‹ Les premiers éléments de la science de la couleurChapitre 10 sur 23 · TABLEAU II · texte numérisé non relu

TABLEAU II

Fig. 4.

c’cst-à-dire absence de couleur, dans l’autre, une couleur nouvelle, du vei r?

La vérité est que le mélange du jaune et du bleu ne forme pas du vert. Ce vert ne s’est pas formé i)ar le mélange, il a pré.exkté dans la matière bleue et dans la matière jaune. ^

Ce point a attiré beaucouj) l’attention des physiciens et a été bien étudié et constaté. Il constitue l’exemple le plus remarquable de la dilférence qu’il y a entre le mélange des sensations et celui des matièi-es colorantes.

J’aurai l’occasion d’en citer bien d’autres dans la suite.

Pour se rendre compte de la formation du vert par le mélange des matières, il faut constater que le vert a préexisté avant le mélange. L’œil ne possède pas la propriété de discerner les éléments d’un mélange (ceci le distingue de l’oreille), et ses jugements nous trompent sans cesse. Mais avec le secours d’un instrument la preuve devient facile à donner. Il suffit de regarder à travers un prisme la surface bleue et la surface jaune parfaitement éclairées, on constatera que la première émet des rayons bleus et des rayons verts, la deuxième des rayons jaunes et des rayons verts ; le jaune et le bleu se neutralisant mutuellement et produisant du blanc, il ne reste de part et d’autre que du vert quand on eflectue le mélange des matières, c’est-à-dire, en d’autres termes, que le vert préexistant, mais ne pouvant être discerné dans chaque matière séparément, est devenu visible par le mélange, l’une des matières ayant perdu ce qu’elle a de jaune, l’autre ce qu’elle renferme de bleu. De sorte que la formation du vert dépend de la matière employée et sera variable avec elle. On sait que la gomme-gutte et le bleu de Prusse donnent un meilleur vert que l’outremer et le jaune de chrome. S’il existait une matière bleue n’émettant que des rayons bleus et une matière jaune n’émettant que des rayons jaunes, le résultat du mélange ne serait pas vert, mais un gris plus ou moins fonce.

Enfin, pour poursuivre la discussion et bien se familiariser avec le phénomène qui peut se produire par le mélange des matières, supposons que l’on possède (ce qui n’existe pas pour le moment)

une matière bleue, ne renvoyant aucun rayon vert, mais rien (jue du bleu et du rouge. Et de même une matière jaune, ne renvoyant à l’œil que des rayons jaunes et des rayons rouges, qu’arrivera-t-il pour le mélange des matières? Que le jaune et le bleu se neutraliseront, et il restera de part et d’autre du rouge. On dirait alors dans le langage usité que le mélange de jaune et du bleu produit du rouge ! La conclusion serait aussi fausse qu’elle l’est pour le vert, et si les matières possédant les propriétés ci-dessus existaient, et si l’on avait observé la formation de rouge dans certains cas, de vert dans d’autres, il est probable que l’on se serait préoccupé davantage de connaitre la raison de ces dilférences, et l’on aurait aujourd’hui moins de peine à déraciner de l’opinion cette fausse notion du résultat du mélange des couleurs.

Si tout le monde est tellement convaincu que le mélange de jaune et de bleu donne du vert, c’est parce que l’on confond le mélange des matières avec celui des sensations, et que, dans ce cas particulier, on n’a pas eu pendant longtemps d’autres moyens de se procurer du vert. Mélanger des matières est très facile à faire, l’expérience est à la portée de tout le monde. Il n’en est pas de même pour le mélange des sensations pour lequel il faut des instruments et de l’expérimentation méthodique.

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