placé une tribune à l'entrée de l'église, enfin ils auraient décoré la nef d'arcatures aveugles. Les vieux procédés de construction dérivés du monde antique auraient été recueillis et continués par les artistes wisigoths. Après eux, ils auraient trouvé même un asile et un développement sur le sol asturien pendant les premiers siècles de la jReconfjuista .
Nous avons vu qu'on ne saurait accepter de pareilles conclusions. Les monuments que nous avons analysés indiquent au contraire des temps postérieurs et aucun de ceux que nous avons examinés en Espagne ne saurait remonter à un passé aussi lointain.
A. Marignan.
Chalon-sur-Saône, imprimerie Française et Orientale E. Bertrand
NA
Whitehill IMS
Mar ignan ,
Albert, 1858-
Les premières églises chrétiennes Espagne. —
en