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RESTAURATION DE l'aUTORITÉ ROYALK 33
le pays, créait sans cesse de nouveaux éléments d'agitation, la richesse intéressait la population au maintien de la paix. Ferdinand n'aurait pas mieux demandé que d'aller plus loin dans cette voie de réparation : sa bienveillance naturelle souffrait de la situation des pa3'sans soumis au servage, et il sentait en même temps combien l'exercice de l'autorité ro3'ale était gêné et restreint par la puissance des seigneurs sur le-urs hommes. Dans ses provinces autrichiennes, il avait adouci le sort des pa3^sans ; en Bohême de même, il essaya de supprimer au moins les abus les plus odieux de la servitude. Ce fut sur son inspiration que la diète de i53 i décida que les serfs désireux de se consacrer aux études ne seraient pas retenus par leurs maîtres. Il lui était impossible de modifier radicalement Tordre de choses qu'avaient établi des lois solennelles; il essayait au moins de s'attribuer une sorte de médiation entre les nobles et leurs laboureurs, accueillait les plaintes des paysans, les protégeait ; les serfs s'agitaient çà et là comme à l'aurore d'une ère nouvelle; les protestations acrimonieuses des seigneurs témoignent de leurs inquiétudes.
Ferdinand était un politique fort avisé, mais ce n'était pas un grand homme; il ne dépassait pas les idées de son temps. Il voulait modérer le servage et l'adoucir, non le supprimer. Pour y réussir d'ailleurs, il n'eût fallu rien moins qu'une révolution, et il n'avait rien d'un révolutionnaire. Les lois féodales ne lui déplaisaient pas, il suffisait de savoir s'en servir, et il était passé maître dans l'art de transformer la constitution en la respectant.
Les diètes offraient au monarque un excellent terrain d'action. Grâce à l'égoïsme des nobles et aux rivalités des classes, il était toujours sûr d'y trouver des alliés. Il avait protesté dès la première heure contre leur omnipotence : la loi devait sortir de l'accord préalable du roi et des États, et c'était une flagrante usurpation que de prétendre faire inscrire dans les Tables du Pays des décisions qui n'auraient pas été sanctionnées par le souverain. Sans refuser aux députés le droit d'initiative, il veilla, comme le voulaient
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les traditions, à ce que Ton discutât d'abord les propositions royales. Cela suffit presque pour écarter sans débat toutes les réclamations qui lui étaient désagréables. Lorsque la diète avait voté l'argent qu'il demandait, il déclarait la session close; si l'opposition était en forces, ses affidés prolongeaient les débats jusqu'au moment où, découragée, à bout de ressources, elle s'émiettait et leur laissait le champ libre. Les plus opiniâtres ne résistaient pas à quelques avertissements ou à l'offre de quelque charge lucrative. A une époque où les communications étaient difficiles et où les nouvelles se répandaient lentement, lorsque un demisiècle de guerres civiles et de corruption politique préparait les esprits à toutes les palinodies, cette pression tour à tour insinuante et énergique avait de merveilleux effets. « Les Bohèmes, écrivait un inconnu au moment de l'élection de i526, ont nommé Ferdinand; ce n'est pas là un roi comme Vladislas, auquel on dit : tu es notre chef, obéis-nous. » La prédiction se réalisait; le souverain étendait sa juridiction, resserrait les liens de vassalité '; les nobles se plaignaient d'être moins bien traités que leurs paysans : ils ne contestaient pas à ceux-ci le droit de tenir des assemblées, et le roi ne voulait pas leur permettre de convoquer une diète sans son autorisation.
Cette question de la libre réunion des États se rattachait à une autre, plus grave encore, celle des assemblées provinciales. Aucun des succès de Ferdinand n'eut de plus lointaines conséquences que celui qu'il remporta sur ce point, aucun ne fait plus grand honneur à son habileté et à sa
I. Nous lisons dans un chroniqueur tchèque contemporain, à propos de l'élection de Ferdinand : « On racontait de ce roi qu'il aimait la justice et détestait l'iniquité. Aussi était-il pénible à beaucoup de Bohèmes d'entendre parler de son avènement, surtout à ceux à qui déplaisaient la justice et l'ordre, mais il était le bienvenu des bons, de ceux qui avaient soif de justice; les choses étaient telles, en effet, que beaucoup n'osaient plus lever la tète à cause de la trop grande injustice de ceux qui avaient le pouvoir en mains. Beaucoup s'étaient habitués à avoir un prince auquel ils faisaient faire ce qu'ils voulaient et qui n'avait que le nom de roi sans réalité et sans puissance. Et Dieu envoya ce roi qui portait l'épée pour l'honneur des bons et la honte des méchants ».